I. — l 'iiurtcii régime
Avant la Révolution, il y avait en France : 1° des académies; 2° de grands établissements scienti-
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fiques et des écoles spéciales, étrangers aux universités ; 3° des universités ; 4° des collèges ; 5° des écoles primaires, ou plutôt, pour parler le langage du temps, des petites écoles.
Académies. — En province, on comptait quarante-sept académies, dont une trentaine portaient le titre de royales. En général elles subsistaient de quelque fondation. Elles n'avaient aucun lien entre elles et fort peu avec les académies de Paris : une direction commune manquait à leurs travaux. Pourtant les membres de l'Académie française de Soissons avaient droit de séance à l'Académie française ; l'Académie des sciences de Montpellier était censée ne faire qu'un seul corps avec l'Académie des sciences de Paris. Aux Académies toulousaines se rattachaient une école de chirurgie et une école de grec et d'hébreu.
Les Académies de Paris n'étaient pas conçues et distribuées d'après un plan scientifique. L'Académie française, composée pour une bonne part de grands seigneurs qui avaient peu de titres littéraires, était avant tout un salon de bel esprit. L'Académie royale de peinture et de sculpture, l'Académie royale d'architecture comprenaient la plupart des artistes en renom : on en faisait partie dès qu'on avait exposé une œuvre approuvée par l'académie compétente. L'Académie des sciences et celle des inscriptions et belles-lettres publiaient d'utiles collections de mémoires et avaient une certaine action sur le mouvement intellectuel du pays. L'Académie royale de chirurgie et la Société royale de médecine répondaient à notre Académie de médecine.
A Paris il y avait dix sociétés libres, parmi lesquelles la société Linnéenne et le Lycée ou Athénée, où La Harpe fit son cours de littérature.
Établissements scientifiques et écoles spéciales. — Le Collège de France, avec ses dix-neuf chaires, maintenait sa vieille réputation ; mais cet établissement, fondé par François !•% en un jour d'initiative hardie, pour représenter, en face de la Sorbonne, les méthodes nouvelles et la science indépendante, avait dû subir, lui aussi, une certaine tutelle de l'Eglise : la nomination des professeurs était soumise à la signature du grandaumônier: encore l'arrêt du conseil du IS mars 1633, qui avait institué cet ecclésiastique comme « supérieur et recteur » des « lecteurs et professeurs royaux », avait-il eu pour objet de les soustraire à une juridiction plus oppressive, celle du recteur de l'Université de Paris.
Le Jardin du Roi ou Jardin des Plantes, augmenté déjà de collections zoologiques et minéralogiques, n'était pas encore cette grande école de sciences naturelles qui s'appelle le Muséum : pourtant il avait eu pour intendant de 1739 à 1788 Buffon ; Vaillant en 171G y avait démontré l'existence des deux sexes dans les plantes et le phénomène de fécondation des végétaux; Daubenton, Lacépède, les de Jussieu, Fourcroy, Brongniart, Lamarck y professaient; on n'y comptait encore que trois chaires, mais chacune avait un professeur titulaire, un démonstrateur et parfois un sous-démonstrateur.
L'Observatoire n'était pas encore un établissement autonome : il était « l'observatoire de l'Académie. »
De même, l'observatoire de Marseille, fondé en 1700, pour les besoins de la marine, avait été attribué en 1781 à l'Académie des sciences et lettres de Marseille.
Parmi les écoles spéciales que l'Etat entretenait pour le recrutement de ses services, on remarquait sept écoles d'artillerie, trois écoles de marine, quatorze écoles militaires, l'école de génie militaire, l'école des mines avec quatre chaires, l'école des ponts et chaussées, deux écoles vétérinaires, l'école des jeunes de langue. Dans la
plupart de ces établissements, c'étaient la faveur et les titres nobiliaires qui décidaient de l'entrée : il fallait pour entrer à l'Ecole militaire de Paris justifier de quatre degrés de noblesse; toutes les écoles militaires étaient fermées aux roturiers. L'enseignement y était assez faible, h en juger par les Mémoires de Vaublanc, même à l'Ecole militaire de Paris. Il n'y avait pas de classement de sortie : les colonels des régiments venaient choisir à l'école les officiers qui leur convenaient.
La maison de Saint- Cyr ne s'ouvrait qu'aux filles de la noblesse.
Plusieurs écoles d'accouchement, des écoles de chant, des écoles de dessin, de mathématiques et d'hydrographie, celle des jeunes aveugles, celle des sourds-muets, compléteraient la liste des écoles spéciales.
