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conseils les plus sensés, n'en avait fait ajourner pendant de longues années l'application.
Parmi les changements conseillés par François de Neufchâteau, il faut noter sa proposition d'enseigner simultanément la lecture et l'écriture, méthode dont on a voulu faire honneur aux Allemands. François de Neufchâteau ne la revendique môme pas pour lui. Il cite divers auteurs français qui avaient eu déjà cette idée avant lui, sans compter Tertullien et saint Jérôme qui l'avaient émise dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. En Allemagne on a attribué une partie des idées de François de Neufchâteau, relatives à l'enseignement de la lecture, à Olivier*, un des écrivains qui ont le plus contribué au perfectionnement des méthodes de lecture dans ce pays. Mais la méthode d'Olivier, avec laquelle celle de François de Neufchâteau offre une grande ressemblance, n'a été publiée qu'en 1801, tandis que celle de notre compatriote avait paru dès 1799. Grâfe et Schumann, deux des principaux pédagogues modernes allemands, ont reconnu cette ressemblance. Mais Grâfe va plus loin dans la deuxième édition de son livre : Die deutsche Volksschule (t. II, p. 258), publiée en 1850. Il donne formellement à entendre que la méthode d'Olivier peut bien n'avoir été qu'une application de l'idée qui sert de fondement à celle de François de Neufchâteau. Ajoutons en terminant que l'ouvrage de ce dernier n'est point, comme le titre le ferait supposer, une simple méthode de lecture. C'est aussi une espèce de résumé historique où l'auteur a mis largement à profit le livre de Gherrier * ; il se plaît d'ailleurs à faire de celui-ci un éloge mérité. A ce double titre, la Méthode pratique de lecture de François de Neufchâteau suffirait à elle seule pour lui donner des droits à la reconnaissance des amis de l'instruction primaire.
[J.-J.Rapet.]
FRANKLIN (Société). — Cette société, fondée au mois d'août 1862, autorisée par arrêté ministériel du 19 septembre de la même année, a été reconnue d'utilité publique par décret du 8 mars 1879. Elle a obtenu une médaille d'or à l'Exposition universelle de 1878.
La société Franklin a été créée pour répandre en France les bibliothèques populaires. Elle se propose moins de faire par elle-même que de provoquer et d'aider l'action des autres. Dans ce but, elle facilite, par une série de publications, l'initiative des comités locaux; elle leur fournit tous les renseignements concernant la création, l'organisation, l'administration des bibliothèques populaires; elle publie : 1° des instructions pratiques pour la création des bibliothèques; v° des catalogues dressés avec soin et tenus au courant de toutes les publications pouvant leur convenir. Ces catalogues comprennent cinq séries :
1° Catalogue populaire ;
2° Catalogue de village ;
3Q Catalogue de ville ;
4° Catalogue scolaire ;
5° Catalogue militaire.
Elle fait paraître un bulletin mensuel rendant compte des livres parus et du mouvement des bibliothèques; publiant des modèles de statuts et règlements ; traitant spécialement des questions qui les intéressent; dressant, à l'aide des rapports fournis par les bibliothécaires, des statistiques générales. Elle sert en outre d'intermédiaire gratuit aux bibliothèques pcir l'achat de leurs livres, en les faisant profiler de remises spéciales obtenues chez les éditeurs : elle leur fournit des registres d'inscription de prêts, de catalogue matricule, de livre de caisse, des étiquettes pour la classification des volumes, des conseils pratiques pour l'entretien des livres, à coller au verso des reliures. Elle se charge
de faire relier les volumes dont l'achat lui est confié ou qu'on lui envoie à cet effet. Elle prend à sa charge tous les frais d'emballage.
La société Franklin s'interdit toute action sur le détail de l'administration ou de la gestion des bibliothèques avec lesquelles elle est entrée en rapport : elle met à leur disposition des instructions générales, les résultats acquis de l'expérience commune; elle laisse à chaque comité local le soin de les approprier à ses besoins particuliers et à ses convenances. Plus sévèrement encore s'est-elle interdit toute polémique politique, ou propagande religieuse ou anti-religieuse : elle travaille pour une seule cause, la diffusion de l'instruction populaire, sans autre préoccupation que les règles éternelles de la morale. Elle s'adresse à tous les esprits libéraux.
