MOUSSES
l'homme envers les animaux pourraient bien n'être qu'une extension de ceux qu'il a envers lui-même (ne pas endurcir son cœur et contracter des habitudes de cruauté en maltraitant sans raison des êtres inoffensifs) Les mauvais traitements envers les bêtes sont d'ailleurs interdits, sous certaines oeines, par la loi française (loi Grammont).
[L. Carrau.]
MORTALITÉ. — V. Population.
MOUSSES. — Botanique, Xlï.—Etymologie : de l'allemand ancien mos, qui signifie mousse. —On désigne sous le nom général de Mousses de petits végétaux cryptogames cellulaires, qui forment dans la nature actuelle un groupe très nettement isolé de tous les groupes voisins. Tout nous porte à regarder les mousses comme les plus élevés des cryptogames cellulaires. Malgré l'extrême délicatesse de leurs tissus, certaines mousses ont été conservées à l'état fossile ; leur présence a été signalée dans les terrains les plus anciens; et celles de ces formes anciennesque l'on peut reconnaître diffèrent assez peu des espèces actuelles.
Dans l'histoire complète du développement d'une mousse on distingue trois stades; 1° le stade fruit; 2° le stade protonema ou stade filamenteux; 3° la phase adulte ou de mousse proprement dite.
L'embryon des mousses n'est jamais libre. Sitôt formé, il se développe, et les premières phases de son développement s'accomplissent au sein de l'archégone dans lequel il a pris naissance. Lorsque la jeune plante a acquis un certain développement, elle rompt l'archégone dont la partie supérieure demeure à son sommet, la recouvrant comme une sorte de chapeau. Cette pièce protectrice, qui persiste parfois pendant un temps très long au sommet de la plante, a reçu le nom de coiffe. Les premiers développements de la mousse ont pour effet de la transformer en un appareil spécial que l'on nomme la capsule ou le fruit. A cet effet le corps de 1a jeune plante se partage en trois parties. L'inférieure demeure fixée sur la plante mère; elle se tuméfie légèrement; c'est à la fois un suçoir pour la plante et aussi un moyen de fixation. La région moyenne du corps de l'embryon s'allonge en un pédicelle très délié, que l'on nomme le pédoncule ou la soie de la capsule. Cette soie se renfle supérieurement en un corps globuleux nommé apophyse, à l'extrémité duquel se dresse la capsule proprement dite, qui résulte de la transformation du tiers supérieur du corps do l'embryon, [.a capsule était d'abord formée par un tissu cellulaire homogène plein, recouvert superficiellement par une couche de cellules épidermiques d'un seul rang de cellules. Dans la région moyenne de l'épaisseur du tissu de la capsule, à une distance sensiblement la même de la surface et du centre de l'organe, on voit s'établir une rangée de cellules qui se transforme bientôt en un sac sporifère. Ce sac sporifère, complètement développé, forme donc une sorte de ceinture lâche et plissée autour d'une colonne centrale. La colonne centrale de la capsule s'étale supérieurement en un disque qui se rattache à la couche épidermique, et termine le fruit par une sorte de dôme de forme variée. A la maturité, la partie supérieure du fruit de la mousse se détache et s'enlève à la manière d'un couvercle, d'où le nom d'opercule par lequel on désigne quelquefois cette partie de la plante. Le hord de l'ouverture faite dans le fruit par la chute de l'opercule est le péristome. Les caractères des principaux genres des mousses sont tirés de l'ornementation plus ou moins complexe de ce péristome ; c'est ainsi que les Tétraphis ont quatre dents au péristome, les Splacîinum en ont seize, les Grimmia en ont trente-deux, le Polytiïc commun en présente jusqu'à soixante-quatre. Rarement l'opercule demeure en place, comme dans les
Andréa ; alors la capsule mûre se déchirô latéralement pour mettre les spores en liberté.
