APOLOGUE
APORTI
dans le Wurtemberg, le programme des écoles normales range expressément l'apiculture parmi les objets d'enseignement ; en Autriche, outre les écoles normales, plusieurs centaines d'écoles primaires ou primaires supérieures et un certain nombre d'écoles complémentaires font un enseignement spécial de l'apiculture ; enfin en Grèce, l'instituteur primaire est tenu de donner à ses écoliers des connaissances théoriques et pratiques sur l'élève des abeilles (L. 6 février 1 834, art. 2).
APOLOGUE. — V. Fable. — V. aussi Apologue, dans la IIe Partie.
APORTI (Ferrante). — Fondateur des salles d'asile en Italie, surnommé par ses compatriotes le Père de l'Enfance {il Padre delV Infanzia).
Né le 20 novembre 1791 à San Martino dall1 Argine, petite ville de la province de Mantoue, il fut dès son enfance destiné au sacerdoce, auquel l'appelaient son esprit calme et réfléchi et ses goûts sérieux; mais, tout en poursuivant avec ardeur les études qui plus tard devaient lui conquérir un éclatant renom dans les sciences et lui assurer une place éminente au sein du clergé, il ne cessa jamais de s'intéresser aux destinées de son pays et surtout à l'éducation de la jeunesse, par laquelle seulement, pensait-il, pouvait s'opérer la régénération de l'Italie.
Ayant été appelé à surveiller les écoles de Crémone, alors qu'il occupait la chaire d'histoire ecclésiastique au séminaire de cette ville, il se livra à l'étude approfondie des besoins physiques, moraux et intellectuels de l'enfance, et dès lors le pédagogue se révéla en lui. Il reconnut bientôt que le plus grand vice de l'éducation populaire était l'absence de toute culture préalable. L'Italie possédait alors un nombre infini de petites écoles (scuole di piccoli fanciullï) ; mais ces écoles, confiées à des femmes ignorantes, n'étaient que de simples garderies dans lesquelles les enfants n'étaient préservés des dangers de la rue que pour être exposés aux dangers presque aussi grands d'un régime malsain pour leur corps, de notions fausses pour leur esprit, et souvent de principes funestes pour leur cœur.
Aporti, convaincu, comme tous les vrais pédagogues, que l'éducation doit commencer dès le berceau, ne tarda pas à arrêter dans son esprit le plan de cette éducation préparatoire dont il voulait faire précéder celle de l'école, et il se décida à en faire l'essai dans une petite école pour les enfants riches qu'il ouvrit à Crémone le 15 novembre 1827.
La méthode inaugurée à cette école était déjà alors celle qu'une longue expérience a fait adopter partout aujourd'hui: développement du corps, grâce à un régime sain et réglé, à des récréations plus longues que les heures de travail, à des exercices gymnastiques appropriés à l'âge des enfants ; formation du cœur par de bons exemples et de sages préceptes, d'autant plus efficaces qu'ils étaient donnés aux enfants en toute occasion et presque à leur insu ; culture de l'esprit par un enseignement maternel, raisonné, en rapport avec les capacités intellectuelles des élèves, et qui souvent revêtait la forme d'un jeu plutôt que celle d'une leçon.
En un mot, sauf que la leçon de choses, moins développée que de nos jours, se réduisait à de simples nomenclatures et à des classifications d'objets, c'était la méthode actuelle des salles d'asile qu'Aporti inaugurait dès 1827, alors que les Infants' schools n'avaient encore que quelques années d'existence en Angleterre, et que les salles d'asile proprement dites étaient à peine connues en France.
Le succès couronna pleinement cette première tentative. Loués par les meilleurs journaux d'éducation de l'époque, la méthode nouvelle et les plans d'Àporti furent approuvés du gouvernement de Milan par décret du 3 août 18-'0, et bientôt les onlants du peuple furent à leur tour recueillis, nour-
ris et judicieusement préparés pour les écoles primaires, à Crémone d'abord, puis à San Martino, patrie d'Aporti. Pise, Lucques, Livourne, Prato, Florence, Naples, les Etats de l'Église, Milan, Venise, etc., suivirent cet exemple et ne tardèrent pas à avoir leurs asiles, partout bénis par les familles, aimés des enfants, appréciés par la partie éclairée de la population.
