‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 457 sur 547 · II · texte numérisé non relu

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FINLANDE. — V. Russie.

FIOLET (Sœur Justine). — Institutrice française, née à Cléty, près de Saint-Omer (Pas-de- Calais), en 1796, morte à Dohem, dans le même département, en 1876. Fille d'un cultivateur, elle devint en 1819 institutrice libre à Dohem sous le nom de sœur Justine ; en 1834, elle installa dans cette commune un pensionnat, et en 1835 elle se munit du brevet de capacité. En 1850, en vertu d'un accord avec le Conseil général du Pas-de-Calais, un cours normal pour institutrices fut ouvert dans le pensionnat de Dohem, avec 15 élèvesboursières. En 1866, sœur Justine, désirant assurer l'avenir de l'œuvre qu'elle avait créée, constitua, avec quelques-unes de ses élèves, une société civile, dont elle obtint ensuite l'érection en congrégation religieuse sous le nom de Filles du Saint Cœur de Marie. A sa mort, en 1376, le pensionnat de Dohem, qu'elle avait amené à un haut degré de prospérité, comptait plus de deux cents élèves.

FLANDRE. — V. Nord {Département du).

FLATTICH (Jean-Frédéric). — Pasteur et pédagogue allemand, né à Beyhingen (Wurtemberg) le 3 octobre 1713, mort à ftiûnchingen le 1er juin 1797. Sa vie a embrassé ainsi le xvme siècle presque entier, et pourtant il est resté longtemps à peu près inconnu. C'est seulement vers la fin de la première moitié du nôtre que la publication de quelques-uns de ses écrits a commencé à le tirer de l'oubli. Il descendait d'une ancienne famille noble de la Moravie, que son attachement aux idées de la Réforme avait portée à quitter son pays natal pour venir se fixer dans la contrée arrosée parle Neckar. Mais elle avait perdu ses biens par suite de cette émigration, et le père de Flattich n'avait qu'un modeste emploi à peine suffisant pour élever sa famille, lorsqu'il mourut en 1728, laissant une veuve et trois enfants, dont le jeune Flattich, âgé alors de moins de quinze ans. J.-Fr. Flattich reçut sa première instruction dans l'humble école de son village ; mais lorsqu'il dut pousser ses études plus loin, ses parents, ne pouvant le placer dans un internat, furent obligés de l'envoyer àl'école latine deLudwigsbourg ; de sorte qu'il eut à faire pendant plusieurs années quatre lieues h pied chaque jour pour aller à l'école et en reve-

nir, n'ayant qu'une maigre pitance pour subsister dans l'intervalle. L'exercice et ce régime frugal eurent l'avantage de fortifier sa constitution et de l'habituer de bonne heure à la vie simple qu'il mena toute sa vie.

Flattich était doué d'heureuses qualités. Il avait une intelligence facile qui lui permit d'achever en moins de deux ans le cours complet des études de l'école de Ludwigsbourg. Il la quitta en mai 1729 pour entrer, à la grande joie de sa mère, comme boursier interne à l'école claustrale de Denkendorf. Il eut le bonheur de s'y trouver sous la direction d'un maître habile, Albert Bengel, pour qui Flattich conçut un vif attachement; ses leçons firent sur lui une impression qui ne s'effaça jamais. De Denkendorf, il passa, en 1731, au séminaire protestant de Maulbronn. Enfin, au mois d'octobre 1733, il fut admis, encore en qualité de boursier, à l'université de Tubingue, où, en dehors des études théologii|ues, but de sa carrière, il se livra avec ardeur à l'étude de la philosophie et des mathématiques. Animé dès sa jeunesse d'un véritable goût pour l'enseignement, il donnait des leçons de ces sciences à quelques étudiants. Il voyait dans l'instruction un des moyens les plus efficaces de satisfaire le penchant qu'il eut jeune encore pour faire du bien aux hommes. Il ne renonça pourtant pas aux fonctions ecclésiastiques, dont le goût lui avait été inspiré par sa mère,, qu'il aima tendrement jusqu'à sa mort. Après sa consécration comme ministre, en 1737, il fut vicaire chez un oncle, pasteur d'une commune voisine de la sienne. Il y resta pendant cinq ans,, s'exerçant à la fois au ministère pastoral et à l'enseignement. En 1742, à l'âge de vingt-neuf ans, ï\ fut à son tour nommé pasteur à Hohenasperg, paroisse très pauvre, où on le chargea en môme temps des fonctions de prédicateur ou aumônier de la garnison établie dans la citadelle. Dans les cinq ans qu'il y passa, il réussit à transformer sa paroisse, dontil changea la population de paresseux et de mendiants en une population laborieuse et aisée. Il fut appelé en 1747 à Metterzimmern, d'où, enfin, il fut promu, en 1760, au poste de Mûnchingen, bourg plus important, où il résida jusqu'à sa mort arrivée en 1797. Flattich avait, quand il mourut, près de quatre-vingt-quatre ans, dont cinquante-cinq avaient été consacrés au ministère pastoral dans trois communes seulement. Il s'était marié à vingt-neuf ans ; il avait épousé une jeune orpheline, fille d'un pasteur de village, dont la pauvreté non moins que les excellentes qualités le déterminèrent à la choisir pour épouse. Il était sûr, dit-il, de trouver en elle des goûts semblables aux siens, et des habitudes simples et modestes propres à la préparer à la vie de privations qu'il entrevoyait pour l'avenir. Il ne fut pas trompé dans ses espérances, car elle le seconda d'une manière admirable dans tous ses travaux. Elle mourut en 1771, à l'âge de cinquante-un ans, après l'avoir rendu père de quatorze enfants dont six lui survécurent.

