FORME
publique. Que les fonctionnaires de l'Université prennent ces grands hommes, ces hommes vertueux pour modèles. » (15 avril 1812).
« L'étude de la versification française, trop facile pour les esprits médiocres, et si difficile pour les bons poètes, n'est pour les écoliers de seize à dix-sept ans qu'une dangereuse distraction et un tourment stérile. Il convient de ne point détourner les jeunes gens de leurs occupations sérieuses et solides. » (18 décembre 1812. Interdiction des exercices de poésie française dans les lycées et collèges.)
En négligeant ce dernier trait, assez piquant dans la bouche de Fontanes, nous pensons que les citations qui précèdent peuvent suffire à déterminer les sentiments du grand-maître de l'Université à l'égard de Napoléon, et la direction de ses idées en matière d'enseignement. Son éloge de Port-Royal a également son prix
En 1814 cependant, une fois l'Empire tombé et Louis XVIII mis sur le trône par les alliés, c'est •encore Fontanes qui transmet aux recteurs l'ordonnance du roi du 24 juin maintenant provisoirement l'Université. « Les chefs-d'œuvre grecs et romains, dit-il, sont dans les mains de la jeunesse, avec les auteurs du grand siècle de Louis XIV, nos maîtres éternels dans l'art d'exprimer et d'écrire. » Puis après avoir parlé de la religion, il ajoute : « Je vous ai souvent recommandé cet objet important, et vous avez fait tout ce que permettaient les circonstances. Il est des époques où les meilleurs motifs peuvent être suspects. On ne peut faire alors tout le bien qu'on désire qu'avec une prudente réserve. Aujourd'hui, rien ne s'oppose à l'exercice public de vos devoirs ; le trône de saint Louis est relevé, sa religion doit régner plus que jamais dans toutes les écoles de France. »
Le 15 octobre 1814, à l'occasion de l'ordonnance du 5 du même mois qui permet l'établissement à la campagne des écoles secondaires ecclésiastiques et qui dispense leurs élèves de suivre les cours des lycées, Fontanes « s'applaudit de voir l'autorité « paternelle du roi cotisacrer des tempéraments « qu'il avait lui-même apportés dans l'exécution « des mesures prescrites par le décret de 1811. »
La dernière circulaire connue de Fontanes est du 31 janvier 1815. L'ordonnance du 17 février supprima l'Université, institua le Conseil royal, et le même jour une pension de retraite de 30 O00 fr. était allouée à l'ancien grand-maître.
Sénateur et comte de l'empire, Fontanes fut nommé pair et marquis par Louis XVIII, après les Cent jours.
Classique, on vient de le voir, catholique de Port-Royal avec Ambroise Rendu, perpétuellement royaliste, tel nous apparaît Fontanes. Éiait-il sincère dans son enthousiasme pour Napoléon ? Nous n'hésitons pas un moment à l'affirmer, et si ses circulaires pouvaient paraître suspectes, nous en appellerions, à cet égard, à sa correspondance privée et à ceux de ses entretiens familiers qui nous ont été conservés. Il ne fut pas le seul à être conquis ; beaucoup d'autres avec lui subirent le charme et, tout compte fait, on peut le placer parmi ceux qui s'approchèrent de l'astre et s'inclinèrent le moins bas. En 1814 il ne fit pas preuve d'ingratitude, à la façon des politiques et des hommes de guerre qui du jour au lendemain passèrent de l'adoration servile à l'injure; il glissa dans son passé retrouvé, pour lequel il avait combattu, il se retrouva chez lui.
Comme poète, Fontanes ne compte pas; son imagination a de la grâce, de l'honnêteté, elle est sans ailes. Fontanes orateur est correct, ordonné, avec toutes les qualités du bien dire mais sans qu'on aperçoive nulle part aucun de ces traits qui saisissent les cœurs ou qui frappent l'esprit assez fortement, pour laisser en lui une impres-
sion durable. 11 a pour lui le tact et le bon sens.
Un point nous préoccupe chez cet homme réfléchi, mondain, qui surveille son geste et ses paroles : comment rajuster le poète d'avant 1789, le président du Corps législatif, le grand-maître de l'Université, au journaliste du Modérateur et du Mémorial, à l'auteur delaPét/tiondes ma/heureux Lyonnais? \\ y a là de 1789 à 1795 une période énergique de périls, d'audace, d'oubli de soi qui fait contraste avec les précautions toujours en éveil qui sont le fond même du caractère et du talent de Fontanes.
Nous n'avons pas tout dit.
C'est quelque chose, on l'avouera, dans la fortune d'un homme, que d'avoir été le conseil écouté de Chateaubriand, l'ami d'un raffiné comme Joubert, sans parler de tant d'autres esprits distingués qui furent les compagnons de Fontanes ou qui lui firent cortège jusqu'à la fin sans se lasser. C'est un signe aussi que d'avoir acquis la bienveillance de Napoléon et de l'avoir gardée, sans s'incliner trop bas, et sans autre tricherie que ces tempéraments dont parle la circulaire du 15 octobre 18 1 4 et qui avaient peut-être été autorisés.
FORAINS (Elèves). — On appelle élèves forains les élèves étrangers à la commune admis à l'école communale. La rétribution à payer par ces élèves était versée à la caisse municipale; aussi, comme les non-valeurs sur cette ressource fussent retombées à la charge de la commune, les élèves forains ne pouvaient être admis que sur l'autorisation spéciale du maire (Cire, des 21 août 1S7G et 16 mai 1877). La question n'a plus qu'un intérêt rétrospectif depuis le vote de la loi établissant la gratuité de l'enseignement primaire.
FORME. — Pestalozzi avait fait de la forme l'un des termes de sa triade pédagogique : le nombre, la forme et le mot, fondement de tout son système d'éducation élémentaire. Laissons-le expliquer lui-même ses vues à ce sujet :
« Pendant longtemps, dit-il, mes idées sur les éléments de l'instruction éiaient restées confuses. Je n'étais pas encore parvenu à déterminer sûrement les éléments premiers qui devaient être le point de départ de la série de mes vues sur l'éducation, ou plutôt de la forme de développement que la nature même de l'homme permettrait de lui assigner. Enfin, la pensée me vint tout à coup que iâ source de nos connaissances se trouve dans le nombre, la forme et le mot, et il me sembla qu'une lumière toute nouvelle m'éclairait dans mes recherches .. Il faut que l'art de l'enseignement prenne pour règle invariable de son organisation de s'appuyer sur cette triple base et d'arriver à ce triple résultat :
» 1° Apprendre à l'enfant à se représenter chacun des objets qu'on lui donne à connaître comme une unité, c'est-à-dire comme séparé de ceux avec lesquels il paraît associé ;
» 2° Lui apprendre à distinguer la forme de chaque objet, c'est-à-dire ses dimensions et ses proportions;
» 3° Le familiariser, aussitôt que possible, avec l'ensemble des mots et des noms de tous les objets qui lui sont connus.
» Tout notre savoir prend sa source dans trois facultés élémentaires :
» 1° La faculté d'émettre des sons, d'où vient l'aptitude au langage ;
» 2° La faculté de perception indéterminée, purement sensible, d'où vient la connaissance de toutes les formes ;
m 3° La faculté de perception déterminée, et non plus simplement sensible, d'où il convient de faire dériver la connaissance de l'unité et, avec elle, l'aptitude à compter et à calculer. »
L'enseignement élémentaire de la forme, tel