‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 163 sur 534 · M OH ALI · texte numérisé non relu

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uns, la loi morale a sou fondement dans la volonté divine. Sa formule serait ainsi : obéis aux commandements du souverain législateur. Ces commandements, Dieu les aurait gravés lui-môme dans la conscience humaine, ou exprimés directement à certains élus, chargés par lui de les ransmettre et de les interpréter au reste du genre humain. Une telle doctrine est au moins dénuée de preuves philosophiques. La volonté de Dieu nous est impénétrable. Nous affirmons qu'il ne peut rien vouloir de contraire à la loi morale, mais parce que nous connaissons cette loi immédiatement et par elle-même, et qu'il est contradictoire avec l'idée d'un être parlait qu'il puisse vouloir le mal. Loin d'être le principe de la loi morale, la volonté divine ne saurait en être que l'expression. D'autres, ce sont les utilitaires, ont prétendu ramener la loi morale soit à l'intérêt particulier, soit à l'intérêt général. Mais l'intérêt, si bien entendu qu'on le suppose, n'est point obligatoire; et c'est par là, nous l'avons vu, que l'utile se distingue de l'honnête. Sans doute, en un sens très élevé, l'intérêt suprême pour l'individu c'est de faire son devoir, et Cicéron a montré admirablement l'identité fondamentale de l'honnête et de l'utile; mais cette sorte d'intérêt qui peut exiger jusqu'au sacrifice de tout bonheur terrestre n'est pas celle qu'entendent les partisans de système égoïste (Epicure, Hobbes, Helvétius).

Quant à l'intérêt général, ou, selon la formule de Bentham, le plus grand bonheur possible du plus grand nombre possible, il ne peut avoir évidemment d'autre:; caractères que ceux des intérêts particuliers dont il est la résultante et la synthèse. Outre qu'il est très difficile à déterminer, il lui manque, à lui aussi, d'être obligatoire en soi. Que si parfois nous sommes moralement tenus de subordonner notre utilité individuelle à celle du plus grand nombre, c'est en vertu d'un principe supérieur à l'utilité, fût-ce celle de tout le genre humain. Fonder la morale sur l'intérêt public, c'est justifier, c'est glorifier tous les crimes qu'enregistre l'histoire au nom de la raison d'Etat. Il est bien vrai qu'en fait le plus grand bonheur du plus grand nombre possible ne saurait être mieux assuré que par la pratique universelle de la loi morale ; mais il s'agit ici de principes, et théoriquement, ils restent profondément distincts. (Les représentants les plus éminents du système de l'intérêt général sont, depuis Bentham, Smart Mil!, Bain, H. Spencer, Darwin.)

Selon nous, 1 essence véritable de la loi morale, c'est une conception idéale que nous nous formons nécessairement de l'humanité, à l'occasion et à propos de notre propre conduite ou de celle des autres. Sommes-nous témoins des emportements de la colère, de la vengeance? nous concevons le type d'un homme maître de lui-même, capable de pardonner l'injure: aux excès d'une basse sensualité, nous opposons le modèle de la sobriété et de la tempérance, à la lâcheté, le courage, à la dureté d'un cœur que ne peuvent émouvoir les souffran- < ' s d'autrui, la bienveillance, la philanthropie, la charité. C'est d'après cet homme idéal que nous nous jugeons nous-mêmes et que nous jugeons nos semblables. A toutes les époques, à tous les degrés de civilisation, l'humanité s'est ainsi^ représentée une image plus parfaite d'elle-même, et il y a progrès dans ces conceptions successives de l'idéal moral. Hais toujours et partout s'impose à elle l'obligation d'y tendre de plus en plus. C'est là proprement la loi morale, que l'on pourrait formuler ainsi : efforce-toi de réaliser par ta conduite le type de l'humanité que tu portes en toi-même; ou plus simplement encore : efforce-toi d'être homme.

Les stoïciens n'entendaient pas autre chose pnr

leur maxime célèbre : il faut vivre conformément à la nature. Ce qui constitue la nature d'un être, c'est ce qui l'achève, le rend parfait : la vraie nature de l'homme n'est donc pas la sensibilité inférieure, qui lui est commune avec les animaux, mais la raison et la liberté. Vivre conformément à la nature que conçoit l'idéal du sage, vivre conformément au liiou, à la perfection, autant de formules identiques de la loi morale.

Le devoir consiste à obéir en tout et partout à cette loi. Le droit n'est en moi que l'obligation pour autrui de respecter ma liberté dans ses manifestations légitimes. Le respect du droit d'autrui s'appelle la justice. Quand, non content de ne pas nuire à mon semblable, je fais en sorte d'écarter tous les obstacles qui s'opposent au plein développement de sa liberté, souffrance, misère, ignorance, etc., que je travaille selon mes forces à son bonheur, je dépasse la justice ; j'atteins la charité.

Nous avons dit que la pratique du devoir souvent des sacrifices pénibles pour la sensibilité. Néanmoins il est contradictoire aux yeux de la raison que le malheur soit la conséquence de la vertu. Nous affirmons invinciblement que quiconque fait le bien doit tôt ou tard en être récompensé, pourvu que l'espoir de cette récompense n'ait pas été le motif principal et déterminant de sa conduite. On appelle mérite ce droit au bonheur acquis par un être à qui rien n'a coûté pour accomplir la loi morale. Le démérite est ce qu'on pourrait appeler le droit à la punition pour celui qui l'a violée.

Les sanctions d'une loi sont les peines et les récompenses attachées à la pratique ou à la violation de cette loi. La loi morale a différentes sortes de sanctions.

La vertu, c'est-à-dire la pratique constante et habituelle du devoir, est accompagnée d'une satisfaction profonde, d'une sérénité d'âme inaltérable. Le coupable, au contraire, est, selon la gravité de la faute, mécontent de soi ou déchiré de remords. La santé ou la maladie, conséquences ordinaires de la vertu ou du vice, l'estime ou le mépris de nos semblables, les châtiments prononcés par les tribunaux humains, autant de sanctions plus ou moins efficaces. Mais toutes sont insuffisantes, car l'intensité du remords est presque toujours en proportion inverse de la perversité du criminel; une constitution vigoureuse peut résister à toutes les débauches, l'estime et le mépris peuvent s'égarer sur de fausses apparences; enfin la justice des hommes, toujours faillible, ne recherche et ne punit que les actes qui compromettent l'ordre et la sécurité sociale. De là, aux yeux des plus grands moralistes, tels que Platon et Kant, la nécessité d'une sanction définitive dans une vie ultérieure ; c'est le fondement le plus solide de la croyance à l'immortalité de la personne humaine. Nous n'insisterons pas sur cette partie de la morale qu'on appelle morale particulière, et qui n'est que l'exposition méthodique des principaux devoirs qui s'imposent à l'homme. Contentonsnous de rappeler les grandes divisions généralement adoptées : Morale individuelle, ou devoirs de l'homme envers lui-même (devoirs envers stu corps : fortifier, développer le corps pour en faire un serviteur docile de l'intelligence et de la volonté, interdiction du suicide; devoirs envers son âme : cultiver les diverses facultés conformément à la loi du bien) ; — Morale domestique, ou devoirs de l'individu dans la famille ; — Morale sociale ou devoirs de l'homme envers l'Etat, envers l'humanité (justice et charité); —Morale religieuse, ou devoirs de l'homme envers Dieu. On admet quelquefois, sous le nom de morale réelle, une classe spéciale de devoirs envers les choses et envers les animaux. On peut douter néanmoins que cette dia soit parfaitement justifiée: les devoirs de

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