‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 381 sur 547 · V. en outre Armée (Enseignement dans · texte numérisé non relu

V. en outre Armée (Enseignement dans

ÉCOLES DE RÉPÉTITION. —V. Complémentaire (Eriseignement).

ECOLES SECONDAIRES. — Nous prenons ici ce terme dans le sens où il a été employé en France, depuis le moment où Talleyrand présenta à la Constituante son plan d'éducation nationale, jusqu'à l'établissement de l'Université.

Les « écoles secondaires », dans le plan de Talleyrand, EOnt appelées écoles de district; elles

ÉCOLES

ÉCOLES

forment le degré intermédiaire entre les écoles primaires et les écoles de département.

Le plan de Condorcet ne prévoit point d'écoles secondaires ; immédiatement au-dessus des écoles primaires, il place les « instituts », qui correspondent aux écoles de département de Talleyrand.

La loi du 3 brumaire an IV se conforma sur ce point au plan do Condorcet. En créant les instituts ou écoles de département sous le nom d' « écoles centrales », elle repoussa les écoles secondaires, qui, avait dit Lakanal, « sont devenues inutiles par l'étendue que vous avez donnée aux écoles ouvertes à l'enfance. Les écoles primaires présentent en effet tous les germes des connaissances qui sont enseignées dans les écoles centrales ; des établissements intermédiaires, des écoles de district ou de canton seraient superflus. »

Toutefois, sous le Directoire, on vit se reproduire plusieurs fois, au conseil des Cinq-Cents, la proposition d'établir des écoles secondaires pour combler la lacune qu'un certain nombre de personnes, contrairement à l'opinion de Lakanal, disaient exister entre les écoles primaires et les écoles centrales (V. Conseil des Cinq-Cents et Ecoles centrales). Cette proposition fut rejetée. Mais, sous le Consulat, la loi du 11 floréal an X donna raison aux partisans des écoles secondaires : le titre 11 de cette loi admit l'existence, au-dessus des écoles primaires, et au-dessous des lycées qui remplaçaient les écoles centrales, d'établissements intermédiaires portant le nom déco es secondaires. Voici le texte des articles relatifs à ces écoles, dont la création était d'ailleurs laissée à l'initiative des communes ou des particuliers:

« Art. G. — Toute école établie par les communes ou tenue par les particuliers, dans laquelle on enseignera les langues latine et française, les premiers principes de la géographie, de l'histoire et des mathématiques, sera considérée comme école secondaire.

» Art. 7. — Le gouvernement encouragera l'établissement des écoles secondaires, et récompensera la bonne instruction qui y sera donnée, soit parla concession d'un local, soit par la distribution de places gratuites dans les lycées à ceux des élèves de chaque département qui se seront le plus distingués, et par des gratifications accordées aux cinquante maîtres de ces écoles qui auront eu le plus d'élèves admis aux lycées.

>» Art. 8. — Il ne pourra être établi d'écoles secondaires sans l'autorisation du gouvernement. Les écoles secondaires, ainsi que toutes les écoles particulières dont l'enseignement sera supérieur à celui des écoles primaires, seront placées sous la surveillance et l'inspection particulière des préfets. »

Un arrêté des consuls, du 4 messidor an X, ordonna la formation d'un état des écoles de chaque département susceptibles d'être considérées comme écoles secondaires. A la suite de cet arrêté, le titre d'école secondaire, avec les privilèges qui y étaient attaches, fut accordé à 164 écoles en l'an XI, et à 1 1G autres écoles en l'an XII.

Lors de l'organisation de l'Université, les écoles secondaires prirent le nom, qu'elles ont gardé, de collèges communaux. — V. Lycées et collèges.

En Suisse, le nom d'écoles secondaires (Secundar-Schule dans la Suisse allemande) est donné à des écoles qui complètent l'instruction primaire par un enseignement plus étendu des matières formant le programme de celle-ci : ce sont, à proprement parler, des écoles primaires supérieures ; elles correspondent à peu près aux écoles moyennes de la Belgique.

ECOLES DE SERVICES PUBLICS — Le décret au 30 vendémiaire an IV comprenait sous ce nom les écoles suivantes, entretenues aux frais de

l'Etat, et « relatives aux différentes professions uniquement consacrées au service public »: l'Ecole polytechnique *, l'Ecole d'artillerie, l'Ecole des ingénieurs militaires, l'Ecole des ponts et chaust l'Ecole des mines*, l'Ecole des géographes, l'Ecole des ingénieurs de vaisseaux, les Ecoles de naTigation, et les Ecoles de marine. — V. les articles spéciaux consacrés à quelques-uns de ces établissements. — V. aussi Convention.

ÉCOLES DE SOURDS-MUETS. — V. Sourdsmuets.

ÉCOLES SPÉCIALES. — Le décret du 3 brumaire an IV, titre III, articles 1 et 2, énumérait en ces termes les écoles que la Convention avait créées ou entendait créer sous le nom d'écoles spéciales :

«Il y aura dans la République des écoles spécialement destinées à l'étude:

1° De l'astronomie;

2° De la géométrie et de la mécanique;

3° De l'histoire naturelle ;

4° De la médecine ;

5° De l'art vétérinaire;

6° De l'économie rurale;

7° Des antiquités ;

8° Des sciences politiques;

9° De la peinture, de la sculpture et de l'architecture ;

10° De la musique.

» Il y aura de plus des écoles pour les sourdsmuets et les aveugles-nés. »

Les écoles spéciales étaient bien distinctes de celles de services publics, ces dernières étant destinées à former des élèves pour le service de l'Etat. L'article 4 du décret établissait cette distinction en ces termes : « Ne sont point comprises parmi les écoles mentionnées dans l'article 1er du présent titre, les écoles relatives à l'artillerie, au génie militaire et civil, à la marine et aux autres services publics, lesquelles seront maintenues telles qu'elles existent, ou établies par des décrets particuliers. »

ÉCOLES SPÉCIALES POUR LES ENFANTS DE CULTE OU DE SEXE DIFFÉRENT. — V. Confessionnelles et non confessionnelles (Ecoles) et Sexes (Coéducation des).

ÉCOLES STAGIAIRES. — On nomme ainsi tout établissement public ou libre d'instruction primaire autorisé par le Conseil départemental peur recevoir des élèves-maîtres stagiaires (L. 1850, art. 47). — V. Certificat de stage.

Ces écoles sont désignées chaque année, dans le courant du mois de mars (Décr. 1 2 mars 18.>1, art. 1 ) . Tout instituteur voulant recevoir des stagiaires devra adresser sa demande au préfet avant le 1er janvier. Cette demande devra mentionner le nombre des élèves pensionnaires ou externes qu'il se propose de recevoir; il accompagnera en outre sa demande, s'il appartient à renseignement public, de l'avis du maire et du conseil municipal de la commune {id., art. 2). Après avoir recueilli le témoignage des autorités préposées à la surveillance des écoles, le Conseil dépanemental arrête la liste des écoles autorisées à recevoir des stagiaires et fixe la nombre de ces derniers qui pourront être admis dans chaque école. Cette liste est affichée chez l'inspecteur d'académie ot insérée dans le Bulletin des actes administratifs de la préfecture {id., art. S).

L'autorisation accordée peut toujours être retirée par le Conseil départemental [id., art. 4).

