‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 490 sur 547 · GARONNE (HAUTE · texte numérisé non relu

GARONNE (HAUTE

GASSENDI

Bibliothèque* scolaires. — Le département de Ja Haute-Garonne possédait au 1er janvier 1882 319 bibliothèques scolaires contenant ensemble 32 068 volumes, dont 25 177 livres de lecture et G 891 livres scolaires. Au 1" janvier 1880, il n'existait que 180 bibliothèques et 15 902 livres de lecture ; c'est donc, dans un espace de deux années, une augmentation de 139 bibliothèques et de 9 275 livres de lecture, que l'on doit aux libéralités des conseils municipaux et dans certaines communes aux souscriptions des particuliers. Malheureusement, toutes ces bibliothèques ne sont pas également bien tenues et utilisées, et l'inspection académique se plaint qu'un grand nombre de communes en soient encore dépourvues.

Conférences et bibliothèques pédagogiques. — Les conférences pédagogiques étaient instituées dans la Haute-Garonne, grâce au zèle éclaire de M. le recteur Chappuis, bien avant l'arrêté du 5 juin 1880 qui les a rendues obligatoires dans toute la France.

Voici en quels termes l'inspecteur d'académie apprécie les résultats de cette utile institution dans le département :

« Si la vie est un peu plus intense qu'autrefois dans nos écoles, si le progrès y est plus prompt et plus général, si l'empire de la routine y est combattu et ébranlé, si l'amour de l'étude reste éveillé chez une partie de nos maîtres, si le personnel enseignant se connaît mieux, se soutient et se sent soutenu, et forme un véritable corps, c'est de ces conférences que ces mouvements et ces progrès sont sortis. »

Comme auxiliaires des conférences, des bibliothèques pédagogiques sont établies dans chaque centre de réunion. Fondées par les instituteurs, augmentées par des concessions de livres du ministère, elles étaient, au 1er janvier 1882, au nombre de 33 et contenaient 6 6G5 volumes.

Bulletin départemental. — Le département de la Haute-Garonne possède un bulletin départemental qui paraît régulièrement le 15 de chaque mois et qui est adressé gratuitement à tous les instituteurs et aux délégués cantonaux. Il publie des notes mensuelles des inspecteurs primaires sur les principaux faits relatifs à l'enseignement. Toutes les améliorations importantes, tous les efforts heureux sont ainsi immédiatement signalés à l'attention du personnel tout entier, ce qui ne saurait manquer de produire une émulation salutaire.

Inspection médicale. — « Une inspection médicale des écoles publiques et des salles d'asile communales avait été organisée, dit le rapport d'inspection académique^aumoinsd'une façonrudimentaire, en 1880: elle a été complétée et régularisée en 1881. Un règlement, qui reproduit dans ses parties essentielles celui de l'inspection médicale du département de la Seine, a été arrêté par le préfet le 21 mars 1881 ; depuis cette époque ce service fonctionne d'une manière satisfaisante, la plupart des écoles ont été visitées; des observations utiles ont été faites par MM. les médecins-inspecteurs et communiquées aux maires et au préfet; des conseils hygiéniques ont été donnés aux enfants et aux familles ; des précautions ont été recommandées aux instituteurs; enfin des améliorations importantes ne sauraient manquer de résulter de cette innovation, et le département devra en témoigner d'autant plus de gratitude à MM. les médecinsinspecteurs, que c'est par dévouement à l'intérêt public et sans aucune rémunération qu'ils ont bien voulu remplir les fonctions que M. le préfet leur a confiées. »

Autres institutions auxiliaires. — Le département ne possède pas de société de secours mutuels entre les instituteurs et les institutrices. Un

projet de statuts a été examiné et adopte dans une réunion d'instituteurs et d'institutrices tenue en 1 880, mais les adhésions ont été si peu nombreuses qu'il n'a pas été impossible de songer sérieusement à organiser la société.

Les caisses d'épargne scolaires fonctionnent, mais elles sont au-dessous de la moyenne générale pour la richesse. Leur nombre est actuellement de 236, avec un encaisse de 2G877 francs; 2 1G6 élèves ont un livret.

Les caisses des écoles sont au nombre de 7S avec un encaisse de 7 647 francs. L'institution n'étant qu'à son début, on ne peut préjuger de son avenir.

Budget de l'instruction primaire. — Le département de la Haute-Garonne peut être placé à juste titre parmi ceux qui se sont imposés, depuis longtemps déjà, les plus grands sacrifices en faveur de l'instruction primaire.

