‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 415 sur 547 · ENSEIGN. INTERNATIONAL — 8G9 — ENSEIGNEMENT PRIMAIRE · texte numérisé non relu

ENSEIGN. INTERNATIONAL — 8G9 — ENSEIGNEMENT PRIMAIRE

dispensables instruments de tout travail scientifique ultérieur, que les élèves de Saint-Germain abordent le latin et le grec. En de telles conditions, ils entrent dans les études classiques avec la curiosité et l'entrain qui abrègent les ennuis des débuts. Saisissant d'avance par l'analogie une foule de règles que leur fait deviner le simple bon sens, ils n'ont besoin que de la connaissance très facile a acquérir des déclinaisons et des conjugaisons et de l'explication de cinq ou six règles décisives de la syntaxe pour se trouver immédiatement en état de comprendre un texte latin et grec très simple. Dès lors, au lieu de se traîner pendant des années sur des passages obscurs dont il leur faudrait faire péniblement le siège à coups de dictionnaire, au lieu de ne voir dans a la plus belle langue que les hommes aient jamais parlée » qu'un objet de répulsion, ils arrivent très promptement à acquérir le goût de la lecture des auteurs anciens. Or, c'est 15. un fait qu'on ne saurait trop signaler à- l'attention publique ; car la familiarité avec les grands écrivains d'Athènes et de Rome devrait être le principal résultat des études; et le peu d'attrait qu'éprouvent les écoliers, par suite des difficultés que leur crée le vice des méthodes, pour la lecture des chefs-d'œuvre antiques, est la révélation de l'une des plaies les plus profondes de notre système actuel d'enseignement secondaire. En un mot, nos élèves, d'après le système que nous exposons, font avec supériorité, en trois et môme en deux ans, ce que, dans les données scolaires, on fait ailleurs en cinq années.

» III. Si à la règle : « Donner pour base aux a études classiques une très forte instruction pri- « maire, » en d'autres termes, « ne faire commen- « cer le latin et le grec qu'à onze ans révolus au « plus tôt », vous ajoutez cette autre règle : « As- « surer à chaque élève des soins identiques et une « sollicitude égale», en d'autres termes, « ne pas « confier à un professeur plus de vingt-cinq à trente « élèves >» ; puis cette troisième règle : « donner à « tout élève un enseignement en rapport avec l'état « réel de ses connaissances dans chaque faculté, » en d'autres termes, « substituer à la répartition <c des élèves en classes, la division des élèves par « cours, » vous aurez, je puis le dire, résolu les véritables questions de réforme pédagogique autour desquelles, sans oser jamais les aborder en face, on s'agite, dans le vide, depuis tant d'années.

» En effet, l'application de la première de ces règles permet :

» De donner une assise sérieuse et pratique à tout le système d'enseignement ;

» D'échapper à la nécessité, une fois entré dans l'étude des humanités, de faire revenir, à chaque instant, l'élève sur ses pas, sous peine de laisser dans la trame de l'enseignement, ce qui a lieu presque toujours dans l'état actuel des choses, les plus regrettables lacunes;

»> De franchir promptement les aridités du début, et d'arriver avec entrain au point où l'intérêt des études classiques apparaît à, l'esprit.

» Grâce h la seconde règle, on est certain :

» De voir tous les élèves, sans exception, mettre à profit le temps des études, chacun dans la mesure de ses forces intellectuelles et physiques. Il n'est pas admissible qu'un enfant, si mal doué qu'on le suppose, soit livré, fait qui se produit tous les jours dans nos lycées, à l'abandon intellectuel, et, on peut le dire, condamné ; il est barbare qu'il puisse se trouver, dans un établissement d'éducation, un seul de ces élèves délaissés qui, sous le nom tristement consacré de cancres, traînent sur les bancs des classes, cinq ou six années durant, cette existence stérile du jeune homme qui n'est que le prélude de la vie inutile ou mauvaise de l'homme fait. Un enfant ne naît pas cancre, il le devient; et il le devient, osons le déclarer, par

l'incurie des maîtres, résultat nécessaire de l'accumulation des élèves dans les classes.

