‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 7 sur 547 · ACCLIMATATION · texte numérisé non relu

ACCLIMATATION

seconde observation, de donner plus d'importance aux accessits. C'est quelquefois le moyen de résoudre une difficulté pratique bien connue des instituteurs. Le bon sens et l'équité interdisent de multiplier les prix ; souvent aussi, quoi qu'on fasse, on est obligé de laisser tous les prix échoir à un ou deux élèves supérieurs, et leurs camarades seraient les premiers à douter de la justice des distributeurs s'il en était autrement. C'est par les accessits qu'on peut sauver la situation, éviter aux élèves le découragement, aux familles les blessures d'amour-propre et à l'école une fausse direction. Qu'y aurait-il de plus juste, par exemple, que d'instituer des prix d'accessits, en convenant que tel nombre de mentions dans les diverses branches d'études vaut un prix ?

Tout au moins, quand un élève n'a qu'un accessit ou deux, il serait à désirer qu'il emportât quelque chose, ne fût-ce qu'une feuille de papier portant son nom, la mention de son succès, la note qu'il a obtenue, la signature de son maître. Dans plus d'une famille, ce témoignage de satisfaction, si modeste qu'il soit, sera précieusement conservé, souvent regardé avec envie par les frères et sœurs plus jeunes. C'est une bien mince dépense et bien profitable à l'école, à l'élève, à tous. Cet accessit palpable dit quelque chose; l'autre, qui n'est qu'un nom prononcé entre mille dans une séance d'ordinaire assez bruyante, n'a pas, à beaucoup près, cette efficacité morale : la fête passée, il n'en reste rien.

ACCIDENTS. — Un directeur d'école est responsable des accidents qui arrivent à ses élèves lorsque ces accidents se produisent à un moment où les élèves sont confiés à sa garde, et lorsqu'il est établi que l'événement qui a eu lieu aurait pu être prévenu par une surveillance attentive.

Nous croyons utile de faire connaître une décision judiciaire qui a été prise à ce sujet dans les circonstances suivantes :

En 18G7 un élève d'une institution du ressort de l'académie de Paris montrait à un de ses camarades un flacon contenant de l'alcali volatil. Pour le lui faire mieux sentir, il venait de lui en verser quelques gouttes dans le creux de la main, quand un autre enfant s'approcha, voulant savoir ce dont il s'agissait. L'élève qui tenait le liquide dans sa main la porta vivement à la figure du nouvel arrivant. Quelques gouttes, ayant jailli dans l'œil gauche de celui-ci, occasionnèrent une blessure qui amena la perte de cet organe.

Le père du blessé a assigné, comme responsables du dommage causé, les parents des deux élèves et l'instituteur : les premiers pour avoir confié à leurs enfants un liquide dangereux, le second pour n'avoir pas, par une surveillance plus active, prévenu l'accident. L'instituteur a répondu que l'événement avait été si rapide qu'il n'avait pu être empoché et qu'on ne pouvait lui reprocher un manque de surveillance.

Le 8 avril 1809 le tribunal de l'arrondissement ordonnait une enquête et une expertise, et le 20 octobre 1871 il condamnait le chef de l'établissement à payer au blessé une pension annuelle de quatre cents francs. Les parents des élèves qui avaient causé l'accident étaient renvoyés des fins de la demande.

En 1874, la cour de Paris statuant sur l'appel trouva exagérés les dommages-intérêts a?cordés par le premier jugement et les fixa à une somme de mille francs, une fois donnée. Voici les considérants essentiels de l'arrêt :

« ... Considérant qu'il résulte do l'enquête que X... a fait preuve de négligence en laissant seuls les enfants confiés à sa garde, en ne les faisant pas, pendant son absence, surveiller par un professeur ;

» Qu'il est également coupable de n'avoir pas visité les pupitres de ses élèves ;

» Qu'il aurait pu ainsi prévenir l'accident dont a été victime le jeune F... ;

» Que sa responsabilité est donc engagée ;

» Qu'il faut toutefois reconnaître que la faute est légère, eu égard aux circonstances dans lesquelles l'accident s'est produit, et en présence de l'exonération de toute responsabilité des parents des élèves qui ont causé l'accident ;... etc. »

Il est donc établi par cette double décision qu'un instituteur ou un chef d'institution est responsable de l'accident causé à un élève par un de ses camarades quand bien môme le mouvement instantané qui en a été la cause directe n'a pu être empêché, lorsque d'ailleurs l'accident aurait pu être prévenu par une surveillance plus active, notamment par la visite des pupitres. V. Hygiène scolaire, Surveillance, etc. [L. Armagnac]

On trouvera dans le Manuel géfiéral, iSGl, p. 281, plusieurs exemples récents d'arrêts non moins sévères condamnant des instituteurs communaux soit à payer une rente viagère perpétuelle, soit à verser une indemnité considérable pour des accidents (perte d'un œil, bras cassé, etc.) arrivés à leurs élèves pendant la classe. M. Barrau proposait la création d'une caisse d'assurance mutuelle entre instituteurs contre les risques résultant de leur responsabilité civile.

V. dans la IIe Partie, au mot Accidents, la classification des accidents les plus fréquents et l'indication des mesures à prendre soit dans l'école, soit dans la famille.

ACCLIMATATION OU ACCLIMATEMENT. — V. IIe Partie, même mot.

ACCLIMATATION (Jardin d'). — Cet établissement, fondé par une société anonyme au capital d'un million, divisé en 40u0 actions, est destiné à appliquer et à propager les vues de la Société d'acclimatation (V. ci-après) ; ce n'est pas seulement une des plus charmantes promenades de Paris, c'est une grande école pratique de zootechnie et d'agriculture. Si la faveur du public lui permet de prendre tout le développement que comporte son programme, ce sera une institution sans rivale dans le monde. Toutes les espèces animales et végétales récemment introduites en France et susceptibles d'y être acclimatées composent le fond de la collection du Jardin ; on a encore cherché à y réunir les animaux et les plantes utilisés par l'homme sur un point quelconque du globe.

L'établissement organise en outre : des expositions destinées à stimuler l'émulation des éleveurs d'animaux domestiques; des conférences faites par des spécialistes pour populariser les questions d'histoire naturelle ou d'agriculture les plus intéressantes; enfin des convois d'animaux exotiques qui, amenés par les naturels, donnent lieu à de véritables exhibitions ethnographiques du plus haut intérêt : l'année dernière, tout Paris a voulu voir les Nubiens et les Esquimaux. Une librairie et un cabinet de lecture mettent à la disposition des visiteurs les livres et les recueils spéciaux.

En môme temps, le Jardin répand et propage les espèces domestiques ou d'ornement par la vente et le commerce. Son chiffre d'affaires est considérable ; on peut s'y procurer des animaux de ferme, des espèces de luxe et d'agrément, des œufs pour l'incubation, des oiseaux de faisanderie ou de volière, des plantes, des graines et tous les ustensiles d'élevage et de culture.

Le Jardin d'Acclimatation, inauguré le 6 octobre 18G0, occupe une superficie d'une vingtaine d'hectares dans le Bois de Boulogne. Les premières constructions eurent pour architecte M. Davioud, avec le concours de M. Barillet-Deschamps pour les dessins du jardin, et sous la haute direction de M. Alphand, ingénieur en chef des promenades et plantations de la Ville. Les services zoologiques furent organisés par M. Albert Geoffroy-Saint-Hi-

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