IV. PÉRIODE CONTEMPORAINE ; ÉTAT ACTUEL DE
l'Institution des jeunes aveugles. — Le second instituteur Dufau*, qui comptait 25 ans d'enseignement dans l'établissement, fut nommé directeur; quelques jours plus tard, sur sa demande, l'auteur de cet article était nommé second instituteur; un peu plus tard encore la commission administrative fit place à une commission consultative. Ce fut toute une révolution. L'esprit de l'établissement fut aussi changé du tout au tout : d'une maison claustrale le nouveau directeur fit réellement une maison d'enseignement en harmonie avec notre société. La discipline devint plus libérale, l'enseignement plus conforme aux idées modernes.
Un règlement nouveau donnait au directeur l'administration de l'établissement et la surveillance générale des études ; préposait à l'enseignement et à la discipline dans le quartier des garçons un instituteur, dans celui des filles une institutrice, à l'enseignement religieux un aumônier; constituait en outre un personnel de professeurs aveugles des deux sexes (un chef d'orchestre, six professeurs, quatre aspirants qui furent bientôt nommés professeurs du 2e degré, des maîtres et des aspirantes, des surveillants et des surveillantes voyants) et enfin, pour les travaux manuels, des centre maîtres voyants et aveugles. — L'État pourvut à 120 bourses (dont 40 pour les filles). Ces bourses purent se diviser en trois quarts de bourses, demi-bourses et quarts de bourses. Le règlement favorisait la création de bourses départementales, communales et hospitalières, en abaissant pour elles jusqu'à G00 fr. le prix de la pension, qui était d< 1 000 fr. — La durée du cours d'études fut de huit ans ; les élèves des quatre premières années formèrent la division élémentaire, les autres la division supérieure.
Peu de changements ont été apportés depuis à l'organisation du triple enseignement de l'école. En 1855 cependant, après la retraite du directeur Dufau (qui fut remplacé par M. Boue), un fait important se produisit. L'administration supérieure du ministère de l'intérieur, trop disposée à considérer l'institution des jeunes aveugles plutôt comme un hospice que comme une école, sépara renseignement de l'administration, et pour cela mit à la tête de l'enseignement dans les deux quartiers, mais dans une position très inférieure à celle du directeur, un chef de l'enseignement. 11 en résulta de longs tiraillements et une lutte
sourde entre les deux tendances, celle de l'administration, qui aurait volontiers assimilé de plus en plus l'institut à un établissement hospitalier, celle des professeurs et de leur chef, qui s'efforçaient de dégager l'idée pédagogique.
Pour la mieux développer, le chef de l'enseignement (c'était M. Guadet) créa en octobre 1855 et publia pendant huit années un journal mensuel, Y Instituteur des Aveugles ; ce journal servit beaucoup l'institution, ne fût-ce qu'en la mettant en rapport avec toutes les institutions d'aveugles du monde.
Le chef de l'enseignement fut mis à la retraite en 1R70 et sa position ne fut pas conservée. Il y eut dès lors à côté du directeur (M. Romand depuis 1866) un censeur des études pour le quartier des garçons (M. Levitte), une institutrice pour le quartier des filles (MIle Caihle), et tel est aujourd'hui l'état des choses.
2. Méthodes d'enseignement. — L'esprit même de l'enseignement pour les aveugles ne diffère pas de ce qu'il doit être pour les voyants ; et la raison en est simple. L'aveugle qui sait lire et écrire est exactement dans la même condition intellectuelle que le voyant. Ce qui varie de l'un à l'autre, c'est l'instrument matériel de l'instruction : l'un trouve par le relief et à l'aide du doigt ce que l'autre perçoit par la vue. Ce n'est donc pas proprement par les méthodes, c'est par les procédés que l'enseignement spécial des aveugles se distingue de l'enseignement donné dans les écoles ordinaires.
lo Procédés de lecture. — Haiiy fit lire, mais non écrire ses élèves ; il fit imprimer à leur usage quelques pages en relief très saillant alignes très écartées. Les pages imprimées se collaient deux à deux par le revers et formaient ainsi des feuillets saillants au recto et au verso qui se réunissaient en volume. Le Dr Guillié fit faire beaucoup d'impressions de ce genre en caractères plus gros encore que ceux d'Hauy. Dufau, frappé de la supériorité des impressions anglaises, et surtout américaines, sur les nôtres, fit fondre de nouveaux caractères beaucoup plus fins, et employa un papier plus résistant sous le doigt, de sorte qu'il ne fut plus nécessaire de coller deux feuillets ensemble. — L'invention du système Braille, et la facilité que trouvèrent les aveugles à lire les impressions en points saillants, firent presque abandonner l'ancien système, ce qui est un tort; car il est bon que les aveugles connaissent aussi le système typographique des voyants.
