‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 463 sur 547 · FORTIN · texte numérisé non relu

FORTIN

que l'entend Pestalozzi, comprend l'art de mesurer, le dessin, et récriture. Un manuel rédigé sous les yeux de Pestalozzi par un de ses disciples, Buss, et intitulé ABC de l'intuition, donne les règles méthodiques de cet enseignement de l'art de mesurer, qui se résument ainsi : Prendre le carré pour unité de mesure; faire connaître à l'enfant, d'abord les lignes droites, puis les lignes obliques, les angles, les triangles, les quadrilatères, le cercle, les ovales, et toutes leurs divisions, en commençant par employer ces différentes formes simplement comme instruments de mesure ; le familiariser avec les rapports de leurs parties entre elles et leurs relations avec les autres figures ; lui faire copier chacune de ces figures et en désigner exactement les proportions. L'élève doit arriver ainsi peu à peu à apprécier du premier coup d'œil, et pour ainsi dire d'instinct, tous les rapports de forme. L'étude du dessin, qui n'est qu'une application de l'art do mesurer, vient ensuite. Puis, lorsque l'enfant sait mesurer et dessiner, il apprend à écrire. (Comment Gertrude ins'ruit ses enfants, 6e et 7e lettres, traduction de M. le Dr Darin).

Frœbel fut conduit de son côté, par ses études de cristallographie, à attribuer une haute importance aux formes géométriques, auxquelles il attache même une signification mystique. Aussi les dons au moyen desquels il veut faire jouer l'enfant sont-ils, non des jouets ordinaires, mais des sphères et des cubes ; et les exercices auxquels les élèves des jardins d'enfants sont initiés et qu'ils exécutent au moyen des bâtonnets, des bandes de papier, de l'ardoise, du papier quadrillé, ontils pour but, non la reproduction d'objets usuels ou d'êtres animés, mais de combinaisons de formes géométriques.

Quelle que puisse être la valeur réelle de ces conceptions théoriques, il faut reconnaître qu'à l'école primaire il y a avantage à familiariser les élèves avec les formes géométriques élémentaires et avec quelques-unes de leurs propriétés, par la simple intuition, bien avant le moment où il est possible de présenter à leur intelligence des démonstrations abstraites. L'enseignement de la géométrie comprendrait donc deux degrés : l'un élémentaire, purement intuitif, et qui s'attacherait à faire observer les formes ; l'autre supérieur, plus scientifique, où les élèves apprendraient la démonstration et l'enchaînement des théorèmes. L'enseignement élémentaire dont nous parlons porte en Allemagne le nom parfaitement approprié de Formenlehre, en Hollande celui de Vormleer.

FORMEY. — Jean-Henri-Samuel de Formey naquit à Berlin le 31 mai 1711 d'une famille de réfugiés français. Pasteur évangélique à Brandebourg à l'âge de vingt ans, puis professeur d'éloquence et de philosophie au collège français de Berlin, lié de bonne heure avec les personnages les plus distingués, il publia ou dirigea d'importantes collections littéraires, fonda le Journal de Berlin sous les auspices de Frédéric II (1740), devint directeur de la classe de philosophie de l'Académie de Berlin, et mourut en 1797 doyen de cette compagnie. Il a beaucoup écrit sur des sujets d'histoire, de philosophie, de littérature, d'histoire ecclésiastique, etc. Il fit la guerre aux philow/ihes et en particulier à Rousseau. Sa polémique contre Jean-Jacques en matière de pédagogie donna naissance à deux ouvrages par lesquels il est surtout connu chez nous.

C'est d'abord VAnti-Emile (1762, Berlin), réfutation de YEmile de J.-J. Rousseau sous forme d'observations détachées et de remarques critiques, suivant pas à pas l'édition princeps de 1 Emite en quatre volumes. En 1764, il donna son Emile chrétien, sorte d'édition expurgée et tron-

quée de YEmile, dans laquelle la profession de foi du vicaire savoyard est remplacée par un exposé de doctrine tout contraire. Voici quelques détails sur Y Anti-Emile. 11 est dédié au prince Ferdinand, frère du roi de Prusse, et porte comme épigraphe ces mots : a Tais-toi, Jean-Jacques ! d malignement empruntés à une scène que Rousseau raconte dans son Emile . Négligeons les traits de satire mordante et venimeuse que Formey prodigue contre la personne de Rousseau : « Toi qui condamnes les autres, qui es-tu ? » — <r Va chercher tes coquins ailleurs, coquin toimême. » — Les principales critiques, non plus personnelles, mais réelles, de Formey portent sur les points suivants : Il ne faut pas « choisir, ainsi que le veut Rousseau, entre faire un homme et faire un citoyen » ; — car « la nature n'est, dit Formey, que l'aptiiude à recevoir les institutions sociales. » — Le <i grand secret de l'éducation, c'est de savoir perdre du temps », selon Rousseau. « En l'arrêtant trop longtemps dans a ces avenues chimériques, dit Formey, vous fe- « rez qu'il ne sera plus bon à rien. » L'emmaillottement, proscrit dans YEmile, est loué dans Y Anti-Emile. Rousseau veut qu'on ne châtie pas les enfants avant qu'ils « puissent connaître leurs fautes, ou plutôt en commettre » ; Formey tient, au contraire, qu'il faut détruire chez l'enfant « par rigueur, en le frappant même, » les mauvais germes et les répugnances qui plus tard lui seraient préjudiciables. Il s'élève fortement contre l'idée de laisser oisives le plus longtemps pos-ible les facultés de l'enfant et de n'exercer d'abord que ses membres et ses sens ; plus encore contre l'idée de ne parler de Dieu à l'enfant qu'à dix-huit ans. Dans le ve livre de YEmile (qui traite de l'éducation des filles), Formey blâme Rousseau d'assujettir trop la personne morale de la femme, d'en faire un être passif, surtout en ce qui regarde la religion. Les conclusions de Y Anti-Emile sont d'une sévérité outrée : YEmile y est donné pour un ouvrage entièrement chimérique, un répertoire de maximes subversives, un « code d'arrêts flétrissants pour le genre humain. » Formey ne reconnaît à Rousseau que le mérite de quelques observations justes, « mais qui ne sont pas neuves. » Il est, d'ailleurs, persuadé que « l'éducation est généralement sur un bon pied. » Rousseau, dans une réédition de YEmile faite à Deux-Ponts, riposta par quelques notes ironiques, où il appela Formey un « esprit borné ». Ce jugement sommaire de Jean-Jacques sera confirmé, croyonsnous, par ceux qui prendront la peine de feuilleter le livre du pasteur berlinois.

[Paul Souquet.] FORTIN DE LA HOGUETTE. — Fortin, seigneur de la Hoguette, né en 1582, suivit la carrière des armes, où il se signala par son dévouement à la cause royale. Ayant pris sa retraite, il épousa à l'âge de cinquante-huit ans la sœur de Hardouin de Péréfixe, qui fut depuis archevêque de Paris. Il publia en 1648 un ouvrage intitulé Testament ou Conseils fidèles d'un père à ses enfants, où soîit contenus plusieurs raisonnements chrétiens, moraux et politiques. Il explique en ces termes le dessein dans lequel il a écrit son livre : a Mes enfants, ayant employé dans les armées les meilleures années de ma vie au service du roi, j'ai pensé que je ue serais pas tout à fait oisif en ce même devoir, si je donnais en ma retraite celles qui me restent à votre instruction, et qu'en faisant cette action d'un bon père, je la ferais aussi d'un bon sujet. Pour ne pas demeurer court en ce dessein, me voyant déjà beaucoup avancé en âge, et vous fort jeunes, j'ai mis par ordre quelques enseignements touchant votre éducation, que j'ai réduits sous les devoirs de l'homme envers Dieu, envers soi-

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même, et envers autrui, qui sont trois choses si relatives au devoir du sujet envers le prince, qu'il est absolument impossible qu'on puisse être bien craignant Dieu, ni moralement bon, ni bon aux offices respectifs de la vie civile, qu'on ne soit pareillement un bon sujet. » Le Testament de Fortin de la Hoguctte ne contient rien qui ait trait à l'éducation proprement dite; les conseils moraux qu'il donne à ses enfants sont ceux d'un vieux soldat nourri dans les principes d'une piété austère.