On doit tenir dans chacune de ces écoles un registre sur lequel l'instituteur inscrit les noms, prénoms, dates et lieux de naissance des élèvesmaîtres admis, le jour de leur entrée et celui do leur sortie, les motifs de la sortie (id., art. 5 . L'inspecteur primaire est chargé de constater si les stagiaires enseignent réellement dans l'école (id., art. 6).

ÉCOLES

ECONOMAT

Chaque année, le Conseil départemental fait procéder à l'examen de l'enseignement dans les écoles stagiaires. Les résultats de cet examen sont consignés dans un rapport qui est communiqué, s'il y a lieu, au Conseil général par le Conseil départemental [)d.y art. 8).

Tout instituteur libre ou public, autorisé h recevoir des élèves- maîtres, qui aurait faussement attesté que l'élève-maître aspirant à obtenir un certificat * de stage a rempli les conditions de stage exigées par la loi, pourra être traduit devant lo Conseil départemental, pour lui être fait application des dispositions de l'art. 30 de la loi de 1850 (V. Peines disciplinaires), s'il appartient à l'enseignement libre ; s'il est instituteur public, il lui sera fait application des peines portées en l'art. 39 de la dite loi {id.y art. 13).

Les inspecteurs primaires doivent surveiller particulièrement les élèves-maîtres entretenus par le département dans les établissements d'instruction primaire (L. 1850, art. 47).

Tous les départements ayant une école normale ou au moins un cours normal, il n'y a jamais eu qu'un nombre très restreint d'écoles stagiaires.

[E. de Resbecq.]

ECOLES TECHNIQUES. — V. Technique {Enseignement).

ÉCOLES tejui'ORAIKES. — LeConseil supérieur de l'instruction publique a émis l'avis, le 16 décembre 185<>, que le ministre peut en cas de nécessité, sur la demande du conseil municipal, approuvée par le Conseil départemental, autoriser l'ouverture d'écoles temporaires. — V. Hameau (Ecoles de). [E. de Resbecq.]

ÉCOLES TUKGOT. — V. Turgot {Ecole).

ÉCOLES VÉTÉRINAIRES. — Ces établissements, qui ressortissent au ministère de l'agriculture et du commerce, sont au nombre de trois, et situés à Alfort près Paris, à Lyon et à Toulouse. Les écoles d'Alfort et de Lyon existaient déjà avant la Révolution. La loi du 29 germinal an III les avait réorganisées, en transférant celle d'Alfort à Versailles; la loi du 3 brumaire an IV les rangea au nombre des écoles spéciales entretenues par le gouvernement. Les écoles vétérinaires reçoivent des élèves internes, des élèves externes et des auditeurs libres, français et étrangers. L'admission des élèves internes ou externes ne peut avoir lieu que par voie de concours ; toutefois ies bacheliers es lettres ou es sciences et les jeunes gens munis du certificat d'instruction agricole délivré par les écoles nationales d'agriculture sont dispensés de l'examen. Les auditeurs libres sont reçus sans examen sur l'autorisation du directeur de l'école.

Nul ne peut être admis au concours s'il n'a préalablement justifié qu'il avait plus de 17 ans et moins de 25 ans au 1er janvier de l'année dans laquelle le concours a lieu. Aucune dispense d'âge ne peut être accordée. Les demandes d'admission au concours doivent être adressées au ministre de l'agriculture et du commerce, soit directement, soit par l'intermédiaire du préfet du département où réside le candidat.

La durée des études est de quatre années. Le prix de la pension est de 000 francs par an pour l'internat, de 200 francs pour l'externat, payables par trimestre et d'avance. Les auditeurs libres payent 50 francs par trimestre. Les frais de trousseau, de livres et instruments nécessaires aux études sont de plus à la charge des élèves. Les élèves de quatrième année, qui sont reconnus par le jury en état d'exercer la médecine des animaux domestiques, reçoivent un diplôme de vétérinaire, pour lequel il est perçu un droit fixe de 100 francs. Les élèves de ces écoles sont admis à contracter l'engagement conditionnel d'un an pour le service militaire. [L. Armagnac]

ECONOMAT, ÉCONOME. — On nomme économe

la personne qui est ebargée de l'administration financière d'une maison, d'un établissement public ou privé.

Econome dans les écoles normales. — La comptabilité intérieure des écoles normales primaires est confiée aux directeurs de ces établissements, sous le contrôle de la commission de surveillance, des inspecteurs d'académie, des recteurs et des inspecteurs généraux (art. 28 du décret du 26 décembre 1855). Les dépenses prévues au budget intérieur sont acquittées sur un mandat délivré par un des membres de la commission de surveillance spécialement désigné comme ordonnateur des dépenses par le recteur de l'académie. Cet ordonnateur ne délivre aucun mandat, sans avoir préalablement apprécié l'opportunité de la dépense et s'être assuré que le paiement s'applique à des fournitures faites (Décret du 26 décembre 1855, art. 38). Le directeur est comptable des recettes, il répond de la validité des paiements, de la quantité, de la qualité et de l'emploi des fournitures; il est chargé de la caisse, de la tenue des registres, de la rédaction des états de situation et des comptes annuels (Décret du 26 décembre 1855).

Les comptes des directeurs des écoles normales, qui sont en même temps les agents comptables de ces établissements, sont dressés en la forme des comptes des lycées. Ceux des écoles dont les re» cettes n'excèûent pas 30 000 fr. sont soumis au conseil de préfecture, qui les apure, sauf recours à la Cour des comptes.

Les comptes de ces agents comptables dont les recettes excèdent 30 000 fr. sont réglés et apurés par la Cour des comptes (art. 710 du décret du 31 mai 1862).

L'art. 2 du décret du 3 octobre 1849 relatif au cautionnement des agents comptables ressortissant au ministère de l'instruction publique, dispense les directeurs et les maîtres adjoints des écoles normales primaires qui rempliront les fonctions de comptables de fournir un cautionnement.

Econome des lycées. — L'administration de chaque lycée est confiée à un proviseur : il a immédiatement sous ses ordres un censeur des études et un procureur gérant les affaires de l'établissement (art. 13 de la loi du 11 floréal an X, 1er mai 1802). Un règlement concernant les lycées en date du 19 septembre 1809 a substitué au titre de procureur gérant celui d'économe. L'art. 46 de ce règlement porte que le proviseur aura sous sesordres, tant pour les détails de l'administration intérieure que pour la comptabilité, un agent comptable sous le nom d'économe.

Les fonctions de l'économe sont essentiellement actives ; sans doute la bonne tenue des livres et des écritures est nécessaire au contrôle des opérations; mais ces opérations elles-mêmes sont l'objet principal de ses soins et de ses devoirs (Instruction du 9 avril 1863).

L'économe est chargé seul, sous sa responsabilité, de poursuivre la rentrée de tous les revenus du lycée et de toutes les sommes qui lui seraient dues, ainsi que d'acquitter les dépenses ordonnancées par le proviseur, jusqu'à concurrence des crédits régulièrement accordés. Le mobilier ainsi que les magasins et approvisionnements de toute nature sont entièrement à sa garde (art. 678 du décret du 31 mai 1862).

L'économe est tenu de fournir un cautionnement pour la responsabilité de,s;i gestion. Les comptes annuels de la gestion de l'économe sont jugés par la Cour des comptes (art. 678 du décret du 31 mai 1862).