2° Procédés d'écriture. — Cette écriture en points saillants (système Braille) repose sur l'emploi de dix signes que Braille nomme signes fondamentaux, et qui sont très simples : le plus compliqué n'emploie que quatre points ou plutôt tous les autres signes se forment par l'adjonction aux signes fondamentaux d'un ou de deux points placés au-dessous de ces signes, en sorte que le caractère le plus compliqué dans l'écriture Braille ne peut jamais avoir que trois points de hauteur et deux de largeur.
Ce sont encore les signes fondamentaux euxmêmes qui, placés plus bas, servent de signes de ponctuation, et qui, précédés d'un signe indicateur, représentent les dix chiffres.
L'appareil à écrire se compose tout simplement d'une planchette, d'une grille et d'un poinçon. On n'emploie plus aujourd'hui de tablettes en bois, mais des plaques en zinc assez épaisses. Il va sans dire que les lignes et chaque caractère se forment dans l'ordre inverse de celui dans lequel ils doivent être lus.
3° Organisation pédagogique. — Pour le surplus, les légères différences entre renseignement des voyants et celui des aveugles consistent surtout en trois points : 1° les classes d'aveugles.
AVEUGLES
AVEUGLES
sont moins nombreuses, et c'est une nécessité, car le professeur étant souvent obligé de faire toucher successivement à chaque élève les choses dont il parle, par exemple des cartes de géographie, des figures de géométrie, au lieu de les montrer au tableau à tous à la fois, il ne peut instruire qu'un nombre d'élèves bien moindre que le professeur voyant ; 2° l'enseignement est plus oral que chez les voyants, et les devoirs tiennent moins de place, l'aveugle écrivant moins vite que le voyant ; 3° l'enfant aveugle ne pouvant par lui-même lire beaucoup, sa bibliothèque étant très limitée, des lectures générales sont faites chaque jour aux élèves distribués par catégories, division élémentaire, division supérieure, ouvriers.
Discipline. — On croit quelquefois que la tâche du professeur d'aveugles est très pénible ; c'est une erreur : elle est douce, comparée à celle du professeur d'enfants voyants; en général, pour les enfants aveugles, l'étude est un plaisir; ils écoutent une lecture avec bonheur ; si quelque élève troublait la classe et les empêchait de suivre la leçon, ils seraient les premiers à se fâcher et à le rappeler à l'ordre.
Enseignement musical. — Le solfège n'est pas choz les aveugles ce qu'il est dans les écoles musicales des voyants : il y a plus de raisonnement et moins d'exercices, mais des exercices plus analysés, des compositions et des décompositions de phrases plus approfondies. Ainsi le professeur exécute sur un instrument les phrases les plus compliquées, et l'élève doit en dire tous les détails ; ils appellent cela phraser. Dans ces mômes classes, les élèves sont chaque jour exercés à des chants d'ensemble à plusieurs parties.
Comme musique instrumentale, on étudie surtout le piano (à l'aide de musique écrite dans le système Braille). L'élève lit de la main gauche, pour chaque phrase, la partie de main droite que cette main exécute ; puis lit, de la main droite, la partie de main gauche, que cette main gauche exécute à son tour; puis les deux parties, entrées dans la mémoire , sont mises ensemble. Les élèves exécutent ensuite devant le professeur ; ils apprennent ainsi les concertos les plus longs et les plus difficiles. L'orgue est aussi étudié, nonseulement à la façon des conservatoires de musique, qui nécessairement se bornent à des compositions musicales et à des exercices sur l'instrument : à l'institution des aveugles on forme des organistes ; on leur donne à fond l'instruction théorique et pratique, et on les exerce dans la chapelle de l'établissement.