Universités. — Pour l'enseignement supérieur, il subsistait encore en 1789 vingt-deux universités. C'étaient, par ordre d'ancienneté, celles de Paris, Toulouse, Montpellier, Reims, fondées au xme siècle; celles d'Orléans, Perpignan, Orange, Angers, au xive siècle ; celles d'Aix, Caen, Poitiers, Bordeaux, Valence, Nantes, Bourges, au xvc siècle; Douai, Strasbourg, au xvie siècle ; Dijon et Pau au xvme siècle. Celle de Grenoble, fondée en 1339, avait été transférée en 1452 à Valence ; celle de Dôle, fondée en 1492, avait été transférée en 1691 à Besançon ; celle de Pont-à-Mousson, fondée en 1572, avait été transférée à Nancy. Une vingt-troisième université, celle de Cahors, avait été supprimée en 1731, et réunie à Toulouse. Enfin Avignon était université étrangère et. dépendait du pape.
Strasbourg était la seule université protestante, mais elle possédait une faculté de théologie catholique : dans toutes les autres universités, les exercices du culte catholique étaient obligatoires ; les réformés et les juifs en étaient exclus.
Des vingt-deux universités françaises, bien peu méritaient encore ce nom. A l'université de Bourges, les jésuites qui, vers le milieu du xvme siècle, occupaient toutes les chaires de la faculté des arts, trafiquaient des diplômes, « accordaient les lettres de maîtres es arts à des aspirants quelquefois indignes, qui, en tout cas, n'avaient subi aucun examen, mais qui se recommandaient à d'autres titres, spirituels ou temporels. » (Compayré, Histoire critique des doctrines d'éducation.) La faculté des arts de Bourges s'attira en 1754 du chancelier de Lamoignon cette mercuriale : «Messieurs, il me revient des plaintes que votre université accorde des lettres de maîtres es arts à des aspirants qui n'ont subi aucun examen et quelquefois même sans être en état de représenter aucun certificat des études faites dans une université. C'est sur le fondement de pareils abus que le roi se détermina, il y a quelques années, à supprimer l'université de Cahors, et je serais bien fâché que celle de Bourges s'attirât le même sort. » — «. Des documents officiels attestent que des brevets de docteur se délivraient sans aucun rapport personnel entre les juges et les candidats, par correspondance. Les facultés de Paris et de Montpellier étaient les seules où des examens fussent imposés aux récipiendaires et qui eussent conservé quelque crédit. » A Paris même, « la faculté de droit n'imposait plus, depuis longtemps, d'examen sérieux à ceux qui se présentaient pour recevoir ses grades. Ses diplômes s'achetaient également. » (Vallet de Viriville.) Talleyrand dénoncera plus tard dans son rapport « la facilité scandaleuse des épreuves » et l'émulation d'indulgence qui s'établissait entre les universités pour retenir leurs élèves: « Il suffisait même de la seule existence d'une université étrangère (celle d'Avignon), à laquelle il était libre de re-
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courir, pour corrompre, sous ce rapport, l'enseignement général. »
Les universités complètes comprenaient les quatre facultés: théologie, droit, médecine, arts (répondant à nos facultés des sciences et des lettres). Telles étaient celles de Paris, Bordeaux, Bourges, Caen, Douai, Montpellier, Nancy, Nantes, Perpignan , Poitiers , Reims , Strasbourg (avec deux facultés de théologie), Toulouse, Valence. Les universités d'Aix, de Besançon n'avaient que trois facultés : théologie, droit, médecine. L'université de Pau n'en avait que deux : théologie et droit. Les universités do Dijon et d'Orléans n'enseignaient que le droit.
Les facultés de théologie, droit, médecine avaient des professeurs spéciaux, en nombre variable. Les facultés des arts étaient formées de professeurs empruntés aux collèges de leur ressort ; ainsi, à Paris, la faculté des arts se composait de vingt professeurs appartenant aux dix collèges de plein exercice ; celle de Caen, de douze professeurs appartenant à trois collèges; celle d'Angers, des professeurs du collège d'Angers; celle de Poitiers, des professeurs du collège de Poitiers. La faculté des arts de Douai n'avait que quatre professeurs ; celle de Besançon que trois, celle de Bordeaux que deux, tandis que Toulouse en avait seize. Les matières d'enseignement devaient être également fort diverses : l'un des quatre professeurs de Douai était pour la langue hébraïque.
Les universités françaises avaient été fondées soit par les papes, comme celle de Toulouse par Grégoire XI, celle de Gahors par Jean XXII ; soit par les rois de France, comme celles de Paris, Orléans, Poitiers; soit par les anciens souverains de nos provinces, comme celle de Perpignan par Pierre IV, roi d* An! gon , celle d'Angers par LouisXII, duc d'Anjou, celle d'Aix par Louis II, comte de Provence, celle de Caen par Henri IV, roi d'Angleterre, celle de Douai par Philippe IÎ, roi d'Espagne, celle de Pont-à-Mousson par Charles III, duc de Lorraine. Presque toujours elles étaient nées d'un acte commun de la papauté et du pouvoir temporel, le pape leur conférant par bulle de nombreux avantages spirituels, le souverain les dotant de privilèges ou de terres. Encore en 1722, l'université de Dijon est fondée par lettres patentes de Louis XV et par une bulle d'Innocent XIII.