Le service des économes ne se borne pas aux

écritures et aux opérations de comptabilité ; ils doi-

i vent discuter les marchés, présider aux livraisons

| defc fournitures et aux distributions, surveiller Jes

domestiques, veiller à ce que toutes les parties de la maison soient dans un état de propreté convenable, et, en évitant toute dépense inutile, ne rien négliger de ce qui peut contribuer au bienêtre des élèves (Cire. 10 février 1838).

Les économes sont nommés par le ministre. Pour devenir économe, il faut avoir exercé pendant trois ans les fonctions de commis d'économat (Ord. du Ier décembre 1837). [A. Boibieu.]

ÉCONOMIE DOMESTIQUE. — L'économie domestique est la science, nous dirons plus volontiers, puisqu'il s'agit d'instruction primaire, l'enseignement qui apprend aux élèves, futurs pères et mères de famille, à tenir convenablement une maison, un ménage; à y faire régner l'ordre, la propreté, l'hygiène, le bon goût; à ne faire aucune dépense inutile, à se contenter de ce que l'on a, et à tirer le meilleur parti possible des ressources dont on dispose.

L'enseignement de l'économie domestique estil utile, nécessaire, possible?

Doit-il trouver place dans le programme des écoles primaires en général, et dans les écoles de filles en particulier?

A-t-il déjà été introduit, et sous quelle forme, dans les écoles de France ou de l'étranger? Et quels résultats a-t-on obtenus?

Comment faut-il enseigner l'économie domestique à l'école primaire? Dans quelles limites doit-on l'enfermer ? Quel programme convient-il de suivre?

Telles sont les questions auxquelles nous allons essayer de répondre.

Le foyer domestique est le centre des affections et des intérêts de la famille. C'est là que se retrouvent le père qui rentre des champs, de l'atelier, du bureau; les fils et les filles qui reviennent de leurs classes ou de leurs travaux. C*est là que les uns et les autres sont entourés des soins dévoués de la mère de famille.

Mieux la maison est conduite, plus le ménage est tenu avec ordre, plus grande est l'harmonie qui y règne, plus vif est l'attachement réciproque des différents membres de la famille.

Il est bon, sans doute, il est indispensable, que la jeune fille sache lire et écrire, qu'elle ait l'intelligence ouverte, le sens moral formé, la tète et le cœur à la bonne place. Mais il est au moins aussi utile qu'elle ait des habitudes de travail, qu'elle connaisse et aime les soins du ménage.

En 1833 déjà, Mme de Pirey disait, dans son journal la Mère de famille : « L'économie domestique offre un faisceau de qualités presque toutes également nécessaires au mérite des femmes : l'ordre, la prévoyance, la propreté, l'amour du travail, la connaissance usuelle et pratique de tout ce qui concerne la science du ménage. >>

L'école primaire ne doit pas dédaigner cet enseignement ; il lui appartient; il faut qu'elle l'élève pour en faire comprendre toute l'importance aux populations ; il faut qu'elle le mette à l'égal des autres matières du programme ; qu'elle montre que cet art de l'alimentation, de la cuisine, de la propreté des appartements et des habits, peut devenir fécond en résultats hygiéniques et moraux; que l'un des meilleurs moyens de faire aimer le foyer domestique au mari et aux fils, c'est de le rendre agréable et riant, de l'animer par la bonne humeur, la douceur, l'habileté, l'affection de la •mère.

C'est donc surtout dans les écoles de filles qu'il sera nécessaire d'introduire cet enseignement. Mais il aura aussi sa place dans l'école de garçons ; le futur chef de famille n'entre pas dans tous les détails du ménage, mais il doit connaître l'emploi et l'usage de chaque chose afin d'éviter des pertes ; l'épargne judicieuse et le bon usage ■des divers objets de consommation ; la juste appré-

ciation des besoins réels, afin d'y pourvoir avec sagesse, prévoyance et économie.

Cet enseignement a été préconisé, il y a plu d'un demi-siècle, par Mme Campdi : « On s'accoutume, dit-elle, à la prodigalité comme à IV mie; il est donc indispensable de bien enseigner à une fille la valeur et l'emploi de l'argent, avant de lui accorder assez de confiance pour la charger des dépenses de son entretien. Pendant une ou deux années, on doit lui faire additionner tous les mémoires de la dépense ; qu'elle compte et distribue elle-même les sommes destinées à les acquitter. »

L'économie domestique a déjà été introduite dans nos écoles, mais timidement, indirectement, à l'occasion des leçons de lecture seulement.

Ainsi dans son livre de lecture, le Ménage, M. J.-H. Fabre enseigne l'économie domestique sous la forme de causeries d'une tante avec ses nièces, sur l'origine, la fabrication, l'usage, l'histoire des principales choses usitées dans le ménage.

M. Chaumeil, dans ses lectures alternées, a fait un pas de plus. Il consacre 17 lectures spéciales à l'économie domestique sous les rubriques suivantes :

Le foyer domestique. — La ferme. — Les vêtements, couture. — Le linge. — La lessive. — Le pain. — La viande et le bouillon. — Les boissons, le vin. — Le café, le thé, l'alcool. — Les tisanes. — Le laitage. — La basse-cour. — La porcherie. — Le jardin potager. — La culture des tleurs et des arbres fruitiers. — Les abeilles. — Le rucher. « Ces chapitres, dit M. Liès-Bodart dans la préface, sont assez nombreux, assez riches d'observations et de conseils pour donner de précieux résultats. »

Nous ne parlons ici ni des écoles ménagères *, comme celle de Reims, fondée en 1873 par le Dl Doyen, secondé par sa généreuse compagne, et celle de Rouen : elles font l'objet d'un article spécial ; ni des écoles de cuisine qui existent en Angleterre et aux États-Unis.— V. Cuisine [Ecoles de).

Nous avons à considérer plus particulièrement l'introduction de cet enseignement dans les écoles primaires ordinaires fréquentées par l'immense majorité et la plus intéressante partie de la population scolaire.

En Suisse, dans plusieurs cantons, des leçons spéciales d'économie domestique font partie du programme d'enseignement des écoles primaires supérieures ou secondaires de jeunes filles. On professeur neuchâtelois, M. Louis Favre, a publié an Manuel d'économie domestique qui sert de base à cet enseignement dans un certain nombre d'écoles ; il comprend les divisions suivantes : Notions générales ; — l'habitation; — le vêtement ; — les aliments ; — pharmacie domestique ; — le jardin : — les abeilles.