Les autres instruments sont aussi étudiés, mais surtout en vue de faire de bons exécutants d'orchestre. L'orchestre de l'institution produit à nombre égal plus d'effet qu'un orchestre de voyants, et la raison en est, outre les prédispositions musicales innées chez beaucoup d'aveugles, d'abord, que les aveugles, exécutant de mémoire, n'ont pas à lire et à tourner des pages, mais sont tout à leur exécution ; ensuite, que chaque exécutant, après avoir appris sa partie isolément, l'a liée au tout d'une manière inséparable; c'est cet ensemble qui seul reste dans sa tète, et il l'exécute de sentiment et avec toute son âme. Il n'a pas besoin de compter de pauses, les reprises se font pour ainsi dire d'ellesmêmes. — Enfin, un des objets les plus importants île l'enseignement musical professionnel est l'accord des pianos (l'enseignement dure trois ans) : l'impulsion première a été donnée par Montai, et après lui par son élève, M. Siou, créateur de la classe d'accord dans l'institution de Paris ; aujourd'hui un grand nombre d'accordeurs aveugles sortis de l'institution sont arrivés à une belle position ; beaucoup sont mariés et font vivre dans l'aisance leur femme et leurs enfants. — Les accordeurs
aveugles ont eu dans le principe à combattre de grandes préventions ; on n'osait leur confier un piano. Bientôt, en les voyant à l'œuvre, on prit confiance ; puis, en les comparant aux autres accordeurs, on reconnut que par le.irs études techniques, par leurs connaissances théoriques plus étendues, ils l'emportent sur la plupart des accordeurs voyants ; et beaucoup de facteurs de pianos leur donnent aujourd'hui la préférence.
Travaux d'atelier. — Les enfants qui n'ont aucune aptitude pour la musique sont attachés à un des ateliers de l'établissement. Quels métiers convient-il de leur enseigner? Evidemment le choix est beaucoup plus restreint que pour le voyant. Il ne peut ôtre question que de travaux faciles, n'exigeant qu'une certaine prestesse de la main. Même en y étant parfaitement exercés, les aveugles, il ne faut pas l'oublier, n'arriveront jamais qu'exceptionnellement à gagner leur vie. On peut poser en fait que l'aveugle, à capacité égale, gagne en un jour la demi-journée de l'ouvrier voyant.
Autres écoles d'aveugles en France. — La France possède plusieurs écoles d'aveugles. Les principales sont à. Nancy, garçons et filles , à Lille, écoles séparée de garçons et de filles, mais dans les deux sourds-muets et aveugles réunis; à Saint-Hippolyte du Fort, école protestante, garçons et filles mêlés aux sourds-muets. Il y a aussi des écoles à Marseille, à Soissons, à Arras. Il y a à Lyon et à Poitiers des écoles de filles.
Ces écoles reflètent toutes l'enseignement do l'institution de Paris ; elles lui empruntent généralement leur matériel d'école, leurs professeurs, leurs méthodes.
Dans plusieurs de ces écoles on trouve des sourdsmuets et des aveugles, réunion très regrettable à notre avis : car ce rapprochement d'enfants qui ne peuvent avoir de commun ni les exercices du corps ni ceux de l'esprit ne peut être que pénible pour tous.
Nous regrettons aussi, avec tous ceux qui se sont occupés de la question des aveugles, que l'institution de Paris et les autres ne relèvent pas du ministère de l'instruction publique. Ces établissements d'éducation et d'instruction seraient tout naturellement rattachés à ce ministère, tandis qu'ils sont une gêne pour celui de l'intérieur, qui les administre d'une façon plus conforme à ses traditions et à ses attributions générales qu'à leurs besoins particuliers. Ainsi, depuis trentesept ans qu'il existe près de l'institution des jeunes aveugles une commission consultative de cinq membres, jamais un homme d'enseignement n'en a fait partie.