Ce n'est point ici le lieu de raconter en détail cette longue vie de pasteur. On la résumerait, du reste, en un mot, en disant qu'il fut un pasteur modèle. Le poète allemand, A. Knapp, l'a parfaitement caractérisé en l'appelant un Salomon moderne sous le costume d'un pasteur de village. Flattich, en effet, n'en remplit pas seulement les devoirs avec un zèle et un désintéressement exemplaires, mais encore avec une rare intelligence. Toujours en course dans sa commune, entrant dans toutes les chaumières, s'entretenant avec les paysans, prodiguant partout des encouragements et des conseils, et distribuant des secours sans jamais consulter sa bourse, sa charité le porta souvent à se dépouiller du nécessaire, quelquefois môme doses vêtements, quand il n'avait pas autre chose à

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donner, comme le fit plus tard Pestalozzi avec qui il eut de si nombreux points de ressemblance. Pendant la grande misère qui affligea le pays durant la guerre de Sept ans, il alla plusieurs fois jusqu'à partager sa dernière bouchée avec ceux qui avaient faim.

Il est plus difficile d'apprécier Flattich comme pédagogue, quoiqu'il l'ait été toute sa vie. En effet, chez lui, de môme que sous le pédagogue apparaissait toujours le pasteur, de môme le pasteur l'ut toujours doublé du pédagogue. Les leçons qu'il avait, commencé à donner à Tubingue, il les reprit pendant son vicariat; plus tard, dès son entrée dans lacurede Hohenasperg,il réunit chez lui quelques élèves ; mais jamais il ne dirigea une école ou i':n véritable pensionnat. Quoique les succès qu'il obtenait lui fissent une réputation dans son voisinage, il n'eut point l'occasion d'arriver à la notoriété qu'a donnée à d'autres illustres pédagogues la direction d'un établissement monté sur une plus grande échelle. Il avait habituellement autour de lui une vingtaine de jeunes gens de tout âge et de toute condition ; il les gardait pendant six, huit et môme dix ans. Mais, avec ce nombre restreint d'élèves arrivés à des points divers d'instruction, il n'y avait guère lieu à un enseignement commun. Aussi n'y eut-il jamais chez lui rien qui fût de nature à frapper vivement l'attention publique.

Le principe fondamental de sa direction avec ses élèves, de môme qu'avec ses paroissiens, était l'amour. Ce n'était pas toutefois chez lui un sentiment purement instinctif, c'était au contraire un principe raisonné. Il nous avoue à différentes reprises, avec une candeur qui l'honore, qu'il était naturellement violent et emporté. C'est la conséquence des fautes que ce caractère lui fit commettre qui le conduisit à se réformer d'une manière complète. Il lui arriva même de tomber dans l'erreur contraire. Sa bonté dégénéra quelquefois en faiblesse, et il crut un temps que l'amour pouvait suffire à tout et avec tous. Mais les élèves, s'apercevant bientôt de cette tendance, se laissèrent aller à leur malice naturelle, et Flattich comprit qu'avec l'enfance comme avec les hommes il faut savoir allier la tendresse à la fermeté. Il avait renoncé complètement à l'usage de la verge, et il en détourna les autres ; non pas qu'il la crût toujours inutile, mais il s'était convaincu qu'il est difficile de s'en servir à propos et d'en faire un usage convenable. Il préférait de beaucoup, pour conduire ses élèves, s'adresser à leur raison. Dans ses entretiens avec eux comme avec ses paroissiens, il avait sans cesse recours à des exemples ; il les tirait fréquemment de l'histoire sainte dont sa mémoire lui rappeiait les paroles avec un heureux à propos. Il a môme composé, en 1708, à ce sujet, un petit traité sur le parti qu'on peut tirer dans l'éducation des passages de la Bible: ce traité a été reproduit dans ses œuvres. Il variait aussi sa façon d'agir avec ses élèves selon les âges et les caractères, les dispositions ou les tempéraments, et aussi selon la condition des familles.

