‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 472 sur 547 · FRANCHE-COMTÉ — 1092 — FRANCHE-COMTÉ · texte numérisé non relu

FRANCHE-COMTÉ — 1092 — FRANCHE-COMTÉ

Brigitte, sous la direction du grand-chantre de la métropole. Jusqu'à 1465, parallèlement aux écoles de Sainte-Madeleine, elles fonctionnent sous le nom d'écoles de grammaire et gardent à Besançon le monopole de l'enseignement. (Signalons comme curiosité la colonie juive de douze ménages établie dans la même ville en 1393 et comptant parmi ses membres Josey de Trièves, maistre de leur escole.) Réunis en septembre 1465, de concert entre ia ville et le chapitre métropolitain, en un corps d'études générales, les établissements capitulaires quittent bientôt la rue de VEcole pour se fixer au centre de la ville, près de l'Orme de Chamars, sous la direction exclusive de la municipalité (fin du xve siècle).

A côté de Besançon, les villes de moindre importance furent aussi de bonne heure dotées d'un enseignement. Dôlo a ses recteurs d'école dès 1250; en 1400 un collège de grammaire s'y établit dans le vieil hospice de Citeaux. Salins possède au xie siècle une maîtrise à Saint-Anatole ; en 1455 ses écoles ecclésiastiques se confondent avec les écoles municipales. A Vesoul, à Gray, à Arbois, à Poligny, des écoles existent aux xme et xivc siècles; en 1295 on en rencontre une dans un simple village du Jura, Montfleur jeanton de Saint-Julien). Mais ce n'est guère qu'au commencement du xvie siècle, avec la merveilleuse invention de l'imprimerie et la production du livre à bon marché, que l'enseignement se répand dans les petites villes et les bourgs de Franche- Comté. Partout, en ce moment de prospérité renaissante, la culture intellectuelle se développe ; partout se constituent des collèges de grammaire diriges par des professeurs ambulants, cherchant la fortune et la rencontrant parfois. Citons, parmi les maîtres dont le nom survit, Pierre Mathieu, qui, avant d'être familier d'Henri IV, fut maître d'école à Vercel (Doubs) ; Naudot, qui enseigna à Vesoul, à Besançon, à Lons-le-Saulnier, et devint principal d'un collège parisien: Gollut, professeur à Dôle, père des historiens de Franche-Comté. Tous les régents de ces collèges sont d'une érudition et d'un mérite réels, mais peu stables, ayant trop le sentiment de leur science, trop experts à enseigner le grec, le latin, voire même l'hébreu, pour se résigner longtemps à apprendre la grammaire et le calcul à des fils de bourgeois; la plupart changent d'emploi et montent en charge. Avec le personnel de ces recteurs se renouvelant rapidement pendant tout le xvie siècle, et malgré de sages règlements dont la Police du collège de l'impériale cité de Besançon (1567) fait connaître le type caractéristique, les abus se multiplient bientôt. Cette décadence fait le succès de maîtres nouveaux dont la méthode sévère et la discipline obtiennent une légitime popularité. Les jésuites s'emparent promptement des collèges à Dôle (1582), à Besançon (1597), à Vesoul (1610-1617), à Gray (1654), à Pontarlier (1673), à Salins (1676) ; les oratoriens ont des maisons à Poligny, à Besançon ; les dominicains ouvrent un collège à Quingey, etc. Bon nombre de petits collèges disparaissent des simples bourgs après une existence précaire, faisant place à de plus modestes écoles.

A la fin du xvie siècle, l'enseignement, réservé jusqu'alors au clergé d'abord, puis aux bourgeois qui se destinaient aux offices, commence à être distribué au peuple. Après l'enseignement secondaire ou supérieur tel qu'on le compren?it naguère, se constitue l'enseignement primaire sous la vigoureuse impulsion de l'autorité diocésaine. En 1559, l'archevêque Claude de la Baume convoque les instituteurs à ses synodes pour leur donner des instructions sur l'accomplissement de leur charge.