En Belgique, les instituteurs et institutrices réunis au congrès de Bruxelles, en 1880, ont demandé que l'économie domestique fût introduite dans les écoles primaires élémentaires. Elle figure déjà dans le programme des écoles primaires supérieures de filles, en la forme suivante :

« XVII. — Notions d'économie domestique. — 1. Conditions que doit réunir une habitation pour être saine. Ventilation. Propreté. — 2. Le mobilier, son entretien. — 3. Chauffage et éclairage. Conseils pratiques. — 4. Blanchissage du linge. Lessivage au savon ; emploi des chlorures liquides. Dégraissage. Emploi et danger du sel d'oseille. - ;>. Entretien du linge, des literies et des vêtements. — 6. Conseils pratiques relatifs à l'alimentation. Qualités des aliments, leur conservation : pain, pommes de terre, viande, poissons, œufs, beurre, graisses, légumes, fruits. — 7. Instruction* générales sur les préparations culinaires. — 8. Boissons : eau, lait, bière, café. — 9. Battcrit* de cuisine : matière, propreté. — 10. Toilette Ge^

jeunes personnes. — 11. Recettes et dépenses de la famille. »

Pour les écoles de garçons, les instituteurs belges proposent de faire porter l'enseignement sur le choix d'une habitation, sur l'achat des habillements, en se contentant du nécessaire, sur l'achat des aliments et des combustibles en temps utile, sur les moyens de reconnaître la falsification des aliments, sur l'économie et l'épargne, sur la tenue des livres; et ils proposent le programme suivant :

« 1° De V habitation. — Choix intelligent de l'habitation, situation par rapport aux affaires. Situation hygiénique, exposition ; nombre déplaces en rapport avec les besoins de la famille. Aménagement intérieur. Goût, économie. Loyer en rapport avec les revenus de la famille. (La question de l'hygiène est souvent inséparablement liée à celle de l'économie.) Etude des moyens d'entretenir dans les pièces la fraîcheur ou une douce température suivant les saisons. Chauffage, aérage, éclairage. Entretien : restauration, propreté.

»2° Du mobilier. — Objets strictement nécessaires ; solidité, durée, commodité, choix des matières, objets de fantaisie. Entretien et conservation. Quelques recettes utiles et pratiques. Disposition des meubles, symétrie, la place qui revient à chacun : chambre à coucher, salle à manger, cuisine, salon, choix du linge. La lessive, le nettoyage des lampes, choix de l'éclairage, soins à donner aux parquets. Destruction des insectes. Chauffage, confection des cheminées, poêles, fourneaux, calorifères, choix du combustible au point de vue de l'hygiène et de l'économie.

» 3° Approvisionnements . — Achat des denrées pouvant s'altérer, qualité et quantité. Endroits favorables à la conservation des produits alimentaires ; mode d'acquisition, époque des provisions; les mets, leur succession en chaque saison, avantages au point de vue de la santé, de la dépense. Nourriture plus ou moins abondante, suivant l'âge, les occupations, l'état de santé. Notions de physique, de chimie et de botanique en rapport avec la ventilation, les procédés de conservation et de préparation des boissons et des aliments, les moyens de reconnaître les falsifications et l'altération des denrées et des liquides (lait, poide spécifique ; vin, couleur), beurre, fruits (maturité), racines, légumes (fraîcheur). — Géographie. Contrées où se récoltent, où se fabriquent les meilleurs produits : produits naturels, produits de l'industrie (aliments, tissus, ustensiles, instruments).

» 4° Choix du personnel. — Domestiques. Rapports : justice, calme, énergie, activité, prudence. Inspection de la maison. Avantages de pouvoir se passer momentanément de leurs services.

» 5° De V argent et du travail. — Recettes et dépenses. Parti qu'on peut tirer du savoir et des talents. Gain et épargne, double profit; sobriété dans le nombre des choses ; le bon marché ; connaissance du prix des denrées, des étoffes, des toiles, du linge, des ustensiles, etc. Avarice et prodigalité (distinction). Compte du ménage. Agenda, compte de fin du mois. Le superflu et le nécessaire. Achat à crédit; danger des dettes, la probité. Réparation en temps utile des objets usés, détériorés, brisés. La toilette. Luxe, bon goût, simplicité. Maximes de Franklin, du Bonhomme Richard, sage emploi du temps. Habitude de prendre des notes. »

Ce programme est peut-être vaste ; en tous cas on ne pourra se prononcer sur son mérite que lorsqu'il aura été appliqué et qu'on aura pu constater les résultats obtenus.

Dans une école du Haut-Rhin, à Ribeauvillé, un enseignement de ce genre est donné avec une parfaite compétence et un plein succès, depuis plu-

sieurs années, par la femme du pasteur de la petite ville, Mme Michel. Elle y consacre deux séances, de trois heures chacune, par semaine.

Ce n'est plus à l'occasion de la leçon de lecture, et incidemment, que l'économie domestique est enseignée, mais directement et à des heures consacrées exclusivement à cet objet.

Le programme comprend, pour les 5 sections de l'école, le tricot des bas sans mesure, d'après un calcul simple fondé sur le nombre des mailles qui commencent les bas ; la couture, en commençant par le point à bâtir et en finissant par la reprise ; la coupe et Yassemblage, h l'aide du papier pour les plus petites élèves, et en commençant par les chemises de poupée, pour terminer par la robe, la chemise d'homme, le vêtement.

Pendant ces travaux d'aiguille et de coupe, l'économie domestique est enseignée par des entretiens qui portent, savoir :

Dans la 5e section, sur l'aération de la chambre et du lit, sur le balayage du corridor, de la cuisine, de l'appartement ; — sur le nettoyage de la vaisselle et de l'âtre, sur les ustensiles de cuisine ;

Dans la 4e section, sur la lessive ; sur les différentes espèces et les usages du savon ; — sur la manière d'enlever les taches d'huile, d'encre, de sang, de rouille, de fruit, de vin, de chocolat, de café ; — sur les soins à prendre du linge non lavé ; — sur le lit et les différentes parties qui le composent : paillasse et pailles, matelas, crins et laines; coussins, plumes et duvets; — soins à donner à la peau, aux cheveux, aux ongles ; — guérison des brûlures, coupures, engelures, cors aux pieds ;

Dans la 3e section, sur le lait, le beurre, le fromage ; — précautions à prendre pour empêcher le lait de tourner, ou pour l'utiliser, même s'il est aigre ; — sur les différentes espèces de graisse ; — sur les viandes fraîches ou conservées ; — sur le pot-au-feu, le bouillon, le bœuf rôti; — sur la viande de cheval, et les précautions à prendre pour la préparer ; — sur le veau, le mouton, le porc ; — sur les légumes frais ou secs, sur les fruits verts ou secs ; — sur les différentes espèces de farines ;

Dans la 2e section, sur les boissons ; — sur l'eau, l'eau froide, tiède, chaude, l'eau salée, l'eau minérale ; — sur le lait comme nourriture pour les enfants privés du lait maternel ; — sur le lait dans les différentes maladies; — sur les confitures, sur les mets sucrés pour les malades et les convalescents ; — sur le vin, l'eau-de-vie, la bière, lo sirop, la limonade ; — sur le bouillon de veau pour les malades, l'eau de riz et d'orge, les tisanes ; — sur la nourriture des malades : lait, œufs, viande, légumes ;

Dans la lrc section, sur les précautions hygiéniques à prendre pour les malades ; — les bains, bains de mains, bains de pieds, bains complets: sur l'air et son influence salutaire ; — sur la lumière et son action sur le corps humain ; — la moutarde, les sinapismes, la graine de lin, le camphre ; — la pauvreté du sang, les fièvres, les affections de la poitrine, de la gorge, du cœur; — l'hydropisie; — les crampes, la paralysie, les syncopes, la léthargie; — soins à donner au mourant, au mort, à la tombe.

Un point sur lequel Mmc Michel revient avec une touchante insistance, c'est la mission de garde-malade pour laquelle la jeune fille et la femme sont spécialement faites; sur les qualités qu'exige le soin des malades; sur le dévouement, la douceur, la patience dont elles ont besoin en présence des malades souvent impatients et injustes; sur l'influence qu'exercent sur le moral du malade les soins dévoués, la douceur, une parole d'encouragement, un regard affectueux.

