GRÈCE ANCIENNE — 1203 — GRÈCE MODERNE
conséquent, il n'y a pas de rétributions mensuelles pour l'instituteur?
» Il y a là une lacune réelle dans la loi. De toute part de malheureux instituteurs élèvent la voix et so plaignent de ne pouvoir subvenir à leur subsistance avec les faibles émoluments qu'ils retirent de leurs fonctions. Il n'est pas juste que des hommes voués à un ordre de travaux utiles et dignes d'estime continuent d'être ainsi exposés aux plus dures privations. »
Il a paru intéressant de mettre cette citation, malgré son étendue, sous les yeux du lecteur, afin qu'il pût se rendre compte des progrès accomplis en constatant la différence qui existe entre la manière dont on comprenait l'enseignement primaire en 1837 et celle dont on le pratique de nos jours.
La statistique de 1850, dont l'exactitude est reconnue douteuse, donnait 1 018 316 gratuits sur
2 001 619 élèves, soit 39,1 0/0
La statistique de 1863, qui a été faite avec beaucoup de soin et dont on peut considérer les résultats comme exacts, donne 1 312 269 élèves gratuits sur 3 413 830. La proportion des gratuits n'est plus que de 38,4 0/0. Quatre ans plus tard, en 1867, la statistique constatait un progrès de
3 0/0 dans la marche en avant de la gratuité. Sur 3 537 709 élèves des écoles publiques, 1 463 514 étaient admis gratuitement, soit 41,4 0/0.
Une nouvelle statistique dressée en 1872 fait ressortir les progrès dus à la loi du 10 avril 1867. Ce n'est plus l'indigence que l'on secourt, c'est le principe de la gratuité qui s'affirme. Le nombre des élèves gratuits est maintenant supérieur à celui des payants : 2 070 235 contre 1 765 756. Proportion des gratuits par rapport au total : 54 0/0.
La statistique de 1876-1877, qui a été établie avec un soin méticuleux, fait ressortir un nouveau progrès de la gratuité. Les élèves admis gratuitement dans les écoles publiques sont au nombre de 2 193 047 sur 3 823 348. La moyenne générale est de 57,4 0/0. Cependant elle monte bien plus rapidement dans beaucoup de départements, et elle atteint 72,6 dans le Rhône, 75 0/0 dans les Alpes- Maritimes et la Corse, 76 0/0 dans le Var, 78,6 0/0 dans l'Hérault, 79,9 0/0 dans la Lozère, 92,2 0/0 dans les Bouches-du-Rhône, 98,1 0/0 dans le Nord, et 100 0/0 dans la Seine.
A partir de 1876-1877, la gratuité fait partout des progrès rapides et constants. D'après les états de situation de l'année scolaire 1818-79, la proportion des élèves admis gratuitement dans les écoles publiques était de 60 0/0. Les états de situation de 1879-1880 portent cette proportion à 63 0/0. Enfin, à l'expiration de l'année scolaire 1880-1881, c'est-à-dire au moment où la loi du 16 juin 1881 proclame la gratuité absolue, le nombre des élèves gratuits, dans les écoles publiques, est de 2 691 434 sur 4 079 <J68 , soit 6(J 0/0. C'est donc 34 0/0, c'est-à-dire un tiers seulement des élèves des écoles publiques, qui sont ajoutés à la charge du budget des dépenses ordinaires de l'enseignement primaire.
[Ballet-Baz.]
GREAVES. — V. au Supplément.
GRECE ANCIENNE. — Il eût été difficile de résumer dans un article unique tout ce qui concerne l'éducation chez les anciens Grecs : nous avons cru préférable de consacrer à cet important sujet un certain nombre d'articles séparés. Le lecteur pourra consulter les articles Athéniens et Spartiates, où nous donnons une esquisse du système d'éducation des deux principaux peuples de la Grèce antique ; V. aussi les mots Pythagorisme, Socrate, Platon, Xénophon, Aristote, Plutarque, Lucien. Pour l'histoire de la littérature et des |
arts chez les Hellènes, V. l'article Grèce de la IIe Partie.