De peur que des coureurs et des vagabonds n s'ingèrent dans un ministère si honorable, il défen à tout maître d'ouvrir une école s'il n'a été institue

par le curé ou par celui qui en a le droit ou la coutume, et s'il ne prête serment de se conformer aux statuts diocésains. Ferdinand de Rye, en 1588, exige des maîtres une profession de foi ; en 15«J0, il recommande la fréquentation des écoles comme la condition la plus favorable à l'instruction chrétienne; en 1611, il demande que le choix des maîtres soit fixé par le suffrage universel des paroissiens ; enfin, en 1633, il rend obligatoire pour les paroisses l'entretien d'un instituteur propre à apprendre aux enfants la lecture et l'écriture et sachant chanter. De 1649 à 1700, les efforts do Claude d'Achey et des Grammont parviennent à rétablir des écoles dans tout leur diocèse, dépeuplé plus qu'à moitié et ravagé par la guerre de Dix- Ans ; grâce à leur initiative, appuyée des édits royaux de 1695 et 1698, les 800 paroisses de leur vaste ressort (Doubs, Jura, Haute-Saône actuels) étaient toutes pourvues d'écoles primaires au début du xvme siècle. Dans la seconde moitié du même siècle, les écoles de filles, dont la nécessité était préconisée dès longtemps par les statuts synodaux, furent créées dans toutes les localités populeuses. Notons en passant que dans toutes les écoles primaires le personnel était laïque, sauf dans une dizaine à peine d'écoles de garçons tenues par dos congréganistes et dans les écoles de filles fondées par les Ursulines à Besançon, Ornans, Pontarlier, Clerval, Saint-Hippolyte, Vesoul, Gray, Dôle, Poligny et Salins (au xvne siècle).

Telles sont les origines de l'enseignement primaire et secondaire en Franche-Comté; au-dessus, dès le xme siècle, nous trouvons des traces d'un enseignement supérieur. Une université créée à. Gray en 1287 parle comte de Bourgogne Othon IV n'eut qu'une durée éphémère. Au siècle suivant^ l'érection du collège de Bourgogne à Paris, établi pour des boursiers comtois par la reine Jeanne de Bourgogne, essaya de suppléer à sa disparition. Reprise en 1422 par le duc Philippe le Bon, sur l'initiative intelligente de son conseiller Robert de Baubigney, abbé de Saint-Paul de Besançon, l'idée d'Othon IV devint, dès 1423, un fait heureusement accompli. Placée dans la ville de Dôle, capitale de la Franche-Comté, l'université compta bientôt cinq facultés en plein exercice. Elle eut ses jours de prospérité et de splendeur où ses élèves se comptaient par centaines, suivant les cours de maîtres fameux tels que Cornélius Agrippa, Lulle, Gattinara, Straiius, Chifflet, etc. Elle eut ses jours de luttes avec Besançon, qui voulut la conquérir de vive force, puis la supplanter par un établissement rival créé nominalement en 1565. Le xvne siècle vit sa triste décadence : au lendemain de la conquête française de 1674, Louis XIV la transporta à Besançon, où elle n'apporta que les débris d'une fortune ébranlée. Seule sa faculté de droit reprit dans ce nouvel emplacement un lustre et une renommée qu'elle dut aux Dunod, aux béguin, aux Courvoisier, aux Grappe. Quand la Révolution en ferma les portes, ce fut à quelques rares survivants de l'université que l'école centrale du Doubs dut ses succès etsa légitime réputation.

On peut juger par ce rapide aperçu que le rang distingué tenu actuellement par la Franche- Comté au point de vue de l'instruction publique est au moins en partie le glorieux et légitime héritage de son vieil enseignement provincial.

Sources imprimées : Labbcy de Billy, Hist. de l'Université de. Dôle ei de Besançon, 2 vol. in-4°, Besançon, 1814- 1815 ; — Beaune et d'Arbauniont, Les Universités de Franche-Comté, 1 vol; in-8°, Dijon, 1870; — A. Estignard, La Faculté de droit de Besançon, in-8°, Besançon, 1867;

— S. Droz, Histoire du collège de Besançon, 2 vol. in-S°, 1868-1870; — J. Sauzay, Les fondateurs de ii?istruction populaire en Franche-Comté, 1876, Besançon, J. Jacquin ;

— Documents inédits de l'Académie de Besançon, t. VII, 1876 (Règlement du collège de Besançon, 1567).

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