ÉCRITURE-LECTURE — 802 — ' ÉCRITURE-LECTURE
importe donc d'exposer les principes sur lesquels elle est fondée.
C'est par un court résumé historique qu'il sera le plus facile de montrer les diverses séries de progrès qui, en se combinant, ont fini par produire une méthode à la fois rationnelle et expédiiive.
Dans les écoles d'autrefois, la lecture et l'écriture formaient deux ordres d'enseignement parfaitement distincts. Un grand nombre d'élèves se contentaient d'apprendre à lire plus ou moins couramment, sans aborder les mystères de l'écriture; ceux-là seuls dont les parents avaient le moyen de payer une rétribution plus élevée étaient initiés à l'art de tracer les lettres sur le papier : ils formaient dans la classe une catégorie à part, celle des écrivains. Il est clair que cette séparation des matières du programme scolaire ne reposait sur aucun principe pédagogique, et n'avait d'autre raison d'être que les convenances du maître d'école, qui cherchait à tirer le plus de profit personnel possible du savoir qu'on le chargeait de transmettre à ses élèves.
Cependant, dès le xvne siècle, on voit en Allemagne quelques bons esprits, préoccupés d'introduire dans l'enseignement élémentaire une méthode rationnelle, arriver à cette conclusion que l'écriture est inséparable de la lecture. Un règlement scolaire de la principauté de Kôthen, attribué à Batichius*, recommande de faire écrire les lettres aux élèves, en même temps qu'on leur enseigne à les assembler en syllabes. Un siècle plus tard, un grammairien français, Pierre Delaunay, publiant la méthode de lecture due à son père Py-Poulain Delaunay *, s'exprime ainsi : « Une chose essentielle que je conseille aux parents qui voudront enseigner leurs enfants suivant cette méthode est de leur mettre la plume à Inmain dès qu'ils commencent la lecture, et de les faire écrire, quelque jeunes qu'ils puissentêtre ; cet exercice les avancera extraordinairement. » A la fin du xviii0 siècle, un économiste, Dupont* de Nemours, qui s'était occupé d'éducation, déclarait « qu'il faut commencer l'instruction littéraire des enfants par leur apprendre à écrire, et qu'on ne doit s'embarrasser aucunement de la lecture, dont on n'aura pas besoin de faire une étude à part, si l'écriture est bien enseignée. » Il ajoutait qu'il avait élevé lui-même de cette façon plusieurs enfants, • qui n'ont jamais appris spécialement à lire. » (Vues sur l'éducation nationale, Paris, an II). Dans un Mémoire sur l'éducation nationale dans les Etats- Unis d'Amérique, publié en 1812, Dupont, revenant sur cette question, ajoutait : « Nous ignorions à Paris (en l'an II) que chez la nation allemande, moins frivole que la nôtre, l'usage de l'écriture, comme première étude, avait été plus heureux ; et c'est avec un plaisir extrême que je viens d'apprendre que, dès 1778, M. Joachim- Henri Campe avait fait imprimer à Altona un excellent mémoire où il développait, avec beaucoup d'esprit, de raison et de goût, les avantages du procédé dont je me croyais le seul inventeur. »
Campe *, à qui Dupont de Nemours rend un hommage mérité, avait en effet entrevu la méthode moderne d'écriture-lecture; un autre disciple de Basedow *, le Prussien Gedike % était allé plus loin : il avait formulé dès 1779 le principe de la méthode analytique-synthétique, qui, employée dans toutes les sciences, devait s'appliquer aussi à l'enseignement de la lecture et de l'écriture. Toutefois, les idées de Geuike ne furent, comprises et réalisées que de nos jours.
Pestalozzi malgré ses bonnes intentions, ne sut rien faire pour améliorer les méthodes : celle qu il adopta pour l'enseignement de la lecture ne saurait être regardée que comme une des nombreuses aberrations pratique de cet initiateur, si
grand d'autre part par le courage et le dévouement.