GRECE MODERNE. — Historique. — Pendant la longue période qui s'étend depuis la prise de Constantinople par les Turcs jusqk au commencement de notre siècle, l'instruction élémentaire existait à peine au sein des populations grecques, surtout durant les deux premiers siè les de la domination ottomane. Les Turcs avaient établi une loi cruelle, en vertu de laquelle les parents étaient obligés de payer aux conquérants un tribut d'enfants ; aussi cachait-on les enfants aux yeux des tyrans et ne leur donnait-on qu'une instruction domestique des plus rudimentaires. Mais, en dehors de cette loi, les autorités et surtout les percepteurs de la « dîme d'enfants » étaient autorisés à enlever tous les enfants chrétiens qui avaient le malheur de se trouver hors du toit paternel. De là, double terrorisation : les enfants n'allaient ni à l'église ni à l'école; celle-ci, faute d'élèves, restait dans la plupart des villes presque toujours fermée. Ailleurs, c'était la nuit, à la clarté de la lune, que les enfants fréquentaient l'école. Mais l'astre propice ne brille pas toutes les nuits ; et quelques chansons populaires de l'époque ont conservé la trace des préoccupations des écoliers hellènes obligés de se rendre en classe à l'heure nocturne : « Ma belle petite lune, veuille éclairer le chemin de l'école afin que j'y aille apprendre les lettres, les lettres et les sciences, toutes choses divines. » Dans une autre chanson, une mère maudit les ravisseurs d'enfants : a Maudit sois-tu, roi, et trois fois maudit, pour le mal que tu as fait, pour le mal que tu fais. Tu envoies, en attirant les vieillards, les primats et les influents, enlever les enfants pour les faire janissaires. Les mères pleurent les enfants et les sœurs les frères ; je pleure moi aussi, et je brûle, et tant que je vivrai je pleurerai : l'an passé on a enlevé mon fils et cette année mon frère. »
On conçoit facilement, par ce qui précède, ce que devait être l'instruction publique primaire des Grecs durant cette longue période de quatre siècles de domination musulmane.
La plupart des établissement scolaires en Grèce étaient des écoles connues sous le nom d'écoles communales (koina scholeia), où l'on ne faisait que des études très élémentaires : lecture dans des ouvrages ecclésiastiques, calcul et écriture. Il n'y avait pas d'établissements spéciaux pour l'instruction primaire, qui n'était pas encore distincte de l'enseignement général a cette époque, si ce n'est dans quelques villes seulement ; la campagne était presque entièrement dépourvue d'écoles, ou, s'il en existait, c'était tantôt dais l'enceinte sacrée de l'église qu'un maître, ou p us généralement le prêtre de la paroisse, quelquefois même un artisan tel qu'un tailleur, un cordonnier, entouré de nombreux élèves, d'après les circonstances et les contrées, faisait retentir les voûtes du sanctuaire d'une lecture lente faite à haute voix ; tantôt, c'était dans les couvents, si nombreux à cette époque, que la jeunesse hellénique trouvait un asile assuré. Quelques contemporains nous ont conservé le programme des études de ces écoles. Mais il n'y avait pas de classes séparées, ni de leçons particulières. Un seul instituteur donnait renseignement à tous les enfants. On enseignait alors : 1° la lecture sur les piîiakidia, espèces de tablettes sur lesquelles étaient écrits l'alphabet et les premières leçons d'écriture; venaient ensuite Yuctoeche deDamascinos, le psautier de David, les Actes et les Epîtres des apôtres, le triodium et d'autres livres ecclésiastiques; 2° l'écriture; 3° l'arithmétique ; 4° YepUtolarium. Remarquons cependant que le cadre des études n'était pas partout le même ; il variait selon la capacité de l'instituteur. En 1673 j