Jusqu'au xvne siècle, c'était l'influence ecclésiastique qui avait été prépondérante; les universités de Douai et de Pont-à-Mousson, au xvie siècle, avaient été fondées presque uniquement dans le dessein d'arrêter les progrès de l'hérésie. L'Eglise jugeait de la doctrine des maîtres ; elle leur conférait, de par l'autorité apostolique et comme une sorte de bénédiction, le grade de licencié ; elle leur imposait un costume et un genre de vie presque ecclésiastique : ses riches bénéfices étaient la récompense la plus enviée de leurs succès. Au xvne siècle, la royauté française montra quelque désir de reprendre la direction de cet enseignement, et Henri IV, inquiet de la décadence des études, peut-être aussi en défiance des doctrines anarchistes qu'y avaient introduites les jésuites, entreprit une réforme de l'Université de Paris. Alors parurent, en 1598, les « lois et statuts de 1 Université, faits et promulgués par l'ordre et la volonté du très chrétien et très invincible roi de France et de Navarre, Henri IV. »
Autrefois, e'étaientles papes, comme InnocentlII et Urbain V, qui se préoccupaient de la réforme universitaire : la dernière réforme, celle de 1452, avait été opérée par un légat du pape Nicolas V, le cardinal d'Estoutcville. Sans doute la royauté avait essayé, à plusieurs reprises, de faire valoir ses droits : en 1412, les lettres royales du 28 avril déclarent la cour du Parlement seule compétente pour connaître des affaires de l'Université; en 1402,
Charles VII avait adjoint des commissaires royaux au légat d'Estoutcville; en 1480, Pierre Boschet, premior président du Parlement de Paris, était chargé par cette cour de réformer au nom du roi, l'université d Orléans. Mais le statut de 1598 avait un caractère nouveau, que Crevier a fort bien défini :
« On voit qu'ici, dit cet auteur, l'autorité du roi agit seule sans le concours du pape. C'est une circonstance remarquable et sur laquelle il n'est pas permis de passer légèrement. Les anciennes réformes avaient été faites, ou par les papes eux-mêmes, ou par leurs légats, sans que la puissance séculière y intervînt. Dans celle de 1 i.J2, Charles VII joignit ses commissaires au légat du pape, mais le légat tenait le premier rang, et c'est lui qui parle dans les statuts et qui ordonne comme législateur avec le conseil des commissaires du roi, dont les pouvoirs ne s'étendaient qu'à ce qui regarde les privilèges émanés de la puissance royale. Depuis ce temps, la façon de penser était changée ; la puissance séculière rentrait dans ses droits et les rois avaient enfin compris que c'était à eux qu'il appartenait de donner des lois à une compagnie établie dans leur capitale et destinée à l'instruction de leurs sujets. Depuis la réforme du cardinal d'Estouteville, nous ne voyons plus que l'université se soit adressée aux souverains pontifes pour leur demander des règlements. C'est toujours à l'autorité royale qu'elle a recours, et récemment, dans les années 1575 et lô77, le Parlement avait rendu deux arrêts pour régler sa police. »
Les successeurs de Henri IV, sans abandonner leurs droits, ne les firent pas valoir avec la même rigueur. Soit que les jésuites parussent meins redoutables, soit que la cour subît leur influence, soit que le succès croissant de leurs écoles eût amené la royauté à se désintéresser des études, les choses restèrent en l'état jusqu'à l'année 1762, qui vit la chute de la célèbre compagnie.
Collèges. — L'enseignement secondaire sous l'ancien régime était plus étroitement lié qu'aujourd'hui à l'enseignement supérieur. C'étaient les professeurs des collèges qui occupaient les chaires des facultés des arts ; c'étaient leurs élèves qui occupaient les chaires des collèges universitaires ; c'étaient ces facultés qui traçaient les programmes et surveillaient les études ; autour de l'Université de Paris se pressaient autrefois les innombrables collèges parisiens : Notre-Dame ou les Dix-huit, les Bons-enfants, les Trésoriers, les Cholets, Bayeux, Laon, Presle, Narbonne, Cornouailles, Arras, Tréguier, Bourgogne, Tours, Hubant ou l'Ave-Maria, Autun, Cambrai, Justice, Boissy, Maître-Gervais, Ainville, Fortet, Chanac, Saint-Michel, Reims, Séez, le Mans, Sainte-Barbe, Mignon ou Grandmont. Ces 28 collèges, qui n'étaient pas de plein exercice, c'est-à-dire n'allaient pas jusqu'à la rhétorique, avaient été supprimés en I 7G3 et réunis à l'ancien collège de Clermont fondé en 1560 et devenu collège Louis-le-Grand. De même les boursiers du collège de Boncourt avaient été réunis à ceux de Navarre. Mais il subsistait encore en 1780 dix collèges de plein exercice : Harcourt, le plus ancien, fondé eu 12S0 ; cardinal Lemoine, Navarre, Montaigu, Plessis-Sorbonne, Lisieux, la Marche, les Grassins, Mazarin ou les Quatre-Nations, enfin Louis-le- Grand. (On avait aussi conservé les collèges des Ecossais et des Lombards.)
