ARRÊTS
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des principes géométriques sur la mesure des aires. Les formes qu'on rencontre le plus souvent sont le triangle, le parallélogramme, le trapèze, les polygones convexes ou à angles rentrants. Quelquefois une partie du contour du terrain à mesurer est une ligne courbe, plus ou moins sinueuse ; on peut, par des opérations détaillées, ramener ce cas à celui d'un contour polygonal, en considérant la courbe comme une ligne brisée; on peut aussi, dans beaucoup de cas, lui substituer une ligne droite : c'est ce que l'on appelle la méthode de Yemprunt, parce qu'elle consiste à prendre, d'un côté de cette droite, des parties du terrain que l'on lui restitue de l'autre côté.
La division des héritages est un problème indéterminé. Mais il arrive souvent qu'il se détermine par quelque circonstance particulière, comme un chemin qui doit servir de limite à deux parts, un puits qui doit être accessible à toutes, etc. Si toutes les terres qui forment l'héritage à partager sont de même valeur, la division est une opération purement géométrique. Mais il arrive souvent que l'héritage se compose de parcelles de terrain de valeurs très distinctes ; il faut alors opérer le partage en tenant compte des différences de valeur, mission délicate qui exige non-seulement une parfaite impartialité, mais du tact, de la prudence, un grand esprit de conciliation.
La rectification des limites est une opération qui s'exécute, du consentement des parties intéressées, pour substituer à une limite tortueuse et incommode pour la culture une limite rectiligne. On y parvient à l'aide d'un procédé analogue à la méthode de l'emprunt.
Le détail de ces diverses opérations se trouvera aux articles spéciaux de la IIe Partie.
La mesure des bois en grume et le jaugeage des tonneaux ne font évidemment pas partie de l'arpentage. Mais l'arpenteur qui est au courant de ces opérations géométriques est appelé à rendre souvent de grands services dans la commune qu'il habite, et tout ce qui peut contribuer à accroître l'influence légitime de l'instituteur est, en définitive, profitable à l'instruction primaire. [H. Sonnet.]
ARRETS DES PARLEMENTS RELATIFS AUX PETITES ÉCOLES. — Depuis le xve siècle, les parlements, auxiliaires dévoués de la royauté, exercent sur les écoles, à tous les degrés, une juridiction qui plus d'une fois excite les plaintes et les réclamations de l'Université. Le 27 mai 1446, Charles VII lui avait attribué le jugement des causes, différends et conflits : en 1554, une contestation s'élève entre Barthélémy Dupré, boursier au collège d'Autun et le chantre de Paris, au sujet de l'annexion d'une petite école à un collège. On plaide devant le Parlement qui, le 7 février 1555, met les parties hors de cause. Cependant l'arrêt prescrit au chantre de proscrire les écoles buissonnières ou furtives, qui se tiennent derrière les buissons et hors de la ville, pour obvier aux inconvénients « qu'il en pourrait advenir par la mauvaise et pernicieuse doctrine que l'on pourrait donner aux petits enfants ».
Après le concile de Trente, plusieurs évoques ne se hâtent pas de pourvoir, conformément aux ordres du concile, aux prébendes préceptorales ; les parlements les y contraignent par des arrêts. On discute le texte des constitutions, la cause est portée devant le Parlement : un arrêt du 4 mars 1566 détermine la portée des obligations de l'évêque. « Il ne doit pas seulement dresser et instituer des séminaires et des collèges, il faut qu'outre les grandes écoles il y ait une maison séparée pour l'instruction gratuite des enfants et abécédaires. »
Dans quelques villes « oùles gages sontpayés par les habitants », les maires ou les consuls cherchent à établir des maîtres avec une autorisation écrite de l'évêque. Un arrêt du Parlement d'Orléans (7 juin 1597) maintient au scolastique le droit de rece-
voir et instituer les maîtres et maîtresses dans le diocèse. — Le 26 mars 1597, le même Parlement maintient au scolastique la connaissance de tout ce qui concerne le fait des écoles et des personnes qui les composent.