A côté de cette action générale et constante, la société Franklin a pris l'initiative de quelques fondations particulières. Le 1er février 1873, elle a ouvert pour les bibliothèques de l'armée une souscription publique qui avait atteint, le 20 mars, 102825 francs. Elle a ouvert également une souscription en faveur des bibliothèques des villages alsaciens-lorrains d'Algérie.
Si l'on fait le total des livres fournis aux bibliothèques depuis 18G8 jusqu'à la fin du premier trimestre de 1882 par la société Franklin, on trouve les chiffres suivants :
Livres fournis : 486 000 volumes représentant une somme de 1013 108 francs;
Livres donnés : 98900 volumes représentant une somme de 14^494 francs.
La société Franklin envoie aux bibliothécaires des questionnaires imprimés à l'aide desquels elle dresse des statistiques. — Quels sont, par exemple, les ouvrages les plus lus? — Les réponses ne sont pas aussi nombreuses ni surtout aussi méthodiques qu'on le voudrait. Elles permettent pourtant de se rendre compte avec une exactitude suffisante des tendances et du goût de ce grand public ûouveau-né aux choses de l'esprit.
Voici le résultat de l'enquête de 1882 : elle porte sur la durée d'un exercice (douze mois), et est fondée sur des rapports reçus de tous les points de la France.
Sur 185 824 volumes lus par 10 374 lecteurs, on compte :
109 085 romans.
27 584 livres d'histoire.
25 382 — de géographie et voyages. 20 605 — d'économie politique, agriculture,
sciences, industrie.
3 168 — de morale, pédagogie, religion.
Les romans forment donc à eux seuls bien plus des 3/5, et encore faut-il tenir compte de ce fait qu ■, beaucoup de bibliothécaires font figurer les ou vrages de Jules Verne à la colonne « Géographie et voyages », alors que leur véritable place serait plutôt dans celle des romans.
Le siège de la société Franklin est à Paris» 1, rue Christine. Le chiffre de la cotisation est de 10 francs par an, ou 200 francs une fois versés. La société est actuellement présidée par M Adolphe d'Eichthal; elle a pour vice-présidents MM. Edouard Charton, sénateur, et H. Faré: pour trésorier, M. H. Mirabaud ; pour secrétaire généra', M. Charles Robert. Parmi les membres du conseil d'administration, on remarque MM. Boussingault, Michel Bréal, Darniesteter, de Comberousse, Deltour, Defodon, Jean Dollfus, Victor et Georges Duruy, général Favé, J.-B. Girard, Jules Simon, E. Legouvé, Levier, Jean Macé, Marguerin, Toulmouche, de Pressensé, Ch. Sauvestre, de Salvandy, Jules Siegfried, Tranchant, Tresca, de Varigny et E. Yung. Le directeur- gérant est M. André Michel.
FRAYSSINOUS
FRAYSSIINOUS
FRAYSSi:V0US. — Denis-Luc Frayssinous naquit en 176.S à la Vayssière, dans le Rouerguc. Son père était avocat au Parlement de Toulouse. Il étudia la théologie chez les sulpiciens, et fut ordonné prêtre en 1789. Durant la Révolution, il se tint caché dans les montagnes de son pays natal, et ne sortit de sa retraite que lorsque Bonaparte eut rouvert les églises. Appelé à Paris par l'abbé Emery, il inaugura, en 1801, dans l'église des Carmes, les cohérences apologétiques qui ont commencé sa réputation, etqu'il continua jusqu'en 1809. Dans ces conférences, il s'efforçait de démontrer l'accord de la science et de la religion ; c'est ainsi que, voulant réfuter les attaques dirigées contre les récits de la Genèse touchant la création et le déluge, il s'autorisait des leçons de Cuvier, à qui il fit un jour ce compliment : « Quand je parle de géologie, je vous cite comme un Père de l'Eglise. » Un moment, en 1807, le gouvernement impérial prit ombrage du zèle trop exclusivement catholique du conférencier, et Fouché menaçade lui interdire la chaire ; mais une phrase heureusement placée, dans la conférence qui suivit, sur « la main puissante qui avait miraculeusement relevé les autels », calma les susceptibilités du maître. En 1809, Fontanes, qui protégeait l'abbé Frayssinous et estimait son caractère, le nomma inspecteur de l'académie de Paris. Après la chute de l'empire, lorsque l'ordonnance du 15 août 18 1 5 eut institué une commission de l'instruction publique, à laquelle furent remis les pouvoirs précédemment exercés par le grandmaître, Frayssinous fut nommé l'un des cinq membres de cette commission. Mais il ne conserva ces fonctions que peu de temps, et se consacra de nouveau à la prédication. Ce fut à cette époque qu'il remporta ses plus brillants succès d'orateur : aussi en 1821 Louis XV1U le nomma-t-il à la charge de grand aumônier.