Par la chute de l'opercule et la déchirure du sac sporifère, les spores ou cellules disséminatrices produites dans son intérieur tombent sur la terre humide et là germent immédiatement. Sous l'action de l'humidité la région superficielle solide et dure de la paroi cellulaire de la spore se brise, et la région interne molle de cette même paroi s'allonge au dehors en un filament grêle qui est une nouvelle forme de la plante. Cette nouvelle forme de la mousse est désignée sous le nom de protonema. Le stade protonema, dans le développement des mousses, est la phase à laquelle ces êtres se montrent comme constitués par de petits filaments verdâtres. Le protonema se ramifie abondamment. Bientôt, en certains points, on voit le protonema émettre vers le sol des poils fixateurs, véritables crampons qui l'attachent au sol d'une manière définitive. Dans la région du protonema qui vient d'émettre ses poils fixateurs, on voit le filament se segmenter, et la masse cellulaire produite s'édifier bientôt en une sorte de tige chargée de petites feuilles; nous trouvons enfin l'aspect sous lequel nous sommes habitués à voir ce que tout le monde nomme les mousses.
Dans cette troisième phase de leur développement, que l'on regarde ordinairement comme la phase adulte de la plante, la mousse se compose d'une tige grêle courte ; les plus élevées de ces. tiges n'atteignent pas 0ID,60. Cette tige est plus ou moins ramifiée selon les genres. Elle porte toujours de petites écailles membraneuses ou feuilles, arrangées en disposition spiralée. La structure des tiges des mousses est des plus simples; c'est une masse de cellules à parois très fortement épaissies, d'autant plus petites qu'elles sont plus voisines de la périphérie de l'organe. Les cellules extérieures forment à la surface de la tige un revêtement épidermique. Toutes les parois cellulaires des mousses prennent avec l'âge de vives colorations et déterminent les couleurs de ces végétaux. Dans les mousses les plus élevées en organisation, on trouve au sein des cellules épaisses de la tige des cordons de cellules à parois minces, que l'on désigne sous le nom de faisceaux, en les assimilant à tort aux faisceaux fibrovasculaires des monocotylédones et des fougères. L'existence de ces faisceaux n'est pas constante pour une même espèce ; elle dépend surtout du volume pris par la tige lors de son développement. Quant aux feuilles des mousses, fréquemment elles sont constituées par une lame d'un seul rang de cellule?, plus rarement on trouve deux rangs de cellules à parois minces dans l'épaisseur de la feuille. Très souvent les feuilles des mousses sont chargées de petites pelotes cellulaires nommées propngul.es; ce sont des sortes de végétations informes qui naissent à la surface des feuilles. Les propagules se détachent facilement de la feuille sur laquelle elles sont nées, elles tombent sur le sol humide et donnent en s'y développant immédiatement une nouvelle tige de mousse. Les propagules sont donc des organes de dissémination. Les feuilles des mousses sont colorées en vert par de la chlorophylle granulée. Vu la délicatesse de la texture de leurs feuilles, les mousses ne peuvent vivre que dans les endroits humides. Les quelques spécimens de mousses que l'on rencontre parfois dans les pays exposés à la sécheresse n'y vivent que pendant la saison des pluies et disparaissent avec le premier rayon de soleil.
Les organes reproducteurs des mousses apparaissent à l'extrémité des tiges et des ramifications latérales de ces liges. Ces organes sont de deux sortes. Les un-, nommés anthéridies, correspondent aux anthères des phanérogames ; ce sont de gros sacs cellu'aires qui produisent dans leur
MOUTON
MOUTON
intérieur de très petits corps nommés anthérozoïdes. Les anthérozoïdes correspondent aux grains de pollen produits par les anthères. Chaque anthérozoïde se présente sous la forme d'un filament très fin portant à sa partie antérieure deux cils vibratiles extrêmement mobiles et à son extrémité opposée une vésicule pleine d'amidon. Les anthérozoïdes nagent dans l'eau et s'y déplacent avec une très grande rapidité. Les autres organes reproducteurs, ceux qui correspondent aux pistils des végétaux phanérogames, consistent en des sortes de petites bouteilles nommées archégones. Chaque archégone contient dans sa partie basilaire un globule protoplasmique nommé oosphère. A la maturité de l'archégone, son tube s'ouvre, recueille les anthérozoïdes, qui agissent sur l'oosphère. Par le fait de cette action des anthérozoïdes, l'oosphère est transformée en embryon. Cet embryon forme la graine de la mousse, mais cette graine, au lieu de quitter la plante mère, se développe immédiatement sans se séparer de l'être qui lui a donné naissance. Selon les genres, les anthéridies et les archégones forment des groupes distincts. Ailleurs, les anthéridies sont mêlées parmi les archégones; des groupes d'anthéridies et d'archégones forment ce qu'on appelle les fleurs de mousses. Selon que la tige d'une mousse se termine par un fruit ou selon que ce sont ses ramifications qui portent les fruits, on a les Mousses acrocarpes et les Mousses pleurocarpes.