Tous ces entretiens sont rédiges et résumés sous forme de rédactions revues, corrigées et complétées par la maîtresse, et conservées dans des cahiers qui formeront comme le vade-mecum de la future ménagère.

Il semble inutile, après ce qui précède, d'insister encore sur l'utilité, la nécessité de cet enseignement.

Nous ne parlerons pas ici de la place que doit occuper cet enseignement à l'école normale ; le Conseil supérieur vient de régler la question (janvier ISS l ) dans les nouveaux programmes des écoles normal. ^ d'institutrices. — V. Normales {Ecoles). Mais, même dans les écoles primaires, il est convenable autant que facile de donner sous la forme d'entretien, et pendant les heures des travaux d'aiguille, un certain nombre de notions que nous classerions à peu près dans le cadre que voici :

Habitation. — Aménagement intérieur; aérage, chauffage, ventilation, entretien. — Mobilier.

Cuve. — Les différentes boissons. Conservation des produits alimentaires.

Cuisine. — Disposition, conservation, nettoyage des ustensiles.

Ali'hents. — Leur préparation. Viandes, légumes, laitage, farines; fruits, frais et secs, et leur usage.

Lessive. — Les cendres, la potasse, la soude, les savons.

Repassage.

Linge — Entretien et conservation.

Habillement. — Hygiène du corps.

Soin des malades. — Syncope, asphyxie.

Recettes et dépenses. — Gains et épargnes. Economies. [G. Jost.]

ECONOMIE POLITIQUE. — I. Ce qui est fait et ce qui est à faire. — M. Rossi prononçait, il n'y a pas moins de quarante ans, du haut de sa chaire du Collège de France, les paroles suivantes :

« Nous ne craignons pas de le répéter: il importe à la prospérité des classes peu fortunées, et à l'avenir du pays, de joindre à l'éducation du peuple quelques notions élémentaires d'économie nationale. 11 importe d'expliquer nettement aux enfants des classes laborieuses la nature et la variation des salaires, l'origine et l'action des petits capitaux, le danger de les perdre, le moyen de les employer utilement, les ressources qu'offre l'assoriation, soit pour accroître la puissance productive du travail, soit pour diminuer les dépenses individuelles et donner plus de développement au principe si fécond des secours mutuels. Dans les temps calmes, ordinaires, on néglige complètement cette partie si essentielle de l'instruction populaire; et ce n'est que lorsqu'un désastre, une disette, une tourmente politique, une crise commerciale ont déjà paralysé le travail et jeté la confusion dans le marché, que des hommes, qui ont plus de vanité que de jugement, adressent leurs prédications économiques à une population ignorante et irritée par la misère : ils se flattent de faire comprendre, dans quelques instants, à la multitude, des enseignements tardifs dont rien n'a préparé l'application, et qui ne paraissent inspirés alors que par la crainte et par l'égoïsme des classes supérieures. »

Vingt-cinq ans plus tard, en 1864, au lendemain de cette « famine de coton » qui avait été pour l'Europe le contre-coup des terribles déchirements de l'Union américaine, un ministre de l'instruction publique, M. Duruy, faisait, dans un rapport officiel, les déclarations que voici :

« L'Angleterre a pu traverser paisiblement une crise épouvantable, parce que ses ouvriers connaissaient tout ce que nos jeunes gens ignorent encore : les ressorts délicats de la production et de la vie économique. Nos misères de 1848 sont venues de cette ignorance. »

Plus récemment, en 1870, un autre ancien ministre de l'instruction publique, qui a occupé depuis un poste plus considérable encore, M. Jules Simon, félicitant la société d'enseignement professionnel du Rhône d'avoir ajouté à ses anciens cours un cours d'économie politique, s'exprimait ainsi à son tour :

« Croiriez-vous que nous avons toutes les difficultés du monde à faire entrer l'enseignement de l'économie politique dans l'enseignement officiel? Nous y arriverons, je l'espère; le bon sens aura raison de la routine. » Et, un instant après, le môme orateur s'écriait: « Savez-vous ce que c'est que l'économie politique? C'est la science du bon sens. Elle vous montrera d'abord où. est votre intérêt, et c'est un premier service ; ensuite elle vous apprendra à ne pas le mettre là où il n'est pas, et c'est un service peut-être aussi grand. »

Et comme preuve de fait à l'appui de cette assertion, M. Jules Simon ajoutait : « J'ai assisté à Manchester à des discussions entre patrons et ouvriers. J'écoutais avec admiration des tisserands dont les journées entières s'éco liaient devant leurs métiers, discutant leurs intérêts contre leurs patrons avec sobriété et sagesse, en hommes pratiques et intelligents. »

Ces trois citations, auxquelles il serait aisé d'en joindre bien d'autres, disent assez haut quelle e>.t l'importance de l'enseignement de l'économie politique et combien il est nécessaire que les notions, au moins élémentaires, de cette science soient partout répandues de façon à devenir, comme elles le sont heureusement devenues dans quelques pays, familières à tous les esprits. Elles disent en même temps combien ces idées ont jusqu'à ce jour rencontré d'obstacles, et avec quelle lenteur la science économique a commencé à pénétrer dans les différentes sphères de l'enseignement.

Sur le premier point nous n'entrerons pas dans de longs développements, et nous ne plaiderons pas à fond la cause de l'économie politique. Les autorités que nous venons d'invoquer suffisent; et les faits en cours d'accomplissement, dont nous allons présenter un aperçu, établissent d'autre part que l'impulsion est désormais donnée et que les difficultés dont parlait M. Jules Simon sont enfin en train de disparaître. « On agit selon qu'on pense, » disait, il y a plus de deux mille ans, le bon Socrate. a L'ignorance, disait-il encore, quand elle n'est pas factieuse, est toujours prête à le devenir. » En quelles matières, plus qu'en celles qui sont l'objet de la science économique, ces paroles sont-elles vraies, et combien de fois n'en avonsnous pas fait, à nos dépens, la redoutable expérience? L'objet de la science économique, Rossi l'indique avec sa finesse et sa précision habituelles, c'est notre vie de tous les jours ; ce sont les questions mêmes desquelles dépendent, suivant la façon dont elles sont entendues et réglées, notre bien-être ou notre mal-être, et avec les nôtres ceux de la société à laquelle nous appartenons. Ce sont, à proprement parler, des questions de ménage, et le nom môme d'économie politique, ce nom souvent si mal compris, ne veut pas dire autre chose: c'est la science du ménage social ; science non moins indispensable à tous que celle de l'hygiène, puisque des deux côtés les effets de l'ignorance sont les mêmes. Lorsque nous nous faisons, quant aux conditions de la vie physiologique, des idées fausses; lorsque nous ignorons, comme il arrive trop souvent, les conditions essentielles de l'art de conserver la vie ; non seulement, nous ne faisons pas, à ce point de vue, ce que nous devrions faire, mais nous faisons ce que nous ne devrions pas faire : de gaieté de cœur, pour ainsi dire, tantôt nous compromettons notre santé, ou la

santé des autres, par l'inobservation la plus grossière des lois de la vie physique ; tantôt nous recourons, pour la rétablir, aux plus ridicules ou aux plus dangereux expédients. Lorsque nous nous faisons de môme sur les conditions de la vie économique des idées fausses; lorsque nous ne nous rendons compte ni de la façon dont se forme la richesse, ni de la façon dont elle se conserve ou se perd ; lorsque nous ne comprenons ni la nature ni le rôle du travail, du capital, des machines, du commerce ou de la monnaie; lorsque nous nous figurons, comme il n'est que trop facile de le faire sur de premières apparences, que l'on peut, à volonté, par la force (ou par la loi, qui n'est qu'une des formes de la force), modifier d'un instant à l'autre la richesse d'une société et en donner à chacun une part à sa convenance; lorsque nous ignorons, en un mot, qu'il y a des lois naturelles de ces choses et que l'accroissement de la prospérité commune ne s'obtient que par le développement naturel des activités individuelles mieux dirigées, nous sommes à la merci de tous les mirages de l'alchimie sociale, et fatalement nous devenons les artisans de notre propre malheur ou les fauteurs du malheur d'autrui.