» L'application de la troisième règle, enfin, a pour résultat :

» De permettre de mesurer l'enseignement aux besoins, et de ne jamais imposer à l'esprit un niveau d'études plus élevé que celui auquel il peut actuellement atteindre ; de donner toujours pour base aux leçons les leçons qui les ont immédiatement précédées, conséquemment de ne pas tolérer de solution de continuité dans la chaîne des études ni de lacune dans l'ensemble des connaissances.

» Dans la répartition ordinaire par classes, un élève qui, par exemple, entre en troisième devra, quelle que soit son ignorance peut-ôtre en mathématiques, suivre, coûte que coûte, le cours de géométrie. D'après le système de Saint-Germain, il pourra être placé dans les cours d'arithmétique, et reprendra, s'il y a lieu, l'étude des fractions ou môme de la division simple ou du système métrique ; par contre, un jeune homme très avancé en mathématiques pourra, selon l'état de ses études classiques, participer à un cours inférieur de latin ou de grec.

» Et ainsi, l'élève est appelé à tel ou tel degré des études, dans chaque faculté, non d'après ce qu'il est censé savoir, mais d'après ce qu'il sait »

Tel a été, dans ses données générales, le plan d'études pratiqué pendant huit années, à Saint Germain, d'après les principes adoptés par le Comité de Y Enseignement international, en 1862. L'expérience eût été tout à fait concluante, si elle se fût prolongée. Telle qu'elle a pu se produire, elle est une des plus originales que l'esprit d'initiative individuelle ait suscitée de notre temps ; et la science pédagogique, dans la triple sphère de l'enseignement primaire, de l'enseignement spécial et de l'enseignement secondaire, doit nécessairement en tenir compte.

L'Institut international de Saint-Germain n'a pas survécu aux tourmentes de l'année 1870 ; et le système général dont il n'a été qu'un essai de mise en œuvre rudimentaire, incomplet et partiel, attend encore aujourd'hui son application.

ENSEIGNEMENT INTUITIF. — V. Intuition.

ENSEIGNEMENT LAÏQUE. — V. Laïcité.

ENSEIGNEMENT MUTUEL. — V. Mutuel (Enseignement).

ENSEIGNEMENT OBLIGATOIRE. — V. Obligation.

ENSEIGNEMENT PAR L'ASPECT. — V. Intuition.

ENSEIGNEMENT PRIMAIRE. — Ce terme est si général qu'il pourrait embrasser presque toute la matière du présent ouvrage. Il n'y a qu'un moyen d'éviter l'extension indéfinie du cadre de l'article : c'est de le borner à la définition légale et à îa définition pédagogique de ces mots mêmes : Enseignement prùnaire. — Quant à l'histoire ou générale ou particulière de cet enseignement, on la trouvera dans ses grands traits au mot Instruction publique, et en ce qui concerne chaque pays au nom de ce pays, pour le nôtre avec plus de détail encore aux noms des provinces et des départements.

Quant à l'organisation administrative et à 1 organisation pédagogique, on pourra l'étudier d'abord à ces deux articles, ensuite et suivant la nature des questions aux mots Écoles et en particulier Écoles primaires, Autorités scolaires, Communes, Confessionnelles (Ecoles), Instituteurs. Programmes, Normales (Ecoles), Maternelles (Ecoles), Enfantines (Ecoles et classes), Adultes (ti?îseignement des), Complèmeyitaire (Enseignement), Pensionnats, et aux articles plus spéciaux encore auxquels renvoie chacun de ces articles.

Nous ne traiterons donc ici qu'une seule question : que doit-on entendre et qu'entend-on par ces mots Enseignement primaire? — Nous cher-

cherons la réponse essentiellement dans les textes officiels, tant pour la France que pour les pays étrangers.

FRANCE

Un fait très général s'impose à l'attention, c'est que partout la notion même de l'enseignement primaire est d'origine toute récente, qu'elle n'a cessé de se développer et qu'à l'heure présente elle est à peine fixée.

