GAULTIER (L'ABBÉ) — 4147 — GAULTIER (L'ABBÉ
il se rendit do nouveau à Londres pour y étudier I la méthode d'enseignement mutuel appliquée dans les écoles de Bell et de Lancaster, méthode qui avait plus d'un point de contact avec celle qu'il employait lui-môme; frappé des résultats obtenus par le système monitorial, il songea aussitôt a en préparer l'introduction dans les écoles françaises. Revenu à Paris, il fut nommé membre de la commission constituée pendant les Cent-Jours par le ministre Carnot pour travailler à la réorganisation de l'instruction primaire, et peu après il s'associait à MM. de Gérando, de Lasteyrie, de Laborde, Jomard, J.-B. Say, de la Rochefoucault-Liancourt, etc., pour fonder la célèbre Société pour renseignement élémentaire. Il fit partie, avec Gallois, Choron, Butet et Jullien, du comité d'instruction ou des méthodes, et se consacra avec le plus grand zèle à la préparation des tableaux de lecture et d'arithmétique ; il ouvrit chez lui, en novembre 1816, un cours spécial pour les moniteurs, où étaient enseignées la géographie, la grammaire, la morale et la géométrie pratique. La Société pour l'instruction élémentaire lui donna un témoignage éclatant de reconnaissance en l'élisant, en mars 1818, aux fonctions de viceprésident. Il mourut peu après, le 19 septembre de cette même année.
Rappelons brièvement en quoi consistaient les procédés d'enseignement inventés par l'abbé Gaultier et désignés par lui sous le nom caractéristique de jeux instructifs.
L'instituteur réunit ses élèves autour d'une tablo, et distribue à chacun d'eux un certain nombre de jetons, puis le jeu commence: chaque élève à son tour doit répondre à l'une des questions contenues dans la leçon du jour ; s'il répond bien, il gagne un jeton; s'il se trompe, il perd un jeton qu'il paiera soit au maître, soit à l'élève qui aura rectifié l'erreur commise. A la fin de la partie, chacun compte ses jetons, et celui qui en a le plus est proclamé président, c'est-à-dire qu'il occupera, pendant la leçon suivante , la place d'honneur à la droite du maître. « Beaucoup de personnes, dit à ce sujet un admirateur de l'abbé Gaultier qui a exposé en détail le mécanisme de sa méthode dans le Journal de la Société pour l'instruction élémentaire (années 1816 et 1817), pourraient regarder avec indiflérence l'emploi des jetons, comme une chose peu importante, comme un enfantillage ; elles se tromperaient fortement. Il est difficile de se figurer, sans en avoir été témoin, quelle est la puissance de ce léger mobile, quelle émulation il est capable de produire. Ce sont ces jetons qui donnentsurtout à l'étude la forme du jeu. Ce petit mouvement continuel de paiement, d'amende, d'échange, amuse infiniment les enfants, et les captiverait pendant un temps infini. Il ne faut cependant point abuser de l'empressement qu'ils témoignent d'abord pour prolonger les leçons ; il vaut beaucoup mieux leur laisser désirer de les recommencer. La plus grande justice, la plus exacte impartialité doivent surtout régner dans la distribution des jetons pendant la partie. Il faut encore avoir soin de ne jamais décourager un enfant qui a peu de facilité ; si l'on voit qu'il perde beaucoup de jetons, malgré ses efforts pour bien répondre, et pour saisir les difficultés, trouvez quelque moyen de lui en faire gagner : rien n'est plus facile. Dans tous les jeux possibles, celui qui perd constamment, non seulement ne trouve plus de plaisir, mais finit par se troubler, perdre ses moyens, et jouer tout à fait mal. »
Nous allons donner deux exemples pratiques de l'emploi delà méthode, empruntés à l'enseignement de la géographie et à celui de l'histoire. Nous nous servirons, en l'abrégeant, du résume publié par le Journal de la Société pour renseignement élémentaire.
Les leçons de géographie de l'abbé Gaultier sont écrites par demandes et par réponses, ainsi que tous ses ouvrages d'éducation. Comme les questions sont plus ou moins difficiles, et que les réponses sont plus ou moins longues, l'auteur a indiqué à la fin de chacune le nombre de jetons que le maître doit donner à l'élève qui répondra exactement. L'instituteur a un sac rempli d'étiquettes, qui correspondent aux questions du livre, et portent chacune un numéro. Après avoir mis dans le sac toutes les étiquettes relative» à la leçon sur laquelle les élèves doivent être exercés, et qui leur a été expliquée d'avance, le maître prend place en haut de la table autour de laquelle les enfants sont assis. Il déploie sur cette table la carte de la partie de la terre qui est le sujet de la leçon, donne à chaque enfant un certain nombre de jetons comme enjeu, et la partie commence. L'instituteur fait tirer au hasard une étiquette à un des élèves. Supposons que l'enfant ait tiré l'étiquette n° 17, Lisbonne; le maître, en consultant le livre, demandera : a Qu'est-ce que Lisbonne ? » L'élève : « C'est la capitale du Portugal. » Le maître : a Qu'est-ce que le Portugal ? » L'élève : « C'est une des seize contrées de l'Europe, et une des quatre au midi. » En répondant aux différentes questions qui lui sont adressées de cette manière, l'enfant doit montrer sur la carte tous les endroitsqu'il nomme : s'il les indique bien et qu'il réponde exactement, il reçoit du maître le nombre de jetons fixé pour chaque réponse. S'il se trompe, il est corrigé par son voisin de droite, à qui il paie un jeton. Si celui-ci se trompe aussi, il est corrigé à son tour par le suivant, qui gagne deux jetons. Le troisième, dans le même cas, en gagne trois, et ainsi de suite; mais s'il arrive qu'aucun des élèves ne puisse rectifier l'erreur du premier, le maître le corrige, et exige un jeton de chacun des enfants à la ronde. Lorsque le premier élève a répondu à toutes les questions relatives à son étiquette, le second en tire une autre, et ainsi de suite, jusqu'à ce que le tour soit fini ; après quoi on peut en recommencer de nouveaux, tant que le maître juge à propos de prolonger l'exercice.
Lorsque de nouvelles leçons ont été expliquées aux enfants, on ajoute dans le sac, pour les parties suivantes, de nouvelles étiquettes qui y sont relatives, mais en y laissant toujours les anciennes; et, lorsqu'elles deviennent trop nombreuses, le maître peut en faire le sujet de plusieurs parties, en mettant dans un sac à part toutes celles qui sont tirées par les enfants, après qu'ils en ont fait l'explication. On passera ainsi successivement en revue, et à plusieurs reprises, les trois cents étiquettes qui correspondent aux trois cents paragraphes des leçons de géographie.
Pour l'enseignement de l'histoire, l'abbé Gaultier emploie les vers techniques, que l'élève apprend par cœur, et auxquels le livre ajoute un commentaire par demandes et réponses. Voici des spécimens de ces vers techniques cités avec éloges par Demoyencourt, comme modèles du genre :
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Successeur de Tarquin, Servius Tullius Fit aimer aux Romains son règne et ses \ertus ; Politique, il changea le mode de suffrage, Fit battre une monnaie, afl'ranchit l'esclavage. Tous les cinq ans à Home il établit le cens, Et fut assassiné par un de ses enfants.
FRANÇOIS i".
Vainqueur à Marignan, prisonnier à Pavie, En quinze cent François aux lettres rend la vie Sous son règne, l'tglise, où Léon X domine, De Luther, de Calvin voit naître la doctrine.
Lorsque les enfants ont appris un certain nombre de vers techniques, et savent également les