On comptait en province 552 collèges dépendant également des universités : Total, 5(i4 collèges, avec une population d'environ 73 000 écoliers, dont 40 000 boursiers.
A ce chiffre, il faut ajouter, même après la fermeture ou la remise aux universités des nombreux collèges tenus par les jésuites, quantité
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de collèges ecclésiastiques, tenus par les oratoriens, les doctrinaires, les bénédictins, les minimes, les lazaristes, les josephistes, etc.
Dans les collèges universitaires comme dans ceux des congrégations, les études étaient en général très faibles. Louis XIV, vers 1675, avait indiqué avec un grand sens les lacunes du système d'éducation : « La manière dont la jeunesse est instruite dans les collèges de l'Université laisse à désirer : les écoliers y apprennent tout au plus un peu de latin; mais ils ignorent l'histoire, la géographie et la plupart des sciences qui servent dans le commerce de la vie. » Malgré quelque progrès amené par l'introduction des méthodes de Port-Royal, les vices signalés par Louis XIV ne firent que s'aggraver : l'insuffisance des études scientifiques était d'autant moins tolérable que les « sciences qui servent au commerce de la vie » prenaient au xvine siècle un développement inouï; il était inadmissible que la langue française continuât à être sacrifiée au latin quand nous étions en possession, surtout depuis le grand siècle, d'une puissante littérature nationale; c'est avec stupeur qu'on entend Rollin luimême déclarer, dans son Traité des études, à propos de notre histoire nationale, entièrement sacrifiée à celle des Grecs et des Romains, qu'il ne croit pas « qu'il soit possible de trouver du temps, pendant le cours des classes, pour s'appliquer à cette étude » ; le dédain de la géographie n'était pas moins étrange à une époque où les Cook et les Lapeyrouse agrandissaient le monde connu et où naissaient, par delà l'Atlantique, des nations nouvelles; le célibat imposé aux professeurs était un contraste avec le progrès général en notre pays de l'esprit laïque.
Dès 17G2, il y eut une sérieuse tentative de réforme Les Parlements, après avoir obtenu l'expulsion des jésuites, se mettent à l'œuvre pour bannir des collèges universitaires ce qui reste deux : les méthodes surannées. Déjà, pendant la lutte contre les jésuites, un magistrat, le procureur-général au Parlement de Rennes, La Chalotais*avait écrit son Essai d'éducation nationale, qui parut en 1763 : le titre même du livre indique toute une révolution. Après la victoire, d'autres magistrats éminents, Guyton* de Morveau à Dijon, Montclar et Saissin à Grenoble, Laverdy et le président Rolland*à Paris, discutent les méthodes et ébauchant un nouveau plan d'éducation. Le président Rolland mérite une place à part parmi ces réformateurs : le Compte-rendu qu'il présenta, le 13 mai 1768, au Parlement de Paris, contient nombre d'idées que la Révolution a reprises et que notre siècle a réalisées. Il veut que dans l'enseignement « la langue française marche d'un pied égal avec la latine » ; il demande que les actions de nos rois et de nos grands hommes ne soient plus ignorées et qu'un professeur spécial soit chargé de l'enseignement de l'histoire ; il dégage les sciences, confondues dans l'enseignement de la philosophie, et réclame des professeurs compétents pour les mathématiques et pour la physique ; il n'entend pas que les langues anciennes, la langue grecque surtout, si négligée à cette époque, restent étrangères à la jeunesse, mais il cherche des méthodes plus rationnelles et plus rapides pour les étudier. Il a signalé la plus considérable lacune de l'organisation universitaire: l'absence de ce qui répondrait à notre écrie normale supérieure, et il propose « une maison d'institution pour former les maîtres. » Il organise une surveillance efficace de l'Etat sur les méthodes et l'esprit de l'enseignement, et recommande de faire faire une inspection annuelle des collèges par des visiteurs. A défaut d'un ministère de l'instruction publique, auquel personne ne songe encore, il établit, au siège du gouverne-
ment, un Bureau de correspondance qui assurera l'harmonie dans les programmes, la suite dans les méthodes, le maintien de la discipline et de la hiérarchie : c'est à ce centre commun, à cet organe nouveau de l'unité nationale, qu'il rattache ces universités, dispersées à travers la France, étrangères les unes aux autres, toutes pleines du souvenir de leurs fondateurs espagnols, anglais, lorrains, pontificaux, tout imbues de l'esprit provincial et particulariste, qui semblent à peine se douter qu'elles aient des devoirs envers l'Etat français et la société civile.
