‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 471 sur 547 · FRANCHE-COMTÉ · texte numérisé non relu

FRANCHE-COMTÉ

que contre elle; le seul pays où l'on soit arrivé à cette solution pour des motifs purement rationnels; où l'on a pu opposer, au droit des parents à ne pas instruire leurs enfants, le droit des enfants à être instruits ; où, tout en accordant au citoyen les droits politiques les plus étendus, la société s'est crue autorisée par cela môme à lui imposer le devoir le plus étroit; où le sentiment de la solidarité entre tous les Français, la notion du péril qui naît pour tous de l'ignorance de quelquesuns, le point d'honneur national et la passion de la grandeur commune, aient été les motifs déterminants d'une si grande réforme.

La France est le seul pays où l'obligation ait été inscrite au chapitre des droits en môme temps q u'au chapitre des devoirs ; en d'autres pays, en Prusse, par exemple, l'obligation a été considérée surtout comme une forme d'obéissance ; et la preuve, c'est qu'en Prusse la gratuité n'existe pas nécessairement à côté de l'obligation, tandis qu'en France aucun législateur n'eût osé imposer! ['une sans assurer- l'autre.

Et ce qui dans l'établissement de la gratuité est plus particulièrement national, plus particulièrement conforme aux instincts et au génie de notre démocratie, c'est que la gratuité n'a jamais été entendue par elle comme une charité faite par des particuliers, par l'Eglise, par les communes, par l'Etat ; notre démocratie ne l'a jamais conçue que comme un devoir de l'Etat corrélatif à un devoir du citoyen et comme une application de la grande loi d'égalité. Quand môme tous les enfants de parents indigents auraient fini par obtenir la gratuité, tant qu'il subsistait une inégalité entre écoliers, une distinction entre gratuits et payants, les hommes attachés à la tradition de J7U3 et de 184s ne se tenaient pas pour satisfaits : ce qu'ils réclamaient, ce n'était pas une série de mesures aboutissant à l'extension de la gratuité, c'était l'application pure et simple d'un principe. Cette gratuité, qu'ils ne revendiquent pas avec la même énergie pour les autres ordres d'enseignement, s'ils l'exigent dans l'enseignement primaire, c'est parce que cet enseignement doit être obligatoire pour tous, et qu'on ne peut faire à personne une obligation de l'inégalité.

Les trois ordres d'enseignement ne sont pas des compartiments où les diverses classes de la société se trouveraient parquées. Comme l'avait désiré la Révolution, l'Etat a ménagé à l'enfant du peuple, à l'élève de l'école primaire, le moyen de s'élever aux degrés supérieurs. C'est la raison d'être de l'enseignement primaire supérieur, fortement organisé sous le ministère actuel, et aussi de l'enseignement secondaire spécial. Le concours pour l'obtention des bourses peut ouvrir à l'écolier intelligent et pauvre l'accès du collège et du lycée. De la salle d'asile, devenue l'école maternelle, jusqu'à l'entrée dans les carrières professionnelles on, s'il y a lieu, dans la carrière scientifique, la libéralité, la protection, les encouragements de la nation ne lui font pas défaut un instant. Ainsi que le constate le rapport du ministre au président de la République, en date du 2!) octobre 1881, sur l'organisation de l'enseignement primaire supérieur,

o commençant plus tôt et finissant plus tard,

l'enseignement primaire no sera plus un accident de courte durée dans la vie de l'homme de labeur; il va devenir toute une éducation. Après avoir reçu l'enfant dès le plus jeune âg<\ utilisé tous ses instants, éveillé ses facultés, développé son intelligence, cultivé son âme, il s'imposera le devoir de le suivre jusqu'à, l'entrée de la vie pratique. Naguère, sans préparation dans la première enfance, sans caractère obligatoire dans la période scolaire, sans suite et sans consécration au lendemain de la sortie de l'école, l'enseignement

primaire ne menait à rien. Il mène à tout aujourd'hui par deux larges issues : par le nouvel enseignement complémentaire, par la nouvelle ordonnance de ses programmes et k bienfait incessamment accru des bourses de l'Etat. »

Enfin, le magnifique développement de l'enseignement primaire a été atteint sans qu'il en coûtât rien aux études élevées: au contraire, l'enseignement secondaire ou supérieur a suivi le même progrès d'un pas égal: on consacre vingt-deux millions à la construction de la Sorbonne en même temps qu'on ouvre des écoles primaires au fond du Morbihan. Ici encore on ne méconnaîtra pas l'esprit français, si bien équilibré dans ses ambitions, si harmonieux dans son développement, qui veut le progrès des masses, non en abaissant le faîte de l'édifice social, mais en soulevant tout l'édifice d'un même effort.

