DROITS CIVILS
Saône, ainsi que le territoire de Belfort. Elle a compté en IH79 82 élèves, dont 16 boursières de L'Etat, H boursières du Doubs, 18 boursières de la Haute- Saône, et 27 élèves libres. Le personnel enseignant comprend la directrice, cinq maltresses adjointes et cinq maîtres externes. La marebe de l'école est satisfaisante : en 187N, sur 22 présentations, elle a obtenu 3 brevets obligatoires, fi brevets avec matières facultatives et 12 brevets complets. Trois maîtresses adjointes dirigent l'école annexe, qui compte plus de 100 élèves. Cette école normale va être prochainement laïcisée.
Montbéliard possède, sous le nom d'Ecole modèle, un cours normal fondé en 1830 et destiné à former des instituteurs protestants. Cet établissement a compté, en 1879, 19 élèves dont 15 boursiers (4 boursiers de l'Etat). L'enseignement, donné par un directeur, deux maîtres adjoints, et quatre professeurs externes, y est excellent; mais l'installation matérielle est des plus défectueuses, et appelait impérieusement des améliorations. Dès la rentrée prochaine, l'Ecole modèle sera installée dans un vaste bâtiment tout neuf, construit en grande partie avec le produit de souscriptions volontaires.
Le cours normal protestant d'institutrices, de Montbéliard, est aussi fort bien dirigé; il a compté, en 1879, 19 élèves. L'Etat et le département lui accordent des subventions, mais il n'y a pas de boursières. En 1879, 7 élèves se sont présentées à l'examen du brevet ; elles ont toutes été reçues, et 4 d'entre elles ont obtenu le brevet complet.
Le nombre total des brevets délivrés de 1833 à 1879 a été le suivant :
Instituteurs.
1833-1850 603 brevets élémentaires, 69 brevets supérieurs. 1851-1867 700 brevets obligatoires, 107 brevets complets. 1868-1879 320 — 33 —
Institutrices.
1836-1850. 203 brevets élémentaires, 69 brevets supérieurs. 1851-1867. 508 brevets obligatoires, 91 brevets complets. 1868-1879. 385 — 88 —
Salles d'asile. — Le Doubs comptait une seule salle d'asile en 1837, 13 en 1850, 19 en 1863, 21 en 1807, et 3'J en 1878. Le nombre des élèves inscrits dans les salles d'asile était de 200 en 1837, de 1423 en 1K50, de 2802 en 1863, de 3864 en 1867, de 7503 en 1876, et de 5510 en 1878. Sur les 36 salles d'asile existant en 1878, 38 sont des salles d'asile publiques, et parmi ces dernières, 13 avaient des directrices laïques. En 1879, il y avait 39 salles d'asile, dont 30 publiques; 14 de celles-ci sont dirigées par des laïques.
Cours d'adultes. — Cette institution n'a pas encore retrouvé toute la faveur dont elle a joui pendant quelques années. Voici les chiffres de la statistique à partir de 1807 :
Nombre des cours
Hommes
Femmes
Nombre des auditeurs Hommes
Institutions auxiliaires. — Le Doubs comptait, en 1863, 100 bibliothèques scolaires avec 7314 volumes ; en 1879 il en possédait 332 avec 30 822 volumes.
L'institution des bibliothèques pédagogiques est encore toute récente; on n'en comptait que 2 en 1878; aujourd'hui, en 1880, leur nombre s'élève à 27.
Le département possède depuis 1868 un Bulle-
tin scolaire, qui reçoit une subvention annuelle de 1 000 fr. du Conseil général. Cette subvention est malheureusement insuffisante pour permettre au Bulletin de publier tous les documents qu4 peuvent intéresser les instituteurs.
Une caisse départementale, créée le 25 janvier 1873, a pour but do favoriser la fréquentation des écoles par des récompenses et secours aux enfants et aux maîtres, de développer l'œuvre des bibliothèques scolaires, de venir en aide aux commune.-, pauvres, d'accorder des secours temporaires à d'anciens instituteurs ou à d'anciennes institutrices, etc. Elle est alimentée par des subventions de l'Etat et du département, et par les souscriptions de ses membres honoraires.
Le nombre des caisses des écoles n'était encore que de 5 en 1 878 ; il s'est élevé à 14 en 1870.
La société de secours mutuels des instituteurs et institutrices, fondée en 1808, comptait, au 31 décembre 1879, 851 membres, et son capital s'élevait à fr. 26 287.