En 1863, la moyenne des dépenses communales ordinaires pour toute la France était de 3 fr. 69 c. ; dans la Haute-Garonne, elle atteignait 6 fr. 90 c. En 1876, la même dépense était portée dans ce département à 9 fr. 02 c, dépassant ainsi de 60 centimes la moyenne générale qui était de 8 fr. 36 c.

Enfin, en 1880, la moyenne des dépenses communales ordinaires est de 7 fr. 12 c. par tête d'élève pour toute la France, et dans la Haute Garonne elle est de 9 fr. 74 c. Nous donnons dans le tableau ci-dessous les chiffres des dépenses ordinaires de l'instruction primaire dans la Haute- Garonne, de 1855 à 1881 inclusivement:

RÉTRIBU- TION

scolaire

A PART

iris scolaire.

SUBVENTIONS

ANNÉES

RESSOURCES CO

non coin

la rétribution

du département

de l'Etat

Su

SI

GASCOGNE. — V. Guyenne et Gascogne.

GASSENDI. — Pierre Gassend (Gassendi n'est qu'une forme latine du mot) naqui: à Chantersier, près de Digne, en 1592. Il fit ses études au collège de cette ville et professa successivement la rhétorique, la théologie et la philosophie à Digne et à Aix. Connu par une thèse hardie contre Aristote et déjà estimé comme savant, il fut pourvu à la cathédrale de Digne d'un bénéfice su; W permit de se consacrer tout entier à l'étude et aux voya-

GASSENDI

GASSENDI

ges. Nommé enfin lecteur de mathématiques au Collège de France, il y mit l'astronomie en honneur. 11 mourut en 1655.

De bonne heure, la tournure un peu sceptique de son esprit s'accusa par un goût fort vif pour le livre de la Sagesse, de Charron, le disciple de Montaigne. Quand parut la philosophie de Descartes, il engagea avec ce redoutable penseur une lutte d'objections et d'argumentations, où il mit souvent de son côté le bon sens et le bon ton ; il toucha avec beaucoup de pénétration quelquesuns des défauts du système dogmatique dont son adversaire était pour ainsi dire cuirassé. Il régenta, à titre de maître, un petit groupe de jeunes gens à la tête desquels était le prince de Conti, et qui, outre Chapelle, Bachaumont et Bernier, renferma sous l'obscur nom de Poquelin celui qui devait être plus tard Molière. C'est probablement sous l'inspiration de Gassendi que Molière entreprit la traduction de Lucrèce dont il ne reste qu'un fragment dans le Misanthrope (act. II, se. v). La grande préoccupation de Gassendi, tout dévoué aux sciences naturelles, fut en effet de leur donner l'appui d'une philosophie propre à les favoriser ; et il crut l'avoir trouvée dans la doctrine que Lucrèce avait chantée, dans l'épicurisme. Il consacra plusieurs ouvrages considérables à réhabiliter ce grand système naturaliste, en le corrigeant, sur les points nécessaires, pour l'accorder le mieux possible avec la foi officielle du xvne siècle.

Il n'y a pas, dans les œuvres pourtant fort volumineuses de Gassendi, toutes écrites en latin, de passage qui traite expressément de la pédagogie. Ilfaut noter seulement, dansson apologie d'Epicure, les chapitres où il le lave du reproche d'avoir professé l'ignorance et la barbarie pour lui-même et de les avoir recommandées aux autres. Epicure, comme tous les philosophes trop exclusivement possédés du soin de systématiser le bonheur de la vie humaine, avait admis la quantité de culture strictement utile pour son dessein, et semble avoir proscrit le reste des connaissances comme des vanités. Gassendi, bienveillant, montre que cette doctrine n'est pas inconciliable avec une étude bien entendue des sciences et des lettres, et les loue d'après son auteur. Enfin, dans le lumineux abrégé français que Bernier nous a laissé de la philosophie de son maître, on trouve (tome VII, Morale, liv. II, chap. iv) quelques considérations intéressantes sur « la prudence paternelle et ses devoirs ». Le philosophe se plaint d'abord qu'on ne prête pas assez d'attention aux influences physiques, qui ont une si grande action sur les tempéraments. Précurseur de Bousseau, il recommande l'allaitement maternel et ne doute pas que « cette première nourriture n'ait de grandes suites dans le cours de la vie, soit à l'égard de la santé du corps, soit à l'égard de celle de l'esprit ». Le second point est de former les enfants aux bonnes mœurs et de les bien instruire; le troisième, de les destiner à un certain genre de vie, en se réglant sur leur condition dans le monde et leurs aptitudes naturelles. Le dernier devoir des parents est de les admettre de bonne heure dans leurs conseils ; en même temps que la vénération et le respect, il faut qu'un père sache toujours inspirer l'amour à ses enfants, a heureux de trouver en lui tout ensemble et le meilleur père et le meilleur ami qu'ils eussent pu souhaiter ».