Aux mousses en rapporte quelquefois les Sphaignes, petits végétaux très semblables aux mousses, qui vivent surtout dans les marais tourbeux. Les sphaignes se distinguent des mousses par un sac sporifère en forme de calotte sphérique au lieu d'être en forme de ceinture, et par des spores de deux espèces, les unes petites, nommées microspores, les autres très volumineuses et appelées pour cette raison des macrospores.
Généralement aussi, on rapproche encore des mousses les Hépatiques. Les hépatiques, avec une histoire très semblable à celle des mousses, diffèrent de ces dernières par leur forme générale à l'état d'adulte. Beaucoup d'hépatiques adultes se présentent en effet sous la forme de lamelles foliacées, dans lesquelles on ne peut rien reconnaître qui soit comparable, même de loin, à une tiire ou à des feuilles. Les hépatiques différent encore des mousses par la présence dans leur sac sporifère d'un appareil destiné à favoriser la dissémination des spores. Ce sont de petites cellules élastiques nommées flatères, très sensibles aux variations de l'état hygrométrique de l'air et qui, sous cette influence, exécutent des mouvements brusques qui ont pour résultat la projection des spores à quelque distance. Le type des hépatiques est le Marchanda polymorpha, qui se développe entre les pavés des cours humides et sans soleil.
Usages de* mousses. — Les mousses ne servent guère dans nos régions qu'à l'emballage des objets fragiles. Les horticulteurs, mettant à profit les propriétés spongieuses des mousses, les emploient souvent pour maintenir l'humidité autour de leurs cultures Dans les pays froids, les mousses sont utilisées pour couvrir les habitations; grâce à leur faculté de conserver la chaleur, elles protègent très efficacement les habitations contre les rudes atteintes de l'hiver. Quelques mousses servent à la nourriture des animaux. En Laponie ce sont les mousses qui, associées aux lichens*, forment la majeure partie de la nourriture des rennes pendant l'hiver. Dans l'économie générale du g!"be, les mousses entrent, pour une part importante, dans la production de la tourbe et du terreau. [C.-E. Bertrand.]
MOUTON ET AACKS OVINES. — Agriculture, XV. — Le mouton est un des principaux
animaux domestiques agricoles. Sa domestication remonte aux âges les plus reculés. Les moutons formaient dans l'antiquité la principale richesse des peuples pasteurs ; les conditions de leur production se sont modifiées en Europe : mais dans plusieurs parties du nouveau monde, il existe aujourd'hui encore d'immenses troupeaux aussi considérables, sinon plus, que ceux dont l'histoire a gardé le souvenir.
Le mot générique de mouton est employé pour désigner les individus, à quelque race qu'ils appartiennent: mais, en langage absolument correct, il s'applique aux mâles châtrés. Le mâle est appelé bélier, la femelle brebis; les jeunes sont désignés, pendant leur première année, sous le nom d'agneaux ou ù'agnelles; à un an, ils deviennent anienais et antenais'ts. La brebis porte, en moyenne, 150 jours. Dans les circonstances ordinaires, en France, on adopte trois époques pour les agnelages ou naissances : l'hiver (décembrejanvier), le printemps (février et mars), l'été (juin). L'allaitement des agneaux par leur mère doit durer de quatre à cinq mois.
La peau des moutons porte une espèce spéciale de poils désignée sous le nom de laine; ce sont des poils fins, longs, onduleux et soupies. A la laine sont mêlés en proportion variable des poils rudes et grossiers, qu'on appelle jarre; le jarre se rencontre surtout à la base de la queue et sur les membres.