Il est encore plus difficile de dire quels furent, sous le rapport de l'enseignement, les principes de Flattich. C'était un autodidacte qui n'imitait personne. Il n'a exposé aucun plan d'études ni d'enseignement; il n'en avait pas, pour ainsi dire, la nature de ses élèves et leur rombre très limité ne lui ayant jamais fait sentir le besoin de s'en tracer un. Il n'aimait point, d'ailleurs, ces plans systématiques nécessaires dans de grands établissements où une règle est indispensable pour guider un personnel nombreux. Leur rigueur lui paraissait peu en rapport avec les besoins de l'éducation. Si les intelligences ne présentent pas dans l'ensemble une aussi grande variété que les caractères, il n'en trouvait pas moins que l'in-

flexibilité des programmes s'accorde peu avec la d.fl'érence des esprits. C'est peut-être pour cette raison, aussi bien que par suite du défaut de temps, conséquence de ses occupations multiples, que Flattich n'a composé aucun traité spécial de pédagogie; c'est la, aussi la cause de l'oubli où son nom est resté. Il n'a rédigé, en effet, aucun de ces livres de longue haleine qui offrent un système complet, plus ou moins bien conçu, mais toujours coordonné de manière à présenter un ensemble de vues et de doctrines.

Flattich a cependant beaucoup écrit. Il résumait dans un journal le résultat de ses observations quotidiennes. Il a déposé aussi dans divers ouvrages des réflexions nombreuses sur l'art d'élever la jeunesse et de donner l'enseignement, Il n'employait pas le mot d'instruction ; il préférait celui d'information. C'est même le nom donné à son principal ouvrage, publié sous le titre de Amnerkungen ùber dus Informationsv:erk , recueil de remarques portant à la fois sur l'éducation et l'instruction, que Flattich ne sépara jamais l'une de l'autre. Pour lui, en effet, 1 instruction n'a point uniquement pour but de donner des connaissances; elle doit se proposer essentiellement de former l'homme tout entier. Cet ouvrage, ainsi que ses autres écrits d'une moindre étendue, en ce composent point de chapitres se suivant dans un ordre méthodique, mais simplement de paragraphes ou de fragments détachés, n'ayant d'autre lien que leur voisinage avec ceux qui se rattachent au même sujet. On y trouve moins de dogmatisme que dans un livre plus systématique, et l'on s'y laisse aller plus aisément aux charmes de la lecture. Mais, d'un autre côté, si on se sent l'esprit pénétré et le cœur vivifié par la pensée de l'auteur, il est plus difficile de saisir l'ensemble de ses idées et d'en rendre compte. Les écrivains qui ont cherché à faire connaître Flattich n'ont guère pu que rassembler, en les réunissant sous différents chefs, les nombreux fragments où il a déposé le résultat de ses observations. Ledderhose, qui en a recueilli la plus grande partie dans Ylnformationswerk, cité plus haut, et Ehmann, venu après lui, et qui a puisé dans son journal, dans sa correspondance et dans d'autres écrits, ont réuni plus de 1 300 fragments divers, les uns se composant de deux ou trois lignes seulement, tandis que d'autres ont trois ou quatre pages. Dans ces paragraphes on rencontre à chaque pas les conseils les plus sages sur presque toutes les branches de l'enseignement, depuis la langue maternelle jusqu'aux langues classiques, depuis l'arithmétique jusqu'à la pratique des sciences. Mais sur aucune de ces branches d'instruction on ne trouve un manuel suivi d'enseignement, propre à guider un maître. Ce sont des avis qui vous éclairent, des idées qui rectifient les vôtres, redressent vos erreurs et même vous empêchent d'en commettre, préviennent des écarts et vous épargnent des illusions souvent funestes. Après les avoir lus, on se sent à la fois meilleur et plus fort, et en même temps on a le sentiment qu'on est devenu plus apte à l'enseignement et plus capable de s'y livrer avec succès. Aussi est-il vivement à regretter qu'on n'ait traduit aucun des écrits de Flattich. C'eût été certainement une des lectures les plus salutaires pour les maîtres. Elle aurait, comme celle des écrits de Pestalozzi, que le lecteur français n'a guère pu aborder jusqu'ici que dans l'original, une influence inappréciable. D'ailleurs, dans l'enseignement comme dans l'éducation, Flattich nous éclaire quelquefois par l'aveu même de ses erreurs. Ainsi, dans sa tendance à rechercher surtout les moyens de cultiver l'intelligence, il fut pendant longtemps exposé à négliger la mémoire. Il reconnut sa faute, et comprit qu'il n'est aucune faculté da 1 Lomme qui

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