FORTOUL. — Fortoul (Hippolyte-Nicolas-Honoré) fut le premier des ministres de l'instruction publique du régime établi par le coup d'Etat du 2 décembre 1851. Né à Digne le 13 août 1811, il fut élève du lycée de Lyon, puis commença des études de droit qu'une maladie grave l'obligea d'interrompre. Son goût d'ailleurs le portait plutôt vers la critique d'art et vers les recherches archéologiques et littéraires. Diverses publications, entre autres un livre sur V Art en Allemagne (1841), attirèrent l'attention sur lui. Il fut nommé professeur de littérature française à la faculté des lettres de Toulouse, et devint en 18 i6 doyen de la faculté d'Aix.

Élu député en 1849, il se rallia au groupe politique qui s'était attaché à la fortune du prince L. Bonaparte. Son empressement, son zèle, la promptitude d'une intelligence qui s'attelait sans effort aux tâches les plus diverses, le firent distinguer du président. Il occupa un moment, en octobre 1851, les fonctions de ministre de la marine. Il devint ministre de l'instruction publique le 3 décembre 1851. Il garda son portefeuille jusqu'à sa mort, arrivée le 7 juillet 1856, à Eins.

En décembre 1851, un certain nombre des auteurs de la loi du 15 mars 1*50 se trouvaient à Mazas. Ce n'était plus l'Eglise qui voulait se substituer à l'Université dans renseignement : c'était César qui voulait faire disparaître de l'Université toute velléité d'indépendance et la ramener plus étroitement encore qu'en 1808 à son rôle d'instrument de règne. Sur ce point, le considérant du décret-loi du 9 mars 1852 jette une lumière qui a son prix : « Considérant qu'en attendant qu'il soit pourvu par une loi à la réorganisation de renseignement public, il importe d'appliquer des aujourd'hui des principes propres à rétablir l'ordre et la hiérarchie dans le corps

enseignant » Suivent les mesures que l'on

sait : le concours est supprimé dans les facultés de droit (il avait été supprimé déjà par la Restauration, puis rétabli immédiatement après), et dans les facultés de médecine (auxquelles il avait été rendu en 1830) ; — les articles 14, 68, 76 de la loi de 18 )0 sont abrogés, c'est-à-dire que le président de la République ou le ministre nomment et révoquent tout le personnel de l'enseignement secondaire et supérieur, et que même dans les cas où le* établissements conservent un droit de présentation, la volonté souveraine peut défaire ce qu'ont fait les corps constitués; — l'art. 31 de la loi de 1850, relatif à la nomination des instituteurs, est réduit à néant (V. la circulaire interprétative du 3 avril 1852, et celle du 12 mars de la même année, §8); — le Conseil supérieur est nommé et non plus élu ; la section permanente, dernier vestige du Conseil de l'Université, disparaît.

On se méprendrait cependant si ci ne voyait dans ce décret fameux qu'un acte d'hostilité contre l'Université. Les rigueurs et l'arbitraire étaient réels ; mais ce même décret dépossédait du même coup le Conseil supérieur de 1850 de son caractère le plus esseniiel et d'une part notable de son autorité, en faisant disparaître l'élection et en transférant au prince ou au ministre le droit de juger et de punir.

Il faut noter en outre qu'à ce même moment il ne s'agissait de rien moins, dans un certain camp, que d'obtenir la suppression de l'Université. Deux personnages considérables, M. de Montalembert et Mgr Parisis, assiégeaient alors l'Elysée ; on inclinait à leur céder, et tout au moins on cherchait un expédient. Le décret du 9 mars 185*2 fut cet expédient. On amoindrit certainement les garanties dont jouissait le personnel universitaire, disons mieux, on les supprima : mais au profit de qui ? Tout compte fait et en allant au fond des choses, le décret de 1852 fut une atteinte à la loi de H 50, atteinte que la loi du 14 juin 1854 accentua.

Si la conduite de M. Fortoul a été sévèrement jugée, surtout par ceux qui voyaient en lui un transfuge, il serait injuste de ne pas lui tenir compte de certaines intentions. Ce fut un serviteur dévoué du pouvoir absolu ; mais ce fut aussi un politique, qui eut en vue, à travers tout, moins les intérêts de l'Eglise que la reprise par l'Etat de son action prépondérante. Il lui était interdit de marcher directement à son but ; il le poursuivit à sa manière, par les voies que l'heure permettait.

Nous croyons pouvoir affirmer qu'en rapportant de l'Elysée le décret du 9 mars 1852, M. Fortoul se félicitait « d'avoir sauvé l'Université ».

Qu'on n'oublie pas que sous son administration se placent la proclamation de l'empire, le mariage de l'empereur, le baptême du prince impérial. On avait besoin de l'épiscopat, on lui fit de grands sacrifices. Et néanmoins la loi du 14 juin 1854 n'est plus une diminution de l'Université. Les seize grands ressorts académiques succèdent aux académies départementales ; on choisit, pour représenter les facultés et les lycées dans les conseils académiques, les hommes les plus considérables dont on peut obtenir l'adhésion ; et en plaçant les instituteurs sous l'autorité des préfets on se propose tout à la fois de les tenir sous sa main et de les abriter. C'est toujours le môme système : on affiche la menace, la nécessité d'une discipline plus étroite ; au fond, c'est encore un rassemblement des fils dans la main de 1 Etat, qui ressaisit ce que la loi de 1850 avait livré. On accepte l'Eglise comme alliée, mais on se défend comme on peut d'être son sujet.

Ministre d'un gouvernement établi par un coup de force, M. Fortoul devait apporter dans son administration des procédés autoritaires. Dès le 4 décembre 1851, il adressait aux recteurs une circulaire où on lit le passage suivant : « Vous connaissez les actes du 2 décembre : je ne doute pas de votre adhésion personnelle à cette grande mesure qui, en appelant le peuple tout entier à manifester solennellement et librement sa volonté, n'a d'autre but que Rétablir sur de* bases inébranlables Vordre et la République. » Toute manifestation « libre » ne devait pas cependant être permise. Le 16 du même mois, M. Thomas, professeur à Versailles, est révoqué pour avoir protesté contre les actes de décembre. Le 29, le cours de M. J. Simon à la Sorbonne est suspendu. Le 12 avril 185"?, MM. Quinet, Michelet et Mickiewicz sont révoqués. Le 19 du même mois M. l'inspecteur Anot de Maizières est révoqué ; le 3 mai MM. Villemain et Cousin sont admis à la retraite. Le décret dictatorial du 9 mars était, comme on voit, un instrument dont on savait so servir.

Cependant l'autorité de M. Fortoul se signalait dans d'autres directions. Des reformes scolaires profondes atteignirent à la fois, et à la môme époque, les facultés, les lycées et l'Ecole normale supérieure.