Si fine et si judicieuse que soit cetle pédagogie, on ne saurait la séparer du rôle philosophique joué par Gassendi et où se trouve sa véritable grandeur, au point de vue même des doctrines d'éducation. Sa première œuvre est une attaque contre cette scolastique absurde, déjà décriée par Bamus, et qui donnait en matière d'enseignement les résultats déplorables flélris par Montaigne et bafoués par Babelais. Façonnée par la discipline

ardemment catholique du moyen âge, l'éducatioh scolastique domptait volontiers la chair par la contrainte ascétique et les rigueurs physiques, repoussait la liberté de l'examen, de la raison et de la conscience, et préparait plutôt les esprits à croire au surnaturel qu'à voir et à connaître la nature. Gassendi au contraire étudia constamment la nature ; il fut l'ami et le consolateur de Galilée persécuté ; il usa librement de la raison dans la science et dans la critique ; sa tentative de réhabiliter l'épicurisme, doctrine qui affirme la légitimité de l'attrait exercé sur l'homme par son plaisir, implique de sa part une franche et naïve acceptation de la nature humaine. Par tous ces points, il se rattache à la Benaissance, à ses grands savants et à ses grands critiques, à ses grands pédagogues et en particulier à l'auteur du Gargantua. C'est en quelque sorte au travers de Gassendi que se propage, sous une forme spéculative, la philosophie naturellement épicurienne de Babelais, pour aller reprendre de nouveau la forme d'une pédagogie libérale dans Molière. La noble doctrine du maître n'est-elle pour rien dans les théories si humaines du disciple, dans le jugement pédagogique si ferme et si sensé de l'auteur des Précieuses ridicules, de l'Ecole des femmes, des Femmes savantes, dans la conduite dAriste et dans l'opinion de Clitandre? Successeur de Bacon, ami de Hobbes, adversaire do Descartes et de la théorie des idées innées, peu féconde en pédagogie ; partisan et interprète distingué d'une sage philosophie qui ne dédaigne pas les sens, qui reconnaît la nécessité et la valeur de l'expérience et qui en fait par conséquent la base de l'éducation, Gassendi réchauffe pour ainsi dire de son influence au xvne siècle cette glorieuse pédagogie française qui, déjà tout en germes dans Babelais, donne sa fleur dans Molière et son fruit au xvme siècle. Qui ne compterait parmi les pédagogues celui dont l'œuvre est Molière? [Georges Dumesnil.]

GAULTIER (L'abbé). — L'abbé Gaultier naquit en Italie, vers 1746, de parents français d'origine. Il fut envoyé de bonne heure en France, et y fit ses études, puis retourna en Italie, où il reçut les ordres ; mais ses sympathies l'attiraient vers la France, et il revint dans ce pays en 1780 pour s'y fixer définitivement. Pourvu d'un bénéfice qui lui assurait des ressources suffisantes, il se consacra à l'éducation des enfants, et conçut le plan d'une méthode nouvelle destinée à rendre l'étude agréable et à permettre à ses élèves d'acquérir l'instruction en jouant. Les premiers ouvrages dans lesquels il a exposé cette méthode sont les Leçons de grammaire (1787), les Leçons de géographie par le moyen du jeu (1788), les Leçons de chronologie et d'histoire (1788), le Jeu raisonnable et moral pour les enfants (1791). Il avait ouvert en 1786 un cours gratuit, auquel prenaient part, dit son biographe Demoyencourt, les enfants des premières familles de la capitale dans l'intimité desquelles il était reçu. En 1792, il émigra et passa en Angleterre, où il retrouva une partie de ses élèves parisiens, et où il continua ses cours. Son succès chez les Anglais fut très grand, et sa méthode reçut l'approbation des universités d'Oxford et de Cambridge. En 1801, il rentra en France, où il reprit son enseignement et continua la série de ses publications : citons, entre autres, YExposé du cours complet des jeux instructifs, 1802; la Méthode pour apprendre grammaticale' ment la langue latine sans connaître les règles de la composition, 1804; la Méthode pour exercer les jeunes gens à la composition française et pour les y préparer graduellement, 1811; les Traits caractéristiques d'ime mauvaise éducation, 1812 ^publié d'abord à Londres en 1796 sous le titre de Jeu de morale et de politesse). En octobre 1824,

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