V. Alpes (Basses-), Drame, Isère
Sources à consulter. — 1° Archives municipales de Digne, de Manosque . de Sisteron. — 2° Un recueil de procès-verbaux de synodes protestants, de 1 600 à 1620. — 3° Histoire de l'ccadémie protestante de Die, en Dauphiné, au XVIIe siècle, par E. Arnaud. — 4° Tomes II et III des Archives de la Drôme. — 5° Ordonnances épiscopales, mandements et statuts imprimés de Vienne, Grenoble, Valence, Die. Saint-Paul-Trois-Cliâteaux, Gap, Sisteron et Vaison. — 6° Recueil d'arrêts concernant les protestants du Dauphiné, après la révocation de l'édit de Nantes. — 7° Procès-vei baux des visites pastorales aux xvii» etxvm» siècles. — 8° Archives de l'élection de Romans, comprenant au xvme siècle les budgets et registres de comptabilité des communautés. — 9° Aux archives de la Diôme, un dossier considérable de pièces relatives aux écoles, de 1789 à 1833. — 10° Vie de Mgr d'Authier de Sistjant, fondateur de l'institut des prêtres du Saiiil-Sacrement, pour la direction des séminaires, i vol. in-8-, 1879. — 11° histoire de l'Université de Valence, par M. Nadal (1861, 1 vol. in-8°, Valence). — 12° Le Dauphiné, journal de Grenoble, articles de M. Pilot (1879) sur l'enseignement public dans la Provence. — 13° Bulletin de la Société d'archéologie de la Drôme (t. VII), étude sur les écoles. [L. Maggiolo.]
DAUPHINS (Éducation des). — Depuis que Philippe de Valois avait acquis, en 1349, les domaines de Humbert II, dauphin du Viennois, il fut d'usage en France d'appeler du nom de dauphin le fils aîné du roi, l'héritier de la couronne. Le dernier dauphin de France a été le duc d'Angoulcme, fils de Charles X.
L'éducation des dauphins fut de tout temps particulièrement soignée. Cependant, il semble qu'on se soit en général plus préoccupé de leurs plaisirs que de leurs études. L'instruction du grand dauphin, fils de Louis XIV, par Bossuet, et l'instruction du second dauphin, le duc de Bourgogne, par Fénelon, ont été dans l'histoire pédagogique de la monarchie deux exceptions et deux exceptions inutiles, puisque ni l'un ni l'autre de ces-princes n'a vécu assez pour être appelé à utiliser dans l'exercice du pouvoir les résultats -de ses études.
Jusqu'à sept ans, le dauphin restait entre les mains des femmes. Sa maison se composait d'une gouvernante, choisie parmi les personnes de la plus haute noblesse, d'une sous-gouvernante,
I d'une nourrice, d'une berceuse, d'un grand nombre d'autres personnes. Vers la troisième ou la quatrième année, on donnait au dauphin un instituteur pour lui apprendre à. lire et lui enseigner les premiers éléments de la religion.
A sept ans, le dauphin passait des mains des femmes dans celles des hommes. Il était confié à un gouverneur qui avait sous ses ordres un sous-gouverneur, un précepteur, un sous-précepteur, un lecteur, deux gentilshommes de la chambre, un confesseur ordinaire, un premier valet de chambre ordinaire, quatre autres valets de chambre, un chirurgien, un barbier, un portemanteau, un porte-arquebuse, etc., etc. La maison du dauphin se complétait par six gentilshommes spécialement attachés à sa personne et qui portaient le nom de menins. Le marquis de Dangeau fut un des menins du grand dauphin. Il mérita cette faveur surtout par ses talents de société. «Il s'était appliqué, dit Saint-Simon dans ses Mémoires, à savoir tous les jeux qu'on jouait alors, le piquet, la bête, l'hombre, le hoc, lereversi, le brelan, et à approfondir toutes les combinaisons des jeux et celles des cartes... C'était, d'ailleurs, un homme plat, d'une fadeur à faire vomir, grand admirateur de riens, bouffi d'orgueil et de fadaises... » Tels étaient les compagnons que l'on donnait aux futurs rois de France !