Ces vérités, avons-nous dit, ont fini par être comprises, ou du moins elles commencent à l'être, et l'on a vu, dans ces dernières années, i enseignement économique prendre des développements, bien insuffisants encore, mais tout nouveaux. Une place lui a été faite, dès 1864, grâce à M. Duruy, dans l'enseignement secondaire spécial, en vue duquel un manuel a été rédigé sur le programme officiel par les soins de M. Levasseur. Quelques notions, bien insuffisantes aussi, en ont été introduites, vers ïa même époque, et par le même ministre, dans l'enseignement des lycées.

C'était l'histoire alors qui devait élargir son cadre; et l'histoire, assurément, ne peut que gagner à éclairer les faits qu'elle expose à la lumière de l'économie politique. La tentative cependant n'eut que peu de succès; l'innovation, malgré les bonnes intentions de M. Duruy, ne prit pas racine ; et l'on peut dire que de ce côté, hier encore, presque tout était à faire. Les nouveaux programmes arrêtés, en cette année 1880, par le Conseil supérieur de l'instruction publique viennent enfin, il faut l'espérer, de réaliser un progrès plus sérieux. Le cours de philosophie, dans tous les lycées de France, comprendra désormais huit leçons d'économie politique ; et ces huit leçons, dans leurs indications sommaires, contiennent la substance au moins des trois grandes branches de la science, la production, la circulation et la consommation des richesses. Par une conséquence inévitable, — ce que les professeurs de philosophie sont tenus d'enseigner leur devant être enseigné à eux-mêmes, — des conférences d'économie politique sont, dès à présent, instituées à l'École normale supérieure, et confiées à un savant de premier ordre, M. Courcelle-Seneuil. La Faculté des lettres, à son tour, sous peine de manquer à ses candidats en leur refusant les moyens de trouver chez elle toutes les connaissances dont ils pourront ou devront être appelés à justifier devant elle, sera dans l'obligation de s'enrichir, d'ici à peu, d'une chaire qu'elle aurait dû depuis longtemps tenir à honneur de posséder.

En même temns l'École normale supérieure d'institutrices, dont l'organisation s'achève en ce moment, prend part à ce mouvement. L'homme distingué à qui cette organisation a été confiée, M. Pécaut, qui depuis longtemps s'était prononcé pour l'introduction de cette science, dans les écoles primaires supérieures, tout au moins, a inscrit dans ses programmes quelques leçons d'économie politique ; et c'est un des hommes les mieux qualifiés pour cette tâche, M. Félix Cadet,

inspecteur général de l'enseignement prïrnnire et jadis excellent professeur de philosophie et d'économie politique à Reims, qui en est chargé. Sous une autre forme et par d'autres de ses représentants, la science économique figurera aussi dans les conférences, d'un caractère plus général et plus élevé, qui doivent être faites dans cette école par les sommités des diverses branches d'enseignement.

De leur côté les professeurs de philosophie ne demeurent pas inactifs. Quelques-uns d'entre eux (parmi lesquels on peut citer le savant doyen de la Faculté des lettres de Dijon, M. Henri Joly), qui avaient la bonne fortune de se trouver déjà préparés, par des études antérieures, aux nouveaux devoirs qui leur vont incomber, offrent à leurs collègues plus novices et à leurs élèves des directions précieuses. Et le vieux professeur qui a la satisfaction d'enregistrer ici ces progrès et qui déjà à Nice, il y a plus de quinze ans, avait été admis à faire, à titre d'essai volontaire, ce qui maintenant est de règle et d'obligation, est officiellement autorisé à faire, avec l'assentiment du professeur, dans un des grands lycées de Paris, une série de douze leçons destinées jusqu'à un certain point à tracer la voie et à donner la note juste de ce qui convient.

On sait d'autre part que depuis 1863 à Nancy, depuis 18^8 à Paris, la science économique a pris place à côté delà science juridique. En 1876, en vertu d'un vote des Chambres, ce qui n'était jusqu'alors que l'exception est devenu la r^gle. Toutes les Facultés de droit ont dû, pour se compléter, être pourvues de chaires d'économie politique, et un décret du 26 mars 1877, rendu sur l'avis du Conseil supérieur de l'instruction publique, a inscrit cet enseignement parmi les matières obligatoires des examens. En même temps des conférences, des cours suivis parfois, étaient, comme à Lyon et à Marseille, où l'enseignement est donné par le savant doyen de la faculté de droit d'Aix, M. Jourdan. institués ou patronnés par des sociétés industrielles, des chambres de commerce ou des municipalités intelligentes, et l'on ne tardait pas à en constater les excellents effets. Tout cela cependant ne s'adressait pas à la masse de la nation, et ne prenait pas d'ailleurs les esprits assez tôt, avant l'âge où, à force d'être saturés d'erreurs, ils deviennent impénétrables à la vérité. L'enseignement primaire seul répond à ces conditions. « L'école primaire, dit M. LaboUlaye, est la seule que fréquente la majeure partie de la nation; c'est là qu'il faut semer des idées justes, afin d'empêcher que plus tard ne germent l'erreur et l'envie, ces deux causes de révolutions. »

On ne saurait mieux dire, assurément. Mais, pour enseigner, il faut savoir; et, dans la plupart des localités, il faut bien le reconnaître, on chercherait encore en vain, à l'école ou hors de l'école, l'homme en état de donner aux élèves les notions les plus élémentaires de l'économie politique. On a toutefois organisé cet enseignement dans quelques villes : M. Livet, à Nantes, dans le bel établissement dont il est le créateur : M. Dérivaux à Angoulême, dans les écoles municipales, s'en acquittent depuis plusieurs années. Ce sont des exceptions. A Paris même, malgré ie vœu émis, le 6 novembre 1875, par le Conseil général, et tendant à ce que « l'enseignement donné dans toutes les écoles primaires du département comprenne des notions sommaires d'économie politique, » tout ou à peu près reste à désirer. On ne saurait demander aux instituteurs les plus dévoués d'enseigner ce qu'on ne leur a pas apprh; tout ce qu'on peut faire jusqu'à présent, et c'est beaucoup, c'est de mettre entre leurs mains et entre les mains des élèves des ouvrages dans les-

quels, comme dans Francinet ou dans le livre de lecture courante de Caumont, les questions économiques soient touchées avec sûreté.

