‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 65 sur 547 · AUBERT DE VITRY · texte numérisé non relu

AUBERT DE VITRY

AUDE

2° la Société des amis des arts, établie en 1843, qui a organisé à diverses reprises des expositions d'oeuvres d'artistes vivants; 3° une société industrielle ; 4° plusieurs sociétés d'horticulture, une société d'apiculture, etc. Une station agronomique doit être incessamment installée à. Troyes.

Il existe quatre bibliothèques publiques dans le département, à Troyes, à Bar-sur-Aube, à Arcis et à Remilly. Celle de Troyes seule est importante ; elle contient dans une immense salle environ 70000 volumes. Une salle voisine renferme -G50 manuscrits. La plupart de ces richesses proviennent de l'ancienne abbaye de Clairvaux qui avait acquis en 1781 la célèbre bibliothèque des Bouhier,

de Dijon.

Quatre journaux politiques quotidiens et un journal semi-hebdomadaire sont publiés à Troyes; trois revues y sont imprimées. Dans les arrondissements paraissent sept journaux politiques hebdomadaires et une revue mensuelle historique.

On peut conclure des renseignements qui précèdent que l'activité intellectuelle du département est réelle et qu'elle tend à se développer plutôt qu'à décroître. En 1876, 178 ouvrages sortis de ses imprimeries sont arrivés à la Bibliothèque nationale par le dépôt légal ; s'il est un des départements les moins peuplés, il tient à honneur de s'efforcer de figurer au nombre des plus éclairés.

[Albert Babeau.]

AUBERT DE VITRY (François- Jean-Philibert).

— Économiste et littérateur (i 765- 1849), auteur de nombreux articles dans le Dictionnaire de la conversation, etc. En matière de pédagogie, il mérite d'être nommé pour un au moins de ses ouvrages, ses Etudes sur l'éducation publiées en 1792.

Il y démontre, parfois avec une chaleur de conviction qui le rend presque éloquent, « la nécessité d'appuyer la liberté sur les mœurs et les mœurs sur l'éducation. » C'est le titre de sa lre étude ; les autres traitent des moyens de réunir l'éducation particulière avec l'éducation publique,

— de la crainte et de l'émulation (la crainte ne produit que des lâches, et l'émulation des charlatans), — de la piété filiale, base de l'éducation domestique, — de la bienveillance, — de l'urgence d'organiser les écoles primaires. On y lit ce jugement, remarquable à la date où il est écrit : « L'Assemblée de 1789 nous eût peut-être épargné des maux cruels, elle eût avancé de dix ans le progrès de l'esprit public, si dès le commencement elle eût pourvu à. l'instruction morale du peuple. Il était aussi essentiel pour le rétablissement de l'ordre moral en France de substituer ou d'ajouter dès lors provisoirement des écoles primaires à l'ancien enseignement qu'il le fut pour le rétablissement de l'ordre civil et politique de remplacer, comme on le fit sur-le-champ, nos municipalités gothiques par des municipalités vraiment populaires. »

AUBKRY (L'abbé Louis). — Fondateur des écoles charilabtes de Moulins, mort en 1730. — V. Allier.

AUDE (Département de 1'). — Superficie : 631320 hectares; population : 300 065 hab.; densité de la population : 48 hab. par kil. carré. — 4 arrondissements : Carcassonne, Limoux, Narbonne, Gastelnaudary; 31 cantons, 43(i communes.

Population d'âge scolaire. — 3 i 598 enfants de 6 à 13 ans (17 618 garçons, 16 980 filles) en 1876, soit 11.5 pour 100. En 1872, il y avait 18 339 garçons, 17 056 tilles.

1. Historique de l'instruction primaire. — Les données sur le développement de l'instruction populaire ou primaire dans le département de l'Aude n'acquièrent quelque précision que vers le milieu du xvm° siècle.

Ecoles fondées da7is les villes. — 1° Carcassonne.

— En 1733, Mgr de Bezons, évoque do Carcassonne, y fonde une école primaire pour les jeunes garçons pauvres et la confie aux Frères des Écoles

chrétiennes (3 maîtres, puis 4, puis 6 en 1787 avec un traitement do 400 livres). Les frères y joignent en 1787, à 2 kilomètres de la ville, un pensionnat primaire (200 élèves). Carcassonne avait en outre 2 écoles gratuites de filles : l'une fondée par Mgr do Bezons en 1741, à la Cité, ou Ville-Haute, et dirigée par des religieuses de la congrégation du Montoire et de la Charité de Nevers (60 à 80 élèves^ ; l'autre dans la Ville Basse, au couvent desUrsulincs(l50 externes, 40 ou 50 pensionnaires). Le successeur de Mgr de Bezons, Mgr de Chastenet de Puységur, de concert avec la ville de Carcassonne, fonda en 1787 une école gratuite de dessin.