Le nombre des caisses d'épargne scolaires en 1878 était de 162, avec 3929 déposants, qui ont versé durant l'année 1878 une somme totale de fr. 42 837. En 1879. il y a eu 1 80 caisses avec 4246 déposants, qui ont versé fr. 54 813.
Budget de l'instruction primaire. — Nous donnons, dans le tableau ci-dessous, le chiffre des dépenses ordinaires de l'instruction primaire dans le Doubs de 1855 à 1879 :
ANNEES
RÉTRIBU-
TION
scolaire
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SUBVENTIONS
de lÉ'.at.
du
département
2^ UsS
DRAMATIQUES (Représentations). — V. Représentations dramatiques.
DROITS CIVILS. — On désigne sous le nom de droits civils l'ensemble des facultés et des avantages conférés par la loi civile, tels que le droit de propriété, de puissance paternelle, la faculté de vendre et d'acheter, d'acquérir ou de transmettre par succession. Tout Français jouit des droits civils, mais les mineurs, les interdits, les femmes mariées ne peuvent exercer leurs droits que par l'intermédiaire de Leurs tuteurs ou maris.
La privation des droits civils peut résulter soit d'une condamnation judiciaire, soit de la perte de
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la qualité de Français. 11 y a des droits civils qui sont communs aux citoyens et aux étrangers, tels que le droit de posséder, d'acheter, de vendre; d'autres sont réservés aux nationaux, tels que la tutelle, l'adoption, le droit d'enseigner. — V. Étrangers. [L. Armagnac]
DRÔME (département de la). — Superficie : 6521 kilom. carrés. Population en 1876 : 3:?1 766 habitants (au lieu de 324 l'31 en 18(16). Densité moyenne de la population par kilom. carré : 49 habitants. Quatre arrondissements, divisés en cinq circonscriptions d'inspection scolaire : Die, Montélimar, Nyoris, Romans, Valence ; 29 cantons, 372 communes.
Population d'âge scolaire. — En 1872, on comptait i2 70!» enfants de six à treize ans (21 864 garçons, 20 845 filles), soit 13.3 enfants par 100 habitants.
En 1876, on compte 38 785 enfants de six à treize ans (19 887 garçons, 18898 filles], soit 12,05 enfants par 100 habitants.
1. Etat de l'instruction primaire avant 1789. — Le département de la Drôme a été formé d'une partie du Dauphiné et d'une partie de la Provence. On trouvera à l'article Dauphiné des renseignements généraux sur l'état de l'instruction dans cette province avant la Révolution. Nons rapporterons ici quelques faits particuliers relatifs à la brome.
Les archives communales ne remontent pas, en général, au delà du xvie siècle. On ne possède presque pas de renseignements sur l'histoire de l'instruction primaire au moyen âge. La première date certaine que l'on puisse citer est celle d'une contestation qui eut lieu en i21<; entre le doyen et le chapitre de Saint-Apollinaire, relativement à la nomination des « maistresdes escoles ; » une sentence arbitrale réserva cette nomination au chapitre. Il faut descendre ensuite jusqu'au xve siècle pour rencontrer des faits authentiques. En 1406, on trouve à Romans une association entre maîtres d'école pour tenir des pensionnaires. En 1412, la ville de Montélimar donnait 3 florins (le florin valait à peu près 2 francs de notre monnaie) pour indemnité de logement à son instituteur. Une délibération des consuls de cette ville, en 1439, montre que déjà, à cette époque, les écoles étaient inspectées, l'enseignement contrôlé, l'aptitude du maître, les progrès des élèves examinés. Marsolat, maître des écoles de Montélimar, aimait à discourir sur des questions réputées oiseuses et sans utilité, telles que celle « de l'antipode. » Les consuls s'en plaignirent au conseil et demandèrent « un régent capable, bon chantre (salmista) et ne faisant pas perdre le temps des élèves ». Et en effet, Marsolat fut remplacé par un maître instruit et expert, aidé d'un auxiliaire. (Délibérations consulaires de Montélimar.)
Au xve siècle, Valence était, dans cette partie du Dauphiné, la ville la mieux dotée en écoles et en moyens d instruction. Louis XI, encore dauphin, avait pour elle une affection toute spéciale. « Lorsqu'il eût goûté, dit Chorier, dans son Histoire du Dauphiné, la douceur des mœurs de ses habitants et les beautés de son territoire, il se persuada que cette ville serait favorable aux lettres dont il n'était pas ennemi. >• Dans l'acte de fondation de l'université de Valence (26 juillet 1452), le dauphin énumère les avantages nombreux que cette ville promet à la jeunesse studieuse : situation admirable, beauté du climat, salubrité de l'air, fertilité des campagnes, facilité des communications avec les autres villes, rien n'est oublié... qu'une dotation spéciale. Mais la communauté pourvut généreusement à tous les frais.