Mais, quand on n'a pas de professeurs, on en forme, et c'est à cela précisément que sont destinées les écoles normales. Il était donc naturel de songer à faire dans les programmes des écoles normales, ainsi que cela est, depuis 1868, réglementaire en Belgique, une petite place au moins à l'économie politique. Cela ne demandait ni beaucoup de temps, car quelques heures pour le but à atteindre suffisent ; ni beaucoup d'argent, car un crédit de quelques centaines de francs était tout ce qu'il fallait pour indemniser le professeur et garnir la bibliothèque ; ni beaucoup de fatigue, car si l'on ajoutait quelque chose aux études déjà très nombreuses qui sont imposées aux élèves-maîtres, le nouveau cours, par l'attrait et la variété des sujets, ne pouvait qu'être une diversion salutaire, dont devait profiter l'ensemble du travail. La seule difficulté sérieuse, et elle n'était pas insurmontable, était celle du personnel auquel pourrait être confié le nouvel enseignement. Dans les bornes où doivent être renfermées ces leçons tout à fait élémentaires, il ne peut s'agir que d'exposer les solutions définitivement acquises, celles qui sont, selon l'expression de M. Jules Simon, du domaine du sens commun ; et tout homme d'un esprit ouvert et droit, accoutumé à se rendre compte de ses idées et à les exposer avec netteté, peut, en s'aidant des excellents guides qui sont à la disposition de tous, se mettre en état de remplir très convenablement cet office. Beaucoup le sont déjà; et comme les écoles normales ne sont pas, en général, perdues au milieu de déserts ou enfouies dans des villes de dixième ordre, on n'a, dans la plupart d'entre elles, qu'à regarder autour de soi pour trouver l'homme de bon sens et de bonne volonté dont on a besoin.

Ainsi du moins ont pensé un certain nombre de personnes qui se sont faites, dans ces dernières années, les promotrices de cette idée, et à cette heure un tiers environ des Conseils généraux de France ont émis des vœux en faveur de l'introduction de l'enseignement économique dans le programme des écoles normales. Plusieurs chambres de commerce et plusieurs Conseils académiques se sont prononcés dans le même sens; et dans un certain nombre de ces écoles déjà non seulement le cours est institué, mais, comme à Toulouse, à Versailles, à Paris, à Nancy encore, il a fonctionné assez longtemps pour que les résultats en aient pu être appréciés. De l'aveu de tous, ces résultats sont excellents : les rapports des directeurs et des inspecteurs sont décisifs ; et la commission de surveillance de l'école d'Auteuil, pour ce qui la concerne, a pris l'initiative de régulariser le nouvel enseignement en l'introduisant, sur les conclusions formelles de l'un de ses membres, M. l'abbé d'Hulst, vicaire général de l'archevêché de Paris, dans le budget ordinaire de l'école.

Essayons de résumer ce qui, dans ce domaine, est à cette heure réalisé ou en voie de réalisation.

Dès 1872, le Conseil général de l'Oise, sur la proposition de M. G. Meurinne, avait formulé un vœu en faveur de l'introduction de l'économie politique dans les écoles normales, et dès la même époque M. Bozy, professeur à la faculté de droit de Toulouse, était admis à faire un cours complet à l'école normale de cette ville. En 1874, le conseil général de Seine-et-Oise, sur la proposi tion de MM. Frédéric Passy, Eugène Rendu et Fréville, émettait un vœu analogue, appuyé, pour en assurer la réalisation immédiate dans le département, d'une ouverture de crédit de 500 fr.: et, dès le premier semestre de 1875, une série de

dix leçons était faite à l'école de Versailles, et parallèlement à celle d'Auteuil. Le même enseignement était donné, en même temps, à L'école normale pour les jeunes filles, à Neuilly. Le signataire de ces lignes, qui s'est trouvé chargé de ces trois cours simultanément, avait déjà fait en 1869-70, à la mairie du 1er arrondissement de Paris, un cours pour les jeunes filles, dont les résultats avaient été très satisfaisants. En cette même année 1875, et de nouveau l'année suivante, un appel était adressé, par les mêmes conseillers généraux, avec l'appui d'un grand nombre de personnes notables, à tous les Conseils généraux de France ; et cet appel amenait à se prononcer expressément, et dans certains cas à plusieurs reprises, les Conseils généraux des départements suivants : Aisne, Ariège, Corrèze, Doubs, Gers. Hérault, Indre-et-Loire, Loire-et-Cher, Loire-Inférieure, Lozère, Manche, Meurthe-et-Moselle, Puy-de-Dôme, Côte-d'Or, Seine-Inférieure, Somme, Var, Haute-Vienne, Gironde et Vosges : soit, avec la Haute-Garonne, l'Oise, la Seine et Seine-et- Oise, déjà mentionnées, un total de vingt-cinq (sans compter les omissions).

Plusieurs Conseils académiques, ceux de Bordeaux, de Dijon et de Meurthe-et-Moselle, tout au moins, ont pris des conclusions dans lô même sens. Ces conclusions valent pour tout le ressort de ces conseils.

Un certain nombre de chambres de commerce, dont nous n'avons pu nous procurer la liste, mais parmi lesquelles nous pouvons citer celles de Laval, de Bordeaux, de Montpellier, se sont, à diverses époques, montrées pénétrées des mêmes idées. Un cours public d'économie politique est fait à Bordeaux, depuis plusieurs années, so-js les auspices de la chambre de cette ville, qui delivre même, après examen, des diplômes aux élèves. L'un des premiers a été obtenu par une demoiselle ; parmi ses concurrents étaient M. Faurc, devenu depuis l'un de nos plus brillants agrégés, et actuellement chargé du cours d'économie politique à la faculté de droit de Bordeaux. Un autre cours a été fait longtemps, dans des conditions analogues, à Lyon, par M. H. Dameth, professeur à l'académie de Genève et correspondant de l'Institut. Nous ne parlons que pour mémoire, puisqu'ils ne sont ni publics ni précisément primaires, des cours des écoles de commerce de Paris, Lyon, Bordeaux, Marseille, le Havre et autres grandes villes. Mais on doit ranger dans cette catégorie des cours primaires, avec ceux de la société professionnelle de Lyon et de la municipalité d'Angoulême, dont il a été parlé ci-dessus, ceux des collèges et écoles supérieures de la ville de Paris, Turgot, Chaptal, etc., et ceux de la Société d'économie politique de Lyon, de la Société des cours d'adultes de Corbeil, des sociétés industrielles do Saint-Quentin, d'Amiens, de Reims et autres cités industrielles, et les cours des diverses sections des associations philotechnique et polytechnique, ainsi que de l'Union française de la jeunesse, dans les divers quartiers de Paris et dans les communes voisines, Vincennes entre autres. Il convient encore de mentionner les cours faits, dans certaines grandes maisons industrielles, pour les ouvriers ou apprentis : par exemple chez MM. Chaix et Cic, à Paris, ou chez MM. Gillet et fils, à Lyon, où un ingénieur distingué, M. Michel, s'est fait pendant plusieurs années, avec autant d'habileté que de dévouement, petit pour les petits.