Nous n'entendons pas dire qu'avant 1789 en France, avant les premières années de ce siècle dans d'autres pays, les enfants des classes populaires ne reçussent ni instruction ni éducation : dans ce Dictionnaire même nous avons pieusement relevé, toutes les fois qu'il nous a été possible de le faire, la trace des efforts accomplis et des résultats obtenus à cet égard dès le moyen âge. Ce qui est nouveau, ce qui date de la Révolution chez nous et aussi, dans une large mesure, chez beaucoup de nos voisins, c'est l'idée de considérer l'enseignement primaire comme un intérêt d'ordre public, comme une nécessité sociale ou, ce qui revient au même, comme une obligation de la société. Ce qui est nouveau, c'est renseignement primaire inscrit au premier rang des institutions d'une nation libre, au lieu de rester affaire de charité privée, œuvre pie ou institution de bienfaisance,

La constitution de 1791 est, croyons-nous, la première charte d'un peuple civilisé qui ait mentionné au nombre des Dispositions fondamentales garanties par la constitution l'obligation de « créer et organiser une instruction publique commune à tous les citoyens, gratuite à l'égard des parties d'enseignement indispensables pour tous les hommes. » L'art. 22 de la Déclaration des droits de l'homme de 1793 n'est pas moins affirmatif : « L'instruction est le besoin de tous. La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique et mettre l'instruction à la portée de tous les citoyens. » Précisant ces idées générales et les appliquant au « premier degré d'instruction», la Convention définissait l'enseignement primaire celui qui a pour objet « d'enseigner les connaissances rigoureusement nécessaires à tous les citoyens » (décret du 12 déc. 1792), ou encore de « donner aux enfants de l'un et de l'autre sexe l'instruction nécessaire à des hommes libres » (décr. du 27 brum. an III).

L'histoire de l'enseignement primaire en France, depuis près d'un siècle, n'est pas autre chose que l'histoire du développement de ces brèves et fécondes formules. Conçu dans cet esprit de patriotisme à la fois très ardent et très réfléchi, défini avec cette hauteur de vues digne de la Convention, l'enseignement primaire devait être naturellement organisé comme un des plus importants services publics : par l'étendue de son objet, par la profondeur de son action, par la dignité de son caractère, par l'ampleur de son budget, et par le rang de ses fonctionnaires dans l'estime publique, il devait remplir une véritable mission sociale, servir d'instrument à tous les progrès et d'appui à toutes les institutions républicaines. C'était là un idéal à la fois trop neuf, trop vaste et trop hardi pour qu'il pût se réaliser d'un seul coup : il y eût fallu, même après l'immortel effort des conventionnels, vingt ans de paix et de république. Le Consulat, l'Empire surtout et les premières années de la Restauration abandonnent comme une utopie cette conception d'un enseignement primaire national à la fois si puissant, si complet et si accessible à tous. Pendant plus d'un quart de siècle on eût pu croire à un rêve évanoui, à une chimère dissipée. Le décret impérial organisant l'Université ne prévoit plus que l'existence de « petites écoles, écoles primaires où l'on apprend à lire, à écrire et les

premières notions du calcul » (17 mars 1808). Et Fontanes ramène l'enseignement primaire à ses antiques limites : « les maîtres d'école sont destinés à répandre les premiers principes de la religion et les éléments des connaissances humaines. » (Circul. du 30 janvier 1809.) Cette même et double préoccupation de restreindre le champ de l'enseignement primaire et d'y donner la place essentielle à l'instruction religieuse, se manifeste avec la plus persistante énergie dans tous les actes officiels de la Restauration. « L'objet de l'instruction primaire est surtout de multiplier, de renforcer en quelque sorte l'instruction religieuse, » écrit le président de la Commission de l'instruction publique aux recteurs (15 mars 1816) en leur expliquant l'ordonnance du 29 février.

Et cependant la notion nouvelle de l'enseignement primaire n'était pas loin de revivre. Elle reparaît aussitôt après la révolution de 1830 dans les projets de loi qui aboutissent enfin à la loi Guizot. Bien que le style du législateur de 1833 n'ait volontairement ni la chaleur, ni le souffle des textes de la Révolution, il rompt manifestement avec la tradition que la Restauration avait reprise et remet en honneur un enseignement primaire d'une étendue et d'une portée tout autre. L'énumération seule qu'en fait le premier article de la loi dit assez quelle extension lui est rendue :

« Art. Ier. — L'instruction primaire est élémentaire ou supérieure. L'instruction élémentaire comprend nécessairement l'instruction morale et religieuse, la lecture, l'écriture, les éléments de la langue française et du calcul, le système légal des poids et mesures.