« On enseignait dans l'université nouvelle la théologie le droit canon, le droit civil, la médecine
et les arts. Maîtres et élèves y trouvaient les mômes privilèges qu'à Orléans, Toulouse et Montpellier. Pie II approuva cette institution en 1 459. Des professeurs et des jurisconsultes célèbres, tels que Orlhan, Ph. Decius, de Milan, Ant. de Dorne, de Valence, Gribaldi, Cujas, Bonnefoy, Roaldès, Laurent Joubert. etc., illustrèrent cette université et attirèrent à leurs leçons, pendant les xve et xvie siècles, de nombreux étudiants, parmi lesquels figurent Scaliger, le chancelier de l'Hôpital, de ïhou, Rabelais. » (Valence ancien et moderne, par M. A. Lacroix, archiviste du département et de la société d'archéologie de la Drôme.)
Durant le xvr* siècle, en dépit des guerres et des troubles religieux, les écoles se multiplient, ou du moins les renseignements à leur sujet deviennent plus nombreux. Le droit de nomination est disputé et attribué tantôt à la commune, tantôt à l'Eglise : mais presque toujours l'autorité civile finit par remporter. Une discussion s'élève, en 1512, à Montélimar, entre la ville et le chapitre, au sujet des candidats. La population voulait « maistre Pierre Ghanut, » et les chanoines « Lisieula. » La querelle continuant, la ville fit constater la capacité de P. Chanut et de ses aides. Cette « dispute des écoles » était un usage généralement répandu. En 1529, Drohin, instituteur, quitte Montélimar et quatre candidats s'offrent à le remplacer. Les voix des consuls se trouvant partagées, il est décidé que les concurrents « mettront conclusions et disputes publiques et que le plus agréable à la ville sera préféré. » Jean Alberge affiche ses conclusions à la porte de l'église, et, personne ne se présentant pour les combattre, il est nommé pour un an. (Délibérations consulaires de Montélimar.)
Les archives communales, concernant le xvir* siècle, en plus grand nombre, permettent de suivre de plus près le développement de l'instruction et de mieux connaître la situation des maîtres. Cette situation varie suivant les localités. Parfois l'école est gratuite ; le plus souvent le maître reçoit de la commune une somme jointe à la rétribution scolaire. Ici, ils doivent simplement l'instruction ; là, ils ont de plus la prière à l'église et la sonnerie des cloches, même pendant les orages; ailleurs, ils sont tenus de lire m les papiers des habitants et de faire promesses et certificats. » Quelquefois leurs offres déterminent leur admission. Ainsi, à Roche-sur-Buis, en 1655, Michel demande 100 livres et Barbeyrassi, 18, « outre ce qu'il plaira aux pères des enfants de lui bailler ; » et il est préféré à son concurrent. A Grignan, le traitement varie de 36 à 90 livres, par an, outre les 3, 4, 8 et 11 sols, par mois, des élèves selon qu'ils « sont à l'arfabé, aux Matines, au Gaton, à la Grand'mère » (Arch. du départ, de la Drôme). Le 2 mai 1 649, par devant un notaire royal, une convention est conclue entre Jean Caries, maître d'école de Séderon, et les consuls de Sainte-Euphémie, aux termes de laquelle « ledit Caries s'engage d'aprendre à lire, à escripre et toutes vertus honêtes les enfants, pendant un an, et ce moyenant les estats et gaiges de 24 escus de 3 livres, payables quartier par quartier et par avance, à laquelle somme est comprise celle de HO livres que la communauté de ce lieu donne, à l'accoustumé, pour dire la prière généralle pendant ladite année » (Ibidem).