Un arrêt rendu à l'audience de la grand-chambre du Parlement de Paris (23 janvier 1680; porte défense aux échevins de la ville d'Amiens de s'immiscer et prendre connaissance du fait des écoles, sous quelque prétexte que ce soit et maintient les curés de ladite ville au droit d'établir des écoles de charité, sans prendre lettres d'attache de l'écolâtre. Le 8 octobre 1682, le Parlement, usant de l'autorité qu'il plaît au roi de leur donner pour protéger la puissance et la juridiction des évéques, fait défense à la nommée Foulon d'enseigner dans le diocèse de Meaux : Messire Jacques-Bénigne Bossuet, par son ordonnance du 20 août 1682, avait refusé à cette maîtresse le droit d'ouvrir une école à la Ferté-Gaucher, nonobstant l'autorisation qu'elle en avait reçue du curé, Nicolas de Brie.
Le 15 mars 1688, un arrêt du Parlement de Paris fait très expresses inhibitions et défenses aux maîtres de recevoir des filles à leurs écoles et aux maîtresses de tenir des garçons. Les peines édictées sont sévères ; l'arrêt à intervenir sera lu et publié par les carrefours et aux prônes des grandes messes. Le 19 mai 1628, le Parlement avait déjà frappé les écoles mixtes et de plus défendu aux maîtres et aux maîtresses de se pourvoir par devant d'autres juges que ledit chantre pour leurs différends concernant l'exercice des petites écoles.
L'exécution des ordonnances et jugements rendus par le scolastique appartient aux juges royaux, mais c'est au Parlement que l'appel est porté.
Il serait facile de multiplier les citations de ce genre ; celles-ci suffisent pour montrer la sollicitude avec laquelle les Parlements veillaient à la prospérité des petites écoles.
[L. Maggiolo.] ARRÊTÉ. — On désigne sous ce nom les décisions prises par les autorités administratives, ministres, préfets, sous-prélets, maires, pour assurer l'exécution des lois et règlements. Les décisions rendues en matière contentieuse par les conseils de préfecture portent aussi le nom d'arrêtés.
Les arrêtés sont obligatoires tant qu'ils n'ont pas été réformés par l'autorité supérieure. Ils ne sont valables que lorsqu'ils sont pris sur une matière sur laquelle le fonctionnaire qui les a rendus avait droit de statuer. Les arrêtés préfectoraux ou municipaux s'appliquant à un particulier ne produisent effet que lorsqu'ils lui ont été notifiés.
Les avis * que les préfets et conseils de préfecture sont tenus de donner en certains cas à l'autorité supérieure prennent quelquefois la forme des arrêtés. Ils sont alors désignés sous le nom d'avis administratifs ou d'avis en forme d'arrêtés. Ces décisions ne peuvent être attaquées par la voie contentieuse, car, malgré leur forme solennelle, elles ne contiennent qu'un simple avis, que l'autorité supérieure est toujours libre de suivre ou de repousser. [L. Armagnac]
ARRONDISSEMENT. — L'arrondissement, subdivision du département, est une circonscription administrative et judiciaire instituée par le décret du 22 janvier 1790, sous le nom de District, supprimée par la Constitution de l'an III, et rétablie par la Constitution de l'an VIII, sous le nom qu'elle porte actuellement.
Il y a en France 362 arrondissements, non compris l'Algérie, qui en compte 15.
Le nombre de ces divisions administratives varie avec la grandeur du département et l'importance de sa population. Un certain nombre de départements n'en ont que trois ; le Nord en a sept. La loi du 15 mars 1850, article 20, décida qu'il y aurait dans chaque arrondissement un inspec-
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teur de l'enseignement primaire nommé par le ministre, d'où le nom d'inspecteurs d'arrondissement donné quelquefois à l'inspecteur primaire. Le paragraphe suivant de cet article portait néanmoins que, sur l'avis du conseil départemental, deux arrondissements pourraient être réunis pour l'inspection.
Ces dispositions ne furent pas immédiatement et complètement appliquées. Le décret du 22 août 1854 intervint pour restreindre le nombre des inspecteurs primaires. « 11 y a, disait l'article 24, un inspecteur primaire par arrondissement. L'inspecteur d'académie exerce les fonctions d'inspecteur primaire pour l'arrondissement chef-lieu ; il a pour auxiliaire dans cette partie de son service un des inspecteurs primaires d'arrondissement, qu'il désigne annuellement à tour de rôle, et qui reçoit pour cette mission temporaire un supplément de traitement dont la quotité est fixée parle ministre de l'instruction publique. »
On reconnut promptement les inconvénients de ce système et un nouveau décret du 21 juin 1858 rétablit les anciennes prescriptions. Ce ne fut cependant qu'à partir du 1er janvier 1868 qu'il y eut définitivement un inspecteur primaire par arrondissement.