Les produits que l'agriculteur demande au mouton sont la viande, la laine et le lait. Ce dernier produit est tout à fait accessoire, et ce n'est que dans des circonstances assez rares qu'il acquiert de l'importance, principalement pour la fabrica tion du fromage.
Pendant longtemps, la laine a été le produit à peu près exclusivement recherché dans l'élevage du mouton. Sous l'influence des anciennes méthodes de culture, où de nombreuses jachères et des biens communaux étendus pouvaient recevoir et nourrir à bon marché de grands troupeaux, le mouton ne comptait que pour la laine qu'il produisait. En outre, en raison des difficultés de communication, et de son faible poids sous un grand volume, la laine était un objet difficile à transporter, et elle se vendait à des prix élevés. On a donc cherché à en encourager la production en France, et c'est dans cette pensée que le gouvernement préconisa, au siècle dernier, l'introduction et la propagation du mouton mérinos. Mais, depuis une quarantaine d'années, les conditions ont beaucoup changé : la propriété territoriale s'est sensiblement modifiée, la jachère a perdu du terrain, les communaux se sont divisés et ont été cultivés. L'élevage du mouton n'a donc pu se faire suivant les anciens errements. D'un autre côté, la laine, pressée en balles compactes, a pu voyager facilement, en même temps que sa production prenait d'énormes proportions dans l'Amérique du Sud et en Australie: par suite, son prix a baissé. La production de la viande de mouton, jadis secondaire, est, par suite de ces circonstances, devenue le côté principal de l'élevage. Les anciens grands troupeaux ont disparu dans quelques régions. De nombreuses plaintes se sont élevées au sujet de cette transformation. Pour y répondre, il suffit de comparer la situation des agriculteurs aux deux époques : elle est incontestablement meilleure aujourd'hui. La transformation leur a donc été favorable.
L'élevage du mouton est principalement dirigé aujourd'hui vers la production de la viande. Pour quo celle-ci soit avantageuse, il a fallu transformer les anciennes races françaises pour leur donner plus de précocité, c'est-à-dire pour faire arriver les animaux en moins de temps à leur complet développement. Pour atteindre ce but,
MOUTON
MOUTON
on peut suivre deux méthodes. La première consiste à croiser les anciennes races avec des races déjà plus parfaites au point de vue de la précocité. Quelques races anglaises ayant été antérieurement développées dans ce sens, ont été choisies par un certain nombre d'agriculteurs pour faire ces croisements. Le principal exemple est dans le croisement dishley-mérinos, très apprécié dans le rayon de Paris et dans le nord de la France, et qui a donné au mérinos une ampleur de formes jadis inconnue. La deuxième méthode consiste dans le développement des qualités qui constituent la précocité, au moyen de 1k sélection entre les animaux d'une même race. Cette méthode a aussi été adoptée pour la race mérinos : c'est par son emploi qu'ont été créées les variétés de mérinos du Soissonnais, du Chatillonnais, dont le développement est presque aussi rapide que celui des races dites à viande, en même temps que ces variétés ont gardô l'avantage de fournir une laine abondante et de qualité supérieure.
Pendant longtemps, l'opinion qu'une race de moutons ne peut pas être à la fois bonne productrice de laine et bonne productrice de viande, a prévalu parmi les agriculteurs. Mais les faits ont démontré que cette opinion était erronée. Les mérinos précoces obtenus aujourd'hui dans les centres qui viennent d'être indiqués n'ont rien perdu des qualités qui ont fait la réputation de la laine mérinos. En même temps, le poids de leur toison n'a pas diminué ; et cela devait être, puisque, quand on cherche à rendre une race plus précoce, on tend à diminuer, dans le corps des animaux, le volume des parties les moins utiles, c'est-à-dire les membres, le cou et la tête, où la laine est toujours de moindre qualité.