» L'instruction primaire supérieure comprend nécessairement, en outre, les éléments de la géométrie et ses applications usuelles , spécialement le dessin linéaire et l'arpentage, des notions des sciences physiques et de l'histoire naturelle applicables aux usages de la vie, le chant, les éléments de l'histoire et de la géographie, et surtout de l'histoire et de la géographie de la France.

>) Selon les besoins et les ressources des localités, l'instruction primaire pourra recevoir les développements qui seront jugés convenables. »

Ainsi tracé, le cadre de l'enseignement primaire était vaste et de plus il s'ouvrait par avance à des développements ultérieurs. Les divers projets de loi de 1848 s'inspirent du même esprit. M. Barthélémy Saint-Hilaire, rapporteur de la commission nommée pour examiner le projet Carnot, complète encore la définition de l'enseignement primaire en y faisant entrer :

« 1° Les éablissements d'éducation pour le premier âge appelés salles d'asile (et qu'un arrêté du 28 avril 1848 venait de nommer écoles maternelles) ;

» 2° Les écoles d'instruction primaire élémentaire et supérieure ;

» 3° Les écoles normales primaires ;

» 4° Les écoles d'apprentis, les ouvroirs, les classes d'adultes, les écoles des hospices et les prisons. »

On sait comment le législateur de 1850 réduisit ce programme trop ambitieux à son gré. La loi du 1 5 mars faisait disparaître par prétention l'enseignement primaire supérieur, autorisait, invitait presque les départements à supprimer les écoles normales, renvoyait les salles d'asile au régime des décrets et, sous le prétexte de liberté d'enseignement, laissait aux établissements libres et même communaux toute facilité de rétrécir les bornes et d'abaisser le caractère de l'enseignement national. Il fallut attendre jusqu'à M. Duruy pour replacer l'histoire et la géographie de la France au rang des matières ordinaires de l'enseignement primaire (loi du 10 avril 18G7,art. 6), J et au rang des matières facultatives le dessin, la

géométrie, la tenue des livres et les langues vivantes (loi du 21 juin 1865). Les lois de 1370 et 1880 ont ajouté aux matières obligatoires la gymnastique et l'agriculture.

Mais ce n'est que dans ces dernières années que la notion de l'enseignement primaire a repris légalement toute l'extension que lui avait assignée la première République. Une des dernières circuculaires de M. Jules Ferry (29 octobre 1881) a mis ce fait en lumière en rappelant quelques-unes des récentes dispositions législatives qui ont profondément modifié la notion môme de l'enseignement primaire: «La loi du 11 décembre 1880 sur les écoles d'apprentissage a fait entrer dans les cadres de l'enseignement primaire tous les établissements qui ont pour objet d'associer à des études primaires complémentaires le commencement de l'apprentissage professionnel. Par cette mesure si simple et d'une si grande portée sociale, le Parlement n'assurait pas seulement des ressources et une situation légale à quelques établissements nouveaux; il tranchait la question de savoir jusqu'où vont, en matière d'enseignement primaire, les besoins de la nation et les obligations de l'Etat.

» Naguère encore on pensait que l'Etat avait fait assez pour l'éducation des enfants du peuple quand il leur avait offert, aux uns moyennant rétribution, aux autres à la faveur d'une sorte d'aumône, une instruction élémentaire qui, pour beaucoup, allait à peine jusqu'à savoir lire et écrire. Aujourd'hui, la sollicitude de la nation les accompagne au delà de l'âge scolaire : on se fait scrupule de laisser dépérir cette œuvre d'éducation morale et intellectuelle si laborieusement commencée, et la loi n'a pas hésité à inscrire l'instruction complémentaire et professionnelle, au même rang et au même titre que l'enseignement primaire proprement dit, parmi les dépenses dont l'Etat, après la commune, consent à se porter garant.