Il existe quelques exceptions à cette règle :
Dans les départements de l'Ain et de la Gironde, doux arrondissements peu étendus ont été réunis à une autre circonscription d'inspection primaire : ce sont Gex (Ain) et Lesparre (Gironde), le premier réuni à l'arrondissement de Nantua, le second à celui de Blaye.
Au contraire, un certain nombre de départements possèdent plus d'inspecteurs primaires que d'arrondissements, en raison, soit de leur population, soit de leur étendue. En voici le tableau :
Marne, arrondissement d'Epernay, un second Inspecteur résidant à Sézanne.
Êouches-du- Rhône, Marseille, deux inspecteurs résidant à Marseille.
Jura, arrondissement de Lons-le-Saunier, deux inspecteurs résidant à Lons-le-Saunier.
Haute-Saône, arrondissement de Vesoul, un second inspecteur à Luxeuil.
Gironde, Bordeaux, un inspecteur urbain et un inspecteur rural, résidant à Bordeaux.
Côte-d'Or, arrondissement de Dijon, deux inspecteurs résidant à Dijon.
Nord, arrondissement de Lille, deux inspecteurs résidant à Lille.
Aisne, arrondissement de Laon, deux inspecteurs résidant à Laon.
Isère, arrondissement de Grenoble, deux inspecteurs, résidant l'un et l'autre à Grenoble (2e circonscription : La Mure.)
Rhôjie, trois inspecteurs pour la ville de Lyon, un inspecteur pour les communes rurales. ^ Haute-Garonne, Toulouse, deux inspecteurs résidant à Toulouse, un pour la ville, le second pour les communes rurales.
Tarn, arrondissement de Castres, deux inspecteurs en résidence à Castres.
La Seine a seize inspecteurs primaires.
L'Algérie n'en a que deux par département.
Une augmentation de crédit, portée au budget de 1878, permettra de créer, dans quelques départements , de nouveaux emplois d'inspecteur primaire. [L. Armagnac]
ARRONDISSEMENT (Conseils d'). — V. la section qui les concerne dans l'article Conseils.
ART. — Dans l'antiquité, c'était surtout par l'art que se faisait l'éducation. Le corps se formait par des exercices que l'on comprenait sous le nom de gymnastique, mais qui étaient placés comme sous la direction supérieure du dieu auquel on attribuait l'invention de la lyre et presque de la musique môme ; l'esprit se formait par des
exercices qu on réunissait sous le nom de musique, où la musique, en effet, au sens où nous prenons encore ce mot, avait été d'abord presque tout, associée à la poésie, et où elle garda toujours une importance prépondérante. Les anciens, en effet, attribuaient à la musique une puissance singulière pour modifier les sentiments et pour façonner en quelque sorte l'âme, ce qui était le but qu'on assignait à l'éducation.
Chez les modernes, l'art, au sens le plus général, joue encore un rôle assez considérable dans l'éducation des classes supérieures. Car on peut dire que l'objet principal de ce qu'on appelle l'éducation classique est d'initier ceux qui la reçoivent à la connaissance des beautés de la poésie et de 1 éloquence antiques, par conséquent de familiariser avec l'art des anciens et de former ainsi le goût.
Pour l'éducation des classes inférieures il n'en est pas de môme. Dans nos cadres d'instruction primaire, à part une petite place faite au chant, et une autre, parmi les matières facultatives, au dessin d'imitation placé à la suite du linéaire, on ne voit rien qui témoigne qu'on ait voulu que la considération de ce qui est beau ou laid fût pour quelque chose dans l'éducation populaire, et que les classes laborieuses fussent initiées, même dans une faible mesure, aux éléments du goût et à ceux de l'art. L'éducation populaire, chez les modernes, est constituée presque tout entière d'un point de vue d'utilité matérielle, comme si pour les classes laborieuses, vouées à des travaux de nécessité, l'instruction devait consister uniquement ou presque uniquement à fournir les moyens de s'en acquitter d'une manière plus fructueuse, et que, pour atteindre ce but même, on n'eût que faire d'art et de goût.
