AUVERGNE
AVANCEMENT
fois môme d'entretenir à leurs frais un maître pour instruire les enfants de la ville.
Auxvie siècle se produit une modification capitale dans le mode d'enseignement : le latin n'étant plus parlé ni compris par le peuple, les petites écoles donnent l'instruction en langue vulgaire, et les enfants n'entrent plus au collège que sachant déjà bien lire et écrire couramment. L'Auvergne n'est pas parmi les provinces du royaume la dernière à créer des collèges ; nous ne suivrons pas ici le détail de ces fondations, puisqu'il ne touche qu'indirectement à l'instruction populaire. Notons seulement que les deux collèges de Billiom et de Mauriac, dus au zèle et à la munificence de Guillaume Duprat, évoque de Clermont, naissent presque en même temps que le collège de Clermont à Paris, plus tard lycée Louis-le-Grand, fondé par ïe même évêque. Notons encore, car c'est un point important pour l'instruction primaire, que beaucoup de villes concluaient, comme le fit celle de Murât en 1575, des arrangements spéciaux avec les chanoines de la collégiale ou avec les ecclésiastiques dirigeant le collège pour l'entretien à frais communs d'un « précepteur laïque chargé d'enseigner à lire, à écrire et à calculer, » c'est-à-dire de préparer les plus jeunes élèves à l'entrée au collège. En 1789, l'Auvergne comptait 14 collèges, dont 11 de plein exercice, avec 3260 collégiens (dont 13 boursiers, 1190 recevant l'instruction gratuitement, 867 à demi gratuitement et 1190 payant la rétribution scolaire). On appréciera mieux ces chiffres si l'on remarque qu'en 1842 le total des élèves de l'enseignement secondaire (1449) n'atteignait plus la moitié de l'effectif de 1789.
Cette prospérité des collèges est donc jusqu'à un certain point l'indice de la prospérité correspondante des petites écoles, qui nécessairement leur fournissaient des élèves.
L'éducation des filles n'était pas non plus négligée. Le concile provincial de Bourges (1584), auquel devaient assister comme suffragants les trois évêques d'Auvergne, ordonne que dans les paroisses l'éducation des filles soit confiée à des veuves ou à des femmes qui les forment avec soin à la lecture et à la vie chrétienne. Mais, à la suite des guerres de religion, un grand nombre d'églises et de couvents avaient été pillés et ruinés : des congrégations spéciales se formèrent pour l'éducation des filles et se répandirent dans tout le pays.
C'est ainsi que les Filles de Notre-Dame sont appelées et ouvrent des écoles importantes à Aurillac en 1625, à Saint-Flour en 1632, à Langeac en 1645, à Issoire en 1700; — les Dames de la Visitation, à Monferrand en 1620, à Riom en 1623, au Puy en 1630, à Brioude en 1639, à Clermont en 1649, à Billiom en 1650, à Aurillac vers la même époque, à Thiers en 1663 ; — les Ursulines, au Puy en 1610, à Ambert et à Clermont en 1620, à Saugues en 1631, à Thiers en 1633, à Monistrol en 1634, à Maringues en 1662, à Monferrand en \ 838, à Ariane et à Aigueperse en 1850; — les Sœurs de la charité et de l'insti'uction chrétienne, établies à Nevers en 1698, appelées à Clermont en 1702, à Ennezat en 1707, à Aubière en 1711, et dans un grand nombre d'autres paroisses. (Gallia Chrisiiana, t. II, p. 303.)
A ces congrégations il faut ajouter les Filles de la Charité, fondées par saint Vincent de Paul, en 1633, les Dominicaines, les Bénédictines, les Bernardines. Les Filles de la Croix, qui non-seulement instruisent les jeunes filles, mais forment des maîtresses d'école pour les campagnes, ont aussi des maisons dans 1 un ou l'autre des trois diocèses.
Cela ne suffit pas encore pour répandre convenablement l'instruction dans les montagnes de la haute Auvergne, où les populations sont disséminées et les communications difficiles. Vers 1650, le
P. Médaille, jésuite, de concert avec Henri de Maupas de la Tour, évêque du Puy, fonde une association de veuves et de filles qui, sous le titre de Sœurs de saint Joseph, se consacrent au soin des malades et à la direction des écoles ; afin d'étendre leur action dans les campagnes, elles forment des sœurs agrégées qui vont s'établir dans des paroisses rurales.
Vers la même époque et dans la même ville du Puy f=e fonde une autre institution qui se destine spécialement à répandre l'instruction parmi les femmes dans la ville et dans la campagne. A la ville, on les appelle les Demoiselles de l'instruction ou Sœurs de l'instruction ; dans les villages elles sont connues sous le nom de Béates * : c'est une double congrégation, les filles de la ville se chargent d'instruire et de former à l'enseignement celles de la campagne, qui viennent, en retraite, à de certains jours se retremper dans la maison de la ville. Cette institution a survécu à toutes les révolutions, elle est encore en pleine prospérité.
