ENSEIGNEMENT GOUVERNEMENTAL A L'EURO PEENNE
Historique. — C'est Méhémet-Ali qui a créé cet ordre d'enseignement. Il avait conçu le hardi projet d'inoculer au peuple égyptien une civilisation nouvelle. Malgré l'opposition passive que rencontrèrent ses réformes, il sut, à force d'énergie, créer dans toutes les branches de l'activité humaine des institutions douées d'une puissante vitalité. L'armée, les manufactures, les arsenaux qu'il a fait sortir de terre, l'administration qu'il a inaugurée subsistent encore aujourd'hui. Mais pour toutes ces créations, il fallait deshommes instruits, des officiers, des médecins, et des administrateurs. Pouvait-il les demander àl'enseignement na« tional exciusivementreligieux? Il dut, pour fonder de nouvelles écoles, s'adresser à la France, qui lui envoya une pléiade d'hommes illustres, les Linant-Pacha, Clot-Bey, Lambert-Bey, Soliman- Pacha, Mary, Besson, de Cerisy, etc.
Cinquante écoles primaires furent créées dans les chefs-lieux de districts. Un grand collège, où Méhémet-Ali fit entrer ses fils, donna l'instruction secondaire, et prit un tel développement qu'il compta pendant quelque temps plus de 1500 élèves. Au sommet furent placées les écoles spéciales : l'Ecole des langues, l'Ecole du génie, l'Ecole de médecine, les Ecoles militaires, l'Ecole de navigation; il y eut même une Ecole de musique.
Les meilleurs élèves de ces écoles étaient envoyés en France et formaient la Mission égyptienne, qui subsiste encore aujourd'hui.
Les dernières années du règne de Méhémet- Ali virent la décadence des écoles qu il avait fondées. Son successeur Abbas-Pacha ferma la plupart d'entre elles. Saïd-Pacha ne fit rien pour les relever. Mais Ismaïl-l'acha reprit les idées de réforme de l'instruction publique.
Une loi organique fut élaborée. Cette loi, œuvre d'Ali-Pacha-iYloubarek, ministre actuel des travaux publics en Egypte, fut promulguée le 10 Ragab 1284 (186s). La conséquence de cette loi fut la création de nombreuses écoles devant former un tout par leur coordination.
Ces écoles sont de trois degrés, primaire, secondaire et supérieur.
Les écoles primaires préparent des élèves pour les écoles secondaires, dites préparatoires ; cellesci forment des sujets pour les écoles spéciales, dont le but final est de fournir des fonctionnaires de tous ordres.
EGYPTE
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L'enseignement gouvernemental est, comme on le voit, essentiellement utilitaire.
État actuel. — ENSEIGNEMENT PRIMAIRE. — L'enseignement primaire, plus eu moins à l'européenne, est donné dans 28 écoles qui se divisent, au point de vue de leurs ressources, en cinq groupes diliérents.
Le premier groupe comprend une seule école située au Caire, connue sous le nom deMoubtadiân, qui compte actuellement 080 élèves et 45 professeurs. Elle est entretenue au moyen des ressources fournies par le budget générai de l'instruction publique. Le programme d'enseignement comprend le Koran, l'arabe, l'arithmétique, l'histoire et la géographie, le dessin, le turc, le français, l'anglais et l'allemand.
Le second groupe compte 12 écoles, dites municipales (Makâtebs), dont les dépenses sont portées à un budget spécial. Leurs ressources consistent presque exclusivement dans les revenus du domaine d'El-Wâdi, donné aux écoles par Ismail-Pacha. Ces écoles se répartissent ainsi : 1 à Alexandrie, 6 au Caire, et :"• en province, à Tantah, Fachn, Assiout, Benisouéf et Minich. L'enseignement y est donné à 2292 élèves par 97 professeurs.
Dans toutes ces écoles, on enseigne le Koran, la langue arabe, l'arithmétique et la calligraphie arabe; dans s, on enseigne le français, dans 3, l'anglais, et dans 1 l'allemand. Presque toutes ont des professeurs de langue turque; dans le programme de quelques-unes on a inscrit le dessin et la géographie.