La Restauration, qui avait d'abord essayé de détruire l'Université, songeaitmaintenantà l'absorber à son profit. L'ordonnance du 1er novembre 1.V20 reconstitua le conseil de l'Université, et, le mois suivant, la présidence de ce conseil fut donnée à M. de Corbière. La « congrégation » triomphait; le rapport qui accompagnait l'ordonnance du 27 février 1821 fit savoir à la France que désormais les bases de l'éducation seraient « la religion, la monarchie, la légitimité et la charte. » Nombre de prêtres avaient été successivement introduits dans les principales fonctions de l'Université; l'un d'eux, l'abbé JNicolle *, devint recteur de l'académie de Paris. Bientôt la congrégation osa faire un pas de plus : elle voulut que le chef suprême de l'Université fût un prêtre. Le 1er juin 1822, une ordonnance royale, rétablit la charge de grandmaître, sous l'autorité du ministre de l'intérieur, et y nomma « le sieur abbé Frayssinous, notre premier aumônier ». La même année, l'abbé Frayssinous était fait comte, grand-officier de la Légion d'honneur, pair de France, evèqne in partibus d'Hermopolis, et devenait membre de l'Académie française.
Le nouveau grand-maltre adressa, le 17 juin, aux recteurs une circulaire destinée a préciser la portée de sa nomination : « Sa Majesté, disait-il, en appelant à la tête de l'éducation publique un homme revêtu d'un caractère sacré, fait assez connaître à la France entière combien elle désire que la jeunesse de son royaume soit élevée dans des sentiments religieux et monarchiques. Je ne me suis pas abusé sur l'étendue des obligations qui m étaient imposées; mais, fort de ma conscience, des lumières de ceux dont j'ai l'avantage d'être entouré, comme de l'appui d'un gouvernement réparateur, qui sera d'autant plus ferme qu'il est plus sage, je ne cesserai de marcher avec confiance vers le but que je dois attein-
dre, celui de rendre meilleures les maisons d'éducation qui sont bonnes, et de rendre bonnes celles qui ne le seraient pas.
» Une grande autorité vient de m'être confiée; j'en dois compte à Dieu, au roi, aux pères de famille, à mon pays, et l'on pourrait m'accuser avec justice de tous les abus qu'il serait en mon pouvoir de faire cesser.
>> Je sais que mon administration doit être pa- , ternelle, et que la force sans modération se préj cipite et se brise d'elle-même ; mais je sais aussi que la vigilance est mon premier devoir, et que la modération sans force n'est que de la pusillanimité.
» Celui qui aurait le malheur de vivre sans religion ou de ne pas être dévoué à la famille régnante, devrait bien sentir qu'il lui manque quelque chose pour être un digne instituteur de la jeunesse. Il est à plaindre ; même il est coupable ; mais combien ne serait-il pas plus coupable encore s'il avait la faiblesse de ne pas garder pour lui seul ses mauvaises opinions? Je n'ai pas le droit d'interroger les consciences ; mais certes j'ai bien celui de surveiller l'enseignement et la conduite, et où sont les parents, quels que soient d'ailleurs leurs sentiments privés, qui n'attendent de moi une telle surveillance ?
>' C'est surtout aux agents principaux de l'Université qu'il appartient de donner à l'éducation publique une direction salutaire ; c'est aux chefs des établissements royaux et particuliers, c'est à tous les membres du corps enseignant de bien faire comprendre a leurs élèves que l'homme de lettres doit être avant tout un homme de bien ; que le vrai Français ne sépare jamais l'amour de son roi de l'amour de sa patrie, ni l'obéissance aux magistrats de l'attachement aux lois et aux institutions que le roi a données à son peuple.
