AUVERGNE
Ainsi dans les provinces Slovènes un grand nombre d'écoles ont été germanisées malgré les réclamations des habitants: en Galicie, les Polonais s'efforcent d'accaparer les écoles ruthènes; en Dalmatie, les Italiens, quoique en minorité, prétendent italianiser les écoles du Littoral ; de là de nombreux conflits, assez dangereux en somme pour la jeunesse scolaire sur laquelle se font les expériences. La commission des livres scolaires établie à Vienne examine ou publie des ouvrages pédagogiques, en langue allemande, italienne, tchèque, Slovène, serbo-croate, ruthène et polonaise. Ces ouvrages sont de valeur très inégale. Seuls les Tchèques soutiennent vigoureusement la concurrence des Allemands. (V. Bohême.)
Résultats généraux. — Tout cet ensemble d'efforts résolument entrepris et méthodiquement poursuivis a certainement fait atteindre à l'Autriche un rang beaucoup plus élevé que ne semblaient le permettre les inextricables difficultés de son organisation politique, la différence des races et des langues, le fractionnement des territoires, l'autonomie des provinces et leur extrême inégalité quant à l'état actuel de l'instruction.
La statistique scolaire, dressée par le ministère de l'instruction publique avec un soin remarquable et avec un parfait esprit de suite, permet déjà aujourd'hui de mesurer l'ensemble des progrès. D'après la Statistique des écoles publiques et privées publiée, en 1875, par M. Schimmer, secrétaire de la commision centrale de statistique, la Cisleithanie possédait :
Écoles primaires et primaires supérieures (dont 14 257 écoles publiques).
Instituteurs 24 531
Institutrices 3 769
(dont 27 677 dans les écoles primaires).
Élèves S Ga,'con9 1092 644
uieves....( FiHes i 04-2 039
(dont 2 050 808 dans les écoles publiques)
Il est très digne de remarque que, sauf les provinces de Galicie, de Bukovine, et de Dalmatie, la proportion des filles fréquentant les écoles est sensiblement égale à celle des garçons: sur 100 élèves inscrits, il y a 52 filles à Trieste, 51 à Salzbourg et dans la Basse-Autriche, 50 dans la Haute- Autriche, le Voralberg, la Bohême, 49 ou 48 dans les autres provinces.
instruction des conscrits. — Le dernier recensement des troupes de l'empire au point de vue de l'instruction donnait les nombres suivants de soldats sachant lire et écrire sur 1 000 enrôlés :
985 dans la Basse-Autriche (Vienne).
946 — la Silésie (Troppau).
839 — la Haute -Autriche (Linz).
«10 — la Bohême (Prague).
756 — la province de Salzbourg(Salzbourg).
755 — la Styrie (Graetz).
671 — la Moravie (Brûnn).
581 — la Carinthie (Klagenfurth).
3G6 — le Tyrol (Innsbruck).
3r>8 — la Hongrie (Buda-Pesth).
307 — le Littoral (Trieste).
286 — le territoire de Fiume.
146 — la Transylvanie (Klausenbourg).
143 — la Croatie et Esclavonie (Agram).
115 — la Galicie (Lemberg).
106 — la Carniole (Laibach).
98 — la Bukovine (Czernovicz).
43 — la Dalmatie (Zara).
Progrès de la fréquentation scolaire. — On peut apprécier la marche probable de la diminution du nombre des illettrés en comparant le nombre d'enfants inscrits à l'école sur 100 enfants en âge scolaire, en 1871 et en 1875. Il s'est élevé en ces 4 ans pour les provinces les plus avancées (Haute- Autriche, Salzbourg, Voralberg), de 80 à 90 et même 95 0/0 ; pour la Basse-Autriche de 74 à 89 (à 9G si
l'on y comprend les écoles libres) ; pour la Bohême, la. Moravie, la Silésie de 70-75 à83-87. Ce sont, comme toujours, les provinces qui ont le plus à faire qui ont le moins fait : la Galicie et la Dalmatie se sont élevées de 15 à 20-25; la Bukovine de lia 15. Ces dernières provinces n'offrent encore à l'enseignement primaire que des traitements dérisoire?', des locaux détestables et un effectif scolaire qui égale à peine le quart de la population d'âge scolaire.