Après la révocation de l'édit de Nantes, l'intervention de l'autorité ecclésiastique devient plus active, plus absolue : elle se réserve exclusivement la nomination des maîtres et le droit « de tenir les écoles : » témoin les prescriptions contenues dans les ordonnances épiscopales des diocèses de Die, de Valence, de Saint-Paul-Trois-Chatiaux, en [698, 17.8 et 1751, sur les permissions écrites que
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los maîtres doivent obtenir des évoques : « personne ne sera reçu dans aucune paroisse pour unir les écoles qu'il n'ait préalablement reçu de nous leur aprobation par écrit, que nous n'accord'Tons qu'après avoir vu des attestations en forme de leur bonne vie, mœurs et capacité et même les avoir examinés si de besoin... Et nous défendons aux curés d'en souffrir aucun ou aucune sans notre aprobation et de nous donner avis incessamment en cas de résistance. » (Ordonnances synodales pour le diocèse de Vahnce, par Mgr Milon, 1728.)
(le droit de nomination par l'évoque ne s'établit pourtant pas sans résistance. A Menglon, en l(j()0, la population refuse le vicaire comme instituteur et demande un laïque capable, « la Commune ayant le droit, de choisir son maître et de lixer ses appointements, sauf de le présenter à l'évêque.» Même opposition, en 1602 et en 1708, à Saint-Paul-Trois-Châteaux, siège alors d'un évêché.
Pendant le xviii* siècle, généralement chaque commune, même les plus pauvres, a son instituteur, loué pour un an. Le traitement varie selon la richesse du pays. En 1715, nous en voyons un à Bénivay (auj. 95 hab.), avec 60 livres ; — en 1722, à Alleyrac (77 hab.), avec 50 livres; — à Eygaloyes (367 hab.), une convention, du 15 mai 1731, donne « la régence des escoles à Joseph Marcel, au prix de 3 sols, par mois, pour les enfants qui aprennent à lire, et 4 sols pour ceux qui aprenent à chifrer. » — Le 24 septembre 1742, la commune de Plaisians (auj. 668 hab.), représentée par ses consuls, « a loué, à commencer du 1er jour d'octobre venant, Jean Estève, fils de Simon, dudit lieu, pour instruire la jeunesse tant pour lui aprendre à lire le latin , le français et écrire et chiffrer et généralement ce qui est de son ministère, moyenant la somme de 100 livres payables par ladite communauté en 4 paiements égaux. » (Archives départ.).
Les écoles mixtes, quant aux sexes, étaient déjà combattues à cette époque. « Nous défendons aux maîtres et aux maîtresses, sous peine d'interdiction, d'admettre les enfants des deux sexes dans une même classe, sous quelque prétexte que ce soit. * (Ordonnances synodales de.l'évêque de Valence, 1128.)
En 1731, les Frères des Ecoles chrétiennes sont appelés à Valence, par Mgr Milon, « pour assurer aux écoles l'instruction gratuite ; » en 1737, à Montélimar, puis successivement dans les principales villes.
Si l'on veut étudier, dans cette partie du Dauphiné, les instituteurs du passé, au point de vue de leur lieu d'origine, on les trouve venus de Paris, de la Bourgogne, de l'Auvergne, du Languedoc, de la Provence, de la Val-Louise (Hautes- Alpes), mais sans prédominance marquée d'une province sur l'autre. Il en est même un certain nombre nés dans le village où ils enseignent. Quant à leur degré d'instruction, on peut également s'en rendre compte en lisant leurs quittances de gages, ou leurs conventions avec les communes. Imbert, de Sault, en 1716, se charge d'instruire la jeunesse de Pevreret-sur-Mérouillon « dans la lecture, l'écriture, le calcul, la doctrine chrétienne, et de sonner les cloches moyennant 60 livres payées par la communauté et 30 par les parents... Pendant les récoltes, il quôtem. de maison en maison et chacun lui donnera le grain qu'il voudra... » Imbert sait à peine l'orthographe : il écrit <i faites » pour « fêtes », — « comansera » pour « commencera », — « ameau » pour « hameau, » etc. — Lesgret de Lespée, d Aix, le 13 septembre 1717, s'offre, en ces termes, aux consuls de Pierrelatte, pour enseigner «l'écriture en toutes sortes de caractères ronds, français, financiers, titulaires, italienne, bâtarde et romaine... Je sçai j
l" Partie.
l'arithmétique dans toute son étendue..., j'aprends les doubles parties à la françoise, holandahe, italienne et lyonaise... et afin que la jeunesse qui ne suit pas le cours des études sçache parfaitement l'ortografe je lui aprends les déclinaisons m a conjuguer en françois toutes sortes de rerbes ce qui les aprends à parler comme des courtisans... A legard de ceux qui sont destinés pour les études par la méthode de Port Hoyal je les met en état dentrer tout d'un coup en quatrième. » (Arch. départ.)