Cependant, en premier lieu, la vie, dans les classes inférieures, n'est pas tellement vouée aux nécessités professionuelles qu'une place ne puisse s'y trouver pour des pensées d'un autre ordre. On n'a pas cru que l'instruction morale et religieuse dût leur être refusée. C'est à la fois comme un utile auxiliaire de cette instruction et comme un délassement que le chant a été compris, sinon toujours, au moins très souvent, dans le programme dei écoles primaires.
Pourquoi ne fait-on dans une telle voie que ces seuls pas ?
Dans le développement naturel des facultés de l'esprit, la raison est tardive et l'imagination précoce. Vico, le fondateur de la philosophie de l'histoire, a très bien montré que cette loi se vérifiait dans l'histoire des peuples ; elle se vérifie chez l'enfant comparé à l'adulte, chez l'homme du peuple comparé à l'homme des classes plus avancées en culture. Rousseau en fit la remarque, et de là data cette réforme de l'enseignement populaire qui a consisté à proposer à l'enfance des choses sensibles et des images avant de lui exposer des idées.
Rousseau et ses successeurs ne comprirent pas assez ce qu'avaient vu les penseurs d'ordre supérieur, que sous des formes grossières l'esprit pressent, dès le principe, si confusément que ce soit, ce que les idées ont, pour ainsi dire, de plus éthéré, et, à travers les voiles de la matière, entrevoit tout d'abord la plus pure lumière de l'esprit : d'où il suit que, si l'éducation doit d'abord procéder par réalités et images, c'est pour s'en servir comme de véhicules pour élever à ce que l'intellectuel a de plus sublime.
Qnoi qu'il en soit, s'il est vrai que chez les enfants, et chez ceux du peuple surtout, l'imagination devance la raison, n'en résulte-t-il pas, nonseulement qu'il devrait être fait à la culture de l'imagination, dans l'instruction primaire, une place qu'elle n'y a pas, mais encore que cette culture
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devrait y Être mise en première ligne? Puis, s'il est vrai que rien n'a plus d'attrait pour l'imagination que ce qui est beau, de sorte que ce sens du beau qu'on appelle le goût est ce qui est le plus propre et à la susciter et à la cultiver, ne faut-il pas accorder que la première place devrait appartenir, et dans tout système d'instruction et dans l'instruction primaire surtout, à la poésie et à l'art?
L'enfance et la jeunesse de toute classe, mais principalement l'enfance et la jeunesse appartenant aux classes populaires, devraient être élevées avant tout, comme dit un poème d'un temps qu'on représente souvent comme tout à fait barbare, in hymnis et canticis ; c'est ainsi que la jeunesse chez les anciens était nourrie avant tout dans une poésie à la fois religieuse et patriotique, et dans un art émané des mômes sources, nourrie ainsi avant tout dans le culte de la plus haute beauté. Pourquoi l'éducation moderne, au lieu de se laisser envahir presque entièrement par un prétendu utilitarisme qui laisse sans culture les facultés d'où les autres devraient recevoir l'impulsion, pourquoi ne s'inspirerait-elle pas à cet égard de la tradition antique ?
Ajoutons que par là serait résolu ce grand problème dont les systèmes pédagogiques modernes, depuis Rousseau et Pestalozzi, n'ont donné qu'une solution insuffisante, c'est-à-dire la question de savoir comment intéresser l'enfant aux études, et spécialement l'enfant des écoles populaires.
Cette question, en effet, Rousseau, Pestalozzi, Frœbel et nombre d'autres à leur suite ont cru la résoudre en satisfaisant le besoin qu'a l'enlance d'agir, en mettant, par conséquent, aux mains des enfants des objets qu'ils emploient comme des matériaux dans des combinaisons et des constructions faites de leur chef.
Assurément il y a là un moyen efficace de les intéresser; mais, d'une part, quelle sera la valeur de combinaisons et de constructions sans modèles
Préalablement étudiés qui inspirent et règlent invention ? Et, d'autre part, n'y a-t-il pas quelque inconvénient à susciter chez des enfants une prétention prématurée autant que mal fondée au titre d'inventeurs et d'auteurs? N'est-ce pas là un appel fâcheux à cet esprit de personnalité qui, trop tôt développé, n'est propre, comme un de nos contemporains l'a dit de la réclamation perpétuelle du droit, qui procède du même principe, qu'à faire un peuple rogue et mal élevé?
