‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 333 sur 547 · DES · texte numérisé non relu

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ses applications à l'étude de ses principes et doses éléments progressifs. Et d'abord, par la reproduction prolongée de gravures, de lithographies ou de photographies, on limite le travail de l'élève à l'exécution de copies, et on ne lui enseigne point les notions, on le laisse étranger aux exercices qui lui permpttraient bientôt de ligurcr directement et avec précision les objets qui s'offrent à sa vue. Le genre d'imitation aujourd'hui en usage peut être un exercice préliminaire propre à initier aux conditions matérielles du dessin et au procédé de délinéation qui le constitue. Mais, souvent, les modèles choisis n'accusent point ce procédé et par là ils tendent à donner une idée fausse de ce que le dessin doit être : alors il ne s'agit plus que d'un exercice de calligraphie. En résumé, ce travail de copie n'est qu'une très faible partie du dessin. Comme intérêt, il est borné et sa pratique est stérile.

D'autre part, l'idée que lorsque l'on sait dessiner la figure humaine on sait tout dessiner, cette idée est fort accréditée, mais il ne faudrait pas l'adopter sans examen. Sans doute, celui qui saurait, avec une véritable connaissance de l'ordre naturel et des lois du dessin, représenter la figure de l'homme, celui-là serait, par cela même, en possession d'une méthode qui lui permettrait de reproduire en toute sûreté un objet quelconque ; mais encore ce ne serait pas sans une étude préalable et spéciale de cet objet. Nous parlons ainsi, parce que nous considérons le dessin de la figure comme le couronnemeni de l'enseignement du dessin. Mais l'idée qui consiste à en faire le principe et l'objet unique de l'enseignement prévaut, et elle ne peut se justifier. Au point de vue des formes, l'homme, les animaux, les plantes, les ornements, les ordres d'architecture, la construction à raison des matériaux divers qu'elle assemble, présentent autant d'organismes différents : la connaissance de l'organisme humain ne suffit point à donner la notion des autres, surtout si Ton observe que dans l'enseignement actuel Ton se passe de toute base scientifique. En effet, il semble que ceux qui professât l'opinion que nous essayons de réfuter pi v. écrivent généralement, dans l'enseignement du dessin, l'intervention de toute espèce de science sous prétexte que la connaissance de l'anatomie et de la perspective, par exemple, risqueraient de compromettre la sincérité de l'élève et de lui ôter la naïveté. Mais la naïveté n'est pas l'ignorance : et comment prétendre que la fidélité, que la perfection du dessin ne puissent s'obtenir qu'à la condition, pour le dessinateur, de ne point connaître la nature de son modèle et les moyens techniques qui sont propres à le représenter exactement ?

Si maintenant on se demande quel profit un ! jeune homme peut tirer de l'étude du dessin telle j qu'elle existe aujourd'hui, on peut dire que ce pro- ' fit est nul, et que d'ailleurs et en général on n'en a aucun souci. Evidemment, nous en sommes encore j aux idées du xvme siècle : le dessin est regardé | par les gens du monde comme un art d'agrément. C'est un passe-temps; ce qui plaît en lui, c'est qu'il a un faux semblant de l'art. Aussi le vérita- 1 ble dessin n'est-il pas enseigné dans les établissements universitaires. On le trouve bien dans quelques écoles municipales ou libres de Paris et des départements; mais cela ne suffit point. Il faudrait songer à le rendre obligatoire partout. Il appartient à l'Etat de le tirer de sa condition présente, où il est tronqué et inutile, pour le remettre sur sa base et le faire servir à l'éducation de la nation. Il y a aujourd'hui, dans tout le monde civilisé, avènement du dessin, comme de la science, dans l'éducation. Sans lui, tout un ordre des conceptions humaines se dessèche faute de moyen d'expression. Sans lui, point d'ouvriers habiles,

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point de bons chefs d'atelier ; point de p d'excellence dans les plus relevées des industries, celles qui rendent témoignage d'une civilisation. Il est également indispensable que dans sa partie primaire, la seule vraiment essentielle, il de point de départ obligatoire aux études des jeunes artistes, études qui sont beaucoup trop spéciales dès le début.

Appuyons encore sur la nécessité de cette partie primaire, grammaticale que nous avons exposée. Il est bien certain que la notion du dessin est pervertie. De ce que le dessin sert de mode d'expression aux beaux-arts, on en conclut que l'art esl objet principal, pour ne pas dire unique, que c'est l'art qui doit être, avant tout, visé dans son enseignement. Son côté général et utile, les moyens de précision qu'il emprunte à la science et qui servent de support nécessaire même aux conceptions de l'artiste, sont dédaignés ; avant de savoir tracer une ligne et reconnaître sa direction ou parle d'expression morale. D'emblée on sacrifie îa justesse au sentiment. On érii^e le goût en règle suprême et on traite de haut les principes • exercices fondamentaux sans lesquels, plus tare, ni l'inspiration, ni les formes ne peuvent se produire avec sûreté. On exalte l'idéal, on s'enivre de théories esthétiques avant de s'être rompu à la pratique et de s'être rendu maître des lois qui la régissent. Enfin, on songe à des vocations d'artistes qui sont l'exception, là où l'on doit s'ad; à la masse, et où l'on agit sur des enfants dont l'intelligence s'ouvre progressivement et dont la plupart seront des ouvriers. N'est-ce pas un d de faire appel à l'initiative et à l'indépendance "dr. sentiment, quand il ne conviendrait que d'ordo ner et de discipliner les esprits? Si peu que l'enfant suive un cours de dessin, il faut qu'il en emporte des notions certaines et quelques pratiques qui lui servent durant sa vie entière. Cela est conforme à la morale et cela, fort heureusement, est conforme aux enseignements gradués d'une méthode fondée sur la raison.

Certes, en obéissant à la logique, on ne prétend pas négliger le goût. C'est par le choix de modèles excellents qu'on peut le cultiver ; c'est par le petit musée que ceux-ci sont appelés à former au siège de l'école ou au centre du groupe scolaire qu'un appel doit être fait au sentiment. Au fond, cependant, le goût n'est pas invariable et il faut beaucoup compter sur le génie de la nation. Mais avant tout c'est un devoir d'assur°r les principes et de mettre les moyens pratiques an service des intelligences ordinaires et aussi d esprits inspirés s'il vient à s'en produire. Ces principes et ces moyens sont les mêmes, qu'il s'agisse d'enseignement primaire ou d'enseignement secondaire, d'écoles professionnelles et industrielles ou d'écoles de beaux-arts, car le d est un ; et, pour le dessin, on n'est pas plus autorisé à mesurer les premiers éléments en vue des professions ou selon les conditions social 3 qu'on ne l'est pour la grammaire, pour les sciences et pour la morale. En cela aussi l'éducation de l'homme du monde, de l'ouvrier et de l'artiste reposent sur une base identique et qui doit être commune à tous. [Eugène Guillaume, de l'Institut.

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