Le diocèse de Saint-Flour, sans être aussi bien partagé que celui du Puy, ne restait cependant pas sans instruction. Pour y propager les éléments de l'instruction dans les villages, il fallait surtout compter sur la bonne volonté de simples particuliers, hommes ou femmes. Celui ou celle qui savait le mieux donnait aux enfants du voisinage quelques leçons pendant l'hiver. Parmi ces maîtres improvisés se trouvaient un assez grand nombre de filles qui, sans faire de vœux, s'étaient organisées en une espèce de tiers-ordre et étaient connues dans le pays sous le nom de Menettes. Leurs efforts ont notablement contribué à répandre un peu d'instruction dans les villages et hameaux de la partie montagneuse du département.
En résumé, on peut dire que grâce à ces diverses initiatives, grâce à des fondations locales assez nombreuses, grâce au zèle des congrégations et de ces associations demi -conventuelles, l'Auvergne, en 1789, était bien moins arriérée pour ses écoles que d'autres régions où la diffusion de l'instruction ne rencontrait pas les mêmes obstacles à beaucoup près. [Fayet.]
AVANCEMENT. — Ce mot n'a pas besoin d'être défini : tout le monde sait quelle influence magique il exerce sur l'employé ou le fonctionnaire ; il produit la persévérance dans la carrière la plus modeste, soutient l'énergie, prévient les défaillances.
Nulle part le besoin d'avancement ne se fait plus sentir que dans la carrière de l'enseignement, de l'enseignement primaire surtout.
Quelle que soit la puissance du dévouement et de ce sentiment du devoir qui soutient et qui récompense le plus humble instituteur dans l'accomplissement de sa tâche journalière, il n'en est pas moins sage, équitable et d'une bonne administration, de lui montrer de loin, sous la forme de l'avancement, la satisfaction d'une ambition légitime et le prix de ses efforts persévérants.
Et pourtant rien n'a été plus longtemps négligé, en France, que l'avancement pour les instituteurs primaires ; nous parlons d'un avancement régulier calculé : 1° sur la durée ; 2° sur la valeur des services rendus.
Avant 1850, le mot d'avancement n'est pas inscrit dans nos lois. M. de Salvandy avait bien établi dans une fort belle page le « principe de l'avancement sur place » et la nécessité « que la carrière d'instituteur mène quelque part, qu'elle ait des issues » (Rapp. au roi, 18 i8). Mais aucune loi ne servait de sanction à cet excellent principe.
Le législateur de 1850 entreprend le premier de constituer l'avancement régulier des instituteurs. Il déclare qu'une liste d'avancement sera dressée par le conseil académique (départemental depuis) pour être placée sous les yeux des conseils municipaux ayant à choisir un instituteur. Mais diverses
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causes firent bientôt tomber cotte prescription en désuétude. D'ailleurs, les préfets ayant été dès 185* investis du droit absolu de nommer, par suite de celui de choisir, l'avancement ne fut déterminé que par les propositions de l'inspecteur d'académie. Comme il ne pouvait avoir lieu que par voie de déplacement, c'était une affaire de circonstance, on peut presque dire de hasard : pour qu'un instituteur pût avancer, il fallait qu'une vacance se produisît dans une commune plus avantageuse, que quelqu'un se trouvât pour appuyer sa candidature, qu'une influence locale ou départementale le fît distinguer de la foule des concurrents, que quelque autre influence ne vînt pas se mettre à la traverse, etc. Cette situation est encore telle aujourd'hui quant à ce mode d'avancement qui consiste à porter un instituteur aux situations supérieures de son département.
Mais il s'est heureusement introduit peu à peu dans notre législation un autre avancement qui, s'il est plus modeste, est aussi mieux réglé et plus assuré.
Le triste décret du 31 décembre 1853, bien qu'il fût comme un pas de recul, un véritable abandon de l'article 38 de la loi du 15 mars 1850 qui assurait à tout instituteur un traitement de G00 francs, eut au moins l'avantage d'ouvrir une voie de progrès en créant l'avancement sur place, en autorisant à élever, après dix ans de services, à 700 francs le traitement du dixième des instituteurs d'une circonscription.
Des décrets subséquents élargirent ce cercle encore si étroit ; ils supprimèrent l'institution des maîtres suppléants, qui n'était qu'un honteux expédient budgétaire, élevèrent les minima de traitement, les proportionnèrent quelque peu à la durée des services, et stipulèrent en outre des indemnités supplémentaires plus étendues en faveur des meilleurs maîtres. Aux termes de celui du 27 juillet 1870, un bon maître pouvait voir son traitement minimum (700 francs au début, 800 au bout de cinq ans) s'élever à îiOO francs et à 1000 francs après dix et quinze ans de services La loi de 1867 avait créé deux classes pour les institutrices (400 ot 500 fr.), deux classes aussi pour les maîtres adjoints (400 et 500 fr.), au moins une classe d'adjointes (350 fr.).
Telle était la situation quand est intervenue la loi du 19 juillet 1875. Cette loi, d'une part, a remanié le classement là où il existait déjà, et l'a établi là où il faisait défaut; d'autre part, elle a créé l'avancement ou l'a soumis à des règles fixes, au moins pour les instituteurs et les institutrices titulaires.