C'est au milieu de ces essais pour une vaste réorganisation de l'enseignement secondaire en France, au milieu de leurs luttes contre les assemblées du clergé de 1765, 1772, 1775 revendiquant pour l'Eglise la direction exclusive de l'enseignement, que la Révolution française vient surprendre les réformateurs des Parlements, les hommes de la première révolution pédagogique, qui avaient préludé par l'expulsion des jésuites à la création d'une grande université laïque et française.
Petites écoles. — La France, avant 1789, comptait un assez grand nombre de petites écoles : c'est un fait bien établi aujourd'hui par de récents travaux, notamment par ceux de M. Krug-Basse sur l'Alsace, de M. le pasteur Schmidt et de M. l'abbé Mathieu sur la Lorraine, de M. Babeau sur l'Aube, de M. Max Quantin sur l'Yonne, de M. de Charmasse sur le diocèse d'Autun, de M. Fayet sur la Haute-Marne et sur la Bourgogne, de M. Garnier sur la Côte-d'Or, de M. Barthélémy sur la Marne, de MM. Dieudonné et de Resbecq sur le Nord, de M. de Beaurepaire sur la Normandie, de M. de Jussieu sur la Savoie, de M. Serurier sur les Pyrénées-Orientales, de MM. Maggiolo et Allain sur l'ensemble du territoire. Toutefois on n'a pu arriver, sauf pour un petit nombre de départements, à une précision suffisante dans les résultats, et certaines conclusions, qu'on a voulu en tirer hâtivement, paraissent excessives.
« Les écoles, dit M. Babeau, étaient plus répandues dans les régions de l'est et du nord que dans celles du centre, de l'ouest et du midi. Il en est de même de nos jours. Les régions les plus dépourvues d'écoles en 1789 sont précisément celles où le nombre des illettrés est encore le plus élevé. »
Ainsi, il y avait des maîtres d'école dans toutes les paroisses de l'Alsace et de la Franche-Comté. En Lorraine, d'après M. le pasteur Schmidt, « presque toutes les paroisses étaient pourvues d'une école primaire, et il s'en trouvait même dans les villages et les hameaux éloignés du chef-lieu paroissial.» La Champagne, à l'exception du département actuel des Ardennes, était assez bien partagée. En Flandre, « de petites écoles étaient répandues partout.» En Artois, « il y a, écrivait-on en 1790, des maîtres dans tous les villages, excepté dans les hameaux. » En Normandie, les trois quarts des paroisses, dès le commencement du xviii* siècle, étaient pourvues d'écoles. En Savoie, « presque toutes les paroisses et un grand nombre de hameaux possédaient au moins une école. » Pour la Bourgogne, les témoignages sont contradictoires, les uns affirmant « qu'il y a bien des villages qui manquent d'écoles », d'autres soutenant « qu'il ne s'en trouve nulle part. »
La situation était beaucoup moins bonne dans l'Ile de France. Elle était mauvaise dans la Bretagne, où « peu de villages sont fournis de maîtres et de maîtresses ; » dans le Berry, où l'assemblée provinciale déplorait l'ignorance générale du peuple; dans le Bourbonnais et le Nivernais, où la proportion des signatures de mariés ne dépassait pas, là 19 p. 100, ici 23 p. 100 ; dans le Dauphiné, le Languedoc, la Provence, où l'assemblée du
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clergé, en 1750, consulte « qu'il y a peu de paroisses où il y ait des maîtres et des maîtresses établis; » dans la Guyenne, où l'on ne trouvait de maîtres que dans les gros bourgs; dans l'Auvergne, la Marche, le Limousin, où l'on n'en rencontrait pas un par vingt villages.
Dans la région du sud-est, les Hautes-Alpes et les Cévennes formaient une heureuse exception. Les Hautes-Alpes fournissaient même aux régions Voisines des nuées de maîtres d'école qui, portant la plume au chapeau comme indice de leur profession, allaient se louer dans les communes du bas pays. Dans les montagnes des Cévennes, où le protestantisme avait mis partout la Bible aux mains du peuple et où le catholicisme avait dû pour le combattre faire également appel à l'instruction, la proportion des paysans lettrés était fort considérable On pourra consulter, pour les détails, les articles spéciaux consacrés aux départements et aux anciennes provinces.
Si les écoles et les instituteurs paraissent avoir ■été plus nombreux dans l'ancienne France qu'on ne l'avait cru jusqu'à présent, il faut d'autre part, pour éviter de tomber dans une illusion que certains apologistes de l'ancien régime semblent vouloir entretenir, se rendre bien compte de ce qu'étaient en réalité ces écoles et ces maîtres. Dans les provinces les plus éclairées, les maisons d'école étaient souvent de pauvres cabanes couvertes en chaume ; ailleurs, l'école n'avait même pas de local déterminé, ou bien elle se tenait dans une grange, dans un hangar, dans une cave, dans une écurie.
