GUYENNE ET GASCOGNE — 1227 — GUYTON DE MORVEAU
les envoyer aux grandes académies. » Une somme ' de cent crus, près de; 2,000 francs d'aujourd'hui, fut accordée pour aider à la fondation do chacune de ces écoles.
Mais pendant que la Réformation accomplissait son œuvre et commençait h s'étendre au milieu des plus cruelles persécutions, la Société de Jésus avait pris naissance. Détournée de son but primitif, elle devint un corps politique tout en conservant la forme d'un ordre religieux. L'éducation de la jeunesse fut alors sa plus grande préoccupation. Dans ce but, les jésuites travaillèrent à ruiner et à. détruire les écoles protestantes. Ils mirent près d'un siècle pour arriver à ce résultat. Arrivés à Bordeaux en 1571, et n'ayant pu obtenir la direction du collège de Guyenne qu'ils sollicitaient, ils fondent pour l'amoindrir une institution rivale, le collège de la Madeleine, auquel ils donnent dès le principe un développement et une importance extraordinaire. En 1580, ils obtiennent enfin la direction du collège d'Auch, qu'ils sollicitaient depuis longtemps. En 1633, par suite de l'imprévoyance des protestants de Montauban, qui se refusèrent à faire construire h leurs frais un édifice pour les écoles des jésuites, ceux-ci obtinrent la moitié du collège, qu'ils ne tardèrent pas à posséder en entier. De ces trois villes, Bordeaux, Auch et Montauban, ils rayonnaient sur toute la province.
Au xvi* siècle les guerres de religion avaient été fatales pour le développement de l'instruction dont elles avaient arrêté l'essor pendant bien des années ; au xvn«, de sérieux efforts furent accomplis pour y remédier. Un grand nombre d'écoles furent instituées par le clergé ou par les municipalités, en Guyenne et en Gascogne, tout particulièrement pour cette dernière contrée dans les diocèses d'Auch, de Lectoure, de Gondom et de Lombez; on en a retrouvé la trace dans les paroisses de Mauroux et Saint-Créac, de Montesquiou, de Pouylebon, Riguepeu, Bassoues, Solomiac, Tournecoupe,Aubiet, etc. De leur côté, les protestants avaient ouvert beaucoup de petites écoles dans les communes qu'ils occupaient et tout particulièrement en Agenais, en Périgord, dans les vallées du Lot et de la Dordogne. Elles furent toutes fermées en 1685, à la révocation de l'éditde Nantes. Le Rouergue etles Landes étaient les régions les moins bien dotées au point de vue de l'instruction.
A partir de 1G85, nous entrons dans une période horrible par ses persécutions prolongées contre de malheureux enfants que l'on veut convertir à toute force et odieuse par son caractère d'hypocrisie. Les Filles de la foi, destinées à instruire et à recevoir les nouvelles converties, s'étaient établies à Bordeaux au nombre de dix en 1673 ; on leur adjoignit les Filles de ï enfant Jésus, spécialement préposées à l'éducation des enfants de ceux qui avaient abjuré. D'autres villes de la Guyenne et de la Gascogne en reçurent également.
Au siècle suivant, les jésuites, parvenus à l'apogée de leur puissance, ont à Bordeaux quatre établissements de premier ordre, sans parler du collège de Guyenne dont ils sont parvenus à se rendre maîtres. Ils occupent et gouvernent le collège de Saint-Macaire fondé par eux, ceux de Montauban, de Cahors, de Rodez, d'Auch, etc.
Expulsés en 1763 par arrêt des Parlements de France, ils abandonnent ces diverses maisons d'éducation où ils sont remplacés par les pères de la Mission, par les Oratoriens ou par les pères ; de la Doctrine chrétienne. En Guyenne, presque outes les villes de second ordre ont leur collège communal : Cadillac, Langon, Saint-Macaire, Ribérac, Blnyo, Libourne, Bazas, etc. Il y a des régents latinistes à Bourg ; à Saint-Emilion, dont l'école existe depuis deux cents ans ; à Castelmo-
ron ; à Gensac, etc. Quant aux écoh's primaire, la question est encore fort controversée, bien qu'elle nous semble très claire. Dans la généralit/; de Bordeaux, composée de cinq élections : tgen, Bordeaux, Condom, Périgueux et Sarlat, L'éducation d(!S filles n'existait pas, si ce n'est dans les grands centres où elle était confiée aux dames de la foi et aux religieuses cloîtrées. Pour les garçons, sur 2178 paroisses, 150 environ, 170 peutêtre, étaient pourvues d'écoles, plus de 2 00) n'en avaient pas.