En résumé, on peut dire que l'instruction pi i maire, dans la Drôme, a suivi, pendant le long intervalle entre le moyen âge et la Révolution de 1789, toutes les vicissitudes des époques, tous les perfectionnements, tous les progrès opérés par la civilisation et par la marche de nos institutions sociales, prospérant généralement dans les villes et dans les groupes populeux, recherchée même dans les parties montagneuses où régnent les longs hivers. Ce qui caractérise surtout cette période, c'est la liberté presque entière des communes et l'absence de toute immixtion du pouvoir civil, dans le choix des maîtres, jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes, date de la prédominance de l'autorité ecclésiastique dans les affaires scolaires.
2. Développement de l'instruction primaire de puis 1789, et état actuel. —Pendant la Révolution, puis sous le consulat et l'empire, les écoles ne prospèrent que dans les villes. Ce sont surtout les maîtres qui font alors défaut. Un arrêté du 12 floréal an V, vu le nombre considérable de communes privées d'instituteurs, appelle à ces fonctions « tous les hommes qui y sont propres par leurs connaissances et par leur amour de la liberté. » Dans des Observations sur la situation du département de la Drôme (Paris, an IX), le premier préfet du département, le citoyen Colin, apprécie en ces termes la situation de l'instruction publique : « Dans les campagnes, le choix des instituteurs, soit qu'il ait été fait trop légèrement et sans examen, soit que l'on ait manqué d'hommes propres à ces fonctions, a besoin d'être rectifié.
» Dans les villes, il a été plus facile de trouver des hommes instruits ; mais ils sont sans moyens pour former des pensionnats, et les revenus communaux, déjà insuffisants pour les dépenses locales, ne permettent pas de leur faire de» avances.
» Les collèges, les universités ont été remplacés par les écoles centrales, et le système d'éducation est sans doute préférable à celui où, après avoir passé dix années de sa jeunesse, on ignorait tout ce qu'il faut savoir pour devenir magistrat, homnie d'Etat, artiste, etc.; mais, avant 1789, chaque ville avait son collège, et il n 'existe dans chaque département qu'une école centrale... On remédierait à un inconvénient aussi grave, en établissant des écoles secondaires, dont la dépense serait supportée par les habitants des communes où elles seraient placées, soit par un supplément aux centimes additionnels, soit sur les produits des octrois. »
D'après une statistique dressée au mois d'avril 1809 par ordre du préfet, le nombre total des écoles, dans la Drôme. était alors de 46, dont 4 dans l'arrondissement de Die, 8 dans celui de Montélimar, 15 dans celui de Nyons et 19 dans celui de Valence. Le nombre des instituteurs était de 52, instruisant en moyenne 6i3 élèves. Quelques uns de ces instituteurs sont des « membres de la ci-devant Doctrine chrétienne, » comme à Montélimar, à Valence ; — d'autres sont prêtres, à Propiac, à Charpey, à Lens-Lestang, à Montelier. Partout où l'instituteur n'a pas de pensionnaires, le traitement est des plus modiques. A Donzère, il reçoit 1 fr., lfr,25, l,r,5o et 2 lr, se
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Ion le genre d'instruction qu'il donne : celui de Mirabel reçoit 40 cent, par mois des élèves de 7 à 12 ans, etGOcent.de ceux au-dessus de cetâge. A Bourg-de-Péage, ville riche et commerçante, l'instituteur « reçoit uniquement 1 fr. et lrr,50 de ses élèves, selon le degré d'instruction, avec indemnité de 80 fr. pour le logement. » A Etoile, 1000 fr., « comme gratification annuelle, à la charge d'entretenir le bâtiment communal mis gratuitement a sa disposition pour l'établissement de l'école et se loger. » A Livron, outre 200 fr. donnés par la commune et considérés comme « plus que suffisants pour son logement et l'établissement de l'école, » l'instituteur retire, chaque mois, des écoliers, savoir : 1 fr. de ceux qui apprennent à livre, lfr,50 de ceux qui apprennent à écrire et 2 fr. de ceux qui apprennent l'arithmétique : « ces rétributions peuvent valoir au maître d'école G00 fr. environ. »
L'enseignement, dans la presque totalité des écoles, se ramène à la lecture, à l'écriture et au calcul : nulle trace de programme, d'emploi du temps, d'organisation pédagogique. Quant à l'aptitude des maîtres et à leur degré d'instruction, on peut les caractériser par cette note fréquemment reproduite dans la statistique citée plus haut : « capacité suffisante pour la tenue des petites écoles. »
Avec le manque de maîtres, ce qui aie plus retardé, dans la Drôme, le développement de l'instruction, c'est la configuration même de son sol montagneux dans toute la partie orientale. Des torrents et des ravins rendent souvent impossibles, surtout en hiver, entre les diverses sections d'une même commune, les communications et la réunion des enfants sous un même maître. Les habitants d'un hameau sent alors obligés de s'entendre pour se procurer, à frais commuus, un instituteur particulier. « C'était là principalement l'office confié à ces maîtres briançonnais qu'on voyait encore, il y a moins de trente ans, dans les foires d'automne, se promener dans la foule, une plume au chapeau, pour indiquer et leur état et leur désir de se louer, pendant l'hiver, moyennant un prix convenu. » (Statistique de la Drôme, par Delacroix, 1835.)