La véritable éducation n'est point celle qui habitue chacun, par une activité en grande partie stérile, à se préoccuper et à s'éprendre toujours de ses propres œuvres et de soi-même ; c'est plutôt celle qui habitue chacun à se préoccuper et à s'éprendre de quelque chose de meilleur que soi : la première, en effet, favorise la vanité et l'égoîsme ; la seconde, l'esprit de désintéressement, et, au besoin, de dévouement.
S'il est vrai que l'enfant s'intéresse à ce qu'il fait, est-il vrai qu'il ne s'intéresse à rien d'autre ? Loin de là, il s'intéresse aussi, et davantage encore, à ce qui lui apparaît comme éminemment beau et gracieux. Si donc c'est le grand secret de l'éducation défaire en sorte que ce qu'il s'agit d'apprendre, on s'y intéresse et on l'aime, le secret de l'éducation est de présenter les choses à l'élève sous l'aspect et avec les attraits de la beauté. Si l'on a pu dire {La Philosophie au xue siècle, p. 132) one la beauté est le mot de l'univers, on peut dire avec non moins de vérité que la beauté est le mot de l'éducation.
Veut-on maintenant que l'instruction dans les écoles ne serve pas seulement d'une manière générale à la culture de l'esprit et du cœur, au développement de leurs puissances, veut-on, et avec raison, qu'elle serve autant que possible de préparation aux professions qui occuperont la vie, le
meilleur moyen, le seul pour qu'elle atteigne un tel objet, ce sera encore certainement qu'elle forme l'œil et, pour cela même, qu'elle développe, par l'étude du dessin, le goût.
On voit dominer partout aujourd'hui dans les écoles primaires, à la place du dessin proprement dit, ce qu'on appelle, depuis le commencement de ce siècle, le dessin linéaire, dénomination équivoque par laquelle on désigne l'art de tracer, d'après des règles de géométrie, ces figures simples qui seules sont géométriquement définissables: dénomination équivoque, encore une fois, puisque d'un côté la géométrie enseigne à trouver les jours et les ombres des corps réguliers aussi bien que leurs contours, et que d'un autre côté on peut tracer sans géométrie les contours soit de figures géométriques, soit de figures dont aucune géométrie ne peut rendre compte. Mais cette sorte de tracé n'est de mise et d'usage que dans un petit nombre de métiers. Ce qui sert dans tous, comme dans toutes les occurrences de la vie, c'est ce que Léonard de Vinci appelait le bon jugement de l'œil. C'est l'œil, en effet, dit ce grand maître, qui a trouvé tous les arts, depuis l'astronomie jusqu'à la navigation, depuis la peinture jusqu'à la menuiserie et la serrurerie, depuis l'architecture et l'hydraulique jusqu'à l'agriculture. Aussi dans tous les arts, voir juste, voir juste et vite est ce qu'il y a incomparablement de plus utile, Or ce qui enseigne à bien voir, ce n'est pas l'exercice qui consiste à tracer des figures d'après des règles à priori, sans aucune intervencion du jugement de l'œil, mais de manière, au contraire, à y suppléer et à en dispenser : ce qui apprend à bien voir, c'est l'exercice qui consiste à estimer de l'œil les formes, à les apprécier, selon les termes de Pascal, d'un seul regard, d'une seule vue, puis à s'efforcer de les reproduire de même; et cela c'est ce qui s'appelle proprement le dessin : le dessin, c'est-à-dire le projet (dessin, de dessein), l'esquisse de la représentation complète et adéquate, qui est la peinture.
Or enfin, parmi toutes les formes, quelles sont celles qui sont le plus propres à faire l'éducation de l'œil, à rendre son jugement sûr ? Ce sont celles, tous les maîtres l'ont pensé, qui offrent le plus de physionomie, et dont les proportions sont le plus harmoniques; en d'autres termes, les formes de ce que la nature vivante a de plus élevé et de plus parfait, c'est-à-dire la figure humaine.
Ainsi, ce qui est le plus propre à former l'œil et par suite à donner pour l'exercice de tous les arts mécaniques, de toutes les industries, des plus élevées aux plus humbles, la meilleure et la plus utile de toutes les préparations, ce qui doit être inscrit, à ce titre encore, en première ligne dans le programme de toute école populaire, c'est l'étude de l'art le plus propre à cultiver et perfectionner le goût, c'est l'étude du dessin de la figure humaine ; ajoutons encore : d'après des modèles qui la représentent dans toute la perfection dont elle est susceptible, et avec tout le charme de la plus excellente beauté. (V. l'article Dessin.)