A Bordeaux, depuis 1758, les jurats avaient autorisé l'établissement, aux frais de la ville, do six frères des écoles chrétiennes, pour s'occuper de l'éducation des enfants. Ils se répandirent ensuite dans toutes les villes de la province. Bien qu'en 1770 on ait agité déj\ la question de les supprimer à Bordeaux, il est juste de reconnaître qu'à l'origine et jusqu'en 1792 ils rendirent à l'instruction primaire de véritables services.
Il est facile de se convaincre, d'après ce trop rapide aperçu, que par l'ancienneté comme par la valeur de ses titres, la province de Guyenne et Gascogne occupe en France un des premiers rangs dans l'histoire de l'enseignement.
Sources imprimées. — Acso:»ii : Commemoratio pro fessorum Burdigalensium, dans l'édition commentée d'Elia Vinet, Simon MÏIIanges, 1580. — E. Gaumjecr : Histoire du collège de Guyenne, i toI. gr. in-8, Paris, 1874. — Abbé Marcellin et Gabriel Rcck : Histoire de Montauban, édition de 1841, 2 vol. gr. in-8. — L'Abbé J.-J. Monlkzc* : Histoire de la Gascogne depuis les temps les plus reculés, 6 vol. in-8, Auch, 1850. — Mary Lafon : Histoire du Midi, 4 vol. in 8, Paris, 1842. — Ilippolyte Masson : Notice historique sur le collage dAuch, dans la Revue de Gascogne, t. XIX, année 1873. — P. Laplagxe-Barris : De l'instruction primaire dans nos contrées autrefois et aujourd'hui; même volume. — R. Dubord : L'Instruction j.ubliqup. à Gimont, avant 1789; Revue de Gascogne, t. XVIII, année 1877.
Sources manuscrites. — Archives départementales de la Gironde, série G, Intendance, portef. 492, 2 632, 2651, 2687, etc.; Idem, ibid. série D, Instruction publique; Idem, ibid., série G, Archevêché. — Archives municipales de Bordeaux, série GG, cartons 295, 296, 297, etc.
[Ernest Gaullieur.J
Sur la situation de l'instruction primaire dans le diocèse de Bordeaux avant 1789, on peut consulter aussi les travaux de M. l'abbé Allain, entre autres le mémoire publié dans la Revue catholique de Bordeaux du Ier mai 1882.
GUYTON OI<: MORVEAU. — Louis-Bernard Guyton de Morveau, magistrat, homme politique et chimiste français, naquit à Dijon en 1737. Son père était professeur de droit, et le jeune Guyton, destiné à la magistrature, fut pourvu à dixhuit ans de la charge d'avocat général au parlement de Dijon, qu'il exerça jusqu en 1782. Il s'intéressa de bonne heure aux lettres et aux sciences, et en 1704, au moment même où La Chalotais* venait d'exposer au parlement de Bretagne ses idées sur une réforme générale de l'éducation, il présenta au parlement de Dijon un mémoire sur le môme sujet. Cet ouvrage, intitulé Moindre sur l'éducation publique avec le prospectus d'un collège, est inspiré des mêmes principes que celui de La Chalotais : il faut ajouter toutefois qu'on n'y trouve pas des vues aussi étendues et aussi hardies, et que la réforme proposée par Guyton est moins profonde que celle dont l'illustre procureur général du parlement de Bennes s'était fait le promoteur. Le plan général de l'ouvrage est ainsi exposé dans le préambule : « Ce Mémoire sera divisé en six paragraphes ; dans le premier, je considérerai les collèges par rapport aux mœurs; dans le second, je les considérerai par rapport à l'enseignement ; j'examinerai dans le troisième à quel âge doit commencer l'éducation publique ; le choix des maîtres remplira le quatrième ; je comprendrai dans le cinquième tous les objets particuliers de l'enseignement,