Les fondateurs de l'enseignement mutuel, Bell* et Lancaster*, avaient, comme Dupont de Nemours, combiné les exercices d'écriture et ceux de lecture : on sait que, pour apprendre aux élèves la forme des lettres, ils les leur faisaient tracer sur le sable avec le doigt, procédé que Bell avait empiunté aux écoles hindoues.
Ce fut uu pédagogue bavarois, J.-B. Graser *, qui introduisit le premier à l'école primaire, sous une forme méthodique, le système d'écriture-lecture ou Schreiôlese-Methode (vers 1 820). 11 enseignait d'abord aux enfants à écrire les lettres prises isolément, puis les leur faisait assembler pour former des syllabes et des mots. Quoiqu il partît de ce principe erroné que la forme des lettres n'était autre chose qu'une représentation des diverses positions des lèvres, des dents et de la langue dans la prononciation des sons, il a rendu aux écoles allemandes un service signalé en ou* vrant pratiquement une voie nouvelle, dans laquelle allaient le suivre de nombreux imitateurs.
Un de ses disciples, Scholz, imagina (ls27; de combiner le système de Graser avec une réforme introduite dès 1803 par le Bavarois Stephani *, la Lautiermethode ou méthode phonétique, dans laquelle l'élève, au lieu d'épeler en disant le nom des lettres, se borne à émettre les sons qu'elles représentent. Enfin Luben*,s'inspirant du vieux Comenius, ajouta à l'étude des sons, des lettres et des mots l'enseignement intuitif des choses, de façon à faire voir à l'enfant, d'abord un objet réel qui lui est nommé, puis la manière d'en lire et d'en écrire le nom. La méthode d'écriture-lecture, avec les développements qu'elle comporte et dont nous parlerons plus loin, était désormais fondée.
Nous devons ajouter toutefois que la prononciation phonétique des lettres, non plus que les leçons de choses, ne sont point en elles-mêmes des parties intégrantes de la méthode d'écriturelecture. On peut très bien concevoir et pratiquer celle-ci indépendamment de ces additions. Quelques-uns de nos lecteurs pourront même se demander si les partisans de l'épellation phonétique ne sont pas arrivés quelquefois à compliquer ce qu'ils voulaient simplifier, et si l'enfant de cinq ans ne possède pas déjà un pouvoir d'abstraction suffisant pour distinguer entre le nom de la lettre et le son que celle-ci représente. D'ailleurs, l'orthographe française n'est malheureusement pas phonétique, et, dès les premières leçons, l'enfant rencontrera des assemblages arbitraires de consonnes et de voyelles auxquels l'usage donne des valeurs toutes différentes de celles qu'indique l'alphabet. L'épellation phonétique ne peut donc pas conduire l'élève bien loin ; et, tout en en reconnaissant les mérites logiques, nous nous permettons de croire que l'élève qui apprendra à nommer les lettres par leur nom ne court pas le risque de faire des progrès moins rapides dans l écriture-lecture que celui à qui on aura fait articuler les consonnes sans permettre à aucune voyelle de se joindre à l'articulation Quant à la combinaison des leçons de choses avec les exercices de lecture et d'écriture, elle ne peut évidemment être que très profitable; mais ce n'est là qu'un accessoire intéressant, et non, comme ont paru le penser quelques personnes, l'essence même de la méthode.
Les éducateurs partisans de la méthode d'écriture-lecture sont divisés sur la question de savoir s'il convient de n'enseigner à l'enfant, au début, que l'alphabet manuscrit, ou s'il vaut mieux lui faire connaître d'abord les deux alphabets différents, celui du manuscrit et celui de l'imprimé. l-<' plus grand nombre, croyons-nous, s'est prononcé pour l'alphabet unique : l'enfant, dans ce système, ne
ECRITURES
EDGEWORTII
lit que des lettres semblables à celles qu'on lui l'ait écrire, et l'étude de l'alphabet imprimé est renvoyée à plus tard.