C'est d'abord le nouveau plan d'études du 10 avril 185*2, qui renferme entre autres innova-

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tions le système si décrié de la bifurcation. Et ■cependant M. Fortoul avait vu juste, et nous n'en voulons pour preuve que les observations contenues dans son rapport. « Le système d'enseignement légué par l'ancienne Université, disait-il, ne répond plus aux exigences de la société nouvelle... on emprisonne dans le môme régime des enfants appelés à des carrières toutes différentes... on voit trop souvent les esprits les mieux disposés pour l'étude des sciences retenus dans les lettres sans but et sans profit. »

Le malheur est que la séparation que Ton jugeait nécessaire entre les candidats aux lettres et aux facultés de droit et les candidats aux facultés de médecine, aux écoles spéciales et aux carrières de l'industrie et du commerce, ne remédiait à rien, non seulement, comme on l'a dit, parce qu'elle était trop hâtive, placée comme elle était après la classe de quatrième; mais par dessus tout parce qu'elle était un expédient mort-né, fondé sur trois choses également irréalisables : la vocation précoce des enfants, la volonté résolue •des pères de famille, l'adhésion sincère des maîtres. D'ailleurs on ne séparait pas, on juxtaposait; les élèves ne pouvaient se diriger qu'au hasard, les professeurs avaient leurs habitudes prises et leurs répugnances.

M. Fortoul ne s'en tenait pas là; persuadé que « les discussions historiques et philosophiques conviennent peu à. des enfants » et qu'elles ne peuvent produire « que la vanité et le doute », il supprimait l'agrégation de philosophie, qui ne devait être rétablie que le %*è juin 1863 par M. Duruy, et réduisait l'enseignement philosophique à la logique, aussi bien pour la section des lettres que pour la section des sciences. Par ce moyen, on rassurait «. les alarmes des familles », et on préparait « de modestes professeurs et non des rhéteurs ». La politique s'adaptait ici aux réformes scolaires, et visait plus particulièrement l'Ecole normale supérieure, jadis suspecte à la Restauration et dont on se défiait.

En même temps le régime des baccalauréats était profondément modifié, et le baccalauréat es lettres cessait d'être obligatoire pour prendre inscription dans les facultés de médecine où, dit le rapport, « nos élèves n'en ont aucun besoin ». Par contre les étudiants en droit étaient tenus de se faire inscrire à deux cours de la faculté des lettres; ce qu'on n'obtint pas.

La circulaire du 22 mai 1852 laisse entrevoir du reste que la révolution que l'on venait d'opérer donnait lieu à de nombreuses objections. Pour réaliser « le divorce », pour conjurer des dangers qu'on qualifiait (ïimaginaires, on invitait le personnel enseignant à observer les élèves, à pénétrer, par une sorte de divination presque infaillible, dans les ténèbres de leur avenir (sic). La circulaire du 18 avril 1855 nous renseigne, après trois ans d'épreuve, sur les résultats obtenus : leur médiocrité est constatée dans les sciences et dans les lettres, les « pratiques vicieuses » persistent, et on invite les recteurs à « combaitre avec opiniâtreté les derniers restes des routines et de la grossière ignorance d'un régime dont les inconvénients devenaient intolérables. »

Ce décret du 10 avril 1852, avec le décret du 9 mars 1852 et la loi de 1854 sont les trois actes principaux de l'administration de M. Fortoul : on sait ce qu'il en reste.

Dans son éloge de M. Fortoul, le maréchal Vaillant ne limite pas à ces trois actes l'œuvre de son ancien collègue. Il signale encore l'introduction de l'enseignement de l'agriculture dans les écoles primaires (Arrêté du 3 juillet 1852 en exécution de l'art 23 de la loi de 1850 ; Circulaire du 18 avril 1855; Rapport du 16 février 18o6) ; l'institution des salles d'asile (Décret du 16 mai 1854; lre Partie.

les salles d'asile sont placées sous la protection de l'impératrice ; même date, formation d'un comité central de patronage); la création de nouvelles facultés, la réorganisation du Comité des travaux historiques, l'institution d'unenouvellesection à l'Académie des sciences morales et politiques. Enfin, dans le domaine des cultes, la cession du Panthéon à l'Eglise catholique et la réorganisation des cultes protestants.

Cette nomenclature est incomplète, et en ce qui touche spécialement l'instruction primaire, nous rappellerons : — 1° la loi du 9 juin 1853 sur les pensions civiles, qui admet enfin les instituteurs dans le cadre des fonctionnaires ayant droit à pension. Il y a là un bienfait; — 2° le décret du 31 décembre 1853, qui institue les suppléants à 400 et 500 fr., réglemente les écoles de filles, prévoit l'allocation d'indemnités supplémentaires aux instituteurs après cinq et dix ans de service, admet les institutrices à diriger les écoles mixtes, et confère au recteur (préfet) le droit d'arrêter la liste des élèves gratuits (Cire, du 31 janvier 1854, 2 et 28 février 1855) ; — 3° Les instructions générales du 31 octobre 1854 aux préfets et aux recteurs sur les attributions particulières de chacun de ces fonctionnaires. Si le préfet a la solution des questions « souvent politiques, presque toujours administratives, que soulèvtnt la nomination et la révocation des instituteurs », le recteur reste le magistrat spécial de l'enseignement. Il faut en exclure le luxe et y chercher ['utilité pratique; la loi de 1850 l'a sagement circonscrit. Ces instructions furent communiquées aux évêques le même jour : on réclame le concours de l'épiscopat « pour former des hommes honnêtes et religieux en même temps qu'utiles et dévoués aux institutions qui ont garanti la sécurité du pays... L'action du pouvoir civil a besoin d'être complétée par l'action féconde de l'autorité religieuse » ; — 4° le règlement pour l'administration et la comptabilité intérieure des écoles normales primaires.

Signalons encore, parmi les actes de M. Fortoul, la réorganisation de l'enseignement du dessin dans les lycées et collèges, et l'initiative de diverses publications telles que le Recueil des inscriptions de la Gaule et de l' Algérie; les Chants populaires de la France; la Collection <-e$ vieux poètes français; le Catalogue de la bibliothèque impériale.

FOUET, FÉRULE. — La question du fouet n'a plus aujourd'hui qu'un intérêt historique, puisque depuis longtemps l'emploi de cet instrument de punition est sévèrement condamné par la grande majorité des pédagogues. Mais il est curieux de rechercher comment cette brutale discipline a été appliquée autrefois et recommandée avec un luxe de prescriptions et de détails vraiment extraordinaire, notamment dans les collèges des jésuites et dans les écoles des frères.

Remarquons d'abord qu'il ne faut pas confondre le fouet ou les verges avec la férule. Les frères des écoles chrétiennes, qui employaient les deux au début, ne maintiennent plus que la férule dans leur règlement scolaire de 1811.

Le fouet était une corde de cuir ou de chanvre fixée au bout d'un manche. Il y avait parfois plusieurs cordes, et pour que le coup lût plus sensible on y faisait des noeuds. Les verges, qui dans l'usage se confondaient avec le fouet, en dureraient pourtant un peu : c'étaient des baguettes de bouleau, d'osier, de genêt, etc., avec lesquelles on fouettait.

Quant à. la férule, en voici la description d'après la Conduite des écoles chrétiennes : « La férule est un instrument de deux morceaux de cuir cousus ensemble ; elle sera longue de dix ou douze pouces, y compris le manche pour la tenir ; la paume sera en ovale et aura deux pouces de dia-

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mètre ; le dedans de la paume sera garni, afin qu'elle ne soit pas tout à l'ait plate, mais en rond par dehors » (Ch. V. Art. i, sect. II). Cette description est empruntée à la première édition de la Conduite: elle a disparu dans les éditions postérieures, celle de 1 8 1 1 notamment qui conserve encore l'usage de la férule, mais qui ne donne plus la description de l'instrument.

