MYRTACÉES
sol, rc qui est en r.ipport avec leur nom; on les trouve sous les pierres, dans les trous des vieux murs, sous le fumier et jusque dans les habitations. Us recherchent encore lea endroits humides,
le bord des ruisseaux, les bosquets touffus, 1" pied des arbres et les mousses. D'après une croyance populaire, ces animaux s'introduisent dans les narines des personnes endormies, séjournant dans les fosses nasales et y amenant de graves désordres. Les journaux de médecine rapportent môme des cas pathologiques de ce genre où d'intolérables douleurs cessèrent après que le géophile eut été expulsé du nez. Nous ne trouvons pas à ces récits, qui portent cependant le caractère d'une parfaite bonne foi, une authenticité suffisante, car ils proviennent de personnes qui ne sont pas habituées aux observations précises.
Certains Géophiles sont nuisibles, car ils pénètrent à l'intérieur des fruits conservés dans les garde-mangers et les rongent; parfois on ne peut réprimer un mouvement de dégoût, presque d'effroi, quand on voit sortir brusquement d'un beau fruit qu'on porte à la bouche une sorte de petit serpent jaunâtre, couleur habituelle des Géophiles. L'espèce qui attaque principalement les fruits, surtout les pèches, les prunes et les abricots, est le Géojihile carpophage, long d'environ 5 centimètres, marqué sur tout le dos d'une ligne d'un brun violet bordée de jaunâtre, la tète et la région anale jaunâtre. Il faut placer auprès des fruits des feuilles de chou repliées en quatre, où se loge ce millepieds.et le détruire. II y a des Géophiles qui deviennent phosphorescents dans l'obscurité a certaines époques, la lueur provenant de l'exsudation, surtout entre les anneaux et sous le ventre, d'une substance qui éprouve à l'air une combustion lente et laisse une raie lumineuse après les corps sur lesquels l'animal a marché; c'est tout à fait analogue à ce qui se produit sous le ventre des vers-luisants V. Coléoptères). L'espèce qui présente principalement cette propriété est le Géophile électrique, ainsi nommé parce qu'il sort surtout de dessous les mottes de terre après les orages. A peu près de la longueur de l'espèce précédente, il est en entier d'un jaune d'ocre, l'extrémité de la tête blanchâtre, et en arrière de celle-ci un collier jaune rougeàtre ; les pattes sont assez longues et celles de la dernière paire plus grosses. La phosphorescence parait exister aussi, mais moins régulièrement, chez le Géophile phosphore et parfois chez le Géophile carpophage. Une espèce très remarquable est le Géophile de Walckenaer, long de plus de deux décimètres, ayant jusqu'à 326 pattes, le premier tiers du corps et la tète d'un jaunâtre pâle, le reste d'un brun ferrugineux, sauf le dernier anneau qui est jaune comme la tête; il y a comme des traînées sanguinolentes le long du corps. On a rencontré cet énorme toillepied dans des jardins de l'intérieur de Paris, sous le fumier, sous les pierres et dans la terre; on le trouve aussi dans les appartements et surtout dans les ateliers et magasins de bois des ébénistes, qui l'appellent le « roi des scolopendres ». Nous sommes portés à supposer que cette espèce n'est pas indigène, mais a été introduite cachée dans les fissures des bois d'ornement exotiques.
Les instituteurs verront, par les exemples qui précèdent, qu'ils peuvent tirer des sujets de leçons dites de choses, même de l'étude des animaux les plus dédaignés et qui appellent le moins l'attention. r [Maurice Girard.]
MYRTACEES. — Botanique, XIX. — Etym. :
Myrtacées est tiré du nom grec myrtos qui désigne l'arbre que nous appelons myrte.
Définition. — Les Myrtacées sont des plantes dicotylédonées à étamines nombreuses, insérées sur l'ovaire; à ovaire pluriloculaire et pluriovulé.
A ces premiers caractères on peut encore ajouter la courbure de l'embryon et son grand volume ; la consistance du tégument séminal de la graine, et la présence constante de résines odorantes dans les feuilles de ces plantes. Les Myrtacées se rapprochent beaucoup des Granatées et des Calycanthées. M. Brongniart a réuni ces trois familles dans sa classe des Myrtoidécs.
Caractères botaniques. — La graine des myrtacées nous présente de dehors en dedans : l* ur> tégument séminal crustacé extrêmement dur, ligneux, très résistant. Ce tégument acquiert son maximun de puissance dans les benholletia, dont les graines se vendent sous le nom de noix de Brésil; 2° un embryon très volumineux, charnu, gorgé de matières grasses. Cet embryon est en général très fortement courbé sur lui-môme; dans les bertholletia et les barringtonia, il est souvent fort difficile de mettre en évidence ses deux cotylédons; à plus forte raison ne peut-on pas montrer sa gemmule. Dans un petit nombre de myrtacées, la graine présente, en plus des deux parties ci-dessus mentionnées, un albumen ; cet albumen toutefois n'acquiert qu'un faible développement.