PAYS ÉTRANGERS
Aperçu général. — Au commencement du siècle, pendant qu'en France l'institution des aveugles dégénérait, pendant que les efforts d'Hauy y "étaient pour ainsi dire tombés en mépris, l'Europe entière était en admiration devant son œuvre, et regardait comme un devoir pour tout pays civilisé de s'y associer ; partout on se mit à étudier les prootaés d'Hauy. Le gouvernement russe, en 1806, pria cet homme de bien de venir fonder h Saint-Pétersbourg un institut d'aveugles à l'instar de celui de Paris ; Haûy partit, accompagné d'un de ses élèves, k jeune Fournier, dont il fit un répétiteur. A Saint- Pétersbourg, grâce à l'appui de la famille impériale, il se vit bientôt à la tête d'un établissement qui aurait pu lui faire oublier celui de Paris, si son cœur ne le lui eût rappelé sans cesse. L'école de Russie, du reste, n'eut pas un long succès.
Mais dès lors la plupart des pays d'Europe voulurent avoir leur institution d'aveugles. La Prusse établit la sienne, aussitôt après les expériences faites par Hatiy devant le roi à Berlin. La Hollandej
AVEUGLES
AVEUGLES
la Grande-Bretagne, le Danemark, l'Autriche, puis tous les autres pays suivirent cet exemple. Enfin des hommes habiles vinrent étudier à l'institution même de Paris, et portèrent le triple enseignement des aveugles aux Etats-Unis ; tels furent Howe et Friedlànder. Il est inutile d'ajouter que les nouvelles écoles ne copiaient pas servilement celle de Paris ; mais les grands traits communs à tous ces établissements étaient toujours ceux qu'avait fixés Hauy.
Etat de l'enseignement. — 1° Dans l Europe continentale. — Les institutions de l'Europe centrale diffèrent peu de celle de France comme cadre général, mais elles n'insistent pas également sur toutes les parties du programme. La plupart donnent peu de développement aux travaux industriels, et poussent, au contraire, assez loin l'instruction intellectuelle, classique même. La musique est partout cultivée, mais dans les unes on forme surtout des organistes, dans les autres deo exécutants instrumentistes ou des accordeurs. Il y en a encore un trop grand nombre où, faute d'employer le système Braille, les aveugles se bornent à répéter ce que le professeur a exécuté devant eux. On compte une trentaine d'établissements en Allemagne (dont 13 en Prusse avec 700 élèves et 75 maîtres ou maîtresses), 7 en Autriche, 4 écoles privées en Suisse, 2 en Espagne, 1 en Belgique.
2° En Angleterre. — La Grande-Bretagne, qui a certainement donné moins de développement à l'enseignement intellectuel des aveugles que l'Europe continentale, a attribué beaucoup plus d'importance à l'impression en relief; dès 1827, James Gall, d'Edimbourg, faisait imprimer en relief avec dss caractères ordinaires légèrement modifiés. Les Anglais ont des impressions en types romains majuscules dits de Glasgow, lettres quelque peu simplifiées (système du Dr Fry, 1832 ; ils ont le type dit de Taylor, caractère romain, majuscules et minuscules, qui ne paraît guère devoir être surpassé, mais ils ont aussi la plaie des impressions arbitraires : système sténographique (Lucas, de Bristol), système phonographique (Frère), système de Moon, etc. ; d'où une confusion déplorable. Les études musicales sont assez peu avancées. Longtemps les Anglais refusèrent même de mettre un instrument dans la main de leurs élèves, de crainte qu'ils ne s'en servissent plus tard pour aller mendier. Mais cette prévention s'est dissipée, et j'ai entendu à Saint-George' s Fields, principale école de Londres, d'assez bonne . musique d'orgue et même d'ensemble, vocale et instrumentale. — Mais ce qui domine incontestablement dans les écoles anglaises, c'est l'enseignement professionnel. A cet égard l'enseignement anglais est supérieur à celui du reste de l'Europe. Les écoles et les asiles d'aveugles ont des ateliers considérables. Les métiers les plus avantageux paraissent être la grosse vannerie, la corderie et les tapis de toutes sortes; jamais les objets fabriqués par les aveugles ne sont délaissés ; ils se vendent plutôt au-dessus des cours ordinaires, par une ^aison de charité qui fait honneur aux Anglais.