Tant qu'on a cru nécessaire d'appliquer aux enfants la discipline des châtiments corporels, on a eu recours aux instruments dont nous venons de parler. Les giffles, les calottes, ne suffisaient pas ; il fallait pour que le châtiment fût plus sensible un outil artificiel de correction.

C'est dans la Bible même et dans les usages des Hébreux que les partisans des châtiments corporels sont allés chercher la justification de ces moyens disciplinaires. Rollin qu'l, dans le Traité des études, n'ose les proscrire absolument, rappelle plusieurs passages des Proverbes : « Celui qui épargne la verge, hait son fils » (Prov. 13, 24); « La folie est liée au cœur de l'enfant et la verge de la discipline l'en chassera» (Prov. 28, 15). Cependant, chez les Juifs eux-mêmes, des habitudes plus douces de discipline s'étaient introduites dans les siècles qui précédèrent la venue du Christ, et les Rollin de ce temps-là disaient : « Les enfants doivent être punis d'une main et caressés des deux. »

Les verges semblent avoir été peu en usage chez les Grecs; mais les maîtres romains en abusèrent souvent, témoins Horace et son professeur Orbilius. Au moyen âge, le fouet est à la mode auxve comme au xive siècle. Il n'y a d'autre différence, dit un historien, sinon que les fouets du xvc siècle sont deux fois plus longs que ceux du xive.

L'usage ou plutôt l'abus du fouet, car, pour les choses mauvaises, il y a abus dès qu'il y a usage, avait cependant soulevé des protestations dès le xie siècle. Un abbé causait avec saint Anselme des enfants confiés à ses soins : « Ils sont, lui disait-il, méchants et incorrigibles. Jour et nuit nous ne cessons de les frapper, et ils empirent toujours. » Anselme répondit : « Eh quoi ! vous ne cessez de les frapper ! Et quand ils sont grands, que deviennent-ils? Idiots et stupides. Voilà une belle éducation qui d'hommes fait des bêtes !... Si tu plantais un arbre dans ton jardin, et si tu l'enfermais de toutes parts, de sorte qu'il ne pût étendre ses rameaux, quand tu le débarrasserais au bout de plusieurs années, que trouverais-tu ? Un arbre dont les branches seraient courbées et tordues, et ne serait-ce pas ta faute, pour l'avoir ainsi resserré immodérément? »

Au xvie siècle Érasme, Rabelais, Montaigne protestent uniformément contre les violences corporelles ; mais ils ne sont pas écoutés, et c'est précisément à la fin de ce siècle que l'usage des verges fut pour la première fois réglementé et systématisé dans les Regulse de la société de Jésus.

La discipline du fouet fut, dès le début, en honneur dans les collèges des jésuites. Seulement, par esprit de délicatesse sans doute, les Pères ne maniaient pas eux-mêmes le fouet. Ce soin était officiellement réservé à un laïque. Un correcteur spécial, attaché à l'établissement, mais qui ne faisait point partie de l'ordre, était chargé d'administrer les châtiments. Les élèves les plus avancés on âge y étaient soumis comme les plus petits. S ils regimbaient, ne voulant point subir une correction que l'âge rendait plus particulièrement ignominieuse, on les excluait du collège. Ne faisons pas d'ailleurs retomber sur l'institut des jésuites l'odieux d'un régime qui était alors consacré par l'usage général, et auquel les Anglais n'ont oas encore renoncé de nos jours. En un sens, les jésuites étaient en progrès sur leur temps, puisqu'ils refusaient d'infliger de leurs mains les cor-

rections physiques. C'était presque les condam ner : car il ne saurait être conforme à la dignité de l'enfant de subir des peines qu'il n'est pas conforme à la dignité du maître d'appliquer lui-même. De pins ils recommandaient de n'user des verges qu'avec discrétion. Il est vrai cependant qu'il n'en fut pas toujours ainsi, et tout le monde connaît l'histoire que Saint-Simon raconte si malicieusement dans ses Mémoires : « Le fils aîné du marquis de Boufflers avait quatorze ans : il était joli, bien fait, il réussissait à merveille, il promettait toutes choses. Il était pensionnaire aux jésuites avec les deux fils d'Argenson. Je ne sais quelle jeunesse il y fit avec eux. Les pères voulurent montrer qu'ils ne craignaient et ne considéraient personne, et fouettèrent le petit garçon, parce qu'en effet ils n'avaient rien à craindre du maréchal de Boufflers ; mais ils se gardèrent bien d'en faire autant aux deux autres, quoique également coupables, parce qu'ils avaient à compter tous les jours avec Argenson, lieutenant de police. Le petit Boufflers fut saisi d'un tel désespoir qu'il en tomba malade le jour même. En quatre jours cela fut fini... Pour les jésuites, le cri universel fut prodigieux, mais il n'en fut autre chose. »

C'était aussi dans les éducations particulières, même princières, qu'on employait alors le fouet. Henri IV écrivait, à la date du 14 novembre 1607, la lettre suivante à Mme de Montglat, gouvernante de son fils, le futur Louis XIII :... « Je me plains de vous de ce que vous ne m'avez pas mandé que vous aviez fouetté mon fils ; car je veux et vous commande de le fouetter toutes les fois qu'il fera l'opiniâtre ou quelque chose de mal, sachant bien par moi-même qu'il n'y a rien au monde qui lui fasse plus de profit que cela : ce que je reconnais par expérience m' avoir profité; car étant de son âge, j'ai été fort fouetté ». Louis XIII fut donc fouetié, comme son père, comme son fils, Louis XIV, surtout comme son petit-fils, le dauphin, l'élève de Bossuet. Louis XIV, en chargeant le duc de Montausier de diriger l'éducation de son fils, lui avait officiellement transmis le droit de correction. Investi de ces fonctions par nomination royale, le duc de Montausier, homme dur et brusque à l'excès, prit au sérieux son titre d'exécuteur des hautes œuvres et usa largement de son droit. Bossuet assistait et laissait faire.

En plein xviir2 siècle les jésuites n'avaient pas encore renoncé à la discipline du fouet. Nous en trouvons la preuve dans un pamphlet publié en 1764 sous ce titre : Mémoires historiques sur f Orbilianisme et les corrections des jésuites. On se rappelle le grammairien Orbilius, le maître d'Horace, et la fâcheuse réputation que lui a faite dans ses vers le poète latin qui avait suivi ses leçons de grammaire et reçu ses coups de férule. C'est en souvenir de ce pédagogue un peu dur, plagosus Orbilius, Orbilius le fouetteur, que le pamphlétaire du xvnr8 siècle essayait de vulgariser le mot orbilianisme, pour exprimer l'usage systématique des verges comme moyen de correction. Si le mot n'a pas réussi et ne figure dans aucun de nos dictionnaires, c'est que la chose a disparu ou à peu près de nos mœurs ; mais il convenait à merveille, à l'époque où il fut inventé, pour désigner le régime du fouet, qui n'était nulle part aussi savamment appliqué, aussi indiscrètement pratiqué que chez les jésuites.

