‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 478 sur 547 · FRÉDÉRIC II · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC II

collèges royaux et de9 bourses royales » ; les facultés de théologie protestantes restaient sous la juridiction spéciale du ministère de l'intérieur. -Une ordonnance du môme jour nomma le comte Frayssinous, évoque d'Hermopolis, pair de France et premier aumônier du roi, « ministre secrétaire d'Etat au département des affaires ecclésiastiques et de l'instruction publique. •>

Cette nomination fut un des derniers actes de Louis XVIII, qui mourut le 10 septembre lH2't. Dans son oraison funèbre, prononcée à Saint-Denis le 2.j octobre suivant, l'évoque d'Hermopolis trouva le moyen de ne pas même prononcer le nom de la Charte ; il parla, en revanche, de cette « sauvage Déclaration des droits, qui n'était propre qu'à étouffer le sentiment des devoirs et qu'à faire de la France un amas de ruines » ; il s'éleva contre « la circulation de cette multitude de livres funestes qui portent dans les familles, avec les mauvaises doctrines, la corruption qu'elles justifient, » et contre les résultats « de tous ces enseignements qu'on a tant de soin de faire descendre jusqu'aux dernières classes du peuple » ; il présenta Louis XVIII comme ayant fait, faute de pouvoir mieux, la part de l'esprit de son époque. « Louis, dit-il, sait que si la politique, comme la morale, a ses maximes inviolables, leur application n'a rien d'absolu... Rien ne le fera fléchir devant ces doctrines d'anarchie qui, en déplaçant le pouvoir pour le confier aux caprices de la multitude, mettent dans la société un levain éternel de révolutions ; mais en même temps, dans ce qui est commandé par l'intérêt de tous, il comprendra qu'il doit plier devant la force des choses. D'après la maxime d'un ancien, il donnera à la France les institutions qu'il la croit capable de porter et qui ne seront à ses yeux que le développement indispensable de celles qu'il était dans la pensée de Louis XVI de lui donner ; il laissera au temps ce qui n'appartient qu'au temps, le soin de révéler les avantages comme les imperfections de son ouvrage. »

En 1825, dans la discussion d'un projet de loi sur les congrégations religieuses de femmes, présenté par le ministre de l'instruction publique à la Chambre des pairs, et ayant pour objet d'investir le roi du droit de les autoriser, droit jusqu'alors réservé aux pouvoirs parlementaires , Frayssinous trouva encore devant lui l'opposition de Lamennais, qui lui reprocha dans une brochure de vouloir faire prononcer contre les religieuses •« une sorte de sentence de mort ». Dans un discours, où il constatait que le nombre des communautés s'élevait alors à 1800 environ, Frayssinous répondit indirectement aux objurgations pressantes de Lamennais. « Laissons faire le temps, disait-il, le plus puissant des législateurs ; tout renaît, tout se répare dans notre patrie ; tout recommence : la magistrature, la noblesse, le clergé ; pourquoi voudi\iit-on qu'il n'en fût pas de même des établissements religieux ? A peine ils reparaissent depuis quelques années ; contentonsnous de concourir à leurs progrès, et laissons à ceux qui doivent nous succéder le soin deXompléter notre ouvrage. »

L'année suivante, à l'occasion de la discussion •du budget (mai 1826), Frayssinous commit l'imprudence, que ne lui a jamais pardonnée un certain parti, d'avouer à la Chambre l'existence de la « congrégation », qui avait toujours été audacieusement niée par ceux-là mêmes qui en faisaient partie, et la présence en France des jésuites : il confessa que ces derniers dirigeaient un certain •nombre de petits séminaires. Cette déclaration du ministre fournit à l'opposition libérale des armes nouvelles contre le gouvernement, et ne contribua pas peu à la chute du ministère Villèltt*

lre PARTIE.

Au commencement de 1828, lors de l'arivée aux affaires du ministère Martignac, le département des cultes fut séparé de celui de linstruction publique. Ce fut M. de Vatirne;nil qui devint grand-maître de l'Université, tandis que Frayssinous gai dait quelque temps encore, dans le nouveau cabinet, le portefeuille des cultes : mais bientôt il dut se retirer définitivement des affaires, et fut remplacé au ministère des cultes par Mgr Feutrier, évêque de Beauvais (3 mars 1828).

« Le sort, remarque M. Guizot à propos de Frayssinous et de sa nomination aux fonctions de ministre, a des combinaisons qui semblent se moquer de la prévoyance humaine : ce fut sous un ministère regardé, non sans motif, comme hostile à l'Université, et au moment où elle en redoutait le plus les coups, qu'elle sortit de sa situation embarrassée et monta à son rang dans l'Etat. » (Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, ch. xv, tome III.) En déiinitive, ce fut à la combinaison tentée par M. de Villèle, en faveur de Frayssinous, pour asservir, par son moyen, l'Université au clergé, que l'Université a dû d'être reconnue comme un des grands services administratifs.

Après la révolution de juillet, Frayssinous vivait dans la retraite, lorsqu'en 1833 Charles X lui confia une partie de l'éducation du duc de Bordeaux. Il ne revint en France qu en 1838 et mourut à Saint-Geniez, le 12 décembre 1841.

On a une Vie de Mgr Frayssinous, évêque d'Hermopolis, par M. le baron Henrion, Paris, Adrien Leclère, in-8 de 868 p. en 2 tomes.

[Charles Defodon.] I-RÉDÉRICII,roi de Prusse.- Quoique les écoles et universités n'aient été déclarés en Prusse institutions de l'Etat que par le Code de 1794 (Allgemeines Landrecht), promulgué huit ans après la mort de Frédéric le Grand, ce souverain n'en doit pas moins être regardé comme le véritable créateur de l'établissement scolaire prussien, par l'impulsion énergique qu'il a donnée à l'éducation populaire, et par l'esprit qu'il a fait pénétrer dans tout le système d'éducation.

Les idées de Frédéric II en matière d'éducation et d'instruction publique se trouvent éparses dans un certain nombre de ses écrits, dont les plus importants sont ["Instruction au précepteur du prince héritier (1751), la Lettre sur V éducation (1760), l'Essai sur V amour-propre envisagé comme orincipe de morale, lu devant l'Académie de Berlin (1770), le Discours sur l'utilité des sciences et des arts dans un Etat (1772), et la pièce intitulée Schreiben an den Etats-Miuister von Zedlitz (Lettre au ministre d'Etat von Zedlitz, 1770). -Dans cette dernière Lettre, Frédéric pose comme premier principe de l'éducation la nécessité d'apprendre à l'élève à « raisonner par luimême » ; aussi désire-t-il voir la logique enseignée jusque dans les écoles des petites villes, pour que chacun apprenne à tirer des conséquences justes dans ses propres affaires; le premier paysan venu a besoin de réfléchir et de savoir raisonner. Il reproche d'ailleurs aux gymnases prussiens d'alors de s'occuper uniquement de remplir la mémoire de leurs élèves, et de ne pas leur enseigner à penser par eux-mêmes.

Il ne partage point l'opinion de Rousseau, si répandue à cette époque parmi les pédagogues allemands, que l'homme est naturellement bon. Un jour, comme il interrogeait l'esthéticien Sulzer*. qu'il avait chargé de l'inspection des écoles de la Silésie, sur les résultats de sa mission, Sulzer répondit que depuis qu'on avait pris pour règle le principe de Rousseau, que l'homme est bon naturellement, les choses commençaient à mieux aller. « Ah, dit le roi, mon cher Sulzer, vous ne connaissez pas assez cette maudite race à laquelle

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