Longtemps à la vérité, pour un tel enseignement dans les écoles populaires, les maîtres pourront manquer; On en trouvera du moins pour les écoles normales, et les instituteurs qui en sortiront répandront peu à peu autour d'eux les germes dont ils auront reçu le dépôt.
Puis, en fait de beauté, de goût, d'art, les maîtres les plus efficaces et à l'enseignement desquels ne se mêlent point d'erreurs, ce sont les bons modèles. Chercher, même sans direction, à comprendre, puis à imiter de belles choses, c'est déjà de quoi beaucoup apprendre. Bien plus, sans même s'exercer à imiter aucun modèle, que dans nos écoles les enfants, les jeunes gens, les adultes soient entourés de reproductions fidèles de chefs-d'œuvre de l'ordre le plus élevé, quelques-uns en recevront
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une féconde inspiration, tous en ressentiront à différents degrés une utile influence.
Nous ajouterons, en dernier lieu, que, s'il convient d'introduire ou plutôt de rétablir l'art dans l'école, ce n'est pas seulement pour procurer le meilleur et le plus complet développement des facultés de l'esprit et pour préparer le mieux possible à l'exercice des professions manuelles auxquelles serviront pendant toute la vie ces facultés, dans le cours des heures du travail ; c'est encore pour préparer au meilleur emploi des heures du loisir. On se plaint que les heures de loisir soient trop souvent remplies par des distractions et des joies d'un ordre tout matériel, où les mœurs se corrompent et l'esprit s'avilit. En seraitil de même si les classes populaires étaient mises en état de goûter les satisfactions d'ordre supérieur que procurent les belles choses, si elles étaient instruites, fût-ce même dans une faible mesure, à se plaire dans cette sorte de divine et salutaire ivresse que procurent, par l'ouïe ou par la vue, les proportions et les harmonies?
L'homme du peuple, sur lequel pèse d'un poids si lourd la fatalité matérielle, ne trouverait-il pas le meilleur allégement à sa dure condition, si ses yeux étaient ouverts à ce que Léonard de Vinci appelle la bellezza del mondo, s'il était appelé ainsi à jouir, lui aussi, du spectale de ces grâces que l'on voit répandues sur tout ce vaste monde et qui, devenues sensibles au cœur, comme s'exprime Pascal, adoucissent plus que toute autre chose ses tristesses et, plus que toute autre chose lui donnent le pressentiment et l'avant-goût de meilleures destinées?
[Félix Ravaisson-Mollien.| ART DE LA LECTURE (L'). — Ouvrage de M. Legouvé (Paris, Hetzel, in-18, 171 pages, J 877), que tous les instituteurs doivent non-seulement connaître, mais lire et relire. C'est la reproduction de conférences faites par M. Legouvé à l'École Normale supérieure. Nous n'en voulons pas donner l'analyse ici, pour ne pas empiéter sur l'article Lecture à haute voix.
Cf. Journal des Débats, 25 juin et 4 juillet ; art. de M. Cuvillier-Fleury, et Manuel général (Supplément), p. 146 et 177 de 1877.
ART INDUSTRIEL. — C'est l'art appliqué à l'industrie, ou plus précisément encore, le dessin appliqué à l'industrie. Les meubles, les bronzes, les émaux, les bijoux, les poteries, les porcelaines, les glaces, les tentures-, les tapisseries, les étoffes de luxe sont autant de produits de l'industrie qui doivent leur principale valeur au bon goût, à l'élégance des formes, au choix des couleurs, à la pureté du style, en un mot au dessin. C'est à ce mot que nous étudions la part que doit faire et que fait depuis quelques années à l'enseignement du dessin industriel le programme même des études primaires. — V. Mu sées d'art industriel et Union centrale des beauxarts.
ARTISANS (Ecoles d'). — V. Apprentis, Apprentissage [Ecoles d'), Manuel les d'apprentissage (Ecoles), Professionnelles (Ecoles).
ARTS (Beaux-), Arts libéraux, etc. — V. cidessus Art; V. aussi Esthétique.
ARTS APPLIQUES A L'INDUSTRIE (Union centrale des beaux-). — V. Union centrale.