Toutefois, les effets de la loi de 1833 se firent bientôt sentir, et, comme le montreront les tableaux statistiques ci-dessous, les cinquante dernières années ont été, pour le développement de l'instruction populaire dans la Drôme, une ère de progrès continu, quoique moins rapide que dans quelques autres départements.
No nbre des écoles. — Voici d'abord le nombre total des écoles primaires, publiques et libres, à partir de 1821 :
Écoles publiques
1) autre part, voici la répartition de ces écoles en écoles de garçons, écoles de filles, et écoles mixtes, de même qu'en écoles laïques et congréganistes :
Division des écoles publiques et libres en écoles de garçons, écoles mixtes et écoles de filles.
Écoles de garçons.
Division des écoles publiques et libres en écoles Iniques et écoles cortgré'janistes.
coles libres
Total
les mixtes Écoles de filles.
Total
les éc. mixtes) 235
Écoles laiques
de garçons ou mixtes
de filles
Écoles congréganistes
de garçons , f „ ou mixtes e ' "
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Total
Sur les 372 communes du département, 5 sont dépourvues d'école : mais ce sont des communes dont la population arrive à peine à 100 habitants. Toutes les communes de plus de 50o âmes, à l'exception de 2, ont une école spéciale pour les jeunes filles.
Nombre d'insti tuteurs et d'institutrices, y compris les adjoints et adjointes.
laïques
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Nombre total d'élèves, et nombre des élèves gratuits dans les écoles primaires de toute nature.
Total des élèves Elèves gratuits
1 829 (année civile)
1876-77 (année scolaire).
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Manque
pub. 18 487
En 1859, il y avait 232 élèves inscrits sur 10000 habitants; en 187G, il y en avait 1202 sur 10 000 habitants.
L'état actuel de la fréquentation semble satisfaisant; en effet, en 1879, on comptait 3 i 578 enfants de 6 à 13 ans, tandis que le chiffre total des élèves qui ont fréquenté 1 école cette annéelà est de 44 0G0. « Pour expliquer l'apparente contradiction de ces deux chiffres, dit le rapport de l'inspecteur d'académie, il faut considérer : 1° que dans les commune» où une salle d'asile n'existe pas, — et presque toutes sont dans ce cas — l'école reçoit des enfants au-dessous de 6 ans, et 2° que les écoles spéciales aux garçons et aux filles reçoivent aussi des élèves ayant dépassé 13 ans. Cependant il reste encore 3 220 enfants des deux sexes, ayant l'âge scolaire, qui ne fréquentent pas l'école. Parmi eux 2 429 sont complètement illettrés. Ce chiffre est malheureusement trop élevé, et ni l'abonnement ni la gratuité ne paraissent devoir le diminuer rapidement : l'obligation seule fera disparaître le fléau de l'ignorance. »
Maisons d école. — L'installation matérielle des écoles s'améliore bien lentement. Les effets de la loi du 1er juin 1878, créant la Caisse d<*s écoles, ne sont pas encore sensibles. L'arrondissement de Valence est, sous ce rapport, le plus en progrès. Sur 710 maisons servant, dans le département, à la tenue de la classe, 4S5 sont la propriété des communes, et 225 sont louées. Les maisons appartenant aux communes répondent en général à leur destination ; mais quant aux locaux loués, ils laissent presque tous â désirer.
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dromi:
Voici le tableau des subventions accordées par l'Etat, durant les quatre dernières années, à di- Tersos communes de la Drôme pour construction ou réparation de maisons d'école :
Nombre de communes
Subventions de l'Etat
43 400 fr.