Un troisième groupe comprend 8 écoles entretenues par le ministère des waqfs ; on y compte 850 élèves et 60 professeurs.
Le quatrième groupe est composé de deux écoles pour lesquelles l'administration du Rouznâmeh (assistance publique; verse des fonds à celle des waqfs, qui à son tour les transmet à la direction des écoles municipales; d'où une comptabilité en partie triple. Ces deux écoles comptent 180 élèves et 13 professeurs.
Enfin le cinquième et dernier groupe est constitué par 5 écoles entretenues en grande partie aux frais des particuliers et placées sous la surveillance du ministre de l'instruction publique : 008 élèves y reçoivent l'instruction par 30 professeurs.
En résumé, l'enseignement primaire est donné dans 28 écoles à 4700 enfants. Ces écoles sont loin de produire les résultats qu'on pourrait en espérer. En réalité, l'école seule du Moubtadiân atteint à peu près son but, qui est de préparer des sujets pour l'enseignement secondaire. Les programmes d'enseignement et le degré des études s'élèvent à peine pour quelques-unes d'entre elles au-dessus des kouttàbs. Les principales causes de cet état de choses sont le manque d'unité dans l'organisation et le fonctionnement, et surtout le manque absolu d'instituteurs vraiment dignes de. ce nom. La plupart des maîtres actuellement en fonctions sont au-dessous de leur tâche, et par les connaissances, et pur les aptitudes pédagogiques. Jusqu'ici l'éducateur a dû se former comme il a pu et se recruter un peu partout.
E saignement primaire des jeunes filles. — En Orient, on le sait, la femme est considérée comme un être inférieur. Son instruction a été jusqu'ici complètement négligée. Aujourd'hui la société musulmane semble vouloir se transformer, et il y a de timides essais, qu'il faut mentionner cependant, pour relever la situation morale de la femme.
Dans ces derniers temps, deux écoles de filles ont été fondées au Caire : l'une, l'école de la Syou/fieh, en 1873 ; l'autre, l'école de la Kérâbieh,
en 1875. Cette dernière est déjà morte. L'école de la Syouffleh n'a pas encore subi 1" môm Elle compte actuellement (1881] 244 61 svesdont les 7/8 sont internes. On y enseigne le Koran. le turc, les travaux à l'aiguille, le blanchissage et le repassage; on y f..it, dit-on, du dessin et de la mu- . sique. L'in différence générale pour cette école fait craindre la ruine complète de l'essai qu'on a voulu tenter.
Ecole des aveugles et des sourds-muets. — Pour compléter l'examen des établissements d'ensi ment primaire, il reste b parler de l'école des aveugles. Cette école, créée eu 1874, a reçu depuis des sourds-muets. Elle compte actuellement 60 aveugles et sourds-muets. lis appartiennent aux deux sexes. On leur enseigne le Koran, le calcul, et certains travaux manuels. Le directeur fait des essais pour appliquer le système braille à l'écriture do l'arabe.
Enseignement secondaire. — L'enseignement secondaire n'est représenté en Egypte que par l'école préparatoire du Caire [Madrasseh-el-Dor guésieh).
Cette école compte aujourd'hui 292 élèves, divisés en 4 classes. Le personnel enseignant se compose de 37 professeurs ou répétiteurs.
Le programme comprend : les mathématiques (arithmétique, algèbre, géométrie), les sciences physiques et naturelles, l'histoire et la géographie, le dessin, le turc, le français, l'anglais, l'allemand.
Tous les élèves apprennent le turc, 71 O/o étudient le français, 22 0/J l'anglais, et le reste, soit 7 O/o, l'allemand.
Le dernier rapport de 1 inspecteur général constate que les résultats de l'enseignement de l'histoire et de la géographie sont nuls; que, pour les sciences physiques et naturelles, ils sont presque nuls, et que le personnel enseignant est généralement au-dessous de sa tâche.
Enseignement supérieur. — L'enseignement est donné dans trois écoles : 1° l'Ecole de médecine et de pharmacie ; 2° TEcole polytechnique ; 3° l'Ecole de droit.