Nulle part, il n'existait d'écoles normales pour former de bons maîtres. Le premier venu, faute d'un autre gagne-pain, pouvait embrasser cette profession : en général le candidat à ces fonctions passait un examen très sommaire devant- une commission nommée par l'évêque et recevait de lui V approbation, ou permission générale d'enseigner. a Muni de cette pièce et de tous les certificats avantageux qu'il pouvait recueillir, dit M. l'abbé Mathieu dans son étude sur l'Ancien régime en Lorraine, il se présentait dans un village où une place était vacante, le jour où on devait choisir le titulaire. Là, il chantait, montrait son écriture et tous ses autres talents, exhibait ses recommandations, et, s'il était agréé, signait le traité qui déterminait ses engagements et sa rétribution. » En Provence, c'était dans des espèces de foire aux instituteurs que le maître d'école allait se louer. Les maîtres venus des Hautes-Alpes ne séjournaient dans la plaine que pendant l'hiver et retournaient chez eux pour les travaux de l'été. Dans maints pays, on se plaint, en fait d'instituteurs ou d'institutrices, de n'avoir que des ambulants.
Par mesure d'économie, la commune décidait parfois le pius lettré des habitants, souvent même le maire ou syndic, à se charger, moyennant une faible rétribution, d'instruire les enfants. Ailleurs, c'était le curé ou le vicaire de la paroisse qui assumait cette tâche : mais le curé avait bien d'autres soucis; il se bornait le plus souvent, ou bien à n'enseigner que le catéchisme, ou bien à ne s'occuper que des enfants qui pouvaient recruter le sacerdoce. En Corse, c'étaient des moines qui enseignaientà lire, plus rarement à écrire, et à compter sur les grains de leu~s chapelets. Des communautés s'étaient formées pour l'éducation du peuple, entre autres celle des Frères des écoles chrétiennes qu'on appelait, déjà à cette époque, les ignorantins.
En Lorraine le salaire d'un maître d'école se composait, dit M. l'abbé Mathieu : « 1° de ce que lui rapportait l'église, c'est-à-dire du casuel, et, dans beaucoup de villages, d'une portion de dîmes, tantôt celle du troisième laboureur, tantôt celle
d'un canton, tantôt un preciput sur la totalité ; 2" d'un traitement fixe payé par la communauté, soit en argent, soit en nature; 3° des éc fournis par les parents des élèv. s, soit vingt ou vingt-cinq sols par an et par tète ; soit un bichet ou deux de blé ou d'autres grains. Dans une partie de la Lorraine allemande, le traitement n'allait qu'à neuf sous de France par an et par élève : mais alors le maître allait manger à tour de rôle chez les parents de chacun d'eux. » Dans les villages de Bourgogne, le traitement variait de '40 à 120 livres, non compris certains avantages accessoires. Quel devait être le sort des maîtres dans les pays moins instruits!
Aussi les maîtres d'école en étaient-ils réduits, pour vivre, à cumuler avec leurs fonctions de l'église et de l'école, avec celles de sacristains, sonneurs, horlog rs, fossoyeurs, quelque autre métier : ils se faisaient tailleurs, cordonniers, maçons, ménétriers, débitants de boissons, installant parfois le cabaret dans l'école. Le maître de la commune d'Angles, dans les Hautes-Alpes, s'était offert pour faire l'office de « chirurgien des barbes » puisqu'il n'y en a pas dans la commune : il rasera chaque semaine, le jour de vacances, et touchera en tout 200 livres. Du reste ce cumul était d'autant plus naturel que nombre d'instituteurs étaient des artisans ou petits marchands qui avaient demandé à l'évêque l'autorisation surtout pour accroître leurs ressources.
Cette situation si misérable était, en outre, bien précaire. C'était l'assemblée des habitants de la commune qui avait nommé l'instituteur : elle avait droit de le changer. En Lorraine même, les baux se renouvelaient tous les ans, deux mois avant la Saint-Jean-Baptiste. Pour obtenir un nouveau traité, «ce sont des cabales, écrit le curé d'Ugny, des flatteries à ceux qui ont le plus d'autorité et souvent des buveries pour apaiser les mauvais et les mécontents ». — « Le maître d'école, dit un autre témoin, paie vin ou eau-de-vie et se réconcilie par là avec la communauté, et recommence tous les ans sur nouveaux frais. » Ils restent toujours, disent les Doléances des instituteurs de Bourgogne, à part dans la commune : « ils sont regardés comme étrangers et non comme citoyens et n'ont point entrée aux assemblées des communes : comme gens errants et sans aveu, ils n'ont aucune voix délibérative. » Et quelle dépendance du maître vis-à-vis des magistrats du village, des riches, des gens influents! quelle soumission vis-à-vis du curé dont il n'est que l'humble auxiliaire, presque le serviteur, et qui, en parlant de lui, dit : « mon maître d'école » ! Quelle crainte de l'évèché qui, à la moindre plainte du curé, peut, avec Y autorisation, retirer au maître son pain! Nulle protection à espérer de l'Etat, nul appui d'autorités universitaires qui n'existent pas. Aussi, à quelques exceptions près, comment espérer un bon recrutement pour une telle carrière?
