ÉCONOMIE POLITIQUE
plexe des banques et les combinaisons infinies de l'impôt ; on se gardera, à plus forte raison, d'y entreprendre l'examen critique des utopies de tout ordre et de faire défiler devant de jeunes cerveaux les plans plus ou moins étranges des réformateurs anciens et modernes. Mais on fera bien, môme dans les écoles primaires, d'indiquer les bases essentielles et les dispositions capitales de la législation qui nous régit, et que nul parmi nous n'est censé ignorer. On fera bien, pour ne parler que de la science économique, d'enseigner en quelques mots ce que c'est que le travail, et la production qui en découle ; de montrer comment se forme le capital et à quoi il sert ; de donner une idée juste de la monnaie et de ses fonctions; des machines et de leur rôle ; des services collectifs et de la nécessité d'y pourvoir par des ressources également collectives ; de la concurrence, qui n'est, comme on l'a si bien dit, que la forme industrielle de la liberté morale par la mise au concours des biens d'ici-bas; de l'inévitable loi de l'offre et de la demande, enfin, et de la solidarité non moins inévitable du bien et du mal. On ne fera pas ainsi, très certainement, des économistes dès les bancs de l'école, pas plus que des philosophes ou des juristes. Mais on fera, il faut l'espérer, ce qui vaut mieux, des esprits droits, doués en quelque mesure au moins du sens économique, et qui plus tard pourront se servir utilement de la clef qu'on leur aura mise à la main. On aura, à l'époque décisive où se prend le pli de l'intelligence, enseigné à la jeunesse l'exactitude dans l'observation et la prudence dans les déductions, et elle se trouvera ainsi mise en garde pour l'avenir contre les illusions du premier coup d'œil et les conclusions hâtives du sentiment. C'est l'essentiel ; et, comme le dit le proverbe vulgaire, on ne vit pas de ce qu'on mange, mais de ce qu'on digère. Tout peut être ramené à un petit nombre de points centraux d'ailleurs ; et savoir ce que c'est que le travail, la propriété, le capital, le salaire, l'échange, la monnaie, l'impôt et les machines, ce n'est pas déjà en savoir si peu, bien que cela se puisse apprendre en peu de leçons. Que de gens, parmi les plus haut placés, qui n'en ont aucune idée, ou qui n'en ont que les idées les plus fausses 1
Tel est donc le cadre modeste dans lequel se doit renfermer, à notre avis, jusqu'à nouvel ordre, renseignement élémentaire de la science économique.
Quant à la façon de donner cet enseignement, une condition (est-il besoin de le dire ?) domine toutes les autres : la simplicité. Pas de grands mots, pas d'expressions scientifiques, pas de définitions pédantesques et autoritaires ; une définition, pour n'être pas une formule vaine, doit être un résumé, non un oracle. Pas môme, ou le moins possible, d'argumentations en forme et d'expositions d'idées générales; mais des faits, des anecdotes, dans lesquels les raisonnements prennent corps comme d'eux-mômes, et des exemples choisis de préférence, pour chaque centre, dans le cercle des travaux et des usages locaux. Lorsqu'on lo peut, enfin, des interrogations, tendant à mettre en jeu l'activité intellectuelle des élèves en leur faisant trouver par eux-mômes ce qui ne leur a pas été dit encore, ou exprimer à leur façon ce qui leur a été dit déjà : c'est la méthode socratique, et elle reste la bonne.
Dans les écoles normales, où l'on est en face de jeunes gens déjà plus ou moins rompus à l'étude, cet art d'envelopper la science est moins indispensable : il ne faudrait môme pas en abuser. Il importe, puisque ce sont de futurs professeurs que l'on prépare, de leur fournir des points de repère; il est donc bon qu'une sorte de sommaire, ou de table analytique, soit dressé pour eux, et il n'est