III. DÉPENSES A LA CHARGE DE L'ETAT. — Il ne
serait fias exact de dire que les dépenses d'instruction primaire sont obligatoires pour l'Eut. Les dépenses ordinaires d'entretien des écoles primaires publiques sont communales, celles des écoles normales sont départementales ; elles ne peuvent donc être obligatoires, les unes, que pour les communes, les autres, que pour les départements. L'Etat étant légalement tenu d'y concourir en cas d'insuffisance des ressources locales, c'est ce concours, c'est la subvention pour telle ou telle partie de dépense restant à payer qui est obligatoire pour lui, et non la dépense en ellemême. [S. Lebourgeois.J
DEPOT DE LA GUERRE. — Institution fondée au xviic siècle par Louvois, réorganisée ensuite à diverses reprises, et en dernier lieu par le décret du 19 septembre 1856. Le dépôt de la guerre se divise en deux sections : la première s'occupe de travaux relatifs à la géodésie, h la topographie, au dessin et à la gravure de la grande carte de France au 80„u0- ou carte de l'état-major, ainsi que de la publication de diverses cartes spéciales; la seconde a dans ses attributions les travaux historiques et statistiques.
« Si la topographie est la base et le point de départ d'une bonne géographie, » dit H. Rouby, chef d'escadron d'état-major, dans son intéressante brochure La cartographie au dépôt de la guerre, « le dépôt de la guerre, l'établissement topographique par excellence, peut être à bon droit considéré comme un des principaux promoteurs du mouvement progressif qui s'est manifesté en France depuis plusieurs années dans le perfectionnement du matériel géographique.
« Tout en poursuivant le but spécial pour lequel il a été créé, le dépôt de la guerre prépare par la topographie des matériaux que la géographie générale utilise à son profit. Son œuvre capitale est la grande carte de France à l'échelle de 8Ul1,^» dite carte de l'état-major.... L'atelier de gravure topographique du dépôt de la guerre date de 1791. En 1801, le fonds des cartes gravées et mises en vente par cet établissement se composait de 6 cartes seulement; aujourd'hui il en comprend 250 environ, représentant 1500 ou 1800 feuilles, grand ou petit format. »
C'est en 1833 qu'a paru la première livraison de la carte de France à 80^00> qui n'a été achevée qu'en 1877. — V. Cartes.
DEPOT LÉGAL. — Aux termes de la loi du 21 octobre 1814 et des ordonnances des 28 octobre de la même année et 9 janvier 18'.'8, deux exemplaires de tout ouvrage imprimé et trois exemplaires de tout ouvrage lithographie ou autograpbië estampes, cartes de géographie ou musique) doivent être déposés par l'imprimeur ou le lithographe, à Paris, au ministère de l'Intérieur, et dans les départements, au secrétariat de la préfecture. In des exemplaires est destiné à. la Bibliothèque nationale ; le second exemplaire, en ce qui concerne les imprimés, est transmis par le ministère de l'intérieur au ministère de l'instruction publique, lequel est autorisé a répartir entre les bibliothèques de France et les divers établissements scientifiques et littéraires les ouvrages qui lui sont ainsi attribués.
Quant aux estampes, cartes et œuvres musicales, elles sont remises par le ministore de l'intérieur à l'administration des Beaux-Arts, qui est chargée d'en faire la distribution.
[Jules Collin.]
DEPUTATÏON PERMANENTE. — On appelle en Belgique DéptUation permanente une commission de six membres que chaque conseil provincial élit dans son sein, et qui délibère, tant en l'absence que durant la session du conseil, sur tout
DESCARTES
DESGARTES
ce qui concerne l'administration journalière des intérêts de la province et sur l'exécution des lois pour lesquelles son intervention est requise, ou qui lui sont adressées à cet eiïet par le gouvernement; elle délibère également sur les réquisitions qui lui sont faites par le gouverneur. Les membres de la députation permanente sont élus pour le terme de quatre ans. La députation est renouvelée tous les deux ans par moitié. Ne peuvent être membres de la députation permanente, notamment les ministres des cultes, et les personnes chargées de l'instruction publique salariée par l'Etat, la province ou la commune.
Les attributions de la députation permanente en matière d'instruction primaire sont déterminées par la loi organique du icr juillet 1879, comme il suit :
La députation permanente donne son avis sur la réunion de deux ou plusieurs communes pour l'entretien d'une école à frais communs; sur le nombre minimum des écoles à entretenir par chaque commune, et le nombre des instituteurs dans chaque école ; sur la nature des écoles, selon qu'elles doivent être exclusivement destinées aux enfants de l'un ou de l'autre sexe, ou que les enfants des deux sexes pourront y être admis, ou encore qu'une école gardienne et des cours d'adultes doivent y être annexés; sur la liste des enfants indigents qui doivent recevoir l'instruction gratuite, la subvention à payer de ce chef par la commune, et la quotité de la rétribution scolaire. Elle détermine la part contributive qui incombe au bureau de bienfaisance de chaque commune dans les frais d'instruction des enfants indigents. Elle approuve les règlements édictés par les conseils communaux sur les questions relatives à l'admission des élèves, à leur renvoi définitif, à la discipline de l'école, aux jours et aux heures de travail, aux vacances, et aux moyens d'encouragement. Enfin le chiffre du traitement des instituteurs, fixé par les conseils communaux, est soumis à son approbation. Toutes les décisions de la députation permanente sont susceptibles d'appel de la part des intéressés, par voie de recours au roi.