1° Eco e de médecine. — L'Ecole de médecine date de Méhémet-Ali. Elle a été fondée par le Français Clot-Bey. C'est la plus prospère des écoles supérieures. Elle compte aujourd'hui 150 élèves : Ïh(J pour la médecine, et 7 seulement pour la pharmacie.
Les cours sont de six années. L'enseignement est donné par 25 professeurs.
En sortant de cette école, les élèves reçoivent des diplômes qui leur confèrent le droit d'exercer la médecine. La plupart d'entre eux restent au service du gouvernement et sont employés, soit dans l'armée, soit comme médecins des moudiriehs (provinces).
2° Ecole polytechnique. — L'Ecole polytechnique, « dont le titre est un peu prétentieux », (Dor-Bey), compte actuellement 54 élèves et 10 professeurs.
La durée des cours est de quatre années. A leur sortie, les élèves deviennent moyandis ingénieurs) ou sont incorporés dans l'armée comme officiers.
3° Ecole de droit. — L'Ecole de droit, fondée il y a quelques années seulement, est destinée, comme l'indique son nom, à former des magistrats. Elle compte aujourd'hui 48 élèves repartis en 4 divisions.
Mission égyptienne. — Les meilleurs élèves des écoles supérieures sont envoyés en Europe peur compléter leurs études. Ils sont répartis dans les différents pays, d'après la langue europt qu'ils ont étudiée. Aujourd'hui la Mission comprend 49 jeunes gens : 41 sont en France, 1 en Angleterre, 1 en Suisse.
Ecoles spéciales. — Outre les trois écoles supé-
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Heures dont nous venons de parler, il existe un certain nombre d'autre écoles spéciales.
La plus importante est l'Ecole des arts et métiers. Fondée en 18G7 sur le modèle des écoles françaises de môme nom, elle compte 46 élèves et 8 professeurs. En 1878, on lui a annexé une école d'ouvriers qui a 79 élèves.
Deux autres écoles , l'Ecole d'arpentage et l'Ecole des langues, sont aussi annexées, la première à l'Ecole polytechnique, la seconde à l'Ecole de droit.
L'Ecole d'arpentage est destinée à préparer des jeunes gens pour le service du cadastre : elle compte 27 élèves.
L'Ecole des langues a pour but de former des traducteurs et des professeurs de langues étrangères ; elle n'a que 23 élèves, dont 13 étudient le français, 6 l'anglais, et 4 l'allemand.
Dâr-el-Oloum (La Maison des sciences). — Cette école, destinée à former des professeurs de langue arabe et de Koran, se recrute parmi les cheikhs de la mosquée d'El-Azhar qui se destinent à l'enseignement. Son but est d'ajouter aux connaissances littéraires et théologiques de ces cheikhs quelques notions de sciences exactes qui rendront sans doute leur enseignement plus conforme aux idées modernes.
Le Dâr-el-Oloum est actuellement réuni à l'Ecole normale qui vient d'être fondée au Caire, et dont nous parlerons plus loin.
Ecoles militaires. — Nous ne mentionnons ici que pour mémoire les écoles militaires du Caire, qui sont complètement indépendantes du ministère de l'instruction publique.
Ecoles des colonies étrangères et des communautés religieuses. — Nous devons, pour être complet, dire un mot des écoles des colonies étrangères et des communautés religieuses. Ces écoles sont au nombre de 152 ; elles donnent l'instruction à 12 247 enfants, 7 622 garçons et 4 625 filles. Sur les 12 247 élèves, 6419 sont égyptiens.
Le gouvernement subventionne celles de ces écoles qui consentent à subir l'inspection de ses agents.
Administration. — L'administration centrale de l'instruction publique appartient au ministre, assisté de deux wékils (sous-ministres) et d'un inspecteur général. La séparation des pouvoirs entre ces diverses autorités est assez mal définie ; il y a même dans quelques cas une confusion regrettable.
L'influence conférée par chacune de ces fonctions tient plus à la valeur personnelle de l'homme qui la remplit qu'à la fonction ellemême, de sorte que l'on a vu le rôle prépondérant passer quelquefois au subordonné.