Grâce aux lois récemment votées, la France non seulement a atteint « d'un seul bond » le premier rang, mais elle l'a atteint par des moyens à elle, conformes à son génie, dignes du profond développement de civilisation qui est en elle, et ce n'est pas un honneur médiocre pour ses représentants au parlement et à la tête du ministère de l'instruction publique que d'avoir su traduire exactement sa pensée intime et réalisé en 1882 les hautes ambitions de 1193.

Bibliographie. — Outre les collections du Journal général de l'instruction publique, du Bulletin administratif du ministère de l'instruction publique, des Circulaires et instructions officielles, la Statistique de l'enseignement supérieur (1878), celles de ['Enseignement secondaire (1865 et 1876), de l' Enseignement primaire (1829-1877 et 1876-1877), consulter : — Gréard, la Législation de l'enseignement primaire en France depuis 1789 jusqu'à nos jours, 3 volumes, Paris, de Mourgues, 1874. — Mirais db Bbauchabp, Recueil des lois et règlements relatifs à l'enseignement supérieur, Paris, Delalain, 1880. — Pichakd, Nouveau code de l'instruction primaire, Paris, 1882. — Charles Jourdain, Rapport sur l'organisation et les progrès de l'instruction publique, 1867. — Compayrb, Histoire critique des doctrines de l'éducation en France depuis le seizième siècle, Paris, Hachette. — Paul Boiteau, Etat de la France en 1789, Paris, Perrotin, 1861. — Albbrt Duruy, V Instruction publique et la Révolution, Paris, Hachette. 1882. — Despois, le Vandalisme révolutionnaire, Paris, Germer-Baillière, 1868. — Albert Babeau, l'Ecole de village pendant la dévolution, Pari-, Didier, 1881. — Michel Bréal, Quelques mots sur Vins truction publique en France, Paris. Hachette, 1872; Excur» sions pédagogiques, Paris, Hachette, 1882.

[Alfred Rambaud.]

FRANCHE-COMTÉ. — Si la Franche-Comté est justement fière de tenir aujourd'hui l'un des premiers rangs parmi les anciennes provinces françaises au point de vue de la diffusion de l'instruction, elle le doit en grande partie à son passé.

Dès l'époque romaine (au IIIe siècle), Besançon, métropole de la Séquanie, avait des écoles fameuses ; Ausone, dans un discours à Gntien, nomme le professeur Julius Titianus, dont l'enseignement avait brillé à Lyon et à Vesontio.

Au moyen âge, il fautchereber l'enseignement dans les cloîtres, soit dans les abbayes célèbres de Saint-Claude (Jura), de Luxeuil ^Haute-Saône), du vie au xie siècle, soit auprès du siège épiscopal de Besançon, autour des cathédrales de Saint-Jean et de Saint-Etienne, ou de leur annexe la collégiale de Sainte-Madeleine. Au temps de l'archevêque Hugues le Grand (103l-10o6), les écoles de Saint- Jean, contiguës à la demeure du prélat, étaient florissantes ; on y apprenait , au témoignage de Pierre Damien, la philosophie et les Saintes Ecritures. Nous avons quelques noms des écolâtres du xn* siècle : Ramaldus. qui professait à Sainte-Madeleiue (llll), Zachario le Chrysopolitain (1134), auteur d'écrits naguère fort recherchés. Au xme siècle, les écoles de Saint-Jean et de Saint-Etienne sont réunies, quittent les cloîtres et s'installent dans l'hôpital abandonné de Sainte-

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