Nous n'avons pas à suivre l'historique des collèges ; notons-en seulement l'existence comme indice d'un certain degré d'instruction probable. Celui de Carcassonne existait déjà en 1525, puisqu'un traité de logique qui se trouve à la bibliothèque publique de Carcassonne, et qui porte cette date, a pour auteur un nommé Cosin, qui se qualifie « professeur du collège de Carcassonne ». D'abord dirigé par des régents qui ne faisaient point corps, il est confié aux Jésuites par lettres patentes de Henri IV (avril 1610), et leur est enlevé en 1764 par Louis XV, qui y établit les prêtres de la Doctrine chrétienne. Il avait sept professeurs, un recteur, un censeur des études et un prêtre émérite, 150 externes, 40 pensionnaires.

2° Montréal. — En 17(i2, cette petite ville avait deux écoles gratuites, l'une de garçons, dirigée par les frères, l'autre de filles, dirigée par les dames de Nevers ; elle entretenait aussi depuis plus d'un siècle deux régents : un d'humanités ou de grammaire, et l'autre dit des basses classes.

3° Caste Inaudary. — Écoles gratuites et semigratuites des dames de la Providence, établies dès 1697, avec logement et subvention de la ville. — Pour les garçons, collège des Doctrinaires, depuis 1663 (7 professeurs, 120 élèves), et en outre une école particulière qui donnait à plus de 100 élèves des leçons de lecture, d'écriture et de latinité.

4° Limoux. — Collège des Doctrinaires (1640, avec 6 professeurs, 100 élèves). — École des Dames hospitalières sans subvention (20 pensionnaires, 20 externes).

5° Narbonne. — Collège prospère des Doctrinaires datant du xvie siècle.

6° On pourrait encore retrouver la trace des anciennes écoles à Ricux-Minervois, à Caunes, a Villeneuve-les-Chanoines, etc.

Pendant la Révolution. — Après 1789, la plupart de ces établissements disparurent dans la tourmente. Toutefois, en 1792, le collège de Limoux est encore debout ; une institutrice régente reçoit de la même commune un traitement de 100 fr. et 70 fr. d'indemnité de logement. A Cépie, Castelreug, Loupia, La Digue d'amont, Pieusse, Saint- Martin-Villereglan, Arques, Couiza, toutes communes de l'arrondissement de Limoux, les régents touchent un traitement de 150 francs sur les fonds communaux.

Un arrêté du 1er germinal an IV organise l'instruction primaire : on compte alors 99 régents dans le département de l'Aude.

Un autre arrêté du 16 thermjdor an VI réorganise l'instruction primaire : on trouve alors 38 régents confirmés ou nouveaux et 9 régentes dans les mêmes conditions.

En l'an X, la situation est celle-ci :

Écoles

où Elèves

Arrondissements. Régents. Élèves, l'on enseigne de

le latin. latin.

Carcassonne . . 55 908 2 33

Gastelnaudary. 28 430 4 302

Limoux 23 418 6 78

Narbonne 69 1361 4 105

Totaux 175 3071 16

AUDE

AUDE

Statistique des préfets. — En l'an IX, lors de cette première grande ébauche do statistique connue sous le nom de statistique des préfets *, « le citoyen Barante, préfet de l'Aude, » dans ses Observations sur les états de situation du département envoyés au ministre pendant le cours d'une année, depuis le 1er prairial an VIII jusqu'au 30 floréal an IX », résume ainsi son chapitre sur les écoles :

a L'enseignement public est presque nul. Dans les campagnes, il y a peu d'instituteurs primaires, et ceux qui en ont le titre n'ont guère de moyens ni de volonté d'exercer convenablement ces utiles fonctions. Il n'y a presque pas d'écoles particulières. Un seul pensionnat donnait des espérances. Des obstacles extérieurs et peut-être aussi quelque vice dans les plans d'instruction ont arrêté les progrès de cet établissement, quoiqu'il fût sans rivaux... L'école centrale est peu fréquentée

Tous les pères de famille qui sentent le prix d'une bonne éducation attendent avec impatience l'exécution des divers projets du gouvernement

Quelques citoyens réunis au conseil général et au préfet ont cherche les moyens de rassembler et de répandre les lumières, en dirigeant les esprits vers l'acquisition des connaissances utiles. Les règlements d'une société libre d'émulation et de bien public ont été soumis à l'approbation du ministre. »

Sous l'Empire et la Restauration. — En 1807, 42 communes dans l'arrondissement de Carcassonne entretenaient 48 écoles avec 42 régents,

10 régentes, 1023 élèves garçons et 293 filles (total, 1316 élèves).

En 1818, on ne compte encore que 82 écoles primaires, donnant l'instruction à 2061 garçons et à 361 filles. Personnel enseignant : 77 maîtres,

11 maîtresses.

En 1822, l'Aude possède 258 écoles, savoir 1 école chrétienne, 16 écoles mutuelles, 241 autres écoles ; on les classe aussi en écoles de 1er degré (2), de 2e (35) et de 3e (221).

Depuis 1833. —La grande loi de 1833 ne fit nulle part mieux sentir ses effets que dans ce département ; depuis lors le progrès s'accentue. Les chiffres ci-dessous résument la situation à quatre dates prises depuis lors par périodes égales de 13 ans :

Nombre de :

Écoles publiques et tenant lieu d'écoles

publiques

Écoles libres

publics . .

libres. . . .

garçons. .

filles....

Communes dépourvues d'école

Maîtres . Elèves . .

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