DESCARTES. — Toute philosophie, étant une doctrine de la nature humaine, contient en germe un système de pédagogie. Comme tous les grands philosophes, Descartes, en établissant la distinction de l'âme et du corps, en proclamant l'innéité des idées et des facultés, et en même temps l'importance souveraine de la méthode, surtout en substituant au principe de l'autorité, en matière de croyance, le principe de l'évidence et du libre examen, Descartes a exercé une influence profonde sur l'éducation. Il est impossible de méconnaître l'action de ses idées sur les méthodes pédagogiques de 1 Oratoire et de Port-Royal, où sa philosophie avait obtenu un assez vif succès, et jusque dans les éducations princières que dirigèrent Bossuet et Fénelon.
Descarces a d'ailleurs exposé lui-même quelques-unes de ses vues sur l'instruction et la formation des esprits. Le premier chapitre du Discours de la méthode n'est, à vrai dire, qu'un chapitre de pédagogie. Dans ces Considérations sur les sciences, Descartes y indique successivement, d'un de ces traits rapides qui lui sont familiers, la portée de chaque ordre d'études dans la culture intellectuelle.
Il définit le rôle des fables, dont « la gentillesse réveille l'esprit », de l'histoire, dont « les actions mémorables lues avec discrétion aident à foi-mer le jugement » ; de la lecture en général, qui est une conversation étudiée avec les plus honnêtes gens des siècles passés, « conversation en laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs pensées ». Il a des mots expressifs sur « les forces
et les beautés incomparables de l'éloquence », sur « les délicatesses et les douceurs ravissantes de la poésie »•
Sans doute, Descartes est sévère pour les langues anciennes et les études classiques. Ainsi, il déclare qu'il n'en a tiré lui-même aucun profit; il semble croire que l'étude des langues n'est utile que pour l'intelligence des livres anciens, qu'elle ne contribue en rien au développement de l'esprit ; enfin il accorde la palme de l'éloquence à ceux qui ont le raisonnement le plus fort, «encore qu'ils ne parlent que bas- breton, et qu'ils n'aient jamais appris de rhétorique. » Mais pour excuser Descartes, il suffit de se rappeler l'abus que l'on faisait alors de l'étude des langues. Elles étaient le tout de l'instruction, et chez les jésuites, dont Descartes était i'élève, elles n'étaient destinées à produire, le plus souvent, que des esprits superficiels, habiles à parler vraisemblablement de toutes choses, sans savoir positif, sans connaissances solides. Une scolastique nouvelle, celle des mots et de la rhétorique, était en train de se constituer, et de succéder à la scolastique du raisonnement et de la logique. C'est contre elle que Descartes proteste, au nom de la pensée réfléchie, qui ne saurait voir dans un verbiage élégant le but suprême et l'idéal de l'éducation intellectuelle.
Le Discours de la méthode renferme en outre quelques-uns des grands principes qui servent de fondement à la pédagogie moderne. C'est d'abord l'affirmation de l'égalité des esprits, de leur universelle aptitude à comprendre et à connaître. Descartes soutient que les intelligences humaines ne diffèrent que par la méthode qu'elles emploient : ce qui revient à dire, avec quelque exagération, que l'inégalité des esprits a sa source dans l'éducation et le degré delà culture, non dans je ne sais quelle prédestination intellectuelle. En d'autres termes, Descartes pensait déjà, comme tous les libres esprits des temps modernes, que l'instruction n'est pas le privilège de quelques-uns, qu'elle est le droit de tous. Que sont, en un sens, les innombrables écoles primaires aujourd'hui répandues à la surface des pays civilisés, sinon le commentaire vivant des pensées de Descartes sur la répartition égale du bon sens parmi les hommes?
Ce n'est pas seulement l'égalité des intelligences que Descartes pose en principe : c'est aussi le droit de chacun à penser par lui-même, à être l'ouvrier de ses opinions et de ses croyances, c'est, par suite, la nécessité de respecter dans les études la liberté de l'individu. Sur ce point l'auteur du Discours de la méthode se rencontrait avec l'auteur du Novum or^anum,3L\ec Bacon, qui pensait lui aussi qu'il convient de laisser à tous une certaine initiative, d'accorder quelque chose à la liberté des esprits, facendum nonnihil ingenio>um libertati. En cela, Descartes et Bacon doivent être considérés comme les initiateurs d'un des plus grands progrès que la pédagogie puisse accomplir : celui qui consiste à comprendre que le maître doit tenir compte des goûts, des aptitudes, des allures propres de chaque esprit qu'il est chargé d'élever. Il ne peut être question d'imposer à priori à tout le monde le même programme d'études ; il faut savoir varier les objets de l'enseignement et surtout les méthodes selon la diversité des intelligences.
C'est à. Descartes qu'appartient aussi l'honneur d'avoir établi le premier avec force la convenance de suivre, dans les études, l'ordre qui conduit l'esprit du connu à l'inconnu, du plus facile au plu" difficile, du plus simple au plus complexe. Il est vrai que Descartes recommandait surtout cet ordre pour les recherches scientifiques : mais si une méthode est bonne pour L'intelligence mûrie et développée du savant, elle l'est à plus forte