» Quelques mois plus tard, par la loi du 16 juin 1881, le Parlement complétait cette définition si libérale de l'enseignement populaire, en faLant passer les salles d'asile et les classes enfantines au rang des établissements primaires, avec toutes les obligations que cette assimilation comporte pour la commune et pour l'Etat : la même loi étendait à tous les degrés de l'édifice si largement agrandi le système démocratique de la gratuité absolue. Ainsi, commençant plus tôt et finissant plus tard, l'enseignement primaire ne sera plus désormais un accident de courte durée dans la vie de l'homme de labeur ; il va devenir toute une éducation. Après avoir reçu l'enfant dès le plus jeune âge, utilisé tous ses instants, éveillé ses facultés, développé son intelligence, cultivé son âme, il s'imposera le devoir de le suivre jusqu'à l'entrée de la vie pratique.

>> Naguère, sans préparation dans la première enfance, sans caractère obligatoire dans la période scolaire, sans suite et sans consécration au lendemain do la sortie de l'école, l'enseignement primaire ne menait à rien ; il mène à tout aujourd'hui par deux larges issues : d'une part le nouvel enseignement primaire supérieur, qui offre à tous un précieux complément d'études théoriques et pratiques, d'autre part l'enseignement secondaire lui-même, qui s'ouvre à l'élite de nos élèves primaires par la nouvelle ordonnance de ses programmes et le bienfait incessamment accru des L nurses d'Etat. »

La loi qui est en ce moment (1882) devant le Sénat et qui sera sans doute votée dans un très court délai consacre cette manière d'entendre l'enseignement primaire ; et, bien qu'elle ne distingue plus les matières obligatoires des matières facultatives, celles de l'enseignement primaire élémentaire de celles de l'enseignement primaire supérieur, rémunération qu'elle contient dans sou article l«r

indique assez que nous sommes loin du temps où l'on cherchait « des garanties contre toute extension excessive do l'enseignement «.Cet article 1" dit en effet:

« L'enseignement primaire comprend :

L'instruction morale et civique;

La lecture et l'écriture;

La langue et les éléments de la littérature française ;

La géographie, particulièrement celle de la France ;

L'histoire, particulièrement celle de la France jusqu'à nos jours ;

Quelques notions usuelles de droit et d'économie politique ;

Les éléments des sciences naturelles, physiques et mathématiques ; leurs applications à l'agriculture, à l'hygiène, aux arts industriels; travaux manuels et usage des outils des principaux métiers;

Les éléments du dessin, du modelage et de la musique;

La gymnastique ;

Pour les garçons, les exercices militaires;

Pour les filles, les travaux à l'aiguille. »

Bien que la plupart des textes que nous venons de passer en revue aient trait surtout à l'indication des matières qu'il comprend, ce n'est nullement par l'étendue de cette liste énumérative que nous entendons définir et apprécier l'enseignement primaire. Le nombre des matières enseignées n'est pas indifférent sans doute, et il permet déjà de préjuger en une certaine mesure ce que sera et ce que vaudra l'instruction populaire; mais ce qui importe plus encore, c'est la manière de donner cette instruction, c'est l'esprit qu'on y met, l'intention qui l'anime, le rôle que les lois et les mœurs assignent à l'école, à l'instituteur, à l'enseignement. C'est à ce point de vue surtout quo les idées se sont transformées depuis un demi-siècle. Le maître d'école d'autrefois, chargé d'apprendre à lire et à écrire et de faire réciter le catéchisme, n'avait, pour ainsi dire, que des résultats mécaniques à obtenir : il faisait faire à l'enfant une sorte d'apprentissage, l'apprentissage de l'art le plus humble ou plutôt du premier instrument de toute connaissance. Sa tâche était remplie et il pouvait avoir la conscience satisfaite s'il avait « montré » à ses élèves ce qu'il savait lui-même et si la plupart le quittaient lisant à livre ouvert, ayant une belle plume et sachant faire les quatre règles.