L'Angleterre a pour les aveugles 16 écoles publiques, 23 privées ; l'Ecosse et l'Irlande chacune 4 établissements publics.
2° Aux Etats- Unis. — Il faut rendre cette justice aux Etats-Unis qu'ils n'ont sacrifié aucune des branches de l'enseignement accessibles aux aveugles, et qu'ils ont généralement réussi. Sans prendre à la lettre tout ce qu'on lit dans les rapports pnbliés chaque année par leurs principales écoles, on ne peut méconnaître leurs sérieux efforts. Il est digne de remarque que dans ce pays où la plupart des établissements de charité sont dus à l'initiative individuelle, la grande majorité des asiles d'aveugles (22 sur 29 en 1870) sont fondés et entretenus par
l'Etat. Les trois plus anciens cependant, ceux qui comptent encore le plus grandnombre d'élèves, sont des établissements privés : New-York (1831), Boston, Perkins' Institute (1832), Philadelphie (1S33). D'après les rapports de l'institution de Philadelphie, que nous avons sous les yeux, «les branches suivantes composent l'enseignement intellectuel : lecture, écriture, impression en points, orthographe comprenant le dictionnaire et les définitions, étymologie avec les racines latines, grammaire, géographie avec le globe et les cartes, géographie physique, arithmétique mentale et sur ardoise, algèbre, géométrie, physiologie, histoire naturelle, philosophie naturelle, histoire générale; histoire de Grèce, d'Angleterre et des Etats-Unis, astronomie, sciences morales, littérature biblique et générale, connaissances usuelles, et exercices gymnastiques et physiques. » Ces établissements sont, comme la plupart des écoles américaines, communs aux deux sexes, avec un programme à peu près identique pour l'un et pour l'autre.
Les écoles des Etats-Unis ont eu plusieurs systèmes d'impression en relief : les capitales romaines de Glasgow (un dictionnaire a été imprimé dans ce caractère), le système en triangulaire de Boston, modification inventée par le Dr Howe (nombreuses éditions, entre autres une Encyclopédie pour les aveugles), et d'autres encore, sans compter l'écriture Braille qui y a aussi été introduite par l'excellente école de Saint-Louis du Missouri. Aujourd'hui le système usité dans presque toutes les écoles est l'écriture et l'impression en points de M. Will. Wait, surintendant de la grande institution de New-York. C'est seulement depuis quelques années que les Etats-Unis impriment de la musique en relief. — Les travaux manuels sont aussi très encouragés aux Etats-Unis, et à peu près les mêmes qu'en Angleterre ; on y ajoute la machine à coudre pour les femmes.
Outre une trentaine d'écoles d'aveugles aux États-Unis, on en compte 2 au Canada, 3 au Mexique, 1 au Brésil.
Nécessité de procédés uniformes. — Sera-t-il permis à un ami des aveugles, qui a passé sa vie tout entière à les instruire, de terminer cette étude par un conseil qu'il croit de la plus haute importance ? Le plus grand danger que courent aujourd'hui les institutions d'aveugles, c'est cette multiplicité de procédés qui les sépare les unes des autres, entraîne à d'énormes dépenses, et paralyse leurs moyens d'action. Ces écoles sont en infime minorité dans le monde ; que deviendront-elles si elles se divisent, si chacune se fait en quelque sorte une langue à part, inintelligible aux autres, au lieu de s'appliquer à un ensemble de procédés uniformes pour la lecture, l'écriture, l'impression, la notation musicale? C'est ce souci qui a donné lieu en ces dernières années à des congrès d'instituteurs d'aveugles (Vienne, 1873,Dresde, 1876). Il est à souhaiter que les plus grands efforts soient faits pour prévenir cette dispersion des forces. Pour ne parler, par exemple, que de la musique, qui doit et qui peut si bien être une langue universelle, le système de Braille est une découverte du plus grand prix pour les aveugles : qu'un caprice, qu'un vain amour-propre ne le fasse pas repousser pour y substituer ici un procédé, là un autre. L'institution de Paris, et toutes celles qui, dans les deux hémiphères, ont eu le bon esprit d'adopter les procédés de Braille, ont imprimé une grande quantité de musique ; faudra-t-il que toute cette musique soit comme non avenue pour les aveugles de tout un pays, parce qu'il aura plu à tel professeur d'imposer quelque procédé nouveau de son invention? Non. Il faut viser à constituer pour les aveugles, qui en ont un si grand besoin, toute une bibliothèque commune, bibliothèque littéraire et bibliothèque musicale. [J. Guadet.]