» Les maîtres pourraient-ils oublier que l'enfance et la jeunesse doivent être à leurs yeux des objets sacrés ; que le vrai moyen de leur donner des habitudes religieuses, c'est d'en avoir euxmêmes, et qu'ici l'autorité sans l'exemple demeure sans force? Et les élèves pourraient-ils manquer de reconnaissance, de docilité, envers des hommes qui se dévouent pour eux à la carrière très honorable, il est vrai, mais en même temps si pénible, de l'enseignement?... »
Une autre circulaire, adressée aux évêques, les invitait à se joindre au grand-maître pour * étendre leur influence... tant sur les maisons principales où les enfants des classes plus riches et plus élevées reçoivent une éducation digne du rang qu'ils doivent occuper un jour, que sur ces écoles modestes où l'enfant de l'artisan et du pauvre trouve aussi l'instruction dont il a besoin. »
Le premier acte important de l'administration de Frayssinous fut, à la date du 6 septembre 1 S *J ? , la suppression de l'Ecole normale de Paris, que devaient remplacer des écoles normales partielles d'académie instituées par l'ordonnance du 27 février 1821. D'un autre côté, les évoques répondaient à son appel ; de nouveaux séminaires fuient créés, plusieurs sous la direction des Pores de la foi ou des Pères de la miséricorde, qui n'étaient autres que des jésuites; dans les établissements laïques, on plaça des administrateurs « bien pensants » ; ce fut, pour les professeurs comme pour les élèves, le temps des communions publiques et des billets de confession obligatoires.
L'instruction primaire, sous le régime censitaire qui écartait du vote les petits bourgeois, les paysans et les ouvriers, n'avait pas, aux yeux des pouvoirs publics, l'importance qu'elle a aujourd'hui. On sait qu'elle était alors dotée, en vertu de l'ordonnance, du 29 février 1810, d'une subvention budgétaire de 5 ■• 000 francs. Dans la discussion du budget de 1823, M. Alexandre de Laborde ayant
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demandé le doublement de cette subvention, particulièrement en vue de favoriser la propagation de la méthode de l'enseignement mutuel, M. de Corbière, au nom de l'administration, fit échouer cette proposition à la Chambre des députés; il est vrai qu'il ne soutint pas non plus l'amendement d'un membre de la droite aux termes duquel les 50 000 francs auraient été exclusivement consacrés aux établissements dirigés par les frères des écoles chrétiennes, adversaires de l'enseignement mutuel. En ce qui concerne les écoles, tous les efforts des évoques et du gouvernement eurent pour objet la substitution aussi complète que possible de l'élément congréganiste à l'élément laïque, par la multiplication des associations religieuses existantes et par la création d'associations nouvelles. Sans parler de l'appui donné à la plus ancienne de ces associations, celle des frères des écoles chrétiennes, ou des frères de Saint- Yon, comme on les appelait alors, nous voyons, de i821 à 1826, huit ordonnances du roi, contresignées par M. de Corbière, ministre de l'intérieur, autorisant, dans quatorze départements, les frères de l'instruction chrétienne, fondés en Bretagne par l'abbé J. M. de Lamennais, les frères de la doctrine chrétienne de Strasbourg, de Nancy, de Valence, les frères de Saint-Joseph dans le département de la Somme, les frères de l'instruction chrétienne du Saint- Esprit dans les cinq départements de l'ouest.
Ce n'est pas que Frayssinous, tout en travaillant ainsi à changer complètement les conditions de l'enseignement en France, fît personnellement partie de la fameuse « congrégation », au bénéfice de laquelle se faisaient toutes ces transformations. Relativement modéré dans sa politique monarchique, etpartisan, au moins en principe, des libertés gallicanes, il avait contre lui les « ultras» du royalisme et ceux du romanisme alors naissant, au moins comme parti politique. C'est ainsi qu'il s'attira, à propos de soi-disant scandales qui se seraient passés dans des collèges, une lettre de Lamennais, alors le plus fougueux champion des doctrines ultramontaines, insérée dans le Drapeau blanc du 22 août 1823. « Je ne ferai point ici, disait l'auteur futur des Paroles d'un croyant, l'histoire des hideuses institutions qui portèrent successivement le nom de prytanées et de lycées. Personne n'ignore ce que fut l'éducation publique sous la Convention, le Directoire et l'Empire. Le nouveau peuple qu'elle devait former naquit dans le sang, près de l'échafaud de Louis XVI et des autels de la déesse Raison. En détruisant le christianisme, l'anarchie s'était flattée de créer des hommes libres; un despote vint et ne trouva que des esclaves. Le Christ seul affranchit les peuples, et tous les siècles d'incrédulité ont été des siècles de servitude. » Lamennais rappelait ensuite à Frayssinous