AUGER
Tenceinte même de la Cité, l'église romano-gothique de Saint-Nazaire, ancienne cathédrale des évêques de Carcassonne, aux vitraux merveilleux; à Narbonne, la cathédrale inachevée de Saint-Just ; à Montréal, l'église Saint- Vincent ; à Saint-Hilaire et à Saint-Papoul, les cloîtres du môme nom,
Autres lieux à visiter. — Les curiosités naturelles abondent dans le département, surtout les grottes à stalactites, les cavernes à ossements, les cirques ou gouffres, etc. Les gorges de la Pierre- Lys et de Saint-Georges dans la haute Aude sont d'une grandeur et d'une beauté alpestres ; les pics de Bugarach et du Gardou, le mont Alaric ont aussi leur attrait. Il en est de même des immenses forêts de sapins qui recouvrent les croupes des Gorbières sur les hauts plateaux et des forêts de hêtres et de chênes dont sont couronnées les crêtes de la Montagne-Noire. Rien de plus varié que ce département: la montagne, la plaine, les forêts, les étangs, la mer, tous les aspects et tou+es les cultures. Les sites célèbres ou pittoresques ne manque ni pour l'étude ni pour les excursions. Le département est plein des souvenirs de la lutte contre les Sarrasins, de la guerre des Albigeois et de la guerre de Cent Ans. La Montagne-Noire, théâtre des travaux et des découvertes de Riquet, le col de Naurouse avec la rigole, la prise d'Alzau, et les bassins du Lampy et de Saint-Ferréol, méritent d'être visités.
Malheureusement ces études, ces visites et ces •excursions sont peu fréquentes. Les instituteurs ignorent et laissent ignorer assez volontiers à leurs élèves ce qui pourrait les intéresser dans le département et même ce qui est à deux pas d'eux dans le canton, ou la commune.
Les bons, les excellents instituteurs même ne sont pas rares dans l'Aude ; mais la routine règne encore dans trop d'écoles. L'instruction s'adresse trop exclusivement à la mémoire et se fait trop souvent sans méthode. Tout le monde ne fait pas usage, tout le monde même ne sent pas encore le besoin d'un tableau de l'emploi du temps et d'un programme d'études déterminé. Le certificat d'études, qui sera prochainement établi, sera sans doute un bon stimulant. Les bibliothèques scolaires, les cours d'adultes, les examens du brevet de capacité, la société de secours mutuels, les conférences cantonales récemment introduites ont encore bien des progrès à faire.
Proportion des illettrés. — Le département de l'Aude compte 353 conscrits illettrés sur 2106 inscrits (classe de 1876) et 2074 enfants des deux sexes (filles surtout) qui n'ont fréquenté aucune école en 1876. [A. Ditandy.]
AUDITICULTEUR. — Sous ce nom, ou sous le vieux nom français d'escoute, Mme Pape-Carpentier a imaginé un instrument pour la « culture de l'ouïe ». C'est un petit appareil qui peut s'employer dans la famille comme dans les classes. Des objets de différentes matières, ayant des résonnances très diverses, sont cachés dans l'instrument. La personne qui dirige l'exercice met tout à coup ces objets en vibrations, soit en les frappant avec un petit marteau, soit en les pinçant s'il s'agit d'une corde tendue ; comme l'ouverture de l'instrument est tournée de son côté, les enfants entendent, mais ne voient rien : elle leur demande quelle est la matière de l'objet qui a vibré, et elle leur montre ensuite s'ils ont deviné juste ou non.
11 va sans dire qu'il faut commencer par obtenir un profond silence des enfants et par les intéresser a cet exercice, ce qui n'est pas difficile. On les y prépare tout naturellement en leur demandant, à certains moments, de prêter l'oreille et de dire quels sont les bruits qu'on entend dans cet instant môme : voix d'homme, de femme ou d'enfant ; bruit d'une porte qu'on ouvre ou qu'on ferme, aboiement d'un chien dans la rue, roule-
ment d'une voiture, d'une charrette, cri des marchands, etc.