La méthode d'éeriiure-lecture, dont nous venons d'exposer la formation historique, était une méthode synthétique : c'est-à-dire que l'instituteur l'ait connaître à l'enfant les éléments du langage parlé et écrit, des sons et des signes, qu'il doit, assembler pour en former des mots.
Un perfectionnement pouvait encore ôtre introduit dans la méthode. Gedike l'avait signalé : il s'agissait de la rendre à la fois analytique et synth tique. On devait y parvenir en présentant à l'enfant, non plus des éléments, les lettres, mais un tout, un mot, sur lequel on l'invite à faire luimême le travail d'analyse, en décomposant ce mot en lettres ; une fois les éléments du mot obtenu, l'enfant fait le travail inverse, la synthèse: il reconstitue, avec les lettres que l'analyse lui a fournies, soit h; mot qui a servi de point de départ à l'exercice, soit d'autres mots ou des syllabes.
C'est à peu près là ce que Jacotot*faisait faire à ses élèves, lorsqu'il leur présentait la première phrase du Téièmaqite comme matière de leurs exercices d'épellation et de grammaire. Seulement, Jacotot faisait travailler ses élèves sur une phrase quelconque. Or, pour enseigner les premiers éléments de l'écriture et de la lecture, il est évident que le choix des mots qui doivent servir aux exercices n'est pas indifférent : il faut que ces mots soient simples, courts, qu'ils offrent un sens connu des enfants, que les lettres qui les composent s'y présentent avec leur valeur alphabétique habituelle; il faut, pour employer une expression créée par l'Allemand Liiben, de qui nous parlions tout à l'heure, que ce soient des mots normaux. L idée, une fois jetée dans le public, fit rapidement son chemin : Liiben, et avec lui bien d'autres, parmi lesquels il convient de citer Graffunder, à Erfurt, et Vogel, à Leipzig, travaillèrent à introduire ce perfectionnement dans la pratique; et on eut alors, à côté de la méthode simplement synthétique, une méthode plus complexe, qui s'appela analytique-synthétique, ou encore méthode des mots normaux (Nonnalwôrter). En Belgique, en Suisse, aux Etats-Unis, et jusqu'à un certain point en Krance, la méthode d'écriture-lecture analytique-synthétique s'est imposée à l'attention : elle est pratiquée, grâce à l'initiative d'un ami de l'éducation, M. Maurice Biock, à l'école-annexe de l'école normale d'instituteurs de la Seine, et elle a été vulgarisée, sous le nom de méthode Schu^er, dans un excellent petit ouvrage dont nos lecteurs trouveront le résumé à l'article Lecture de notre II0 Partie. Tout fait prévoir que c'est à elle qu'appartient l'avenir. — V. sur cette môme question l'article Lecture, Irc Partie. [J. Guillaume ]
ÉCUITUlVES EXHJEES DES INSTITUTEURS.
— Les seules écritures périodiques dont la tenue est exigible sont les suivantes :
1° Ecritures relatives au recouvrement de la rétribution se Uaire : — Kegistre-matricule, — rôles de la rétribution scolaire et écritures qui s'y rapportent, — registre des déclarations d'abonnement.
ï° Ecritures n'ordre et de statistique : — Registre d'inventaire du mobilier de l'école, — catalogue et registre d'entrée et de sortie des livres des bibliothèques scolaires; — registre des recettes et des dépenses et étatau 31 décembre de ces bibliothèques. — Kapp rt annuel contenant les renseignements nécessaires à la rédaction des états de situation des écoles et salle> d'asile.
3" c itures relatives à In airection pédagorjiqw de l'école : — Registre d'appel ou de présence, de notes et de; compositions; — journal de classe far. !7 avr, l»6<>). — V. ces divers mois.
