LÉGISLATION
France. — L'histoire naturelle, à la fin du siècle passé, n'était encore qu'une science descriptive, s'adressant essentiellement à la mémoire ; les hommes qui firent les divers plans d'instruction publique, pendant la Révolution, ne pouvaient prévoir le prodigieux essor qu'allait prendre cet ordre d'études, destiné à renouveler notre conception de la vie et de l'univers : ils donnaient encore la place d'honneur aux mathématiques et aux sciences qui s'y rattachent. Il ne faut donc pas s'étonner si l'histoire naturelle ne figure guère, dans les programmes de l'époque révolutionnaire, qu'à titre d'auxiliaire de l'agriculture.
Dans le rapport de Talleyrand à la Constituante, l'histoire naturelle n'est pas même mentionnée : le seul passage où il y soit fait une allusion, bien rapide, a l'occasion de l'instruction primaire, est celui-ci, où le rapporteur énumère les connaissances propres à cultiver la mémoire : « Il faut offrir à la mémoire des enfants la partie des connaissances élémentaires, 6oit géographiques, soit historiques, soit botaniques, qui leur feront aimer davantage la patrie et chérir le lieu qui les a vus naître. » Le programme des écoles primaires, qui figure à la suite du rapport, ne contient absolument rien de relatif aux sciences naturelles, pas même sous la forme de notions utiles aux arts agricoles. La lacune est encore plus sensible dans le programme des écoles do districts, où Talleyrand veut faire donner l'enseignement secondaire : il y a un professeur de « mathématiques, physique et éléments de chimie », mais l'histoire naturelle n'est pas enseignée, ou est réduite à « quelques éléments de botanique, dont on pourra faire l'application pratique pendant les promenades. »
Condorcet fait la part moins étroite à l'histoire naturelle. Son programme pour les écoles primaires porto : « On y enseignera les règles de l'arithmétique, les premières connaissances morales, naturelles et économiques nécessaires aux hitbiunts des catupaguo». » Daus les villes, « on
insistera moins sur les connaissances relatives à l'agriculture. » Dans le programme des écoles secondaires (qui correspondent aux écoles primaires supérieures actuelles), on lit: « On y donnera des leçons élémentaires de mathématiques, de physique et d'Iristoire naturelle, relatives aux arts, à l'agriculture et au commerce. » Enfin dans les instituts, où devait se donner renseignement secondaire, il devait y avoir, outre le professeur de physique et de chimie, un professeur spécial d'histoire naturelle des trois règnes.
Le plan proposé à la Convention, le 26 juin 1793, par Lakanal, mentionne la physique au nombre des objets d'enseignement à l'école primaire, mais omet l'histoire naturelle. Par contre, le plan de Romme, du 29 vendémiaire an II, fait une place à l'histoire naturelle dans chacun des trois degrés des écoles nationales : les premières écoles doivent donner la a première connaissance des objets naturels et locaux » ; les secondes écoles donnent des o notions d'histoire naturelle ; » les troisièmes écoles ou écoles de l'adolescence enseignent « l'histoire naturelle dans ses rapporta aux arts utiles. »
Au nombre des livres élémentaires que le Comité d'instruction publique avait été chargé de faire rédiger pour les écoles primaires, figure un manuel intitulé o Instructions sur les principaux phénomènes et sur les productions les plus usuelles de la nature » (décret du 4 pluviôse an II). Le décret du 27 brumaire an III se sert précisément des mêmes termes dans l'article où sont énumérées les branches d'enseignement des écoles primaires (chap. iv, art. 2).
La loi du 3 brumaire an IV, qui réduisit l'école primaire à se borner à enseigner « à lire, à écrire, à calculer, et les éléments de la morale républicaine, » supprima d'un trait de plume tout ce qui sortait de cet humble cadre; mais dans l'organisation des écoles centrales, elle décida qu'il y aurait dans la première section un professeur d'histoire naturelle.
L'arrêté du 19 frimaire an XI, concernant l'organisaiion de l'enseignement dans les lycées, porte que « des notions d'histoire naturelle » seront données dans la sixième classe par le professeur de mathématiques.
Il faut arriver à la monarchie de juillet pour constater un nouveau pas en avant dans le domaine de l'instruction primaire. Les programmes de l'enseignement primaire élémentaire et supérieur, contenus dans l'art. l*r de la loi du 28 juin 1833, placent des a notions des sciences physiques et de l'histoire naturelle applicables aux usages de la vie » au nombre des matières qui font nécessairement partie de l'instruction primaire supérieure. Déjà l'ordonnance du 11 mars 1831, instituant l'école normale primaire de Paris, avait fait figurer dans le programme de cette école des «notions de physique, de chimie et d'histoire naturelle. » Mais, chose assez singulière et qui indique que l'histoire naturelle était toujours considérée comme une branche accessoire : tandis que des programmes détaillés ont été élaborés par le Conseil royal de l'instruction publique pour l'enseignement, dans les écoles normales, do l'histoire, de la géographie, de l'arithmétique, de la géométrie, de la chimie, de la physique, de la mécanique, de la musique, aucun programma spécial ne fut rédigé pour l'histoire naturelle.
La loi du 15 mars 1850 maintint dans le programme des écoles primaires les « notions des sciences physiques et de l'histoire naturelle, applicables aux usages de la vie », mais les rangea parmi los branches facultatives. Les programmes des écoles normales du 31 juillet 18.S1 ne contiennent néanmoins pas de notions d'histoire naturelle. La loi du 23 mars 1S82 a placé définitive^out
au nombre des matières obligatoires d'enseignement h l'école primaire « les éléments des sciences naturelles y physiques et mathématiques, leurs applications à l'agriculture, à l'hygiène, aux arts industriels, >*
N'ayant pu donner, dans la 11e Partie de ce Dictionnaire, les programmes détaillés de l'enseignement de l'histoire naturelle dans les écoles primaires et normales, qui n'étaient pas encore publiés, nous les reproduisons ci-dessous :
Écoles primaires.