Quelques parties de la France sont plus spécialement des régions à moutons. Ce sont surtout les plaines du Berri, de la Beauce, de la Brie, de la Champagne, et dans le Midi une partie de la Provence et du Languedoc. Dans ces pays, les troupeaux de moutons sont mis à la pâture pendant une bonne partie de l'année ; on les sort de la bergerie au printemps, pour les y rentrer pendant l'hiver. Les pâturages secs, à herbe courte, sont ceux qui conviennent le mieux; les moutons réussissent peu dans les terrains bas imperméables, plus ou moins humides et marécageux. Les bois ne forment pour eux qu'un pâturage médiocre, surtout quand ils sont très couverts et remplis de broussailles. Quant à la quantité de moutons qu'un pâturage peut nourrir, il est impossible de l'indiquer d'une manière tant soit peu précise ; elle dépend de la nature des pâturages, et de leur produit, variable suivant les conditions climatériques des années. En général, le pâturage dure de 170 à 180 jours par an.
Pendant l'hiver, les moutons sont nourris à la bergerie : la nourriture qui leur convient le mieux consiste en fourrages divers, et en racines Les fourrages les plus avantageux sont les mélanges de trèfle et de paille d'orge ou d'avoine, les pailles de féverolles, etc. Quant aux racines, ce sont les betteraves, les carottes, les navets, coupés en tranches minces, mélangés avec des balles ou des pailles hachées, ou encore avec du son. Cette nourriture leur est distribuée dans des crèches, qui doivent être maintenues dans un grand état de propreté. Les rations journalières varient suivant le poids et l'âge des animaux.
Les béliers doivent être séparés des brebis d'une manière constante. Plusieurs méthodes sont employées pour la reproduction; celle qui paraît la plus commode est de mettre, au moment opportun, un bélier pendant quelque temps dans un compartiment spécial avec une quinzaine de brebis.
En dehors de l'élevage des moutons, un grand
nombre d'agriculteurs, surtout dans les régions plus spécialement consacrées à la culture des céréales, se livrent à leur engraissement. Pour cette sorte de spéculation, les moutons sont achetés au moment de la moisson, et parqués sur les chaumes. Ils commencent à s'y engraisser, et ils arrivent à leur état complet dans la bergerie, pendant l'hiver, sous l'influence d'une nourriture plus concentrée. Le principal bénéfice de cette opération est dans la différence du poids de l'animal au moment de l'achat et à celui de la vente. Les moutons sont ainsi employés, comme les bœufs, dans la région de la betterave, à consommer et transformer les résidus des distilleries et des sucreries, drèches, pulpes, etc.
Chaque année, les moutons sont soumis à la tonte. Cette opération a pour but d'enlever leur laine à l'époque la plus favorable pour que les animaux n'aient pas à souffrir des intempéries. La fin du printemps est, dans la plus grande partie de la France, le moment le plus propice.
La qualité de la laine est très variable suivant les races qui la fournissent. En pratique, on distingue un grand nombre de sortes de laines. D'une manière générale, la finesse et la longueur de la laine sont les deux qualités qui sont le plus recherchées. Au point de vue de la finesse, on classe les laines en superfines ou extrafines, laines fines, laines ordinaires et laines intermédiaires. Il serait peut-être préférable de ne considérer que trois catégories : laines fines, laines communes, laines grossières. Mais c'est une question de commerce et d'appellations qu'il est difficile de changer. Au point de vue de la longueur, c'est l'égalité dans la longueur des brins qu'il faut surtout rechercher dans une toison. Cette égalité existant, les laines longues sont celles qui sont le plus appréciées. Après ces qualités, celles qu'il faut principalement rechercher, sont l'élasticité ou le nerf, la douceur et la force ; cette dernière qualité dépend principalement de la nature du suint dont la toison est imprégnée.
Autrefois la tonte des moutons se faisait avec des forces; aujourd'hui on possède plusieurs appareils spéciaux désignés sous le nom de tondeuses, qui présentent l'avantage de faire plus rapidement une tonte plus régulière, sans blesser la peau du mouton, ainsi qu il arrive trop souvent quand l'ouvrier tondeur n'est pas très expérimenté.