L'auteur inconnu du pamphlet de \ Orbilianisme entre dans une multitude de détails sur les moyens employés dans les collèges de la Compagnie pour assurer le fonctionnement régulier du fouet. Malgré les interdictions formelles des Regu/ce, les pères, en certains endroits, fouettaient eux-mêmes les garçons. En Flandre, c'était l'usage général, dans les collèges des jésuites, que le régent se fit justice à lui-même à coups de verges»

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Ailleurs, c'était un correcteur spécial attaché à. la maison, un domestique, un cuisinier, un portier; ailleurs, un pauvre artisan du voisinage, auquel les pères donnaient tant par mois ou par an pour venir instrumenter dans les classes. Dans la province de Toulouse, au collège de Rodez par exemple, on procédait autrement. Les jésuites choisissaient un écolier bien planté, gaillard solide, un pauvre diable du reste, qu'ils nourrissaient, qu'ils élevaient gratuitement, à condition qu'il leur rendit le service de fouetter ses camarades toutes les fois que le régent le lui ordonnait. C'était, on le voit, sous une forme spéciale, un commencement d'enseignement mutuel 1 La victime était attachée aux barreaux d'une chaise, et l'exécution avait lieu •m pleine classe, sous les yeux du régent et peutêtre aussi des camarades. L'épreuve était fort dure et fort longue, si nous en croyons le témoignage de notre pamphlétaire, témoignage qui atout l'air d'être fondé sur le souvenir d'une expérience personnelle. Le nombre de coups, pour chaque correction, était de soixante-dix à quatre-vingts; on n'en donnait jamais m'oins de quarante; quelquelois, on allait jusqu'à deux ou trois cents. 11 était défendu au patient de crier, et ordonné à l'exécuteur de mettre quelques secondes d'intervalle d'un coup à l'autre, afin qu'ils fussent plus sensibles.

Est-il nécessaire de faire remarquer combien était immorale, en même temps que cruelle, cette discipline, qui par la main d'un camarade, sous les yeux des autres élèves, punissait la faute, quelquefois la plus légère, par des violences brutales, par une expiation toute corporelle, d'où l'on sortait avec beaucoup d'écorchures et fort peu de contrition, plutôt avec la rancune et le ressentiment inévitable en pareil cas, avec la rage d'avoir subi devant tous une peine déshonorante?

Il nous reste à dire comment les frères des écoles chrétiennes ont eux aussi recommandé et pratiqué les moyens corporels de discipline.

Dans la Conduite des écoles chrétiennes, La Salle, le fondateur de l'ordre, distingue cinq sortes de correction : 1° les réprimandes ; 2° les pensums; 3° les pénitences; 4° les férules; 5° les verges.

Voici la façon dont on se servira de la férule : « Lorsque le maître voudra donner une férule à un écolier, il fera le signe ordinaire pour avertir les écoliers ; ensuite il montrera avec le bout du signal la sentence contre laquelle l'écolier aura fait faute ; puis il lui fera signe de venir auprès de soi, où étant arrivé il fera le signe de la sainte croix, et étendra la main. On prendra garde que la main soit tout à fait étendue et bien ferme, et que l'écolier ne la retire pas... » Si l'écolier fait quelque résistance, on aura recours aux verges. a Le maître aura égard, quand il donnera la férule, que l'écolier ne mette pas le pouce dans le milieu de sa main et qu'il n'ait pas la main à demi ouverte. » Puis la férule appliquée, il l'obligera à se croiser les bras et à- regagner sa place sans pleurer ni crier. S'il pleurait et s'il criait, il le fera revenir et lui donnera encore une férule.

Tout est prévu, on le voit, dans cette réglementation systématique, et c'est avec l'ordre le plus parfait que la lérule était administrée. Elle devait l'être dans les cas suivants : 1° lorsque l'écolier n a pas suivi la leçon ou a badiné ; 2° lorsqu'il est venu tard à l'école; 3° lorsqu'il n'a pas obéi au premier signe ou qu'il a commis « des fautes qui ne sont pas fort considérables. »

Le châtiment par les verges était réservé pour des cas plus graves dont voici l'énumération, d'après le texte même de la Conduite des écoles chrétiennes.

« On pourra se servir des verges pour corriger les écoliers : 1° pour n'avoir pas voulu obéir; 2* lorsqu'ils se font une coutume de ne pas suivre dans la leçon et de ne pas étudier ; 3° pour

avoir fait des brouillories sur leur papier au lieu d'écrire ; \" pour l'être battu dans I école ou dans les rues ; 5° pour n'avoir pas prié Dieu dan G° pour n'avoir pas été modestes à la sainte m et au catéchisme ; 7° pour s'être absenté de l'école, de la messe ou du catéchisme les dimanches et fêtes par leur faute.

» Ces corrections doivent être faites avec une grande modération et présence d'esprit ; il n'en faut donner pour l'ordinaire que trois coups, et si quelquefois on est obligé de passer ce nombre, il ne faudra pas aller au-delà de cinq, sans un ordre particulier du frère directeur. » (Ch. V, art. I, sect. m).

La Conduite des écoles chrétiennes indique ensuite quel devait être le cérémonial de la correction. Le maître fait le signe ordinaire pour faire regarder les élèves. Le coupable se rend aussitôt dans le lieu où on a coutume de recevoir le châtiment, un coin obscur de la classe. Il se tiendra de telle manière qu'il ne puisse être indécemment vu d'aucun de ses camarades. Il se disposera de lui-même et se mettra en posture « sans que le maître ait aucunement besoin d'y mettre la main.» Pendant ce temps le maître « se disposera lui aussi intérieurement à faire la correction dans un esprit de charité et dans une pure vue de Dieu, » Ensuite « il partira de sa place posément et gravement. » Arrivé sur le lieu du supplice, le maître admonestera l'enfant ; puis « il frappera trois coups à l'ordinaire. » Si l'écolier ne se tient pas bien, le maître frappera cinq coups.

Telle était la règle ordinaire; mais dans des cas exceptionnels et pour des fautes particulières, par exemple, pour avoir désobéi, la correction avait lieu avec plus de solennité, non plus dans un recoin écarté, mais en public et au milieu de la classe. Parfois même on promenait l'écolier puni dans toutes les classes et dans chacune on lui administrait la même correction.

Après quoi, l'écolier devait se mettre à genoux, les bras croisés, devant le maître, et le remercier de l'avoir corrigé.

Nous n'insisterons pas plus longtemps sur cette histoire du fouet. Ce n'est plus aujourd'hui que de l'archéologie, et il n'est personne qui songe à défendre des usages aussi ridicules et aussi grossiers. Locke les a jugés magistralement quand il a dit : « La discipline du fouet est une discipline servile, qui rend les caractères serviles. »

[Gabriel Compayré.]

FOURCROY. — Antoine-François Fourcroy naquit à Paris le 15 juin 1755, de parents pauvres. Il réussit néanmoins, grâce à la générosité de quelques protecteurs, à faire des études scientifiques, et fut reçu docteur en médecine. La chimie l'attirait particulièrement; il devint l'élève, puis l'aide du célèbre Buquet, et en 1784, à la mort de Macquer, Buffon le nomma à la chaire de chimie du Jardin du roi. Fourcroy s'acquit promptement une grande réputation comme professeur : il avait une parole élégante et facile, un extérieur agréable, et ses cours attirèrent denombreux auditeurs. Lorsqu'éclata la Révolution, il en embrassa les principes, et se signala parmi les plus zélés partisans du nouvel ordre de choses. En 1792, quand le gouvernement fit appel à la science des chimistes, et les invita à fournir à la Révolution des moyens nouveaux de préparer la poudre qui manquait aux arsenaux, Fourcroy se consacra avec ardeur à cette œuvre patriotique, qui l'absorba tout entier pendant près d'une année.

