‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 184 sur 534 · NIVELLEMENT · texte numérisé non relu

NIVELLEMENT

NOM

hauteurs analogues obtenues à la seconde station, entre M et N; hi, et /i8 les hauteurs lues à la troisième station, entre N et P ; et ainsi de suite.

Les différences successives entre les cotes seront /'o — f'\i ^i — ^3> ^* — ^51 etc.; la différence totale sera donc:

^o — /'î + f't — h + l'i — h + etc.,

ou, ce qui revient au même,

(h0 + hi + ft* + etc-' — lhi + hi + "s + etc.),

c'est-à-dire la somme des coups arrière diminuée de la somme des coups avant, en entendant par coup de niveau la hauteur lue sur la mire.

Le point B sera au-dessus ou au-dessous de A suivant que cette différence totale sera positive ou négative. Si elle était nulle, les points A et B seraient au même niveau.

Il est bon, surtout lorsque le nombre des stations intermédiaires est considérable, de vérifier l'opération en allant de B vers A, si l'on a été d'abord de A vers B ; en théorie, les deux opérations devraient donner la même différence de cote, au signe près. Il est rare qu'on obtienne cette précision ; mais si les deux résultats ne diffèrent que de 1 à 2 décimètres par kilomètre, quand on a opéré avec le niveau d'eau, ou de 1 à 2 centimètres quand on a opéré avec un niveau plus précis, on regarde l'opération comme suffisamment exacte, et l'on se contente de répartir l'erreur également sur toutes les cotes, sauf la première. Si l'erreur était plus considérable, il faudrait reprendre les opérations.

3. — Pour tenir une note exacte des opérations partielles, on ouvre d'ordinaire un registre spécial qui porte le nom de registre de nivellement. Il se compose de 7 colonnes. La lre contient les numéros d'ordre des points successivement observés. Les 2e et 3e reçoivent les hauteurs de mire observées, savoir les coups arrière dans la 2e et les coups avant dans la 3*. Les 4e et 5e colonnes sont affectées aux différences entre les coups arrière et avant ; ces différences s'inscrivent dans la 4* colonne si elles sont positives, et dans la 5e si elles sont négatives. Les cotes déduites de ces différences s'inscrivent dans la 6e colonne, en tête de laquelle on a eu soin d'inscrire la cote, donnée ou arbitrairement choisie, du point de départ de l'opération. La 7* colonne est réservée aux observations.

4. — Il est rare que, dans les opérations d'arpentage proprement dit, on ait besoin de faire connaître exactement le relief du terrain sur lefjue' on opère; mais il est utile cependant que l'arpenteur ait quelques notions sur la représentation de ce relief. L'élément principal de cette représentation consiste dans les courbes horizontales.

Supposons le terrain coupé par un plan horizontal ; l'intersection de ce plan avec la surface du terrain jouira de cette propriété que tous ses points auront la même cote. Et réciproquement : si l'on réunit, par une ligne droite, ou brisée, tous les points du terrain qui ont la même cote, cette ligne sera une ligne horizontale.

Pour se procurer une pareille ligne, on se place, muni d'un niveau d'eau, ou d'un instrument plus précis, en un point du terrain dont la cote soit connue; on règle le voyant d'une mire de telle sorte que son centre soit à une hauteur, au-dessus du talon, égale à la hauteur du niveau employé. On fait porter cette mire sur le terrain, et on fait varisr sa position jusqu'à ce que, en visanl avec le niveau dans sa direction, le rayon visuel passe par le centre du voyant; on est sûr alors que le point où repose la mire a la même cote que le poini où l'on stationne; et on y fait planter un piquet. Sans changer de station, on fait une série d'obser-

vations analogues, en variant la direction horizontale de la visée; on obtient ainsi sur le terrain autant de points que l'on veut ayant la même cote que la station ; on lève, à la planchette, le plan des piquets qui ont été plantés ; par les points obtenus on fait passer une courbe continue ; ■ 'est la courbe horizontale correspondante à la station choisie. On détermine de la même manière les courbes horizontales qui correspondent à d'autres stations. En général on les choisit de manière que les courbes horizontales obtenues soient équidistantes, de 5 mètres en .S mètres, de 10 mètres en 10 mètres, suivant l'étendue et le relief du terrain. L'ensemble de ces courbes suffit pour donner une idée de ce relief,

5. — On associe aux courbes horizontales deux autres espèces de courbes.