AYEYRON
AYEYRON
Ouvrages à consulter. — Essai sur l'éducation des aveugles, par Valentin Haùy, petit in-4», imprimé moitié en relief, moitié en impression ordinaire; Essai sur l'instruction des aveurjlt's, par Guillié, in-8°, livre qu'il ne faut consulter qu'avec défiance ; Essai sur l'état physique, moral et intellectuel d" l'aveugle-né, par P. -A. Dufau, et Notice bingraphique sur Valentin Ilaûy, par le même ; enfin les ouvrages de J. Guadet : L'institut des jeunes aveugles de Paris, son histoire et ses procédés d'enseignement, 1 vol. in-8°; L'instituteur des aveugles, journal mensuel, 8 vol. in-8° ; De la première éducation des enfants aveugles, d'après Knie et Georgi, avec des aperçus généraux sur L'éducation et l'enseignement des enfants aveugles, 1 vol. in-8 ; De la condition des aveugles en France, 1 vol. in-8°, etc. — Journal officiel, 17 février 1878 (Valentin Haiiy et Lesueur).
Cf. aussi L'institution des jeunes aveugles, par Maxime du Camp {Revue des Deux-Mondes, 15 avril 1873); L'éducation d'un aveugle, par Th. Lebrun (dans le Lycée, III, 346, et III, 107); Un aveugle sourd et muet, par Ougald Stewart {Annales de l'éducation, V, 118) ; Idem, par Dufau {Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, Vlll, 437.)
En allemand : le rapport de M. Kaltner sur V Enseignement des aveugles et des sourds-muets (XXVI8 fascicule du Rapport général sur l'Exposition de Vienne); Soin des aveugles, par le Dr Pablasek, directeur de l'établissement des aveugles à Vienne, 1867; L'aveugle et son éducation, par Louis de Sainte-Marthe, 1868.
En anglais : Procès-verbaux de l'association américaine des institutions d'aveugles, etc,
AVEYRON (Département de 1'). — Superficie : 8,743 kil. carrés. Population : 412,826 (au lieu de 402,474 en 1872 et 400,070 en 1806) ; densité de la population : 47 hab. par kil. carré. — 5 arrond., 42 cantons, 295 communes.
Population d'âge scolaire. — 50,571 enfants de 6 à 13 ans (28,807 garçons et 27,764 filles) en 1876 (au lieu de 27,734 garçons et 25,653 filles en 1872), soit 13,65 par 100 hab., c'est-à-dire une, des moyennes les plus élevées de la France : 10 départements seulement l'égalent ou la dépassent.
1 Historique de l'enseignement primaire. — Il existait dans le Rouergue un certain nombre d'écoles avant 1 789, mais dans les villes seulement ou auprès des monastères, qui étaient en très grand nombre. Il est question notamment d'un certain Jean Junius, '< maistre d'escole en la ville de Villefranche » en 1554; et ce qui semble montrer que cette profession était en honneur, c'est que ce même Jean Junius devint 1er consul de ladite ville en 1569, puis conseiller au parlement de Toulouse. (Voir aussi : Notice historique sur le collège de Rodez, par M. Lunet, dans le Ve vol. des Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron.)
Ce que nous pouvons citer de plus authentique est extrait de la Description du département de l'Aveyron par Alexis Monteil, professeur à l'école centrale de Rodez (, 1 801 ) : « Dans tous les temps, dit-il, l'instruction a été beaucoup plus négligée que l'éducation. Autrefois les écoles du premier degré étaient presque toutes entre les mains des vicaires ou des pauvres curés; ils montraient à lire, à écrire et même quelquefois les éléments du latin. Les écoles primaires leur ont succédé; elles devraient être au nombre de 84 et il n'y en a que 30 d'ouvertes. »
Le département de l'Aveyron n'a pas tardé à dépasser dans de larges proportions les desiderata du célèbre auteur de YHistoire des Français. Au lieu des 84 écoles qu'il demandait en lbOl, l'Aveyron comptait :
En 1822
220 écoles.
