‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 49 sur 547 · ARGENTINE · texte numérisé non relu

ARGENTINE

AR1ÉGE

On voit par ce résumé de la question au double point de vue pédogogique et économique que nous sommes en mesure de donner en France le môme développement que nos voisins à l'emploi scolaire de l'ardoise. Il n'est pas nécessaire pour cela que nous allions jusqu'à rivaliser avec eux dans les divers perfectionnements qu'ils y apportent; nous n'en sommes pas encore, par exemple, à donner à nos élèves ce slate eraser (effaccur d'ardoise), sorte de petit tampon formé d'une bande de peau encastré dans une capsule métallique dont se servent les Anglais et surtout les Américains ; ni cet autre effaçoir en peau délicatement monté en forme de petite brosse qui s'emploie en Autriche et en Allemagne. Ce sont là des accessoires de luxe ; le moindre chiffon fera tout aussi bien l'affaire, pourvu que l'enfant ne se serve pas de sa manche ou de ses doigts pour chiffon. En attendant que nos écoles puissent ou veuillent avoir le superflu, assurons-leur le nécessaire, c'est-à-dire ici l'ardoise et son crayon à bon marché et de bonne qualité. [E. Brouard.]

ARGENTINE (République). — V. République argentine.

AR1ÈGE (Département de 1'). — Superficie : 489380 hectares; population : 244795 habitants; densité de la population, 50 habitants par kil. carré. — 3 arrondissements, Foix, Pamiers, Saint-Girons; 20 cantons, 336 communes (dont 8 seulement ont plus de 2 000 âmes de population agglomérée).

Population oVûge scolaire : 1 6,489 garçons, 1 5 1 75 filles, total 31 664 enfants de 6 à 13 ans, soit près de 13enf. par HOOhab.,100 déplus qu'en 1876 (il y en avait 30 550 en 1872).

1. Historique de l'instruction primaire. — On pourrait croire que ce rude pays, séparé du monde par ses âpres montagnes, absorbé par le travail des mines et des carrières, ce rude pays où les proscrits de tous les siècles, les Albigeois en 1240, les protestants après la révocation de l'édit de Nantes, vinrent chercher asile, ne connut guère ni les écoles ni les collèges sous l'ancien régime. Ce serait une erreur. On trouve dans les archives, à Pamiers, à Foix, à Tarascon-sur-Ariége, à Saint-Girons et dans un grand nombre de communes rurales, la preuve que l'instruction y fut en honneur. Sans parler de l'université fondée en 1295 par le pape Boniface VIII, ni du collège établi par les jésuites en 1562, le second de leur compagnie en France, on peut recueillir, dans les délibérations du conseil de ville de Pamiers conservées depuis 1399 et dans les registres des comptes, des renseignements précis sur la condition des écoles et des maîtres. Les registres de Foix contiennent, entre autres documents, une requête du maître d'école à la fin du xve siècle en dialecte local, peutêtre le seul usité alors. Le maître (« lo magiste de la vila ») supplie les consuls de se transporter à la maison d'école qui est malsaine («importuna ») et de donner des ordres pour que les enfants n'y prennent pas mal (« affin que les enffans ne hy prengan mal....»). Il est du devoir de «messenhors et gobernados » de veiller à la santé publique, de préserver la chose publique de danger et de péril (« gardant la causa publica de dange e péril »).

De nombreuses délibérations font connaître les attributions municipales en matière d'instruction publique, le mode de choisir les maîtres et leurs obligations, lo régime intérieur de l'école, le chiffre des dépenses scolaires et le contrôle des évoques et des intendants.

Au xviii» siècle les documents se multiplient : tantôt c'est le reçu d'une sœur, prieure des religieuses hospitalières, « de la somme de cent livres que la ville (de Foix) nous donne chaque année pour les écoles que nous faisons, des filles » (20 avril 1743), tantôt la demande d'un candidat pour remplir la place de maître d'écriture et le

contrat signé avec lui pour dix ans à 20 pistoles par an, plus une indemnité de 50 livres pour son loyer et la rétribution de 20 sols par mois pour chaque élève (1184).

Ailleurs c'est le mandement donré par les consuls au collecteur : a de payer à Jean huguet, régent abécédaire de cette ville, la somme de 25 livres pour un quartier de son honoraire» (26 mai 1743. — Archives municipales de Foix).

Veut-on voircommentles choses se passaientdans les paroisses rurales; en voici un exemple emprunté aux archives du village de Campagne : « Le 24 juin 1 698, à Campagne (sénéchaussée de Pamiers) ont été assemblés en conseil politique, en l'église paroissiale, les sieurs consuls, Me Jean Béret, bachelier en sainte théologie, prêtre et curé du lieu » et douze autres conseillers tous dénommés. Le maire expose que l'école est fermée, que personne ne se présente pour instruire les enfants. « L'assemblée, d'une commune voix, délibère... et prie le sieur maire de vouloir avoir cette bonté pour la communauté que provisionnellement de vouloir prendre les soins et peines de faire l'école aux enfants, car ils pourraient oublier ce qu'ils ont appris ci-devant ; et, en considération de ce bon plaisir, elle s'oblige de faire mettre, dans la cotise prochaine, un article de la somme de 60 livres pour sa rétribution. » Le maire exerce en effet les fonctions de maître jusqu'à l'arrivée en 1700 d'un sieur Durant, qui deux ans après menace de partir si on ne lui donne pas un logement convenable : le conseil se réunit, « au devant de la chapelle du bout du pont, » décide la construction d'une maison de ville et d'une école, et traite immédiatement avec un maître maçon. Durant reste jusqu'en 1718. Le 12 juin 1718, nouvelle délibération du conseil pour « bailler la régence à M. maître Jean Pons, prêtre, qui s'offre à faire les écoles aux mêmes conditions. » On promet « de lui faire cotiser 60 livres pour sa rétribution d'une année commençant à la Saint-Jean ; à la charge par lui de s'acquitter do la régence du mieux qu'il lui sera possible, conformément aux intentions de Sa Majesté et de l'approbation de Mgr l'évêque ».

