HAMILTON (ELISABETH) — 1240 — HAMILTON (JAMES
d'ailleurs, dans cet ouvrage, est traité au point de vue de la morale, de la <« culture des sentiments », et si l'on s'y occupe de l'intelligence, c'est pour la mettre au service du cœur. Le christianisme est la base du plan d'éducation : tout s'y rapporte, tout y est subordonné. La morale et la religion ne font qu'un. Le guide à suivre est l'Ancien Testament et l'Evangile. Il faut donc que l'éducateur « s'inspire de la pensée des Saintes Ecritures », et montre à ses élèves la préférence qu'il donne à ce livre, afin que ceux-ci « associent l'idée d'excellence à l'idée de la Bible, longtemps avant qu'ils soient en état de la lire. » C'est le moyen le plus efficace pour habituer les enfants à considérer avec respect tout ce qui a trait aux manifestations « du Dieu sage et bon », et à s'incliner devant sa volonté toute-puissante.
On leur mettra entre les mains, non un catéchisme ou un abrégé de l'histoire sainte, mais la Bible même, dont quelques récits portent l'empreinte de mœurs « qui paraissent grossières de nos jours, mais que les enfants ne remarquent pas, lorsque les idées d'indécence n'auront pas été fixées auparavant dans leur esprit. » Aidé de ce livre, on s'appliquera à combattre en eux les dispositions vaniteuses, à les accoutumer de bonne heure à l'obéissance, « afin qu'ils se soumettent plus tard gaîment aux contradictions », à prévenir l'affectation de sensibilité en leur apprenant à soulager promptement, dans la mesure de leurs forces, ceux qui souffrent, plutôt que de s'apitoyer en paraissant tristes. Voilà le but. Il est exposé dans les préliminaires de l'ouvrage. Quant aux moyens que miss Hamilton considère comme les plus propres à assurer cette culture du cœur, ils s'appuient sur la théorie de Yassociation des idées, que l'auteur développe, et pour l'intelligence de laquelle elle donne deux exemples : le premier, montrant la sympathie ou l'aversion que témoignent les enfants pour les personnes, les actions ou les choses, selon l'admiration ou la répugnance qu'on a manifestée devant eux; le deuxième, affirmant ce penchant de l'homme à regarder comme étant la plus parfaite l'opinion qu'on lui a inculquée dans son premier âge (qu'il a conservée souvent sans s'en rendre compte et sans admettre qu'il pût en exister d'autres aussi raisonnables), ou la secte dans laquelle il a été élevé. « Les opinions religieuses et politiques de la plus grande partie des hommes ayant été embrassées sans beaucoup d'examen, ne se conservent que parce qu'elles ont été fortement associées avec des idées de convenance, d'utilité ou de vérité. » Si donc, observant que « tous nos désirs s'associent avec les idées de plaisir, et toutes nos aversions avec celles de douleur », on veut que l'homme soit heureux, on s'efforcera de rompre les associations fâcheuses et de provoquer celles qui paraîtront nécessaires. Cependant, que cet amour de l'aise et du bienêtre n'aille pas jusqu'à l'égoïsme, « qui fait le malheur domestique, en détruisant toute bienveillance réciproque ». L'éducation devant « soumettre les passions, diriger les affections, et cultiver les facultés communes à toute la race humaine, » miss Hamilton n'admet pas que les classes pauvres soient déshéritées plus longtemps à ce point de vue. En ce qui concerne l'éducation des femmes, l'auteur établit nettement l'égalité intellectuelle des deux sexes qui, dijférant dans les rôles attribués à chacun d'eux, doivent nécessairement posséder des aptitudes particulières que l'on s'efforcerait vainement d'uniformiser. Mais après avoir ainsi relevé la dignité de la femme, elle reproche à cette dernière d'associer trop souvent des idées erronées d'honneur et d'estime avec la connaissance de la science, indépendam-
ment de la vertu morale. Que les hommes abandonnent ce préjugé de l'infériorité de la femme et lui reconnaissent les qualités et les talents réels qu'elle possède. « Que la femme cesse de réclamer une éducation qui la prépare à paraître sur le théâtre de la vie publique », et quand l'équilibre sera rétabli, les hommes auront plus de mérite et la femme deviendra plus respectable.
Outre cet ouvrage, qui a été traduit en français par L. Chéron en 1804, miss Hamilton a écrit des Lettres sur la formation du principe religieux et moral, des Estais populaires exposant 1rs jjrincipes essentiellement liés à V entendement humain^ 1813, 2 volumes in-8°, et divers opuscules.
[S. Maire.] HAMILTON (James). — James Hamilton, né à Londres en 1775, mort à Dublin le 16 septembre 1829, fut d'abord négociant et étudia le français à Hambourg sous la direction d'un émigré (le général d'Angély) dont il perfectionna la méthode, à laquelle il devait donner son nom. Ne voulant faire cette étude qu'au point de vue commercial et pratique, il se fit traduire mot à mot quelques contes ou anecdotes qu'il apprit par cœur, et ne s'occupa que plus tard de la grammaire. Il parvint ainsi à posséder un fond de connaissances suffisant pour traduire seul les auteurs français en n'ayant recours que rarement au dictionnaire, et apprit ensuite de la même façon l'allemand et l'italien. Jusqu'alors Hamilton n'avait pas songé à professer. La méthode qu'il avait développée et perfectionnée était pour son propre usage. Mais des revers de fortune l'ayant décidé à passer en Amérique, il trouva une ressource dans l'enseignement des langues : la nouveauté de sa méthode luiattira de nombreux élèves, dont le chiffre augmenta encore à mesure que les résultats furent constatés. En sept ou huit mois, les élèves étaient mis en état de parier une langue. Après avoir professé à New- York et à Philadelphie, Hamilton revint en Angleterre où il enseigna le français, le latin, le grec, l'allemand, l'italien, à plusieurs milliers de personnes, soit dans des leçons particulières, soit dans des cours publics, et réalisa une fortune assez considérable.
Hamilton, donnait à ses élèves l'Évangile selon saint Jean dans la langue étudiée, et le leur traduisait mot par mot jusqu'à ce qu'ils fussent en état de répéter seuls le même exercice. On travaillait ensuite de la même manière sur d'autres parties du Nouveau Testament, et l'on terminait le cours par l'étude de la grammaire, en insistant sur les conjugaisons des verbes et particulièrement des verbes irréguliers d'un plus fréquent usage. Les élèves devaient être alors assez forts pour traduire correctement à la lecture l'Évangile selon saint Jean, ou tout autre livre biblique. Restait à les exercer sur d'autres ouvrages pour augmenter le vocabulaire fort restreint, comme l'on sait, du Nouveau Testament ; cette étude complémentaire se faisait au moyen de rédactions, (narrations, correspondances commerciales ou familières, etc.) , qui, jointes à de nombreuses lectures, conduisaient à la connaissance parfaite du génie de la langue.
On a reproché à la méthode Hamilton de trop s'adresser à la mémoire en négligeant la culture de l'esprit ; nous croyons ce défaut exagéré par lacritique. L'idée sur laquelle la méthode est fondée n'était pas nouvelle ; d'autres avant Hamilton l'avaient appliquée à l'étude des langues mortes, et la plupart des ouvrages sérieux publiés depuis pour l'étude des langues vivantes ne sont que des perfectionnements de cette même méthode, dont ils comblent une lacune regrettable en faisant apprendre, dès le début et simultanément, la grammaire et la syntaxe. (S. Maire.)