En 1832
5066 élèves.
En 1837
32543 — dont M 3 40 filles.
En 1850
En 1863
En 1876
Il n'y avait plus que 17 communes dépourvues d'écoles en 1837, plus que 3 en 1840, et plus une seule en 1850.
2. État actuel. — Nombre d'écoles. — Aujourd'hui l'Aveyron possède 1107 écoles publiques et 138 établissements libres d'enseignement primaire. Sur les 1107 écoles publiques, il y a 507 écoles de garçons, 350 écoles de filles, 131 écoles mixtes, 119 écoles de hameau. Les écoles laïques sont au nombre de 740. les congréganistesde 361. Il est à noter que sur 350 écoles communales spéciales de filles, il n'y en a que 123 laïques. La proportion de l'élément congréganiste est plus forte encore dans les écoles libres de filles : sur 116, il y en a 94. — Il y a en outre dans le département 42 salles d'asile.
Nombre d'élèves. — Dans ces 1255 écoles, 67,716 élèves reçoivent l'instruction, savoir : 33,437 garçons et 22,997 filles dans les écoles publiques, 1775 garçons et 9507 filles dans les écoles libres : ce qui donne une moyenne de plus de 16 élèves pour 100 habitants. Mais sur ce nombre il n'y a que 47,895 élèves de 6 à 13 ans, soit en nombres ronds 48,000 enfants à l'école sur 56,500 qui devraient y être, ou 11 élèves par 100 habitants au lieu de 13. Cet exemple explique combien on se tromperait si l'on appréciait la situation intellectuelle d'un département d'après ce seul élément : le nombre proportionnel des élèves inscrits par rapport à la population générale. Il y faut ajouter, pour avoir des résultats vrais, le nombre d'enfants par mariage. Ce second élément est sujet à des variations trop considérables pour ne pas exercer une grande influence sur l'évaluation du rapport entre la population générale et la population scolaire.
Situation financière. — La moyenne du nombre d'enfants par école dans l'Aveyron est de 55 élèves; mais, les écoles confiées aux congrégations religieuses dépassant de beaucoup cette moyenne, il en résulte que les écoles laïques ne l'atteignent pas : elles ne contiennent que 40 élèves environ, dont les deux tiers sont des élèves gratuits : aussi l'État intervient-il dans une très large mesure pour assurer les traitements des instituteurs et institutrices publics, et pour les loyers des maisons d'école : environ 700,000 fr. chaque année. En dépit, ou pour mieux dire à cause de cette énorme subvention, l'instituteur est réduit au traitement minimum; il vit pauvre et sans grande influence sur les populations.
Difficulté résultant du nombre des paroisses et des communes. — Une cause permanente s'oppost aux progrès de l'instruction primaire dans ce département : la division administrative ne concorde en rien avec la division diocésaine. L'Aveyron renferme 293 communes et 666 paroisses : telle commune a donc jusqu'à 10 paroisses et une quinzaine d'écoles; telle autre n'est pas chef-lieu de paroisse et est annexée pour le culte à une commune voisine ; enfin telle paroisse comprend des hameaux appartenant à des communes ou même à des cantons différents. — Les écoles sont créées pour les paroisses, et vivent ainsi en dehors des maires et des administrations municipales ; ce sont des écoles de hameau, ne présentant aux instituteurs aucun espoir d'avancement, et par suite ne conservant à leur tête que des hommes qui veulent bien se contenter toute leur vie d'un traitement minime de 800 fr. — Cette situation explique pourquoi l'école est livrée à l'influence du clergé, et pourquoi dans la région se manifeste une tendance marquée à la confier aux congrégations religieuses.
Institutions auxiliaires. — Les conférences d'instituteurs sont régulièrement établies ; elles donnent lieu à des études, à des discussions et à des résumés écrits très profitables aux instituteurs. Des bibliothèques pédagogiques sont ouvertes dans chaque canton pour l'usage des instituteurs. Enfin ont lieu chaque année dans les divers cantons des concours pour l'obtention du certificat