État de l'instruction primaire dans les < nmpagnes. — D'une façon générale, dans tout ce vaste empire, la situation scolaire des campagnes reste extrêmement au-dessous de ce qu'elle est dans les villes. C'est là sans doute la plus grande difficulté à vaincre, mais c'est aussi la condition absolue d'un progrès régulier et définitif. Aussi estil à souhaiter qu'une part de plus en plus large soit faite dans le budget de l'instruction publique aux écoles rurales proprement dites. Un journal allemand affirmait naguère que sur 17 millions de florins dépensés pour l'instruction en Autriche, les écoles primaires de campagne ne figurent pas en tout pour un demi-million. Quoi qu'il en soit de cette assertion, la disproportion entre les villes et les campagnes est trop éclatante et la nécessité d'un effort considérable pour constituer réellement dans toutes les provinces l'instruction primaire des populations rurales est trop manifeste pour que l'Autriche recule devant cette seconde partie de sa tâche après avoir si noblement rempli la première.
(Voir à la fin du volume les tableaux statistiques.)
Cf. Rapport sur l'instruction primaire à l'Exposition de Vienne, par F. Buisson (1875). — Dericht ùber ôsterrekh. Unterrichtswen ausAnlassder Wellausstellung (1873), par MM. Ficker et Schimmer. — Pour l'historique de l'instruction primaire jusqu'en 1865, l'article Oesterreich, par M. Ficker, dans la Pseaagogische Encyclopédie de Schmidt ; - Der ôsterr. Schulbote, nos d' août-octobre 1873 : histoire de l'école primaire en Autriche (en allem.).
Pour l'histoire de l'instruction primaire, Cf. en particulier Manuel général, janvier 1834, p. 79 (fréquentation scolaire); mars (1839) (rapport de Saint-Marc-Girardin) ; 18 mai 1872 (Statist. des illettrés) ; 12 avril 1873 (Conférences d'instituteurs); 25 oct. 1873 (maison d'école modèle); 22 nov. 1873 (méthode intuitive) ; 31 janv. 1874 (gymnastique).
Bulletin du Ministère (1873,) n° 302, et 1874, n° 334 (enseignement agricole) ; 1875, n° 356. (Asiles et jardins d'enfants, Frœbel.)
AUVERGNE. — Nous résumons ici, pour éviter des répétitions aux mots Puy-de-Dôme *, Cantal", Haute-Loire*, quelques-uns des faits généraux relatifs à l'histoire de l'instruction primaire avant 17 8U dans cette province. Elle formait les ressorts du vaste diocèse de Clermont, de celui de Saint- Flour et d'une partie de celui du Puy.
Dès les premiers siècles du christianisme t Clermont possède des écoles renommées ; Grégoire de Tours, le père de notre histoire nationale, y avait été élevé près de saint Gall, son oncle.
h Histoire littéraire de la France cite dès le vme et le ixe siècle des collèges et des écoles en grand nombre, la plupart se rattachant aux églises ou aux abbayes. Des textes précis montrent que ces écoles étaient un foyer d'instruction, même élémentaire : les enfants y étaient reçus tout jeunes. L'avantage des écoles conventuelles, qui est de propager et d'appliquer uniformément dans tous les établissements d'une même communauté les doctrines et les méthodes reconnues bonnes, se se manifeste surtout chez les Bénédictins * : les enseignements et les exemples de Cluny sont en quelque sorte présents jusque dans le moindre monastère d'Auvergne, à Saint-Géraud d'Aurillac par exemple, d'où sortit Gerbert qui devait être pape sous le nom de Sylvestre H. — Les derniers siècles du moyen âge sont remplis de fondations d'abbayes et d'ordres religieux qui reçoivent la charge expresse d'instruire la jeunesse, quelque-