Les directrices dit suites dasile tiennent: 1° un
registre sur lequel sont inscrits les noms et la demeure des enfants admis provisoirement, le nom du médecin qui a délivré le certificat (V. Certificat de médecin), la date du jou' où il a été provisoirement admis ; "2" un registre sur lequel sont inscrits jour par jour, sous une môme série de numéros, les nom et prénoms des enfants admis définitivement, les nom, demeure et profession des parents ou tuteurs, et les conventions relatives aux moyens d'amener ou de reconduire les enfants ; -i" un registre sur lequel les dames patronnesses, chargées île la surveillance des salles d'asile, inscrivent leurs remarques sur la tenue de l'établissement au moment de leur visite; 4° un registre de présence des enfant^.
[E. de Resbecq.]
EDGEWOHTII (Richard-Lovell). — Homme de lettres et savant irlandais, né à Bath en 1744, mort à Edgeworth's Town en Irlande en 1817. Il s'occupa surtout de mécanique et d'agronomie, et a publié divers mémoires sur des questions scientifiques. Marié quatre fois, il eut vingt et un enfants, dont la célèbre Miss Maria Ldgeworth fut l'aînée. Il collabora aux premiers ouvrages de sa fille, entre autres à ses Essais sur U éducation pratiqua. Il a publié en outre, sous son propre nom, des Essais sur l'éducation professionnelle (1809,. Cet ouvrage se compose d'une introduction et de huit chapitres intitulés : De l'éducation préparatoire ; de la profession ecclésiastique ; de la profession militaire et navale ; de la profession médicale ; de l'éducation des gentilshommes campagnards; de la profession juridique; de l'éducation des hommes d'Etat; de l'éducation d'un prince. Il avait commencé des Mémoire* qui furent achevés et publiés par sa fille, et qui ont été traduits en français.
EDGEWOHTII (Maria).— Miss Maria Edgeworth, née en 1770 en Angleterre, dans le comté d'Oxford, morte en 1849 à Edgeworth's Town, en Irlande, était la fille ainée de Richard-Lovell Edgeworth *. Ses premières années se passèrent en Angleterre, jusqu'au moment où son père, irlandais de naissance, ayant hérité du domaine patrimonial, alla se fixer en Irlande. Depuis ce moment, toute son existence s'écoula dans le village d'Edgeworth's Town, sans autres incidents que la publication de ses ouvrages, quelques séjours en Angleterre à différentes reprises, et deux voyages à Paris en 1801 et en 1820.
Richard Edgeworth, qui s'était marié quatre fois, eut de nombreux enfants ; et c'est en surveillant les études de ses jeunes frères et sœurs que Miss Edgeworth se trouva portée à s'occuper des questions relatives à l'éducation. Ses premiers ouvrages sur ce sujet furent écrits en collaboration avec son père : ce sont les Lettres sur la lit éra ture {Letters for litrrary ladies), Y Ami des parents (the Parent! Assistant), les Essais sur l'éducation pratique (Essays on Practical Education), et les Premières Leçons (Early Lessons).
L'Ami des parents est un recueil de contes pour l'enfance, dans le genre des historiettes morales de Berquin. Les Premières Leçons, qui, de tous les livres de Miss Edgeworth, sont restées le plus populaire, offrent un cours d'éducation sous la forme de trois récits destinés à ia fois aux enfants et aux parents, lio^emonde, Frank, et // nri et Lucie. Quant aux Essais sur l'éducation pratique, c'est un traité didactique où Miss Edgeworth et son père ont exposé leurs vues sur l'éducation et les résultats de; leur expérience. Ce dernier ouvrage, qui reçut du public un accueil très favorable lors de sa première apparition en l7;»s, et qui aujourd'hui encore peut ôtre lu avec intérêt, mérite une courte ana yse.
La première idée des E<sa;s sur l'éducation unique appartient à Honora Sneyd, seconde