Le plus souvent, ces maîtres d'école savaient fort mal ce qu'ils enseignaient, suivaient les méthodes les plus routinières : on leur reprochait de se borner à « exercer la mémoire et à iufliger quelques châtiments souvent mal entendus. » Au reste, les punitions corporelles étaient à l'ordre du jour dans tout le système d'enseignement : le règlement de l'évêque de Montpellier, à la fin ùu xviie siècle, interdit les coups de bâton, les coups de pied, les coups sur la tète, mais autorise la férule, le fouet (à condition de ne pas déshabiller entièrement), et aussi la punition qui consiste h baiser la terre. De même le règlement des frères d s écoles chrétiennes défend également les coups sur la tète, sur la faaro et dans le dos, mais préconise la férulo. Les jésuites dans leurs collèges usaient des mômes procédés : c'est ce qu'on appelait l'or-
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bilianisme, du nom d'Orbilius, qui n'avait pas épargné les coups au poète Horace. Ils avaient même un fouetteur en titre, tantôt un domestique, tantôt un écolier qui jouissait d une bourse en échange de ce service (V. Fouet).
L'éducation des filles était encore plus négligée que celle des garçons : on ne le voit que trop par l'écart énorme entre le nombre des signatures de mariés ou de mariées qu'on a pu recueillir. En Franche-Comté même, 78,85 0/0 pour les signatures d'hommes, 29.12 o/O pour les signatures de femmes ; en Béarn 7 1,91 et 9,19; dans l'Angoumois 26,65 et 9,02; dans le Nivernais, 13,63 et 5,94. Comment en serait-il autrement : les règlements des évoques semblent avoir surtout pour objet d'empêcher la fréquentation commune de l'école par les garçons et les filles ; on avait déjà peine à avoir une école unique, c'étaient naturellement les filles qui étaient sacrifiées. Les congrégations de femmes qui s'étaient fondées en vue de les instruire étaient encore plus mal préparées à leur tâche que les congrégations d'hommes : les écoles actuelles de Béates dans la Haute-Loire, qu'on a pu récemment qualifier de simples garderies, donneraient l'idée assez exacte du plus grand nombre des écoles congréganistes de filles avant 1789. Le préjugé populaire, la routine campagnarde se joignaient aux scrupules et aux calculs du clergé pour entraver cet enseignement. Est-ce que les femmes ont besoin d'instruction? Une maîtresse d'école, dans la Haute-Marne, se défendait d'enseigner à écrire à ses élèves, « de peur qu'elles n'employassent leur savoir à écrire à leurs amants. »
Les petites écoles ne se proposaient donc pas un but bien relevé : les idées sur la dignité du citoyen , sur l'intérêt national, sur l'honneur du pays, y entraient pour une bien faible part. Le gouvernement ne s'était jamais avisé que l'enseignement primaire fût une affaire d'Etat : c'était l'affaire de l'Eglise, de l'évêque, du curé, ou l'affaire des communes et des familles ; l'Eglise se contentait à bon compte pourvu que l'enfant pût apprendre le catéchisme ; la commune et la famille recherchaient les profits immédiats que pouvaient procurer les éléments de la lecture, de l'écriture et du calcul. L'Etat seul aurait pu ouvrir des écoles normales pour le recrutement des instituteurs, exiger des candidats certaines garanties, prescrire des méthodes, tracer des programmes, veiller à la salubrité de l'école et à la dignité du maître : mais en matière de petites écoles, il se désintéressait encore plus qu'en matière d'enseignement supérieur ou secondaire.
On fait grand état des ordonnances de Louis XIV en 1695 et en 1 698 et de Louis XV en 1724 prescrivant l'exacte fréquentation des écoles et le paiement régulier du traitement des maîtres. D'abord, la fréquentation ne fut jamais obtenue et ne pouvait pas l'être, car il aurait fallu d'abord établir des écoles et des maîtres dans les communes qui en manquaient, et nous savons que le chiffre de 150 livres pour les maîtres et 100 livres pour les maîtresses, fixé par l'ordonnance de 1698, fut bien rarement atteint. Ensuite il suffit de regarder la date de ces actes du pouvoir souverain pour s'assurer du but qu'il se proposait : les ordonnances de 1695 et 1698 paraissent au lendemain de la révocation de l'édit de Nantes, et, si le gouvernement royal, au milieu des préoccupations qui l'assiègent à la fin de la guerre de la ligue d'Augsbourg et à la veille de celle de la succession d'Espagne, dans l'épuisement des finances, dans la ruine et la dépopulation générale, s'avise de songer à l'instruction des jeunes Français, c'est uniquement parce qu'il s'agit de compléter l'œuvre des dragonnades. L'école est avant tout un moyen de conversion ; l'obligation, un moyen d'arracher les
enfants à leur famille et à leur foi. Ce qu'on se propose, aux termes de l'ordonnance de 1698, c'est d'établir des maîtres « pour instruire tous les enfants, et nommément ceux de la religion prétendue réformée, du catéchisme et des prières qui sont nécessaires, pour les conduire à la messe tous les jours ouvriers, leur donner l'instruction dont ils ont besoin sur ce sujet et pour avoir soin, pendant le temps qu'ils iront auxdites écoles, qu'ils assistent au service divin les dimanches et fêtes, comme aussi pour apprendre à lire et à écrire ceux qui en ont besoin. » L'ordonnance royale ordonne de procéder « ainsi qu'il sera ordonné par les archevêques et évoques », et enjoint aux curés de veiller sur l'enseignement du catéchisme.