Lorsque le mouton est tondu sans lavage préalable, on dit que la laine est en suint; quand la toison a été lavée avant d'être enlevée du corps de l'animal, la laine est dite lavée à dos. Il y a une diminution de près de 40 p. 100 dans le poids de la toison ; mais la laine est vendue notablement plus cher. Il est difficile de se prononcer tur l'avantage de cette pratique, usitée dans quelques contrées, notamment en Lorraine, en Champagne et en Bourgogne, tandis qu'elles est proscrite ailleurs, particulièrement dans la Beauce.
Classification des races ovines. — La classification des races ovines a été faite d'après des méthodes très différentes. Ainsi que nous l'avons fait pour les races bovines (V. Bœuf), nous suivrons la classification adoptée par Sanson, parce qu'elle repose sur des caractères précis et bien déterminés. On a vu, à propos des races bovines, quelle est la base de cette classification; il n'y a donc pas à y revenir ici.
La première catégorie, celle dite des races brachycéphales, comprend quatre races spéciales : la race germanique, la race des Pays-Bas, la race des dunes, et la race du plateau central.
La race germanique, de grande taille, à tête chauve, à toison grossière avec brins très longs, à peau épaisse, est surtout une race de boucherie, mais donnant une viande de qualité ordinaire.
MOUTON
MOUTON
Cette race appartient à l'Europe centrale; on en trouve une variété fort intéressante en Angleterre; c'est la variété Leicester ou dishley, remarquable au'ourd hui par ses aptitudes de précocité et de production d'une grande quantité de viande. Les animaux de cette variété arrivent à peser jusqu'à 100 kilogr. et au delà, avec un rondement considérable en viande nette. Cette race a été introduite on France, il y a une quarantaine d'années; elle a été surtout croisée avec la race mérinos.
La race des Pays-Bas est aussi d'assez grande taille, donne une laine grossière, mais a un développement assez précoce. Elle s'étend particulièrement en Hollande ; en Angleterre, la variété New-Kent appartient à cette race.
La race des dîmes est de taille moyenne; elle se distingue par une peau de couleur foncée ; sa toison est courte et frisée ; elle montre les caractères d'une grande précocité ; elle donne une viande délicate et abondante. La principale variété est la variété Southdown, originaire d'Angleterre, mais qui s'est répandue depuis quelque temps dans toutes les parties de l'Europe ; cette variété est celle qui a le corps le plus régulièrement développé, avec le squelette le plus réduit. En France, elle a été principalement introduite avec succès dans le centre et dans l'ouest. A côté de la variété Southdown. il faut citer celles appelées Oxfordshire et Shropshire, qui ont les mêmes qualités, mais à un moindre degré; avec une taille plus élevée.
La race du plateau central paraît origkaire du centre de la France. Elle est de petite taille, à laine courte et frisée présentant des mèches pointues; la face est courte, le front un peu bembé; elle s'engraisse assez facilement Les principales variétés sont celles des moutons auverg lats, limousins, marchois. La variété limousine a une laine de meilleure qualité.
La deuxième catégorie, celle des races dolichocéphales, comprend sept races : race du Danemark, race britannique, race du bassin de la Loire, race des Pyrénées, race mérinos, race de Syrie et race du Soudan.
La race du Danemark est de grande taille, avec les membres longs et la tête volumineuse. Le corps est étroit, et la toison est assez courte et grossière; la chair est de qualité médiocre. Les principales variétés sont celle des landes du Nord, celle des polders, la variété flamande ou picarde, la variété poitevine. Ces deux dernières seules sont françaises.
La race britannique est aussi de très grande taille ; sa toison est longue et douce ; elle a été améliorée au point de vue de la précocité. Les principales variétés sont les Cotswold et les Cbeviot. Elles sont confinées en Angleterre.
La race du bassin de ta Loire, est généralement de taille moyenne ; quelques variétés sont plus développées. La tête est petite. La toison est fine et d'une bonne qualité. La chair est délicat''. Elle présente deux variétés principales, la variété berrichonne et la variété solognote. La variété berrichonne, d'un tempérament rustique, donne de belle laine, et elle s'engraisse facilement. On fait av c succès des croisements de cette race avec des southdowns pour produire des animaux de boueberie d'une grande précocité. Quant à la variété solognote,' quoiqu'elle soit généralement assez négligée, elle peut, avec de bons soins, donner d'excellents résultats.
