‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 409 sur 547 · ENFANTINES (ÉCOLES) —851 — ENFANTINES (ÉCOLES · texte numérisé non relu

ENFANTINES (ÉCOLES) —851 — ENFANTINES (ÉCOLES

ainsi restreinte, est encore assez considérable pour mériter toutes les sympathies et justifier tous les sacrifices. Aussi l'administration n'a-t-elle pas hésité à entrer dans cette voie et à y faire entrer toutes les communes animées de bonne volonté. L'école enfantine ainsi constituée ne remplace pas la salle d'asile, mais elle permet d'abord do recevoir dans des conditions convenables des enfants au-dessous de l'âge scolaire, ensuite de décharger la classe proprement dite de ces petits enfants qui l'encombreraient avec très peu de profit pour eux et beaucoup d'inconvénients pour leurs aînés. On ajoute en quelque sorte à l'école une classe préparatoire qu'on a Justement nommée dans quelques endroits « classe d'initiation. »

Quand l'école enfantine se superpose à un premier établissement d'éducation, — par exemple dans les grandes villes où elle est instituée pour décharger tout à la fois la dernière année de la salle d'asile et la première année de l'école primaire, — son organisation est déterminée plus nettement encore par la destination précise et spéciale qui lui est ainsi assignée. Elle peut alors — et c'est le cas le plus fréquent — former un établissement indépendant, avec une ou plusieurs classes, suivant le chiffre de l'effectif scolaire, c'est-à-dire suivant la densité de la population dans la circonscription urbaine qu'elle dessert. Tel est le rôle des écoles enfantines créées à Paris dans ces dernières années. L'idée première s'était fait jour d'une part au sein du comité des inspecteurs primaires de la Seine en 1875, de l'autre dans les délibérations du Conseil municipal : on se proposait surtout de faire l'expérience de confier à des femmes l'éducation des garçons jusqu'à l'âge de 8 ou 9 ans.

Conformément au vœu émis par le Conseil municipal, sur la proposition de M. Harant, le Conseil départemental de la Seine, après avoir entendu le rapport de M. Brouard, prit, le 12 août 187 G, la délibération suivante:

« Art. Ier. — Il y a lieu de créer, dans les écoles du département de la Seine, des classes déjeunes garçons de 6 à 8 ans, dirigées par des institutrices.

» Art. II. — Ces classes, installées à titre d'essai, seront annexées aux écoles communales de jeunes filles, et placées sous la direction de l'institutrice titulaire. »

Depuis lors l'essai s'est généralisé à Paris, les formes de l'école enfantine se sont un peu diversifiées ; l'école enfantine s'est détachée de l'école de filles, non pour s'annexer à celle des garçons, mais le plus souvent pour former un établissement distinct ; dans certains cas elle a reçu les petites filles aussi bien que les garçons ; avec ces diversités d'exécution, le succès a été général et décisif. — La même expérience a également réussi dans quelques grandes villes où elle a été tentée sous des formes assez variées, mais se rapportant généralement aux deux caractères qu'a consacrés la loi du 16 juin : réunion de petits enfants des deux sexes et direction par une institutrice.

Qu'elle réponde à l'un ou à l'autre des deux types que nous venons de distinguer, qu'elle soit urbaine ou rurale, annexée à une école ou indépendante, précédée ou non d'une salle d'asile, cette sorte d'école qui n'en est pas encore une à proprement parler, cette classe hors cadre, riante préface d'un livre qui aura tant de pages sévères, n'a sa raison d'être qu'à la condition de ne procéder ni par la répétition monotone des premiers exercices do la salle d'asile, ni par l'application anticipée des méthodes de l'école. Il faut que le petit enfant se sente devenir un écolier, mais de telle manière et avec de tels ménagements que ce changement lui plaise et que l'école lui apparaisse comme plus intéressante encore que la sallo d'a-

sile. Cette nécessité a été tant de fois constatée et si heureusement exprimée, que la cause serait gagnée depuis longtemps s'il suffisait d'avoir fixé la théorie pour être sûr que la pratique s'y conformera. Barnons-nous àénumérerici les principaux textes administratifs qui ont indiqué le caractère et les méthodes propres à la classe des petits enfants dans ses divers modes de constitution.

Dans sa grande circulaire du 12 mai 1867, M. Duruy signalait déjà la nécessité de rechercher avec soin, comme on l'avait fait dans quelques établissements, les moyens de rendre presque insensible la transition do l'asile à l'é< oie que trop souvent un abîme sépare. « Dans les salles d'asile, disait-il, de petites classes entremêlées de mouvements divers, de chants, d'exercices variés et d'instructions ne durant jamais plus de dix minutes ; point de leçons apprises par cœur, point de devoirs écrits, mais des récits moraux faits par la directrice et qui servent de texte à de fréquentes interrogations; de longues récréations pendant lesquelles des jeux sont organisés en plein air et ont pour but de développer tout à la fois les forces physiques et l'intelligence des enfants. Rien de tout cela ne se retrouve dans les écoles où les enfants entrent en sortant de l'asile. De longues classes, précédées et suivies de longues études ; des récréations courtes, trop souvent même pas de récréations ; l'obligation de faire d interminables pages d'écriture qui ne parlent pas toujours à leur esprit, d'apprendre par cœur des leçons de grammaire, des règles de calcul, et de faire des devoirs dont ils ne comprennent pas encore le but. On conçoit facilement que ce passage sans transition d'un régime très doux à un régime qui est trop sévère ne soit pas facilement accepté par tous les enfants, et qu'un certain nombre viennent s'engourdir dans un profond ennui sur les bancs de l'école. Tous les enfants, sans exception, aiment l'asile et s'y rendent avec empressement ; se rendent-ils tous avec le même plaisir à l'école ?

» Nous aurons une sérieuse réforme à introduire dans ce régime; en attendant, il conviendrait, là où les enfants au-dessous de six ans seraient autorisés à rester dans les écoles publiques, d'y organiser pour eux une petite division qui emprunterait, aux asiles quelques uns de ses procédés, et dont le régime serait combiné de telle sorte qu'en modifiant légèrement celui de la division supérieure, la transition s'opérât presque insensiblement. »

Un des successeurs de M. Duruy, M. Segris, reprit la question par sa circulaire du 9 avril 1 870 : après avoir signalé l'encombrement des petites classes et ies inconvénients qu'y présentait, pour les élèves sortant de la salle d'asile, « le brusque abandon d'une méthode desiinée à favoriser le développement du corps en même temps que celui de l'intelligence, » il recommandait aux recteurs un projet de programme et une Note de W* Loizilion, inspectrice générale des salles d'asile, ayant pour objet do a ménager une transition entre le régime si doux de la salle d'asile et la règle plus sévère de l'école. »

L'idée, après avoir reçu la consécration de l'expérience comme nous l'avons rappelé, tant à Paris qu'en province, fut reprise par l'administration sous le ministère de M. Jules Ferry. La circulaire du 30 octobre 187!» rappelait les recommandations antérieures et ajoutait qu'on a réaliserait une très importante amélioration dans nos services si l'on pouvait former une sorte de petite salle d'asile avec les élèves de moins de six ans de l'école de garçons et de l'école de filles de toute commune de plus de 5< 0 âmes. » Uip. seconde circulaire du 8 octobre I.S80 indiquai Mie solution plus générale encore :

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