L'ordonnance de 17:4 ne porte pas une date moins odieuse : c'est l'époque où le duc de Bourbon, l'amant de Mme de Prie, succède au duc d'Orléans dans la charge de premier ministre, réveille le fanatisme endormi, recommence à enlever les enfants des religionnaires et à traîner sur la claie les cadavres des mauvais convertis.
Ainsi les seules fois que le pouvoir royal, sous Louis XIV et sous Louis XV, soit intervenu en matière d'enseignement primaire, c'est pour faire œuvre non de progrès, mais de tyrannie, pour tourner l'école en instrument d'oppression des consciences. Il agit sous la pression d'une Eglise intolérante et comme l'exécuteur des plans arrêtés par les jésuites. Pour le reste, il s'abstient, laisse les évêques réglementer l'enseignement et distribuer des autorisations en guise de diplômes; il abandonne aux curés la surveillance du personnel.
Et quel autre intérêt l'Eglise catholique auraitelle pu avoir à établir le principe de l'obligation scolaire? Pour emprunter les paroles de M. Bréal, « nous ne voulons pas dire que l'Eglise catholique soit nécessairement l'ennemie de l'école ; mais on peut affirmer sans crainte d'être contredit, et l'histoire au besoin est là pour l'attester, qu'elle ne l'exige, ni ne la suppose. »
Résumé. — L'ancienne royauté, qui était le représentant de la nation, qui était l'Etat français, n'a eu qu'une action très faible sur l'enseignement. Sa sollicitude immédiate ne s'exerçait guère que sur les écoles spéciales destinées au recrutement de ses fonctionnaires et des officiers de ses armées : encore obéissait-elle, sur ce point, aux préjugés nobiliaires, et n'ouvrait-elle ses écoles militaires qu'aux enfants d'une seule caste. Parmi les grands établissements scientifiques, elle administrait par son grand-aumônier le Collège de France, c'est-à-dire le « collège des professeurs et lecteurs royaux » ; elle administrait par un intendant le Jardin du Boi. A part une tentative de Henri IV, les universités n'avaient échappé à la direction pontificale que pour passer sous celle des Parlements. Les collèges étaient sous la tutelle des universités. Les petites écoles dépendaient des évêques pour la doctrine, des curés pour la surveillance, des communes pour la subsistance. Presque partout, des académies ou des corporations, surtout des congrégations, tantôt dominantes et impérieuses comme celle des jésuites, tantôt vouées à l'obéissance passive, comme celle des frères, avaient pris la charge des intérêts négligés par l'Etat. Pas plus pour les universités que pour l'enseignement secondaire ou les petites écoles, il n'y avait trace d'une pensée commune : on voyait bien l'Eglise et les Parlements, les moines et les magistrats se disputer la direction ; mais où saisir une action de l'Etat? Elle ne se manifestait ni par l'existence d'un budget de l'instruction publique, ni par la création des établissements les plus nécessaires au bon recrutement des maîtres, ni par la collation des grades, ni par rien qui ressemblât à une inspection ou à
FRANCE
FRANGE
une administration centrale de l'enseignement. La royauté laissait faire les particuliers et les corporations : il semblait qu'il n'y eût pas dans les choses d'enseignement un intérêt d'Etat ou que cet intérêt se confondît avec celui de l'Eglise. La Clialotais semble être le premier qui ait parle d'une éducation nationale. Dès lors, le mot et l'idée ne périront plus. Turgot + dira plus tard à Louis XVI, dans son mémoire sur les municipalités :
a La première et la plus importante de toutes les institutions que je croirais nécessaires, celle qui me semble le plus propre à immortaliser le règne de Votre Majesté, celle qui doit influer le plus sur la totalité du royaume, serait, Sire, la formation d'un conseil de l'instruction nationale, sous la direction duquel seraient les académies, les universités, les collèges, les petites écoles. » (Foncin, Essai sîiv le ministère de Turgot.)
Cette reprise, au nom de l'Etat, au nom de la nation, de la direction de l'enseignement public, qui devait « immortaliser » le règne de Louis XVI, ce fut la Révolution qui l'opéra.