La partie morale de l'éducation lui échappait, elle appartenait au prêtre, elle était censée résulter du catéchisme, et l'instituteur n'avait à y concourir que pour ainsi dire machinalement et dans tous les cas très indirectement. Que son ministère est autre aujourd'hui ! Combien plus ample est son œuvre et plus lourde sa responsabilité, mais aussi quel surcroît de dignité pour sa fonction ! Le dernier ministre de l'instruction publique l'a dit avec autant d'élévation que de justesse aux instituteurs réunis à la Sorbonne : « Le but que la République poursuit et qu'elle est près d'atteindre, c'est de mettre l'éducation dans l'école, c'est de faire que nos instituteurs deviennent des éducateurs, que l'enseignement primaire devienne une éducation libérale pour la nation entière. » Et M. Jules Ferry, entrant dans l'analyse de cette idée générale, expliquait comment c'est en vue de constituer « un enseignement véritablement éducateur », en vue de faire de l'école une « maison d'éducation et non plus simplement un instrument de discipline », que spontanément, de toutes parts, dans l'administration et en dehors d'elle, « on ajoute à l'enseignement fondamental et traditionnel du lire, écrire et cowpter une foule d'accessoires qui semblent au premier abord quelque peu exagérés, des étu-

des qu'on jugerait volontiers trop variées : les leçons do choses, l'enseignement du dessin, les notions d'histoire naturelle, les musées scolaires, la gymnastique, les promenades scolaires, le travail manuel de l'atelier placé à côté de l'école, le chant, la musique chorale, qui y pénétreront à leur tour. Pourquoi tous ces accessoires ? Parce qu'ils sont à nos yeux la chose principale, parce qu'ils fo.it aimer l'école, parce qu'en eux réside la vertu éducative, parce que ces accessoires font de l'école primaire, de l'école du moindre hameau, du plus humble village, une école d'éducation libérale. »

Cette définition admise, tous les caractères de l'enseignement primaire en découlent, pour ainsi dire, sans qu'il soit besoin d'aucune démonstration. Constitué pour remplir cette fonction au sein de la démocratie, l'enseignement primaire ne peut être qu'un enseignement laïque, puisqu'il est destiné à préparer non les membres d'une Église, mais les membres d'une société où toutes les Églises ont leur place ; il ne peut être qu'un enseignement gratuit, puisque, devenant un service social, il ne saurait être pour personne un privilège ni pour personne une aumône ; il ne peut être qu'un enseignement obligatoire pour tous les enfants, comme il est obligatoire pour la société : l'une ne peut refuser de le donner, les autres de le recevoir.

Nous n'avons pas, du reste, à développer ici ces trois points dont nous ne voulons qu'indiquer le rapport avec la notion même de l'enseignement primaire. On trouvera le développement et l'historique de ces trois questions aux mots Gratuité, Laïcité, Obligation.

PAYS ÉTRANGERS

On trouvera, dans l'article général que nous consacrons à chacun des pays étrangers, les indications nécessaires sur l'organisation de l'enseignement primaire ; en outre, les articles spéciaux tels que Autorités scolaires, Communes {Obligations scolaires des), Ecoles primaires, Instituteurs, Confessionnelles et non confessionnelles (Ecoles), Obligation, Gratuité, etc., contiennent les renseignements relatifs à ces diverses questions. Nous ne donnons ici que la définition légale de l'enseignement primaire dans chaque pays (lorsque cette définition a été inscrite dans la loi), ainsi que la liste des matières obligatoires et facultatives qui constituent le programme de cet enseignement.

Allemagne. — bade. — « L'enseignement de l'école primaire doit faire des enfants des hommes intelligents, religieux et moraux, et les préparer à devenir des membres utiles de la société. Il comprend les matières ci-dessous : religion, lecture et écriture, langue allemande, calcul, chant, dessin, des notions de géométrie, de géographie, d'histoire naturelle, de sciences physiques, et d'histoire; de plus, la gymnastique pour les garçons, et les travaux à l'aiguille pour les filles. > (Loi du 8 mars 18G8, art. 2b.) — Les mêmes branches forment aussi le programme de l'école complémentaire. (Loi du 19 février 1874.)