La germination de la graine des myrtacées n'offre aucune particularité digne d'être notée.
La racine des myrtacées est pivotante, toutefois le pivot se développe peu ; en revanche la racine se ramifie abondamment. Toutes les racines des myrtacées sont extrêmement contournées ; leur écorce, très épaisse, est très riche en principes actifs ; plusieurs de ces écorces contiennent aussi des glandes qui sécrètent des matières fortement colorantes.
La tige des myrtacées est généralement li-. gneuse, elle peut acquérir un très grand développement en hauteur et en diamètre; c'est ainsi que dans les eucalyptus de la Nouvelle-Hollande, on voit cette tige atteindre une hauteur de 130 mètres et une circonférence de 12 mètres. Selon les espèces, le bois des myrtacées est tendre et blanc, comme dans les eucalyptus , ou au contraire dur, veiné et coloré, comme dans les myrtes. Le bois des myrtacées est toujours fortement imprégné de matières résineuses. Cette circonstance donne à ces bois une grande valeur, car elle les rend presque imputrescibles, et surtout les met à l'abri des attaques des animaux perforants. Ceux des bois des myrtacées qui présentent une certaine dureté sont recherchés pour l'ébénisterie ; plusieurs sont utilisés par la parfumerie à cause de leur odeur suave. L'écorce de la tige des myrtacées est presque toujours lisse, sèche; elle est assez mince. Lorsque la décortication se produit, les pellicules de rithydome qui se forment se réduisent à de très petites écailles qui se détachent très peu de temps après leur formation. Toutes les écorces des myrtacées sont gorgées de baumes et de résines que l'on peut extraire par des incisions longitudinales.
Les feuilles des myrtacées sont simples, entières, persistantes ; presque toutes sont couvertes, au moins supérieurement, d'un enduit cireux parfois très épais. Ces feuilles ne portent de stomates que sur leur face inférieure. Dans les jeunes eucalyptus, les feuilles sont de tous points semblables à la description qui précède; à un âge plus avancé, à ces premières feuilles en succèdent d'autres qui, au lieu d'être insérées sur la tige horizontalement, sont insérées verticalement ; de telle sorte qu'au lieu de recevoir les rayons solaires de face, ceux-ci frappent la feuille de champ. Ces feuilles insérées verticalement sont, croit-on, des feuilles ordinaires réduites à leur pétiole; on les nomme pfnjllodes. La surface feuillue des myrtacées est extrêmement étendue, grâce au grand nombre des feuilles de chaque branche et à
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l'abondante ramification des branches de la tige. A cette grande surface feuillée correspond une très grande activité transpiratoire, et par suite la grande surface feuillue des myrtacées fait de ces végétaux des agents de dessèchement des marais. Toutes les feuilles des myrtacées produisent en abondance des matières résineuses très odorantes. Ces matières résineuses sont sécrétées par des glandes spéciales très petites, closes de toutes parts. Leur forte réfringence permet de les distinguer à l'œil nu par transparence à travers la feuille, comme autant de petits points blancs.
Les fleurs des myrtacées sont le plus souvent solitaires et hermaphrodites. Chaque fleur comprend ordinairement, de dehors en dedans : 1° un calice à cinq dents, coloré, persistant, d'une consistance assez grande. Ce calice se voit encore sur le fruit mûr, comme une sorte de couronne de consistance ligneuse ; 2° une corolle à cinq pièces. Chaque pièce est insérée sur un bourrelet qui borde intérieurement la base du calice. Dans quelques myrtacées la corolle fait défaut ; en même temps aussi les dents du calice sont caduques. Dans les eucalyptus, qui peuvent servir de type à ces myrtacées anormales, les dents du calice soudées supérieurement forment une sorte de calotte qui se détache au moment de la floraison ; 3° an androcée formé d'un nombre considérable d'étamines généralement égales entre elles. Dans le couroupita, un certain nombre des étamines surpassent de beaucoup les autres par la longueur de leurs filets. Dans les beaufortia, chaque filet staminal se divise en un certain nombre de filaments plus grêles dont chacun porte à son extrémité une anthère biloculaire. Les anthères sont fréquemment fortement colorées en orangé ; 4° un gynécée qui se réduit à un pistil triloculaire ou tétraloculaire, toujours nettement infère. Le pistil est surmonté d'un style simple, lequel se termine supérieurement par un stigmate sphérique. Chacune des loges de l'ovaire présente, dans son angle intérieur, un placenta charnu hémisphérique dont la surface est toute couverte d'ovules. De ces ovules, les supérieurs seuls se développent et sont fécondes ; les inférieurs s'atrophient et demeurent stériles. Les uns et les autres acquièrent pourtant un tégument ligneux; les ovules fertiles se distinguent aisément des autres par leur grande taille et leur forme allongée. Tous ces ovules ont deux téguments, tous sont anatropes.