Mme Pape-Carpantier accompagne la manœuvre de l'audiculteur d'un petit chant ingénieusement adapté à cet exercice, la Chanson de l'oreille. — V. Sens (éducation des).
AUGER (L'abbé Athanase). — Littérateur estimable, membre de l'Académie des inscriptions (1734-1792, qui, ayant embrassé avec modération les principes de la Révolution, écrivit, dans les trois dernières années de sa Yie, quelques brochures intéressantes sur la réforme de l'instruction publique. Son projet d'éducation par tout le royaume ne traita guère, outre les généralités sur l'éducation, que l'instruction dans les collèges, les seules « petites républiques où règne une égalité parfaite ». Son Organisation des écoles nationales (1791) est plus importante : c'est le résumé de « conféférences tenues chez M. Gossin avec M. Paris (de l'Oratoire), M. Cerisier, professeur de l'Université, et d'autres personnes. » Cet opuscule, dédié à l'Assemblée nationale, représente donc l'opinion réfléchie d'un groupe d'hommes compétents, qui recherchent le moyen d'établir une « bonne éducation française».
Les a premières écoles ou écoles élémentaires nationales » doivent être « répandues dans tous les endroits qui en seront susceptibles ; » les maîtres seront pris indifféremment parmi les laïques ou les ecclésiastiques ; ils ne recevront de salaire d'aucun des parents de leurs élèves: on prendra leur paiement sur des contributions annuelles levées spécialement pour cet objet, afin qu'il n'y ait point de distinction de riches et de pauvres , d'enfants qui paient et d'enfants qui ne paient pas, et aussi afin que les maîtres soient plus libres vis-à-vis des parents. 11 faut souhaiter de voir disparaître avec le temps « la distinction odieuse à' écoles de charité et d'écoles où l'on paye. » Dans les nouvelles écoles, « on n'exigera des parents pauvres, mais on l'exigera avec la plus grande rigueur, que ce qui est en leur pouvoir, une attention extrême pour la propreté de leurs enfants : on aura pour eux des égards, il faut qu'ils aient des soins.» L'abbé Auger reconnaît cependant qu'il y a, dans les campagnes surtout, des familles d'une telle indigence, que «les contraindre de se priver du travail de leurs enfants, ce serait leur arracher un secours nécessaire ; » mais il compte, pour amener peu à peu tous les enfants à l'école, sur une mesure légale : « C'est de déclarer que, pour être reconnu citoyen actif, il faudra savoir lire, écrire, chiffrer, être en état de répondre sur tous les articles du catéchisme national expliquant les droits et les devoirs de l'homme et du citoyen. » (Auger écrivit lui-môme un projet de Catéchisme du citoyen français). Il n'en conservait pas moins dans l'école le catéchisme proprement dit et se proposait de former des « hommes religieux et de bons citoyens ».
Enfin un point tout à fait digne de remarque est l'opinion d' Auger et de ses amis sur l'instruction des femmes ; ils devançaient ici la plupart de leurs contemporains.
Les premières écoles pour les femmes seront absolument les mêmes que celles pour les hommes ; on y enseignera les mômes choses et de la môme manière. Sans être savante, il faut qu'une femme sache au moins lire, écrire, chiffrer, les éléments de sa religion, la nature du gouvernement sous lequel elle vit, en un mot tout ce que les hommes doivent apprendre dans la première enfance. Les maîtresses, mariées ou non, seront soumises aux mêmes lois et règlements que les maîtres. » Pour le cours d'étude, la seule différence consiste en ce que les filles recevront des leçons d'ouvrage et peut-être quelques notions usuelles d'économie domestique. Auger maintient du reste qu'on doit ouvrir aux filles comme aux garçons les « secondes écoles » ou écoles secondaires.