En premier lieu on trace une série de lignes rencontrant à angle droit toutes les courbes horizontales successives ; ces lignes, auxquelles on donne le nom de hachures, expriment des pentes d'autant plus grandes que la portion comprise entre deux courbes horizontales consécutives est plus petite; et le rapport de cette portion de hachure à la distance connue des deux courbes horizontales, sert de mesure à la pente moyenne entre ces deux courbes.

On fait aussi usage de ce qu'on appelle des profils. Si l'on suppose, par exemple, que le terrain soit coupé par un plan vertical, l'intersection sera un profil; et, connaissant les projections horizontales et les cotes d'un nombre suffisant de points de cette courbe, il sera facile d'en obtenir la représentation à une échelle quelconque. Au lieu d'un plan vertical, on peut employer un cylindre à générations verticales, et, en opérant de la même manière, on se procure le profil du terrain suivant une courbe quelconque tracée sur sa surface

On multiplie les profils, soit rectilignes, soit curvilignes, de manière à obtenir tous les renseignements nécessaires pour la représentation du relief.

De plus amples détails sur ce sujet appartiendraient à la topographie plus qu à l'arpentage.

[H. Sonnet.]

NOM ou SUBSTANTIF. — Grammaire, IX. — Le nom (en latin, nomen, et, en grec, onoma ou o >/"•") est le mot qui sert à désigner les personnes et les choses. Les Latins appelaient le nom substantivum quand il désignait des individus, tandis qu'ils le nommaient adjectivum, quand il servait à exprimer leurs qualités. De ces deux catégories de noms, nous avons formé deux espèces de mots distinctes : ï adjectif et le substantif. Mais ce terme substantif, dont le sens précis est assez difficile à saisir pour les enfants, et qui d'ailleurs ne répond pas toujours exactement à l'usage pour lequel on l'avait créé, s'emploie de moins en moins dans nos classes, et finira bientôt par céder la place à ce mot si simple, le nom, qui est beaucoup plus juste et beaucoup plus familier aux élèves.

Noms propres. Noms communs. — Au point de vue de la compréhension, c'est à-dire du nombre des individus auxquels un même nom peut s'appliquer, on distingue d«ux sortes de noms : le nom propre et le nom commun. Le nom propre (du latin pro~ priw, qui appartient à un seul, qu'on ne partage point avec d'autres) est celui qui no désigne qu'une seule personne ou une seule chose. Exemples: Adam, Eve, Paris, la Seine, les Alpes.

Au contraire, le nom commun (du latin commuais, qui appartient à tous) est celui qui désigne tous les individus de la même espèce. Tels sodI h n, e. ftmme, ville, fleuve, qui peuvent se dire indifféremment de tous les hommes, de Iodes les femmes, de loti'es les villes et de tous les fleuves

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La compréhension des noms, qui était très étroite à l'origine, quand on ne connaissait qu'un individu, ou que quelques individus d'une espèce, s'est élargie avec le progrès des connaissances, et voici ce que dit Condillac de cette transformation des noms propres en noms communs :

« Si nous n'avions pour substantifs que des noms propres, il les faudrait multiplier sans fin : les mots, dont la multitude surchargerait la mémoire, ne mettraient aucun ordre dans les objets de nos connaissances, ni, par conséquent, dans nos idées, et tous nos discours seraient dans la plus grande confusion. On a donc classé les objets, et les substantifs, qui étaient des noms propres, sont devenus des noms co nmuns, lorsqu'on a remarqué des choses qui ressem- . blaient à celles qu'on avait déjà nommées. (Condillac, Grammaire, IIe partie, ch. 1er.) »

Les enfants demandent quelquefois si des noms tels qu'A exandre, 'hurles, He?ir>, qu'ils trouvent employés pour désigner des individus nombreux et différents, sont des noms propres. On leur fera facilement comprendre que ces noms ne peuvent être des noms communs, en appelant leur attention sur le sens exact de ce terme, et en leur disant qu'un nom commun doit pouvoir s'appliquer à n'importe quel individu de l'espèce à laquelle il appartient.

