‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 465 sur 547 · FOURNITURES SCOLAIRES — 1048 — FRAIS DE TOURNÉE · texte numérisé non relu

FOURNITURES SCOLAIRES — 1048 — FRAIS DE TOURNÉE

Selon toutes probabilités, les livres, pour lesquels le Conseil fait une si discrète réserve, suivaient le sort des autres fournitures : la famille devait y pourvoir.

Aussi les anciens inspecteurs primaires se rappellent quelle était, sous l'empire de ces traditions, la pénurie et la bigarrure des livres dans les écoles. Pour obvier aux graves inconvénients qui en résultaient, M. Villemereux, inspecteur d'académie en résidence à Orléans, imagina, vers 185i, la combinaison suivante: Une cotisation de 10 centimes s'ajouterait mensuellement au taux de la rétribution scolaire ; le produit de cette cotisation, augmenté des sommes que les communes consentiraient à voter « pour les fournitures aux indigents », devait suffire à pourvoir chaque école des livres nécessaires à tous et des autres menus objets nécessaires aux indigents. I! en fut ainsi. Au bout de quelques années, les livres, prêtés seulement aux élèves payants et gratuits, abondèrent et devinrent la première raison d'être et la première ressource des bibliothèques scolaires aujourd'hui si répandues.

Restaient les grandes villes avec leurs écoles entièrement gratuites ou dans lesquelles il était fait une large part à la gratuité. Là on ne peut compter que sur la générosité des municipalités. Quelques-unes s'exécutèrent de bonne heure et de bonne grâce, mais beaucoup se refusèrent à la fourniture même partielle de l'outillage scolaire. Au fond, la résistance venait peut-être moins d'elles que des maîtres eux-mêmes. Ceux-ci avaient vu plusieurs arrêts des tribunaux leur reconnaître le droit de vendre les fournitures classiques à leurs élèves. Ils en usaient largement: on reprocha à plusieurs, particulièrement aux congréganistes, d'en abuser, de pousser à la consommation et de réaliser des bénéfices exagérés. On se crut obligé d'afficher dans la classe un tableau indiquant les prix auxquels les divers objets devraient être livrés.

La ville de Paris paraît avoir assuré de bonne heure les fournitures gratuites non à tous les élèves de ses écoles, mais à ceux qui pouvaient être considérés comme indigente, par exemple à ceux dont les parents étaient inscrits au bureau d bienfaisance. Depuis quelques années, elle a pris une mesure encore plus libérale: elle a généralisé la gratuité des fournitures scolaires. Elle consacre annuellement près d'un demi-million à cette partie si intéressante de ses services. La dépense est calculée à raison de 4 francs pour les objets de librairie et de papeterie, et de 1 fr. 20 pour les ustensiles de couture. Une somme d'environ 20 000 francs est, en outre, employée en acquisitions diverses pour les élèves des écoles maternelles. Les cours d'adultes seuls ne participent point encore ou ne participent qu'indirectement à ces avantages. « Les livres classiques, les appareils d'enseignement et les objets de papeterie » sont mis en adjudication pour une période de trois années et demeurent emmagasinés chez l'adjudicataire au lieu de l'être, comme cela avait lieu d'abord, dans un magasin spécial. En temps opportun, les chefs d'établissement marquent, sur des catalogues à ce destinés, les objets dont ils ont besoin pour le trimestre ; des inspecteurs et des inspectrices du matériel contrôlent les propositions et veillent à ce que les crédits ne soient pas dépassés, puis, sur un ordie d'un bureau spécial, l'adjudicataire fait la livraison demandée. — V. Magasin scolaire de la ville de Paris. D'autres grandes agglomérations ont pris des mesures analogues pour assurer la gratuité soit générale, soit partielle des fournitures scolaires. A Lyon, la somme portée à cet effet au budget s'élève à 85 000 fr., soit 5 fr. par tête d'élève. Comme à Paris, la distribution est faite chaque

trimestre par les soins d'employés au magasin scolaire. Elle embrasse tous les établissements communaux, moins les cours d'adultes.

La ville de Lille a adopté l'ancien régime de gratuité restreinte, mais très large néanmoins, de la ville de Paris. Elle assure gratuitement les fournitures classiques, d'abord aux enfants dont les parents sont assistés par le bureau de bienfaisance et à ceux des fonctionnaires et agents peu rétribués, ensuite aux élèves reconnus nécessiteux après une enquête à la fois sûre et discrète, soit aux deux tiers de l'effectif de ses écoles. La dépense, à raison de 4 fr. par enfant, s'élève à 54 4^0 fr. Les adjudications sont également faites pour une période triennale. Les objets sont choisis d'après les indications mêmes des intéressés, c'est-à-dire des maîtres et maîtresses réunis en conférence ; ils sont d'ailleurs dûment contrôlés et timbrés à leur entrée au magasin. Dans les autres grands centres du département du Nord, les livres et cahiers sont fournis directement par les instituteurs qui sont ensuite payés sur la présentation de mémoires.

Ailleurs, comme à Toulon, les caisses des écoles prêtent leur concours aux municipalités, et cela rentre bien dans le but général de leur institution. Ce but, on le sait, est « d'encourager et de faciliter la fréquentation de l'école par des récompenses et par des secours aux élèves indigents. » Or, quel meilleur moyen de « faciliter et d'encourager la fréquentation de l'école » que de fournir à l'enfant pauvre les instruments de travail qui lui manquent peut-être plus souvent encore que la nourriture et le vêtement ? Nul doute que les caisses des écoles, confirmées et généralisées par l'art. 17 de la loi sur l'obligation, n'envisagent désormais leur mission sous ce côté si important. En le faisant, elles viendront puissamment en aide à la loi; elles enlèveront à l'absentéisme scolaire son dernier prétexte et sa dernière excuse.

Mais, pour que la gratuité, soit partielle, sois intégrale, des fournitures classiques produise tous les résultats qu'en est en droit d'en attendre, certaines conditions sont nécessaires. D'une part il faut qu'elles soient suffisantes, d'autre part elles doivent être sagement administrées. Rien n'est pénible comme de voir, dans une école où l'on fait profession de pourvoir à l'outillage scolaire, les cahiers manquer avant la fin de la période pour laquelle la livraison en a été faite, les livres faire défaut au point qu'un seul doive servir pour plusieus élèves, des enfants être réduits à se croiser les bras faute d'une plume, d'un crayon ou d'une ardoise. Lorsque ces circonstances se présentent, on allègue volontiers la faiblesse des crédits et la parcimonie forcée qui en résulte. Mais ne pourraiton pas s'en prendre avec plus de raison, nous ne dirons pas au gaspillage, mais à l'imprévoyance et à une gestion défectueuse? Comme tout dans l'école, les fournitures doivent être un élément d'éducation: leur maniement intelligent et leur emploi judicieux sont de continuelles leçons d'ordre et d'économie, de nature à former au bon usago du bienfait, au respect de la propriété commune, à l'habitude de prévoir les besoins du lendemain. Ainsi l'intérêt moral s'accorde une fois de plus avec l'intérêt pédagogique.

[E. Brouard.]

FRAIS DE TOURNÉE. — Ont seuls droit aux frais de tournée déterminés par les règlements : les membres du Conseil supérieur délégués par le ministre pour une mission spéciale ; les inspecteurs généraux; les recteurs; les membres des conseils académiques, délégués par le recteur en vertu de l'article 18 de la loi organique; les inspecteurs d'académie et les inspecteurs de l'instruction primaire. (Décr. 29 juill. 1850, art. 4î.)

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