Le fruit des myrtacées présente toujours des parois épaisses et une consistance assez grande. Dans les myrtes, ce fruit est une sorte de baie. Dans les eucalyptus, le fruit, arrondi ou tétragone, a la consistance du cuir ; ses parois sont gorgées de résine. Dans les bertholletia et les couroupita, le fruit en se développant prend un très grand volume ; ses parois acquièrent une consistance ligneuse telle qu'il faudrait employer la hache pour les ouvrir.
Les Granatées diffèrent des myrtacées par leur ovaire à deux étages de loges; l'étage supérieur est tétraloculaire, l'étage inférieur est triloculaire. A cet ovaire succède un fruit tout particulier, nommé balauste ou grenade. Ce fruit présente une coque papyracée, un certain nombre de loges, et dans chaque loge des graines dont le tégument est mi-partie ligneux et mi-partie charnu. La pulpe rosée et sucrée qui recouvre la graine des grenades a pour but d'assurer la dissémination de c-s graines par les oiseaux. L'embryon des granatées est fortement plissé dans l'intérieur de leur graine. Li famille des granatées ne contient qu'un seul genn;, le genre Punica ou grenadier.
Les Calycanthées se distinguent des myrtacées et des granatées : 1° par l'apparition précoce de leurs fleurs qui se montrent en même temps que
leurs feuilles; 2° par le grand nombre des pièces de leur calice; 3° par leur corolle à neuf pétales ; 4° par leurs étamines au nombre de cinq seulement; 5° enfin, par leur gynécée composé de dix carpelles presque indépendants les uns des autres. Chacun de ces carpelles se transforme en un fruit qui est un acharne comparable à ceux de la benoîte. Tous ces caractères font des calycanthées un type intermédiaire entre les myrtacées et les rosacées.
Usages des Myrtoïdées. — Un grand nombre de Myrtoïdées fournissent à l'homme des produits dont il tire parti pour son alimentation, pour son industrie, ou comme médicament. Nous nous bornerons à citer les genres principaux.
Les eucalyptus, grands arbres originaires de l'Australie, fournissent d'excellents bois de construction; les feuilles de ces plantes, macérées dans l'alcool pendant un certain temps, donnent une liqueur aromatique qui peut remplacer l'absinthe. La croissance de l'eucalyptus est des plus rapides. En quelques années, un eucalyptus, venu de semis, devient un grand arbre. Cette plante a été transportée de son pays d'origine dans l'Inde, dans l'Amérique, en Algérie, et même en Provence. Partout l'eucalyptus a prospéré et, dans un temps très court, a provoqué le dessèchement des marais et par suite l'assainissement des localités où il a été planté. C'est ainsi que les environs de Bouffarick en Algérie, qui étaient considérés autrefois comme un foyer d'infection et de miasmes pestilentiels, sont devenus l'un des points les plus sains et les plus riches de l'Algérie, grâce aux plantations d'eucalyptus qui y ont été faites. Dix années ont suffi à la transformation de ce pays jadis inhabitable. Les eucalyptus plantés à Liouffarick, il y a trente ans à peine, sont aujourd'hui des arbres gigantesques. A l'heure présente le gouvernement italien entreprend le dessèchement et la désinfection des Marais Pontins en ayant recours à des plantations d'eucalyptus.
Les melaleuea, en particulier le Melaleuea minor, originaire des îles Moluques, et le M. viridiflora, originaire delà Nouvelle-Calédonie, fournissent par la distillation de leurs feuilles fraîches une huile aromatique verte. En vieillissant cette substance perd sa coloration verte; par fraude on lui rend sa coloration primitive à l'aide du chlorure de cuivre. L'huile de melaleuea est connue sous le nom de huile de Cujeput. Abandonnée à l'air pendant un certain temps, elle perd son odeur première et conserve une odeur spéciale qui rappelle à s'y méprendre celle de l'essence de rose faible; au^si la plus grande partie de l'huile de Cajeput est-elle utilisée pour falsifier l'essence de rose liquide- Les Myrtus de la Grèce, de l'Italie, de la Provence et de l'Espagne ne sont guère utilisés que comme arbrisseaux d'ornement. Jadis le myrte était consacré à la déesse Vénus; exceptionnellement on en faisait un attribut de Minerve. Les feuilles de myrte servaient à préparer une eau aromatique très usitée contre les maladies des yeux. Le Myrtus pimenta ou Eugenia pimenta est un arbre de la Jamaïque. On le cultive avec grand soin dans les Antilles* on le plante en bordure le long des promenades; son feuillage dure toute l'année. Toutes ses parties sont aromatiques et sont usitées dans son pays d'origine. Nous n'en recevons que les fruits secs ; ce sont de petites baies sèches de la grosseur d'un pois; leur surface est toute couverte de tubercules. Chacun de ces tubercules du péricarpe est formé par une glande. Les fruits du Myrtus pimenta possèdent une odeur très forte et très agréable qui tient à la fois du girofle et de la cannelle : aussi lui a-t-on donné les noms de toute épice et de piment del" J <in ique. Le piment Tabago, qui nous vient du Mexique, est formé par les fruits du Myrtus acris. Le poivre de