Noms concrets, noms abstraits. — Lorsqu'un objet se présente à nos regards, nous remarquons »n lui un certain nombre de manières d'être. Sa couleur nous révèle sa forme et son étendue; le toucher peut aussi nous apprendre s'il est lisse ou rugueux, dur ou mou, etc. Je vois un arbre, par exemple ; il me paraît gris ou vert, suivant la saison ; il est petit ou grand, mince ou gros, élancé ou touffu. C'est parce que ces qualités se dèoeloppent en quelque sorte avec (concrescitnt) l'objet que l'on considère, qu'on a appelé noms concrets ceux qui désignent des objets considérés avec l'ensemble de leurs qualités. Ainsi, arbre, jardin, maison, homme, sont des no is concrets, puisque leur aspect révèle une quantité plus ou moins considérable de manières d'être. C'est à ces noms concrets seulement que peut convenir la dénomination de substantifs, puisque les objets qu'ils désignent sont les seuls qui éveillent dans notre esprit l'idée d'une substance, c'est-à-dire d'une sorte de fond qui semble se tenir sous (sub-sture) ces qualités et leur servir de base et d'appui.

Mais, parmi toutes les manières d'être d'un objet, je puis en considérer une isolément, et la détacher (abslrahere) en quelque sorte, par une opération de mon esprit, de l'objet auquel elle appartient. Ainsi que je sois frappé, par exemple, des dimensions que présente le tronc de l'arbre que j'examinais tout à l'heure, je dirai : « la grosseur et la hauteur de cet arbre m'ont étonné. » J'ai ainsi abstrait, c'est-à-dire détaché deux manières d'être de l'arbre ; je puis aller plus loin encore, je puis prêter, en quelque sorte, une ■existence indépendante à ces produits de l'abstraction, et dire : « La grandeur et l'élévation frappent vivement tous les hommes. » On appelle, en conséquence, noms abstraits ceux qui, comme grandeur, élévation, désignent des manières d'être séparées de l'objet auquel elles appartenaient.

Noms collectifs. — Les noms collectifs (du latin coltectum, supin de coliigere, réunir) se nomment ainsi parce que, même au singulier, ils expriment une réunion, une collection, un nombre plus ou moins considérable d'individus ; tels sont: multitude, foule, infinité, nombre, etc.

Il y a deux sortes de noms collectifs : les collectifs généraux et les collectifs partitifs.

Un collectif est général quand il comprend une catégorie tout entière d'individus. Ex. : la foule

des hommes. Il est ici question de l'humanité tout entière.

Un collectif est partitif, lorsqu'il ne désigne qu'une partie de l'espèce dont il s'agit. Exemple : une foute de gens. Il n'est pas question, dans ce cas, de toute l'humanité. Cette distinction est importante. En effet, bien qu'un écrivain soit toujours libre d'appeler l'attention du lecteur sur le collectif ou sur le nom qui lui sert de complément, c'est ordinairement avec le collectif que le verbe s'accorde quand ce collectif est général, tandis qu'il prend le nombre du complément quand le collectif est partitif. On dira donc :

« La foule des hommes est sujette à l'erreur. — Une fonle d'enfants se perdent par la lecture des mauvais livres. »

On reconnaît que le collectif est général, quand il est précédé de l'article défini ou de l'adjectif démonstratif ; au contraire, le collectif est partitif quand il est précédé d'un adjectif indéfini, comme un, une.

Noms composés. — On appelle noms composés ceux à la formation desquels concourent deux ou plusieurs radicaux. Tels sont : philosophos, en grec, philosophus, en latin, qui ont donné le mot français philosophe. Dans la langue grecque et la langue allemande, les mots composés se forment avec la plus grande facilité. Les radicaux se soudent les uns aux autres, et la désinence s'ajoute au dernier radical. En français, si l'on excepte ceux qui dérivent du latin ou du grec, les noms que les grammairiens français ont appelés composés se forment par juxtaposition. Tels sont : chou-fleur, porte-étendard, pot-au-f^u.

Ces noms ne sont pas en réalité composés, mais bien plutôt juxtaposés. On verra, à la fin de cet article, comment les noms se composent à l'aide des affixes.

Noms indéfinis. — On appelle indéfinis les noms qui désignent un nombre indéfini, indéterminé, de personnes ou de choses. Tels sont : peu, beaucoup, lu plupart, quantité, trop, assez, etc.

Il faut remarquer que peu et beaucoup ne doivent point s'employer comme collectifs, sans un complément qui les détermine. Ne dites donc pas : « beaucoup pensent ainsi, » mais : « beaucoup d'hommes, de personnes, pensent ainsi. »

Du genre. — En grammaire, on appelle genre la propriété qu'ont certaines parties du discours de distinguer le sexe.

En français, il n'y a que deux genres : le masculin et le féminin. Notre langue n'a conservé aucune trace importante du genre neutre, qui désignait généralement, en grec et en latin, ce qui n'appartenait ni au sexe mâle, ni au sexe femelle.