Dans les écoles primaires supérieures (hohere Bù> gersc.hulen), les matières d'enseignement sont les suivantos : religion, langue allemande, langue française, langue anglaise, géographie, histoire, arithmétique, géométrie et trigonométrie, histoire naturelle, physique, chimie, calligraphie, dessin, chant, gymnastique. (Ordonnances du 15 et. du 30 mai 1834).

bavièiie. — Les branches d'enseignement à l'école primaire se divisent en branches nécessaires (nothwendig) : religion, lecture, écriture, langue maternelle, calcul ; et en branches utiles (gemeinnùtzlich): histoire, géographie, histoire naturelle, chant, dessin, arboriculture, gymnastique pour

les garçons, travaux à l'aiguille pour les filles. (Lehrplan du 3 mai 1811.)

Dans les écoles complémentaires professionnelles (gewerbliche Fortbildungs-Schulen), l'enseignement comprend les branches suivantes : l°dans la division élémentaire, religion, langue allemande avec exercices de style et de composition, calcul ; 2° dans les divisions techniques (Fachabtheilungen), dessin, bosse et modelage, arithmétique avec explications commerciales, géométrie, histoire naturelle, chimie, notions sur les matières premières employées dans l'industrie, comptabilité commerciale, et exercices pratiques dans les différents métiers. (Règlement organique du 1er oct. 1870.) — Dans les écoles complémentaires agricoles (Landwirthschaftliche Fortbildungs - Schulen), lecture avec explications, orthographe, exercices pratiques de rédaction de lettres et papiers d'affaires, arithmétique avec exercices sur les poids et mesures, géographie, histoire nationale et générale, notions d'agriculture, d'arboriculture, d'apiculture, histoire naturelle, dessin. (Décret du 11 juillet 1870.)

hesse. — Matières d'enseignement à l'école primaire : religion, lecture, écriture, langue allemande, calcul, géométrie, histoire, géographie, histoire naturelle, chant, dessin. Si les circonstances le permettent, gymnastique pour les garçons et travaux à l'aiguille pour les filles. L'autorité scolaire supérieure peut autoriser le développement de ce programme, lorsque l'organisation de l'école et les ressources locales s'y prêtent. — L'école complémentaire peut avoir un programme plus étendu. — Pour les écoles primaires supérieures, le programme est fixé par l'autorité scolaire supérieure suivant les exigences locales. (Loi du 16 juin 1874.)

prusse. — Matières d'enseignement à l'école primaire : religion, langue allemande (langue, lecture, écriture), calcul avec éléments de la géométrie, dessin, histoire, géographie, histoire naturelle, chant, gymnastique pour les garçon3, travaux à l'aiguille pour les filles. (Règlement général du 15 octobre 1872.) — Les écoles complémentaires professionnelles (gewerblic/ie Fortbildungs-Schulen) comprennent deux degrés d'enseignement : dans le premier, on enseigne les mêmes branches qu'à l'école primaire quotidienne, à l'exception de la religion ; dans le deuxième degré, l'élève acquiert surtout des connaissances professionnelles, et le choix des objets d'enseignement est déterminé d'après les circonstances locales : s'il s'agit d'un enseignement commercial, ces branches sont spécialement la physique, la chimie, l'arithmétique ordinaire et commerciale, la comptabilité et j la correspondance commerciale ; en outre, les langues étrangères à titre facultatif ; s'il s'agit d'un enseignement industriel, le dessin forme la branche principale, et les autres objets d'enseignement sont le calcul, les sciences naturelles, l'histoire et la littérature nationales. (Ordonnance ministérielle du 17 juin 1874.)

L'école moyenne (Mittelschule) fait suite à l'école primaire ; c'est en réalité une école primaire supérieure. L'enseignement y comprend les branches suivantes : religion, aMemand, lecture et écriture ; arithmétique et géométrie ; histoire naturelle, physique, chimie ; géographie, histoire ; langues étrangères (français ou anglais, obligatoire ; latin, facultatif); dessin, chant, gymnastique. (Ordonnance ministérielle du 15 octobre 1872.)

saxe (Royaume de). — « L'école primaire a pour mission de donner à la jeunesse, par l'instruction et l'éducation, les principes de la culture morale et religieuse, ainsi que les connaissances générales et les aptitudes pratiques nécessaires pour la vie sociale. » (Loi du 20 avril 1873, art, l'r.) Les

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