Bien qu'aucune fondation définitive n'ait encore suivi, l'auteur de ces lignes ne saurait oublier qu'il a été appelé, en 1876, à faire aux Instituteurs du Loiret, à l'occasion de leur exposition scolaire, un exposé sommaire de la science; et que M. L. Rabourdin, compagnon d'études de M. Faure, et comme lui élève diplômé des cour?

de la chambre de commerce de Bordeaux, a pu ouvrir, depuis trois ans, dans la môme ville d'Orléans, une série de conférences élémentaires qu'il a été appelé à répéter en partie à Chartres, et que lo Conseil général d'Eure-et-Loir a eu la bonne pensée d'étendre, pendant deux hivers, aux divers chefs-lieux d'arrondissement. Le môme professeur a été, en 187*.), et doit être de nouveau, en 1880, chargé d'un cours à la mairie de Versailles.

Ajoutons que le môme département du Loiret, sans instituer encore dans son école normale l'enseignement nouveau, a exprimé le vœu de voir rédiger un manuel-programme destiné à servir de guide pour cet enseignement, et que le Conseil général de Seine-et-Oise, sur la proposition du préfet, M. de Crisenoy, a ouvert un concours, avec prix de mille francs, pour provoquer la composition de ce manuel.

Ce concours, dont le jugement a été confié à une commission composcede MM. Hély d'Oissel, conseiller d'État, Baudrillart et F. Passy, membres de l'Institut, n'a pas produit, comme le constate le rapport, moins de onze mémoires, presque tous plus ou moins dignes d'éloges par des qualités diverses, et dont trois au moins ont paru mériter une récompense.

Rendons enfin, avant de clore cette énumération que nous voudrions plus longue, un témoignage particulier à la courageuse et persévérante initiative de mademoiselle H. Malmanche, d'abord directrice, puis inspectrice des cours municipaux de comptabilité de la ville de Paris, qui a eu l'heureuse inspiration et le rare talent d'introduire insensiblement dans ces cours, à la satisfaction de tous, des notions pratiques d'économie politique, et a réussi à former, à son école, non seulement de bonnes élèves, mais des auxiliaires intelligentes et dévouées. Depuis plusieurs années déjà cet enseignement, d'abord simplement toléré, est officiellement reconnu. Des spécimens des devoirs qui s'y rattachent ont figuré, en 1878, à l'Exposition universelle et attiré suffisamment l'attention des commissaires étrangers pour provoquer, en Italie, une imitation empressée. Les jeunes filles qui le reçoivent sont interrogées, dans plusieurs mairies, par les professeurs et les juges des grandes écoles, et une note spéciale, qui a la même valeur que les autres, leur est comptée pour l'obtention des certificats d'études qui leur sont délivrés. Cette année même, 1880, des examens ont eu lieu, sous les auspices de la direction de l'enseignement primaire de la Seine, dans les salles de la préfecture ; et un grand nombre d'aspirantes, parmi lesquelles plusieurs déjà pourvues d'un diplôme d'institutrice, y sont venues prendre part. Une seule chose, de ce côté, reste à désirer : c'est que l'heureuse innovation réalisée dans une partie seulement des arrondissements de la capitale se généralise (cela ne tardera pas) ; et qu'elle s'étende aux adultes hommes (on s'en occupe). Il faudrait aussi qu'audessus des cours de quartier, destinés surtout à la population laborieuse qui vient le soir, après sa journée faite, profiter de l'instruction mise chaque jour plus libéralement à sa portée, un cours central fût institué, destiné plus particulièrement à la classe si nombreuse et si intéressante des institutrices et instituteurs : ils y trouveraient, avec un complément désormais indispensable de connaissances, le moyen de se préparer à donner à leur tour, dans les situations diverses qu'ils auront à occuper, des idées justes, des notions exactes et un sentiment vrai des faits économiques, de leurs lois et des obligations qu'elles imposent à tous.

II. Comment on doit s'y prendre pour faire ce qui est à faire. — La principale objection que rencontre en général l'introduction de l'économie politique dans l'enseignement primaire, c'est la

difficulté, quelques-uns vont jusqu'à dire l'impossibilité, d'en déterminer avec précision et d'en présenter avec clarté les notions essentielles.

On a pu voir plus haut ce qu'ont pensé de cette difficulté des hommes tels que MM. Duruy, Jules Simon et Rossi.

Un autre juge, non moins compétent, M. Laboulaye, déclare de son côté que c'est une tâche d'une facilité extrême.

« Les principales lois économiques, dit l'éminent professeur, ne sont que des vérités d'observation qu'on peut vérifier dans la première boutique venue. Je me chargerais d'enseigner toute l'économie politique, y compris le commerce extérieur, sans sortir d'un magasin d'épicerie. »

C'est M. Laboulaye qui a raison, sans nul doute; et nous croyons qu'en effet la besogne ne lui pèserait guère. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas, si l'on veut obtenir un bon enseignement économique, à se préoccuper de la façon dont cet enseignement sera donné. Les principales lois de la morale, elles aussi, ne sont que des vérités d'observation ; et celles de l'hygiène également, et de la chimie, et de la physique, et de la mécanique, et bien d'autres. Il n'en faut pas moins, pour étudier et pour exposer convenablement ces sciences, ne fût-ce que dans leurs éléments le? plus simples, quelque préparation et quelques di rections tout au moins. La science économique ne saurait faire exception. Il s'agit ici d'ailleurs, nous l'avons dit, d'une innovation contre laquelle toute faute ou tout échec ne manqueraient pas d'être tournés : il est naturel que les personnes qui en ont à cœur le succès, aussi bien que celles qui conservent à son égard des appréhensions ou des doutes, se préoccupent de l'insuffisance des maîtres et de l'imperfection des méthodes,

Il sera, selon toute apparence, formulé d'ici à peu un programme officiel; et le concours si judi cieusement ouvert par le Conseil général de Seineet-Oise ne pouvait manquer de provoquer i'apparition de quelques bons manuels spéciaux. Il a réussi en effet, nous l'avons dit, presque au delà des espérances de ses promoteurs. Ce ne sera pas, cependant, faire une œuvre inutile que de donner, d'après ce qu'a pu déjà fournir l'expérience, quelques indications sur l'étendue qu'il convient d'assigner à l'enseignement nouveau et s,ur le caractère qui lui sied le mieux. Dire ce qu'il est bon et désirable qu'il soit, c'est dire ce qu'il serait regrettable et dangereux qu'il voulût être.

Cet enseignement doit être modeste, d'abord, et ne réclamer que peu de place. Il le doit, parce qu'il n'y en a pas beaucoup à lui donner, et qu'il ne convient pas, quand on a à se faire accepter, de commencer par empiéter sur le domaine des autres. Il le doit aussi (et cette raison est de plus d'importance encore) parce que la première des règles est de proportionner l'effort au résultat, et de ne viser qu'à ce qui est utile et pratique. Or il n'y a de pratique et d'utile que ce qui est réellement en rapport avec l'âge, avec l'intelligence, et aussi avec l'emploi qu'on en pourra avoir à faire ultérieurement. Autres sont les études supérieures ou spéciales, couronnement d'une éducation complète ou apprentissage d'une profession déterminée, autre est cette préparation générale et moyenne, nécessaire à toutes les éducations et profitable dans toutes les situations et pour toutes les carrières. Là pourront être abordés, selon les cas, tantôt le détail des questions techniques, tantôt au contraire le vaste champ des hypothèses et des systèmes encore contestés; ici ne devront être admis que les résultats acquis et les vérités fondamentales désormais hors de discussion.

On n'enseignera pas, si l'on est sage, même dans les lycées, les subtilités de la métaphysique et du droit; on n'y discutera pas le mécanisme com-

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