ARTS D'AGRÉMENT. — Cette expression est surtout usitée pour désigner les études que l'on considère comme formant l'accessoire d'une éducation soignée. Telles sont la musique, la danse, l'étude du dessin, de la peinture, et en général de tous les beaux-arts, lorsqu'elle est traitée non avec une méthode, en vue d'une culture sérieuse des facultés ou d'un apprentissage technique, mais surtout comme passe-temps à la mode, comme moyen de remplir agréablement les heures d'oisiveté.
C'est assez dire que les « arts d'agrément » n'ont pas leur place dans l'instruction populaire. L'école primaire doit leur être aussi impitoyablement fermée que la République de Platon l'était aux poètes. Est-ce à dire que nous bannissions de l'enseignement populaire la musique, le chant, la poésie, le dessin et toute notion des arts de dessin, peinture, sculpture, architecture, gravure ? En se reportant à ces différents mots, surtout au mot Art, on verra que nous réclamons au contraire pour le peuple, comme un de ses besoins les moins apparents peut-être, mais les plus réels, une véritable éducation artistique. Nous applaudissons aux efforts tentés dans notre pays et déjà en partie réalisés dans d'autres pour créer cet enseignement populaire du beau, mais à la condition de ne lui point laisser prendre une fausse direction. Ce n'est pas l'idée d'agrément qui doit y prédominer, c'est celle d'éducation intellectuelle, esthétique et morale. Ce n'est point avec le laisser aller d'une étude frivole et mondaine, c'est avec le souci de former le caractère, d'élever l'imagination, d'épurer le 'goût, de diriger les mouvements du cœur , de prémunir l'enfant et plus tard la jeune fille, le jeune homme, par l'art pur et sain contre l'art malsain et corrupteur, c'est dans cet esprit que l'enseignement primaire peut demander aux arts non-seulement des jouissances délicates pour ses élèves, mais des ressources professionnelles et de précieuses influences morales. Ce ne serait pas seulement un ridicule, ce serait un contre-sens pour une école primaire, même du degré supérieur, que d'inscrire dans son programme, à l'instar des pensionnats, la musique ou le dessin sous le nom d'arts d'agrément.
ARTS DÉCORATIFS (École nationale des). — Fondée en 17(>7 à Paris, rue de l'École-de-Médecine, par Bachelier *, avec un subside de Louis XV, sous le nom d'École royale gratuite de dessin, cette école se distingue à la fois de l'École des beaux-arts parce qu'elle a en vue de former des artisans plutôt que des artistes, et des écoles municipales de dessin, parce que l'enseignement technique, l'étude historique et pratique des applications décoratives y reçoit un développement qu'il n'atteint pas ailleurs. Elle porte son nouveau titre depuis 1877. (Bull, admin. du Minist., n° 4 17, p. 886).
ARTS ET MANUFACTURES (École centraledes) — V. Ecole central".
ARTS ET MÉTIERS. — Dénomination déjà très ancienne désignant l'ensemble des professions connues aussi sous le nom d'ares mécaniques. Ces professions s'appellent arïs, en ce sens qu'il y faut un appr entissage, une instruction régulière, des connaissances techniques, de l'aptitude et du goût ; métiers, en ce sens qu'elles exigent un travail manuel et sont un gagne-pain plus intelligent, mais non moins rude que celui du manœuvre. On n'y fait rentrer ni les travaux de l'agriculture ni ceux du commerce, mais on y classe toutes les professions ouvrières se rattachant aux diverses branches de l'industrie, tous les états que peut exercer un artisan. Ce terme n'est plus guère employé du reste que dans les deux noms ci-dessous.
ARTS ET MÉTIERS (Conservatoire des). — V. Conservatoire des arts et métiers.
ARTS ET MÉTIERS (Ecoles des). — V. Ecoles. ASBURY (Francis). —Evoque méthodiste 1745- 1816), qui introduisit en Amérique vers 1786 les sunday schools (écoles du dimanche) que venait d'organiser en Angleterre Raikes* (1781).
ASCHAM (Roger). — Célèbre professeur et écrivain anglais (15 15-1568). Il avait été le professeur de langues de la reine Elisabeth, qui à son avènement se l'attacha comme secrétaire particulier pour les lettres latines et grecques. Trois ans après sa mort, sa veuve publia l'ouvrage qui consacra sa réputation comme pédagogue, The schole-