L administration financière de l'instruction publique présente une extrême complication.
Les ressources de ce ministère étaient pour 1880 de 78 920 livres égyptiennes (la livre égyptienne est de 26 francs) provenant de trois budgets différents :
50 0?0 livres du budget de l'Etat
16 432 — du budget spécial des Makâtebs (écoles municipales).
12 490 — du budget des waqfs.
« Pour chacune de ces branches de revenus, il y a une destination spéciale, une caisse spéciale, une comptabilité distincte
« Toute dépense, même minine, qui intéresse deux ou trois budgets partiels, doit être fractionnée, quelquefois en parties infinitésimales, entre les trois comptabilités. » (Rapport de la Commission pour la réforme de l'instruction publique, décembre 1880.)
De cette complication résultent des inconvénients d'autant plus grands, qu'en Egypte la cen-
tralisation administrative est poussée jusqu'à ses dernières limites. Aucun directeur d'école ne peut faire la plus petite dépense sans une autorisation spéciale émanant du ministre même. Le ministre est le fournisseur général de tout ce qui est matériel scolaire. C'est lui qui ordonne tout, constructions nouvelles, réparation, aménagements, achat de mobilier, etc.
Les défauts du système actuel sont appelés à disparaître prochainement. Sur l'initiative du ministre de l'instruction publique actuel, une commission de réformes pour l'organisation de l'instruction publique a été constituée au commencement de 1880. Cette commission vient de terminer ses séances.
Deux vices radicaux de l'instruction publique en Egypte l'ont frappée tout d'abord : l'insuffisance du budget et le manque absolu de professeurs.
Le premier point trouve actuellement sa solution dans l'augmentation des crédits ouverts pour l'instruction publique sur le budget de l'Etat. Ces crédits suivent depuis trois ans une progression croissante, ainsi que l'indiquent les chiffres suivants :
Budget de 1879 38 000 livres.
Ces chiffres témoignent du haut intérêt que le gouvernement actuel porte aux écoles.
Ces ressources, jointes à la simplification de l'administration financière qui est instamment demandée, ne tarderont pas à produire les plus heureux résultats.
Le second vice, que nous avons déjà signalé à propos de l'enseignement primaire, le manque d'instituteurs, a eu jusqu'ici pour tous les degrés de l'enseignement les plus désastreuses conséquences. Le manque de personnel capable a retenu l'enseignement primaire à un niveau très peu élevé. L'enseignement secondaire a dû se borner à une seule école, l'école préparatoire du Caire. Son recrutement difficile ne permet pas l'élimination des non-valeurs, et elle ne peut fournir aux écoles spéciales que des sujets insuffisamment qualifiés.
« L'enseignement spécial ne peut se développer que s'il trouve une base infiniment plus solide et plus large dans l'enseignement secondaire ; et cette même condition se retrouve, dans des proportions bien autrement considérables, entre l'enseignement secondaire et l'enseignement primaire. » [Rapport du ministre de l'instruction publique, mai 1880.)
Il faut pourtant que l'enseignement spécial prenne de l'extension, car l'Egypte a le plus grand besoin de fonctionnaires capables. Le progrès du pays est lié d'une façon indissoluble au progrès de ses écoles. Il faut donc des maîtres.
Aussi, depuis de longues années, se préoccupait-on de la création d'une Ecole normale. Cette école vient d'être fondée ; elle a été inaugurée le 10 janvier 1 881.
« Il faut que l'Ecole normale soit une école modèle, soit comme installation, soit comme construction, soit comme personnel enseignant. Economiser sur ce point serait la plus cruelle des fautes, parce que l'école doit rayonner par la suite sur le pays tout entier, servir d'échantillon pour la création postérieure de filiales plus modestes, imprégner de son esprit et de sa vie toutes les écoles primaires et même secondaires du pays; et, comme elle doit englober dans son sein le Dâr-el-Oloum, répondre en même temps aux besoins de la vie intellectuelle indigène, et aux exigences des écoles organisées plus ou moins sur le modèle européen. » Dor-Bey, inspecteur général des écoles égyptiennes, mai 1880),