Non content d'avoir publié, en 1833, un Manuet destiné à servir de guide aux instituteurs de la première enfance, Aporti, toujours actif et toujours plus ardent pour une œuvre dont les résultats se faisaient déjà apprécier, employait les loisirs que lui laissaient ses autres travaux à visiter les divers asiles, à y répandre les lumières de son expérience, et à en assurer la prospérité par ses conseils et ses encouragements.
Les attaques cependant ne devaient pas manquer à Aporti. La malveillance l'accusa de semer dans les asiles, et par eux dans les écoles, l'esprit d'irréligion et de révolte ; quelques asiles en furent atteints dans leur existence ; mais Aporti s'en émut peu. Fort de sa conscience et toujours plus convaincu de la bonté de son œuvre, il la poursuivit sans relâche, aidé de coopérateurs qui sont devenus ses successeurs, et aujourd'hui plus de 3000 asiles instruisent et nourrissent en Italie au delà de 150 000 enfants, entourant d'une célébrité de plus en plus grande le nom de leur fondateur.
Plus tard, sur l'invitation du gouvernement, Aporti ouvrit à Turin, dans le palais môme de l'Université, un cours destiné à pénétrer les instituteurs de la nature et de l'étendue de leurs devoirs, à les éclairer sur la manière de les bien remplir, £ les initier aux bonnes et saines méthodes, et à donner par là une nouvelle et forte impulsion à l'éducation populaire. Ce cours fut assidûment suivi non-seulement par les instituteurs qui y accouraient de tous côtés, mais encore par de nombreux professeurs des écoles secondaires, avides d'entendre la parole simple et pénétrante du grand réformateur de l'enseignement italien.
En 1846, le gouvernement français, nomma l'abbé Aporti chevalier de la Légion d'honneur.
Jusqu'ici l'action directe d'Aporti s'était surtout exercée sur sa province natale ; mais, après les événements de 1848, Aporti, devenu suspect à l'Autriche, dut se réfugier en Piémont; il y fut accueillï par tous en ami et en frère, et ce fut sur les asiles et les écoles de ce pays qu'il acquitta sa dette de reconnaissance.
A la fin de 1848, le roi Victor-Emmanuel, voulant s'assurer encore davantage le secours de ses lumières, l'appela à la dignité de sénateur. L'humble et modeste Aporti ne parut au sénat que lorsque les circonstances lui en firent un devoir ; toutefois il sut profiter de cette haute position pour intéresser les personnages les plus influents à la cause des asiles, notamment le comte de Cavour, qui, après avoir favorisé ces établissements durant sa vie, leur légua à sa mort une somme de 50 0(J0 francs.
Nul en Italie ne s'était autant qu'Aporti occupé de l'instruction publique à tous les degrés, nul n'avait mieux compris les vices à y corriger, les réformes à y introduire ; aussi, lorsque la présidence de l'Université de Turin se trouva vacante, en 1855, Aporti se trouva-t-ii tout naturellement désigné au choix du gouvernement. Cette nomination fut saluée par les acclamations de tous ceux qui, à juste titre, nommaient déjà Aporti non-seulement le Père de l'enfance, mais encore celui de la jeunesse studieuse. Malheureusement, cette joie ne devait pas être de longue durée ; le 14 novembre 1858, Aporti fut frappé d'apoplexie, et le 20 du même mois cet homme de bien avait cessé de vivre. 11 mourut comme il avait vécu, en pensant à ses chers asiles. « Cher ami, dit-il l'avant-veille de sa mort, à un ami qui, comme lui, s'intéressait à l'éducation po«