Il avait été élu député suppléant de Paris à la Convention : le 14 juillet 1703, il fut appelé à, siéger parmi les représentants du peuple, en remplacement de Marat assassiné la veille. La Convention discutait le plan de Lepelle-

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tier sur l'éducation commune : Fourcroy prononça dans la séance du 30 juillet un discours qui fut remarqué (V. Convention, p. 53s), et à la suite duquel le nouveau député fut nommé membre du Comité d'instruction publique. En cette qualité, il collabora au projet voté dans la séance du 15 septembre 1793, et qui établissait, au-dessus des écoles primaires, trois autres degrés d'instruction : des écoles secondaires, sortes d'écoles professionnelles où. devaient être enseignées « les connaissances indispensables aux artistes et ouvriers de tous les genres » ; des instituts, « pour les connaissances ultérieures, nécessaires à ceux qui se destinent aux autres professions de la société » ; et un lycée, espèce d'université consacrée « aux objets d'instruction dont l'étude difficile n'est pas à la portée de tous les hommes. » Dans la séance du lendemain, Fourcroy, en défendant le décret attaqué par quelques représentants, revendiqua pour lui personnellement la paternité du projet d écoles professionnelles. « C'est moimême, dit-il, qui ai proposé l'établissement d'une école dont personne n'avait présenté l'idée et dont je n'avais trouvé le plan dans aucun écrit. » On sait que malgré les efforts de Romrne, de Fourcroy, de Lakanal, le décret du 15 septembre fut suspendu : la majorité trouva qu'il était contraire à l'égalité, et se montra hostile à toute organisation par l'Etat d'un enseignement supérieur.

Fourcroy n'avait pas l'entêtement de Romme, le « mulet d'Auvergne » ; il ne s'obstinait pas longtemps clans ses opinions lorsqu'il les voyait mal reçues du parti dominant. Il chercha toujours à se concilier la faveur des puissants du jour, et l'histoire de ses idées politiques n'est guère que celle de ses palinodies. Devenu président du ciub des jacobins le 11 frimaire (1er décembre 1793), il entra docilement dans le courant d'opinion d'où sortit le projet Bouquier (V. Convention, p. 550;, et le 21 frimaire, on l'entend faire à la Convention cette étonnante déclaration : « Je crois qu'il y aurait danger à établir des écoles publiques salariées par la nation... Si l'on adoptait les plans d'instituts et de lycées, qui ont été tant de fois reproduits sous différentes formes, on aurait toujours à craindre l'élévation d'une espèce de sacerdoce plus redoutable peut-être que celui que la raison du peuple vient de renverser. Solder tant de maîtres, créer tant de places inamovibles, c'est reformer des espèces de canonicats, c'est permettre enfin à des professeurs privilégiés de faire à leur gré des leçons froides que l'émulation ou le besoin de la gloire n'inspire plus... Ici, comme dans toutes les autres parties des établissements républicains, la liberté est le premier et le plus sûr modèle des grandes choses. Chacun doit avoir le droit de choisir pour professeurs ceux dont les lumières, l'art de démontrer, tout, jusqu'au son de voix, au geste, est le plus conforme à ses goûts. Laisser faire est ici le grand secret et la seule route des succès les plus certains ». Voilà une doctrine qui sonne assez étrangement dans la bouche du futur organisateur de l'Université impériale. Mais Fourcroy portait alors le bonnet rouge, et, fier d'être sorti du peuple, rappelait volontiers, dans ses harangues au club, « le sans-culotte son père et les sans-culottes ses sœurs ».

Après le 9 thermidor, une fois les jacobins vaincus, Fourcroy passa dans les rangs des vainqueurs. Eu septembre 1794, il devint membre du Comité do salut public, d'où venaient de sortir Billaud, Gollotet Barère. Le 2i septembre (3 vendémiaire an III), il présenta, au nom de ce Comité, un rapport sur l'organisation définitive de l'Ecole polytechnique (alors appelée l'Ecole centrale des travaux publics), qui avait été fondée six mois auparavant, en pleine Terreur (décret du 21 ventôse

an II). Dans ce rapport, Fourcroy injuriait fort ses anciens amis, qu'il représenta comme des « barbares », dont le but était « d'anéantir les sciences et les arts » (V. Convention, p. 558). Ce fut lui également qui fit les rapports sur la création de* écoles de santé et sur celle des écoles de services publics.

Lorsque la Convention eut terminé sa longue session, Fourcroy entra au Conseil des Anciens, dont il resta membre jusqu'en 1798. Il prit peu de part aux travaux de cette assemblée ; nous n'avons guère à mentionner, durant cette période, que le discours prononcé par lui le 11 germinal an IV, concernant l'impression des livres élémentaires (V. Conseil des Anciens, p. 490). Mais après le 18 brumaire commence pour Fourcroy une carrière administrative longue et brillante. Le premier consul l'appelle au conseil d'Etat, section de l'intérieur, où il est spécialement chargé de la rédaction des règlements et des projets de loi relatifs à l'instruction publique; et il devient bientôt après directeur général de l'instruction publique, en remplacement deRœderer*. C'est lui qui présente au Corps législatif, en qualité d'orateur du gouvernement, la loi organique du 11 floréal an X;

La part faite à l'instruction primaire dans la nouvelle loi était bien petite ; Fourcroy, dans la discussion, avait traité de chimère l'idée d'établir dans toutes les communes une école primaire gratuite : « Il n'est pas dans la nature des choses que cela existe, avait-il dit ; il est hors de la limite du possible qu'une pareille organisation soit établie chez un grand peuple. » En revanche, la loi fondait et dotait des lycées et des écoles spéciales. De 1802 à 1808, Fourcroy présida à l'organisation de 300 collèges communaux, de 30 lycées, de 12 écoles de droit. Instrument docile des vues de Bonaparte, il déploya dans sa mission un zèle d'autant plus grand qu'il avait à se faire pardonner son jacobinisme de 1794. En 1805, lorsque le pape alla visiter le Jardin des Plantes, Fourcroy, en le recevant, lui dit « qu'il était heureux de pouvoir étaler à ses yeux les monuments de la sagesse d'un Dieu dont il était sur la terre une image fidèle. » Chargé, à la même époque, par l'empereur, de préparer les décrets relatifs à l'établissement dd l'Université, Fourcroy se donna une peine inouïe pour arriver à satisfaire un maître dont il ne pénétra pas du premier coup toutes les intentions : « il recommença vingt-trois fois son travail, » dit Cuvier qui était bien informé. Et lorsque ce travail fut enfin agréé, ce n'est pas Fourcroy, c'est un autre que Napoléon plaça à la tête du corps universitaire.

Quelle raison fit préférer Fontanes à Fourcroy comme grand-maître de l'Université? C'est que tout le dévouement de ce dernier n'avait pu faire oublier ses anciennes opinions; on le tenait, malgré tout, pour un révolutionnaire mal repenti ; et Napoléon, qui voulait se concilier l'Eglise, sentait bien que Fourcroy n'inspirerait pas une entière confiance. Fontanes, au contraire, l'ancien insurgé de Lyon, l'ancien proscrit du 18 fructidor, monarchiste convaincu et catholique sincère, était tout à la fois l'homme des évoques et celui de l'empereur. En outre, Fourcroy, chimiste et médecin, inclinait vers l'enseignement réaliste et scientifique; Fontanes, simple littérateur, ne concevait que l'enseignement classique : le programme que Fourcroy n'eût exécuté que par obéissance, Fontanes y adhérait de toutes ses convictions. Voilà pourquoi ce fut à l'ami de Chateaubriand et de M. de Bonald, non à l'ancien conventionnel, que le décret du 17 mars 1808 confia la direction suprême de l'institution exclusivement chargée d'enseigner la jeunesse française.