A en juger par ces traits, on voit que l'instruction primaire, sans être universelle, était cependant l'objet d'une réelle sollicitude avant 1789.

De 1790 à 1802 la condition des écoles et des maîtres est déplorable : le passé est détruit, le présent est stérile en dépit des discours et des projets de Lakanal*, député de l'Ariége et membre du comité d'instruction publique sous la Convention. Il faut de longs efforts et du temps pour rétablir les écoles.

Aussitôt après la Restauration, nous voyons se réveiller dans le département le zèle pour la fondation ou la réorganisation des écoles.

Citons-en un exemple. Le 20 juillet 1816, le conseil municipal de Tarascon, «r regardant unanimement l'état pitoyable où se trouve l'instruction primaire en cette ville, comme un objet qui appelle la sollicitude et requiert l'allocation et le plus prompt emploi des fonds commerciaux »..., désirant « hâter de tous les moyens la restauration de ces anciennes écoles publiques dont une longue expérience a fait sentir les avantages.., et où, moyennant un traitement modique accordé aux instituteurs sur les fonds communs, les enfants des familles aisées et ceux de l'artisan réunis étaient instruits gratuitement des principes de la religion, formés à l'éducation, au calcul et même aux premiers principes de la grammaire française et latine, et de plus surveillés hors de l'enceinte des écoles, conduits aux offices de la paroisse et tenus dans une régularité et une subordination de tous les jours et de toutes les heures », vote une somme de 1200 fr. pour établir trois écoles, une pour les tout jeunes enfants, une autre primaire mais pouvant préparer au collège pour les garçons, enfin une école de filles.

AliiJb

ïlitt

Voici à partir

de 1829 les renseignements offi-

ciels

que fournissent les statistiques ministérielles.

COMMUKKS

nomiuie d'écoles

nombre d'élèves

dépourvues

d'écoles.

publiques.

libres.

Garçons. Filles.

ISO

2. État actuel de l'instruction primaire. — Un coup d'œil sur les chiffres qui précèdent suffit pour mesurer la marche du progrès dans ce département, qui est aux prises avec de si sérieux obstacles.

Nombre et répartition des écoles publiques. — Toutes les communes sont actuellement pourvues d'une ou de plusieurs écoles ; 17 petites communes sont légalement réunies à une autre pour l'entretien d'une école. On compte 605 écoles publiques ; sur ce nombre il y a 527 laïques, 78 congréganistes, 173 écoles de garçons, 160 écoles de filles, 170 écoles mixtes, enfin 102 écoles de hameau.

Gratuité. — 50 écoles publiques et 9 écoles libres sont absolument gratuites. Mais, dans les écoles payantes, la proportion des élèves admis gratuitement est de 20 56 1 enfants sur 30 000 environ, soit une proportion des deux tiers.

Population des écoles publiques. — En 1876, les écoles publiques ont compté 32 371 élèves inscrits dont 12 731 filles seulement, soit seulement 39 filles contre 61 garçons. Cette différence, bien que notablement atténuée par le nombre de filles instruites dans les établissements libres (V. ci-dessous), est encore un reste de l'infériorité marquée de l'instruction des femmes.

Population scolaire de 6 à 13 ans. — Il y a dans les écoles de toute nature 13 402 garçons et 11 190 filles de 6 à 13 ans, en tout 24 592 enfants, soit 81 garçons sur 100 de cet âge et 73 filles seulement.

Maisons d'école. — Pour apprécier les progrès accomplis à cet égard, il ne faut pas oublier que ce département avait presque tout à faire : en 1864, sur 300 maisons d'école en nombre rond, 190 étaient portées sous la rubrique officielle : « nullement convenables. » D'ailleurs les communes ne possédaient que 97 de ces maisons. Aujourd'hui 280 communes sont propriétaires de leur maison d'école, mais le nombre des bâtiments jugés impropres à leur destination est encore de près de 200. Personnel enseignant des écoles publiques. — Le corps enseignant se répartit comme il suit :

Laïques. Congréganistes. Total. Instituteurs titulaires.. 332 10 3i2

— adjoints... 63 26 89 Institutrices titulaires. 134 70 204

— adjointes. 20 33 53

Au point de vue des titres de capacité, on compte :

Brevetés. Non brevetés.

Instituteurs laïques 395 soit 100 %> 0 soit 0 %>

— congrégcnistes. 4 — il — Institutrices laïques 154 — ion —

— congréganistes. 19 — 18 —

Salles d'asile. — Le développement de cette utile institution est assez lent; en 1864 l'Ariége avait 7 salles d'asile ; 9 en 1867; aujourd'hui il n'a encore que 10 salles d'asile publiques (dont 9 dirigées par des religieuses munies de la lettre d'obédience) et de plus 5 salles d'asile libres, dont 2 laï-

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