En revanche, le gouverneur, le précepteur et les professeurs du dauphin furent choisis avec le plus grand soin. C'est le duc de Montausier qui gouverna l'éducation, c'est Bossuet qui dirigea l'instruction du prince. Après eux venaient, associés à leur tâche, une légion d'hommes distingués ou érudits : Daniel Huet, avec le titre de sous-précepteur et la charge de suppléer Bossuet, quand celui-ci était fatigué ou malade ; Fléchier, qui écrivit pour le dauphin YHistoire de Théodose; Cordemoy, le lecteur du prince, l'auteur d'une Histoire de France inachevée qui, après l'exclusion portée contre les ouvrages de Mezerai qu'on jugeait écrits dans un esprit trop indépendant, servit aux études historiques de Monseigneur; Jean Donjat, qui avait mission d'enseigner l'histoire et qui composa un Abrégé de l'histoire romaine et grecque ; puis l'architecte Blondel, l'auteur du Cours de mathématiques pour Monseigneur le Dauphin (1683), qui enseigna aussi à son élève l'art de fortifier de< places, Y art de jeter des bombes, la stratégie en un mot; le physicien Jacques Rohault, philosophe cartésien, et son successeur le danois Roëmer, chargés l'un et l'autre de rendre sensibles aux yeux du prince par d'ingénieuses expériences ies principes de la physique ; l'académicien Couplet, habile dans l'hydraulique et la science du nivellement ; l'astronome Amontons ; l'anatomiste Du Verney ; enfin, et sans prétendre les nommer tous, Brianville, Renaudot, Pellisson, le sous-gouverneur Millet de Jeure, Israël Sylvestre, Sauveur, Tournefort. Tout ce que la France comptait de savants, d'érudits, de lettrés, fut misa contribution pour élever le dauphin, sans succès, hélas! car, malgré les efforts de Bossuet, le dauphin resta un homme médiocre, peu studieux, et dont le faible esprit plia sous le poids de tant d'études diverses, trop peu appropriées à son incapacité.
N'oublions pas la phalange d'humanistes qui prépara la collection des Auteurs du Dauphin des éditions latines ad usum Delphini, qui ne comprend pas moins de 65 volumes. Huet présida à ce travail où il eut pour collaborateurs l'abbé Fleury, M. et Mme Dacier, etc.
Un des traits les plus intéressants de ctte éducation princière, à laquelle le pape s'intéressait, dont l'Académie française demandait l'éloge solennel, dont Boileau disait « qu'elle renfermait, comme en abrégé, la félicité publique, » ce fut le moyen qu'on imagina pour exciter l'émulation un
DAUPHINS
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peu endormie du dauphin. Quatre écoliers de dualité furent admis, sous le titre d'enfants d'honneur, à étudier près de Monseigneur. Deux pages, en outre, participaient aux études du prince. Ils" assistaient au coucher, à la prière, et aussitôt après commençait entre ces jeunes latinistes une sorte de concours, de tournoi : « C'était à qui montrerait avoir retenu le mieux des sentences empruntées aux auteurs latins qu'on avait étudiés dans la journée. » Cet exo-cice du soir continua pendant dix années, sans être interrompu un seul jour! Comment s'étonner après cela que le dauphin, malgré son inattention et sa paresse, soit parvenu à avoir quelques notions de la langue latine?
Un autre artifice pédagogique employé dans l'éducation du dauphin fut l'admission, la présence, aux leçons qu'il recevait, de quelques étrangers de distinction, de personnages éminents, soit par leur rang, soit par leur science. On espérait que les louanges qu'il recevait de ces visiteurs contribueraient à exciter son zèle.
Mais on ne sait ce qui doit le plus surprendre dans ce remarquable essai de pédagogie princière, l'activité et l'art ingénieux des maîtres, ou l'incurable indolence du disciple. Aussi, pour secouer sa torpeur, ne lui ménageait-on pas les punitions corporelles. Louis XIV avait officiellement transmis le droit de correction au duc de Montausier. Investi de ces fonctions par nomination royale, le duc, homme irréprochable, mais dur et brusque à l'excès, prit au sérieux son titre d'exécuteur des hautes œuvres et usa largement de son droit. Bossuet assistait et laissait faire. On voit par cet exemple combien était encore puissant le préjugé qui considérait comme nécessaires les châtiments physiques. La dignité princière ne défendait pas du fouet les fils des rois de France. Le sérénissime dauphin était roué de coups tout comme le plus mince élève des Jésuites. Louis XIV n'avait garde de trouver mauvais qu'on fouettât son fils ; î .i-méme n'avait-il pas été fouetté dans soh enfance, comme son père Louis XIII, comme son aïeul Henri IV?
Bossuet avait exprimé le vœu que l'éducation donnée au dauphin lut rendue commune à tous les Français. Du moins il eut la satisfaction de voir Fénelon, dans l'éducation du second dauphin, le duc de Bourgogne, employer pour le fils les écrits qui avaient été composés pour -le père; par exemple la Grammaù e latine que Bossuet avait rédigée lui-même, et dont il existe une copie qui porte sur le premier feuillet ces mots : Copie pour Monseigneur le duc de Bourgogne.