Fourcroy ne se consola pas de cette disgrâce. « II avait, dit Cuvier, la faiblesse d'attacher à la

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faveur plus de prix que ne doit y en mettre un I savant et môme un véritable homme d'Etat. » Quelque tempS après, des dotations ayant été accordées à presque tous les conseillers d'Etat, il ne fut point compris dans cette distribution ; et ce procédé acheva de l'éclairer sur les sentiments du maître. Le chagrin qu'il ressentit de se voir sacrifié si complètement par l'homme dont il s'était fait le complaisant serviteur abrégea ses jours : il mourut d'apoplexie le 16 décembre 1809, à l"âge de cinquante-quatre ans.

Comme chimiste, Fourcroy n'a fait aucune découverte de premier ordre : c'était un vulgarisateur plutôt qu'un créateur. Son principal ouvrage est une rédaction de ses cours : elle a eu cinq édition?, successivement augmentées, et dont la dernière porte le titre de Système des connaissances chimiques, et de leur application aux phénomènes de la nature et de Tart, Paris, Il vol. in-8, 1801. fJ. Guillaume.]

FOURIER (Pierre). — Pierre Fourier, le fondateur de la congrégation des religieuses de Notre- Dame, le réformateur de l'ordre des chanoines réguliers de Lorraine, naquit à Mirecourt en 15(>4 et mourut à Gray en 1640. Après avoir fait des éludes de théologie à l'université de Pont-à-Mousson, il devint curé de Mattaincourt. Il travailla à réformer dans sa paroisse les mœurs et l'éducation. Redoutant les dangers que lui paraissait offrir le système « d'enseigner pôle-mêle les garçons avec les filles », il forma le projet d'établir « une religion d'hommes pour instruire les garçonsetune religion defilles pour enseigner à celles de leur sexe ». Il réussit à former une association de filles pieuses, que le pape Urbain VIII approuva en 1628 sous le titre de chanoinesses régulières de Saint-Augustin de la congrégation de Notre-Dame. Lui-môme avait dans son presbytère une école de garçons. En 1621, le pape Grégoire XV confia à l'évoque de Toul la mission de réformer les chanoines réguliers ; et ce fut Pierre Fourier que ce prélat chargea d'accomplir cette tâche difficile, dont il s'acquitta avec le plus grand zèle. L'ordre réformé par lui reçut ses nouveaux statuts et prononça ses vœux en 16*24 ; renseignement était placé au nombre des devoirs des nouveaux chanoines. Fourier fut élu général de Tordre en 1632. Lorsque la Lorraine fut envahie par les troupes françaises en 1634, Fourier se réfugia avec les siens en Franche-Comté, où il mourut. L'Eglise l'a béatifié en 1654. On a publié ses Lettres, ainsi que les Statuts des deux congrégations qu'il a fondées.

FOURIER. — Charles Fourier, né à Besançon, le 7 avril 17 72, mort le 8 octobre 1837, est l'inventeur de la doctrine socialiste connue sous le nom de doctrine phalanstérienne, parce que le phalanstère était la résidence où les phalanges, c'est-à-dire des groupements de près de 1 800 personnes, devaient vivre en pleine harmonie conformément à la loi sériaire et à l'attraction pnssionnctlc. Les moralistes, selon Fourier, auraient eu tort de nous prôcher pendant des siècles que les passions devaient être étouffées par la raison. Au contraire, elles doivent ôtre regardées comme des forces que Dieu nous aurait données pour nous pousser vers notre véritable destinée, qui est le bonheur intégral; et Y association intégrale est le milieu idéal qui nous permettra de donner satisfaction à nos attractions pour le plus grand bien de l'humanité. Les principaux ouvrages de Fourier sont, par ordre de date : la Théorie des quatre mouvements, publiée en J 808 ; le Traité de V association domestique et aqricole (1822), son livre le plus important, réimprimé en 1841 sous le titre de Théorie de l'unité universelle ; le Nouveau monde industriel et sociétaire (1829 et 1845); la Fausse industrie morcelée (1835-36).

Fourier donne dans son système une large place à l'éducation, et ce sont uniquement ses idées pédagogiques que nous avons à exposer dans cet article. Partant de cette idée à p que Dieu nous a donné l'attraction comme une boussole de direction, il a d'abord recherché quels étaient les goûts des enfants, afin d'en tirer, en leur donnant satisfaction, le plus grand nombre de bons effets possibles. C'est ce que, dans le style de la philosophie expérimentale du jour, on explique en disant qu'il faut toujours 1 a i - s f j r la force suivre la ligne de la moindre résistance. Il est curieux de constater en passant que H. Spencer s'est rencontré avec Fourier sur une foule de points, entre autres sur les questions d'éducation, quoiqu'il se soit appuyé sur des principes tout à fait différents.

Donc, puisque les petits outils, les « gimblettes » (chariots, poupées, etc.), les petits ateliers plaisent aux enfants, ce seront là, selon Fourier, des amorces industrielles tout indiquées pour leur faire prendre goût au travail et provoquer l'éclosion des vocations. Les panaches, les ornements gradués sont un appât pour eux. Ils ont la manie imitative, le penchant au furetage, l'orgueil de croire avoir créé quelque chose d'important, quand ils ont fait quelque rien, ils ont de l'émulation, de l'esprit de corps. Tant mieux. Cela servira à les faire persévérer et progresser. Ils ont de la déférence pour les enfants d'un degré supérieur. Eh bien, la crainte de leurs railleries, l'espoir de leurs éloges seront un stimulant précieux qui rendront inutiles les gronderies du père et de la mère, lesquels seront rendus à leur rôle naturel : celui de gâter les enfants. Ceux-ci ont une préférence pour les travaux manuels : c'est que cette préférence est de provenance divine. C'est signe qu'il faut développer les organes physiques avant l'intelligence, et d'ailleurs les travaux de culture végétale ou animale sont un entraînement à l'étude par la curiosité qu'ils excitent. Ces enfants ont l'espoir de monter en grade. Cela les poussera à bien préparer leurs examens en matériel d'abord, en spirituel ensuite. Ils sont gourmands ; ils raffolent des tripotages de la cuisine. Tant mieux encore. Voilà un complément tout indiqué de leurs travaux en l'agriculture. C'est au goût et à l'odorat bien aiguisés qu'il jugeront de la qualité de leurs produits agricoles, lorsqu'ils les auront apprêtés. Quoi de plus favorable que la gastrosophie pour se former à l'art de distinguer les nuances, pour apprendre à bien sérier en classant les odeurs et les saveurs, enfin pour se faire avec les petits camarades au mécanisme des passions exaltées, rivalisées, engrenées, autrement dit au jeu de la cahaliste, de la papillonne, et de la composite ?

Fourier voyait à ce mode d'éducation un autre avantage : celui d'augmenter les bénéfices de la phalange par ce que rapporterait toute cette petite main d'oeuvre. Il va jusqu'à vouloir justifier et utiliser certains défauts, comme le penchant à la saleté, sous le prétexte qu'il faut favoriser l'essor de la nature et que le code de l'attraction l'emporte sur le code de la raison. Certainement, il est bon de rendre le travail attrayant, de donner une libre expansion aux facultés de l'enfant. La difficulté est de ne pas se tromper dans la délimitation de ces goûts que Fourier déclare essentiels, d'origine divine, indicateurs de sa destinée future ; et s'il s'agit de ces instincts ataviques que la raison réprouve, quelque productivité qu'on puisse en tirer, on doit pour les combattre réserver ces efforts pénibles que certains pédagogues voudraient maintenir dans toutes les branches de l'éducation, se figurant à tort que l'effort qui est agréable cesse d'être utile. Il n'y a malheureusement que trop d'occasions,

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même pour le jeune âge, de faire l'apprentissage des tâches ingrates et répulsives. A l'inverse du fameux Garo de la fable, à force de trouver partout à louer des intentions divines, Fourier s'applaudit de ce que les petits garçons soient turbulents, mutins, hargneux, orduriers, enclins à tout fracasser, etc. ; car cela lui forme un personnel pour les petites hordes, et il trouve ainsi un moyen de pourvoir à certains travaux répugnants : curage des égouts, service des triperies, etc. Que les petites hordes soient animées par une sorte de dévouement chevaleresque à affronter des fonctions immondes, qu'elles soient fières de constituer la milice de Dieu, qu'elles soient actives, courageuses, rien de plus méritoire ; mais pour « mener au beau par la route du bon », il n'était pas nécessaire d'introduire comme mobile l'amour du pataugeage. Les petites bandes, « qui sont destinées à mener au bon par la route du beau », ne prêtent pas à la même critique; car il n'est jamais mauvais de développer le goût des belles manières et des choses délicates. Là s'enrôleraient les jeunes filles et les jeunes gens au caractère tranquille.