que « tous les Français attachés au trône, à la religion, à la patrie, avaient applaudi au choix qu'on avait fait de lui pour assurer, en réformant l'éducation publique, le bonheur, la paix et l'existence même de la société... Par quel enchaînement de circonstances, continuait-il, a-t-on si peu fait encore pour atteindre ce but important? Quels obstacles arrêtent votre zèle? De qui dépendent donc ces changements qu'il est si pressant d'opérer? Quelle force inconnue vous lie les mains? IN'a-t-on voulu que placer le désordre sous la protection d'un nom respecté? Lorsqu'on attendait de vous de si grands biens, lorsque vous pensiez pouvoir réaliser toutes les espérances, comment se fait-il que vous ayez à gémir en secret de l'inefficacité de vos désirs et de l'état déplorable de la plupart des écoles?,.. >» Et Lamennais dénonçait au grand-maître la conduite de trente élèves « d'un de ces horribles repaires du vice et de l'irréligion », allant ensemble à la table sainte, gardant l'hostie con-
' sacrée, et, « par un sacrilège que les lois auraient autrefois puni », en cachetant les lettres qu'ils adressaient à leurs parents. L'archevêque de Paris, Mgr de Quélen, désavoua, par des lettres publiques adressées à Lamennais et à Frayssinous, le zèle intempérant du journaliste ultramontain, et le gérant du Drapeau blanc fut condamné par le tribunal à quinze jours de prison et 150 francs d'amende. On a cité un mot de Frayssinous au sujet de cette affaire : a M. de Lamennais dit beaucoup de mal de l'Université : il ne connaît même pas tout. Mais comment remplacer cette institution qu'il voudrait détruire ? Que faire de cent mille enfants » ? Tels étaient les sentiments du grandmaître de l'Université de France.
L'année suivante, l'ordonnance du 8 avril 1824, qui décentralisait de plus en plus l'instruction secondaire en donnant aux recteurs d'académie la nomination des professeurs agrégés, maîtres d'études et régents de leur ressort, le grand-maître gardant d'ailleurs le droit d'institution et de révocation, créait une organisation nouvelle du personnel de l'instruction primaire. Les comités cantonaux, auxquels l'ordonnance du 29 février 1816 avait attribué la plus grande part d'influence dans la nomination des instituteurs, étaient supprimés, et les écoles étaient partagées en deux catégories. Pour les écoles dotées, soit par les communes, soit par les associations, et dans lesquelles seraient admis cinquante élèves gratuits, l'autorisation d'exercer était délivrée à l'instituteur par un comité local que présidait l'évêque diocésain ou l'un de ses délégués, dont le maire de la commune faisait nécessairement partie, et composé en outre de quatre notables, moitié laïques, moitié ecclésiastiques, les premiers à la nomination du préfet, et les seconds à la nomination de l'évêque. Ce comité était chargé de surveiller ou de faire surveiller les écoles ; il pouvait révoquer l'autorisation spéciale des instituteurs qui, pour des fautes graves, s'en seraient rendus indignes. Le recteur de l'académie pouvait aussi, en connaissance de cause, — nous transcrivons les termes mêmes de l'ordonnance, — retirer le brevet de capacité. Pour les écoles non dotées, l'autorisation spéciale d'exercer était délivrée par l'évêque diocésain, à qui revenait le droit de surveiller ou de faire surveiller ces écoles, jusques et y compris la révocation du titulaire, que le recteur, de son côté, pouvait aussi provoquer, comme pour les écoles dotées. L'ordonnance ne changeait rien au régime antérieur des écoles confiées aux frères de Saint-Yon et autres congrégations régulièrement formées. Ils pouvaient être appelés par les évêques diocésains dans les communes qui feraient les frais de leur établissement. Il n'était rien changé non plus à l'organisation des écoles protestantes.
On comprend ce que pouvait être la liberté de conscience dans les écoles laïques ainsi réglementées.
Quelques mois plus tard, d'ailleurs, le président du conseil des ministres, M. de Villele, consacra officiellement, en ce qui concerne l'instruction publique, cette association de plus en plus intime de l'Eglise au gouvernement de l'Etat; l'ordonnance du 26 août 18*24 établit que « les affaires ecclésiastiques et l'instruction publique seraient dirigées à l'avenir par un ministre secrétaire d'Etat qui prendrait le titre de ministre secrétaire d'Etat au département des affaires ecclésiastiques et de l'instruction publique », les attributions du nouveau ministre comprenant « la présentation des sujets les plus dignes d'être promus aux archevêchés, évêchés et autres titres ecclésiastiques du royaume, les affaires concernant la religion catholique et l'instruction publique, les dépenses du j clergé catholique, des édifices diocésains, des
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