Mais Fénelon, s'il suivit les mêmes méthodes d'instruction que Bossuet, ne dirigea pas l'éducation du duc de Bourgogne dans le même esprit et n'apporta pas dans ses fonctions de précepteur la même allure. Bossuet avait été sévère, grand, majestueux; Fénelon, comme l'y portait son caractère, fut doux, aimable, insinuant. Il est vrai qu'il avait affaire à une tout autre nature d'élève. Le grand dauphin avait peu d'esprit et un caractère ingrat. Le second dauphin, sous des dehors très vifs et orgueilleux, cachait des trésors de sensibilité et d'intelligence. Aussi, le duc de Bourgogne devint sous la direction de Fénelon le plus studieux, le plus vertueux, et en même temps le plus dévot des princes. Il le devint même avec excès. Il fut dévot au point de ne pas vouloir assister \ un bal donné par le roi, parce que c'était le jour de l'Épiphanie. Il fut studieux au point de mécontenter et d'inquiéter son entourage ; on se demandait avec inquiétude si ce jeune homme absorbé par les livres et par les offices, et qui avait les goûts d'un moine, aurait les vertus d'un roi. La mort prématurée du prince n'a pas permis que la question fût résolue.
C'est en 1689 que Fénelon entra en fonctions ; le duc de Beauvilliers, gouverneur du prince, l'avait désigné au choix du roi. Fénelon appela auprès de lui comme sous-précepteurs l'abbé de Beaumont, et l'abbé Fleury, l'auteur d'un des meilleurs traités de pédagogie que nous ait légués le xvne siècle, le Choix et la méthode dts études. L'abbé Fleury avait déjà dirigé l'éducation des princes de Conti.
Ce fut surtout par des moyens détournés, indirects, et à force de finesse, que Fénelon réussit à intéresser l'intelligence de son impétueux élève. Il imagina de composer des fables adaptées à la vie du prince, remplies d'allusions discrètes à ses défauts, à ses travers, et qui lui apportaient, sous le voile de la fiction, des leçons pleines d'à propos. C'est de là qu'est sorti le Recueil de Fables composées pour Védu ation de Monseigneur le duc de Bourgogne (publié seulement en 1706). Ces fables étaient écrites au jour le jour, pour remédier aux défauts que le précepteur venait de surprendre, pour encourager les vertus qui se montraient. Le prince faisait immédiatement l'application à sa propre conduite du récit en apparence indifférent qu'on lui présentait. Ainsi, la fable de Fantasque le faisait réfléchir sur ses emportements et lui apprenait à s'en corriger. Un jour, dans un accès décolère, le dauphin s emporte jusqu'à dire à son précepteur qui le réprimandait: Non, non, monsieur ! Je sais gui je suis et qui vous êtes. C'est sans doute pour répondre à cet accès de fatuité que fut composée la fable intitulée Bacchus et le Faune.
Fénelon aimait l'artifice en éducation. Il employait volontiers les petites scènes arrangées à l'avance, qui instruisent sans en avoir l'air. Le prince était extrêmement irascible: lui faire un sermon contre la colère eût été peine perdue. Qu'imagine Fénelon ? Un matin, il envoie dans les appartements de son élève un ouvrier menuisier à qui il a fait la leçon. Le prince passe, s'arrête et considère les outils : « Passez votre chemin, Monseigneur, s'écria l'ouvrier d'un air menaçant, car je ne réponds pas de moi; quand je suis en fureur, je casse bras et jambes à ceux que je rencontre.... » On devine la moralité de l'histoire, et le parti que put en tirer Fénelon.
De même qu'il avait appris la morale au prince sous forme de fables, Fénelon lui enseigna l'histoire sous forme de dialogues. Les Dialogues des morts mettent en scène des hommes de tous les temps et de tous les pays: Charles-Quint et un moine de Saint-Just, Arisiote et Descartes, César et Alexandre, etc. C'étaient autant de tableaux agréables qui venaient, de temps en temps, s'introduire dans les cadres d'un enseignement régulier et suivi de l'histoire.
On ne saurait trop admirer la souplesse d'esprit que Fénelon déploya dans cette éducation si laborieuse et si délicate. Il variait avec une merveilleuse habileté ses moyens pédagogiques. Quelquefois, il faisait appel à l'amour-propro de son élève : il lui remontrait ce qu'il devait à son nom, aux espérances de la France. Il lui faisait signer des engagements d'honneur de se bien conduire. « Je promets, foi de prince, à M. l'abbé de Fé îelon de lui obéir... Fait à Versailles, le20 novembre 1GS9. Signé, Louis. » D'autres fois, et plus souvent, il s'adressait à son cœur : il le dominait par la douceur : il lui inspirait des sentiments d'affection et de tendresse, que le prince exprimait ainsi: ■ Je laisse derrière la porte le duc de Bourgogne et je ne suis plus avec vous que le petit Louis. »
Il faut regretter que les dauphins de France n'aient pas rencontré souvent des précepteurs semblables à Fénelon et à Bossuet. Nos rois en auraient mieux valu: mais, le plus souvent, 1 éducation des princes a été écourtée parles nécessités de la politique. Louis XIV était déjà roi quand il