Vu l'importance qu'il lui accorde, nous revenons sur ce que Fourier appelle Y entraînement ascendant. C'est le penchant qu'a tout enfant à imiter ceux qui lui sont un peu supérieurs en âge, à déférer àtoutes leurs impulsions, à s'incorporer avec eux dans quelque petite branche de leurs amusements. « On a prétendu, dit Fourier, que l'instituteur naturel est le père ou un instituteur endoctriné par le père ; la nature opère en sens contraire, elle veut exclure le père de l'éducation du fils par un triple motif:

» 1° Le père cherche à communiquer ses goûts à l'enfant, à étouffer l'essor des vocations naturelles presque toujours différentes du père à l'enfant. Or tout le mécanisme des séries passionnées serait détruit, si le fils héritait des goûts du père;

» 2° Le père incline à flatter et à louer à l'excès le peu de bien que fera l'enfant ; celui-ci au contraire a besoin d'être critiqué très sévèrement par des groupes de collaborateurs fort exigeants;

» '6° Le père excuse toutes les maladresses, il les prend au besoin pour des perfections ; le père entrave donc tous les progrès que doit opérer une critique soutenue, si elle est goûtée de l'enfant. »

La nature, pour parer à tous ces vices de l'éducation paternelle, donne à l'enfant une répugnance pour les leçons du père et du précepteur ; aussi l'enfant veut-il commander et non pas obéir au père. Les chefs que l'enfant se choisit sont toujours les enfants dont l'âge est de 1/3 ou de 1/4 supérieur au sien.

« L'enfant, dit encore Fourier, sera suffisamment réprimandé et raillé par ses pairs. Les enfants ne se font ni compliments, ni quartier. Le marmot un peu exercé est inexorable pour les maladroits. D'autre part le poupon raillé n'osera ni crier ni se fâcher avec des enfants plus âgés que lui, qui riraient de sa colère et le renverraient des salles. »

Fourier, en tant qu'apôtre de l'analogie universelle, croyant qu'il y a un lien entre toutes les harmonies et ayant pris la gamme musicale comme le type de toutes les séries, on ne sera pas étonné qu'il ait eu une prédilection pour Y opéra comme principal ressort d'éducation. C'est pour lui l'assemblage de tous les accords matériels mesurés, devant élever les enfants à « l'unité des manières » et les former indirectement au sentiment des accords moraux et spirituels. Pour Fourier, s'accoutumer'Ji avoir l'oreille juste, c'est s'accoutumer à avoir l'esprit juste, et ce n'est pas lui qui aurait raillé le maître de musique et le maître de danse de M. Jourdain. Il est aisé, dit Fourier, décompter dans l'opéra une gamme complet*) •

1° Chant ou voix humaine mesurée ;

2° Instruments ou son artificiel mesure \

3° Poésie ou parole mesurée ;

4° Geste ou expression mesurée ;

5° Danse ou marche mesurée ;

6° Gymnastique ou mouvements mesurés ;

7° Peinture ou ornements mesurés.

Pivot: Mécanisme mesuré, exécution géométrique.

Fourier veut que les enfants harmoniens figurent dès l'âge le plus tendre dans la salle de l'opéra, qui « sera aussi nécessaire à une phalange que ses charrues et ses troupeaux. » — « L'enfant au dessous de l'âge pubère, dit-il encore, n'est fortement enclin qu'aux jouissances des quatre sens : goût et odorat qu'il doit exercer par la cuisine, vue et ouïe par l'opéra. »

Fourier divise les enfants en plusieurs classes et tribus d'après leur âge. Il y a d'abord les nourrissons, qui prennent le nom de poupons dès qu'ils sont sevrés. Quand ils peuvent marcher et agir, ils passent dans la classe des lutins, à vingt et on mois à peu près. Ils sont alors conduits aux ateliers en miniature. A quatre ans les lutins deviennent bambins, et c'est à cet âge qu'on commence à différencier les sexes. De neuf à quinze ans les chérubins, les séraphins, les lycéens et les gymnasiens feront partie des petites hordes et des petites bandes dont nous avons dit quelques mots.

Fourier ne dit pas grand' chose des études supérieures. Il ne conduit guère l'enfant que jusqu'au moment où par l'exercice d'une foule de métiers on a éveillé en lui le besoin d'étayer la pratique par la théorie et de s'adonner aux sciences. Il veut naturellement qu'on cherche à rendre celles-ci d'une étude aisée, attrayante. Pour faciliter l'enseignement, il propose sept méthodes à choisir, parmi lesquelles figure, en première ligne, la méthode inverse en histoire. C'est en effet celle qui a le plus de chance d'amorcer l'enfant. Tel qui n'aurait pas pris d'abord intérêt aux faits et gestes de Mérovée, sera curieux de connaître la biographie de Napoléon et de remonter ainsi d'anneau en anneau jusqu'au commencement de la chaîne.

C'est l'éducation de la basse enfance qui a le plus attiré l'attention de Fourier. Au bout de peu de jours, dit-il, l'humeur et le caractère se dessinent assez chez les nouveau-nés pour qu'on puisse en faire trois groupes qu'il divise en tranquilles, mutins et braillards ; il les loge dans trois salles séparées et assez distantes pour que les cris des uns ne troublent pas les autres. A l'occasion on rapproche ces enfants de caractères opposés, car quelquefois il suffit de mettre un pou pon de bonne humeur en présence de celui qui pleure pour calmer ce dernier. Lorsque l'indiscic pline s'adoucit, il passe dans la salle des mutins, puis de celle-ci dans celle des tranquilles. On a fait une objection à ces groupements de petits enfants. On a dit qu'ils seraient plus exposés aux maladies contagieuses. De plus les petits braillards ne s'exciteraient-ils pas les uns les autres à criailler ? Fourier répond à cela que les plus tapageurs cesseront de crier quand ils seront réunis à une douzaine de petits démons aussi méchants qu'eux.

On ne se doute pas du grand nombre de talents spéciaux que Fourier exige des bonnes du phalanstère. Elles devront savoir classer les enfants par catégories de tempéraments et de caractères. Elles sauront prévenir leurs cris, prendre de nombreuses précautions pour raffiner leurs sens, les façonner à la dextérité, prévenir l'emploi exclusif d'une main et d'un bras ; elles devront même faire prendre l'habitude de manier les doigts du pied comme ceux de la main, etc., etc. C'est pourquoi Fourier a imaginé pour elles aussi une foule d'amorces. Il faudra d'ailleurs moins de bonnes qu'aujourd'hui, parce que V économie des ressorts résultera du régime de l'association. Par exem-

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