La race des Pyrénées, de grande taille, avec une forte tôte, une laine longue mais grosso, habile les vallées des Pyrénées; elle s'est étendue au-delà de cette zone dans le midi de la France. Ses principales variétés sont les basquaise et béarnaise, landaise et gasconne, lauraguai e, albigeoise et du Larzac. Cette race est une de ccllesqni Boni
le plus spécialement élevées au point de vue de la production du lait. C'est avec le lait des brebis du Larzac qu'on fabrique le célèbre fromage de Roquefort, et ses similaires dans le Languedoc.
La rare mérinos est originaire d'Espagne. La tète est forte et presque toujours porte des cornes volumineuses. La taille varie; elle est généralement assez forte. La toison est extrêmement abondante; la laine est fine et longue. Le squelette est volumineux, et la croissance est tardive, sauf dans quelques variétés améliorées au point de vue de la précocité. La production de la laine est l'aptitude prédominante de la race mérinos. Cette race s'étend aujourd'hui dans la plupart des parties de l'Europe, en Australie, en Amérique, au sud de l'Afrique. C'est au xvne siècle que des moutons mérinos ont été introduits pour la première fois en France, mais leur grande extension date du siècle dernier. Elle a eu un tel succès qu'elle ne forme pas moins de la moitié de la population ovine du pays. On distingue un assez grand nombre de variétés de mérinos : les principales variétés françaises sont celles du Roussillon, de la Champagne, de la Brie, de la Beauce, du Chatillonnais, du Soissonnais. Dans ces dernières variétés, on compte aujourd'hui un certain nombre de troupeaux dans lesquels les éleveurs se sont attachés à obtenir une grande précocité, sans nuire aux anciennes qualités si remarquables de la toison du mérinos ; la production du mérinos précoce tend à prendre une extension de plus en plus grande.
La race de Syrie, d'assez grande taille, à toison assez grossière, est originaire du pays dont elle porte le nom. Parmi ses variétés, celle dite barbarine est assez répandue en Algérie et dans le sud-est de la France. Sa laine est plus longue, mais elle est toujours assez grosse. Le mouton barbarin a des qualités prolifiques et laitières remarquables. C'est cette variété qui forme surtout les grands troupeaux exploités, dans le midi de la France, d'après le système de la transhumance. Ce système consiste à faire émigrer les troupeaux, pendant l'été, sur les lieux élevés, pour qu'ils y trouvent la nourriture qui manque dans les plaines brûlées par le soleil. La transhumance est une bonne opération au point de vue du profit qu'on retire du troupeau ; mais elle a de graves inconvénients pour les régions montagneuses qu'elle contribue puissamment à dénuder. Toutefois, il faut faire observer que cet inconvénient disparaîtrait, si l'on aménageait avec plus de soin, sur les pentes, les pâturages à moutons qui ne sont le plus souvent l'objet d'aucune surveillance.
La race du Soudan, répandue dans l'Afrique centrale, n'offre aucun intérêt pratique pour les agriculteurs français.
Entre les races qui viennent d'être décrites, il s'opère souvent des croisements qui se terminent par la prédominance dans les produits, au bout de quelques générations, de la race la plus puissante. Les croisements dishley-mérinos en forment, en France, le type le plus connu.
Maladies (tes moutons. — Les conditions d'une bonne hygiène sont la première condition de l'élevage du mouton, comme de tous les animaux domestiques. La plus simple prudence conseille d'éloigner des troupeaux toute cause de maladie.
Nous ne pouvons donner ici que la liste des principales maladies qui attaquent les moutons. Ces maladies sont : le sang de rate, endémique dans quelques régions, notamment en Beauce; le claveau, le tournis, le piétin, la gale, la météorisation, le muguet, etc.
Bergers. — Il est essentiel d'avoir un bon berger pour conduire un troupeau. Tant vaut le berger, tant vaut le troupeau. Une école spéciale de bergers a été créée à Rambouillet en 1874. Elle