Les noms d'hommes et d'animaux mâles sont du genre masculin : les noms de femmes et d'animaux femelles sont du genre féminin. De plus, on a attribué, en français, le genre masculin et le genre féminin à la plupart des noms qui avaient, en latin, l'un ou l'autre de ces genres.

Quant aux noms neutres, ils sont généralement devenus masculins en passant du latin en français. Cependant, quelques pluriels neutres, étant terminés en a, ont été pris à tort pour des noms féminins de la première déclinaison latine, qui ont aussi a pour désinence. Ainsi folia, pluriel neutre de fulium, a donné le nom féminin feuille. Il en est de même de pira, poma, etc., qui ont formé la poire, la pomme.

Remarques sur le yeiire de quelques noms. — Quelques noms sont tantôt du masculin et tantôt du féminin. Ainsi, amour, délace et orgue sont du masculin au singulier et du féminin au pluriel. La grammaire historique rend compte de cette anomalie. En ce qui concerne le mot

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amour, elle nous apprend que les mots masculins en or du latin sont presque tous devenus féminins en passant dans la langue française. Les savants du moyen âge ayant voulu restituer au mot amour son genre latin, ne réussirent que />our le singulier. On écrit, en conséquence, un fol amour, de folles amours.

Quant au mot délice, il vient du mot latin neutre delicium, dont le pluriel était du féminin : delicix. On s'explique donc facilement qu'il ait également ces deux genres en français. De même, orgue, masculin au singulier, reproduit le neutre orgimum; tandis que le pluriel féminin a été calqué sur le pluriel neutre orgona, que l'on a pris, comme nous l'avons dit plus haut, pour un nom féminin de la première déclinaison.

Gent 'qui vient du latin gens, race, famille) est féminin au singulier comme en latin; « la gent écolière. » Au pluriel, « les gens, » il désigne collectivement les hommes et les femmes, et, par conséquent, devrait être exclusivement du masculin. Il semble qu'il se soit fait sur ce mot un compromis ; les adjectifs qui précèdent immédiatement ce nom prennent son genre étymologique, c'est-àdire le féminin; tandis que les adjectifs qui le suivent prennent le genre qu'a ce nom au figuré, le masculin. On écrira donc : « Formés par l'expérience, les vieilles gens sont prudents, soupçonneux, » ce qui paraît très bizarre quand on ne reconnaît pas la cause de cette anomalie. Quant au mot tous, précédant gens, il se règle sur l'euphonie. On écrit : « tous les honnêtes gens, » parce qu'honnête n'a pas au féminin une forme spéciale ; et on dit : « toutes les vieilles gens, » parce que vieilles est une forme spéciale qui forcément appelle le féminin toutes. — Gens est uniquement du masculin quand il éveille spécialement l'idée d'hommes : « de nombreux gens d'affaires, les vrais gens de lettres. »

Parmi les noms qui ont les deux genres, il faut encore citer les suivants :

Aigle, oiseau, est du masculin, à moins qu'on ne désigne spécialement la femelle : « On fit entendre à l'aigle enfin qu'c//e avait tort. » (La Fontaine.) Au figuré, il est du féminin : « les aigles romaines » (les enseignes).

Couple, signifiant simplement diux, est du féminin : « une couple de perdreaux. » Il est du masculin quand il exprime l'idée d'union, d'entente : « un couple bien assorti. »

Foudre, au propre, est du féminin ; dans le sens figuré, il est du masculin : « un foudre de guerre. »

Œucre était autrefois du masculin au singulier; il l'est encore au figuré et dans le style soutenu : « le gnmd œuvre, tout l'œuvre de Corneille. » Mais, dans le style ordinaire, il est du féminin, et il vaut mieux lui donner dans tous les cas ce genre : « une bonne œuvre, une belle œuvre. »

Orge n'est du masculin qu'en pharmacie, « de l'orge perlé, de l'orge mondé. » Dans tous les autres cas, il est du féminin.

Pdque, fête des Juifs, est du féminin singulier et prend l'article : u manger la Pàque. » — Pàques, fête des chrétiens, est du masculin singulier : < Pâques est tardif cette année. » Au figuré, il ' -t du féminin pluriel : « faire de bonnes Pâques » (c'est-à-dire faire une bonne communion).

Ce qu'il importe de faire remarquer avant tout aux élèves, c'est que le changement du genre est presque toujours la conséquence d'un changement de signification.

Formation du féminin dans les noms. — La langue française a des noms spéciaux pour désigner les deux sexes dans la famille, ou encore les espèces animales qui, de temps immémorial, vivent dans la domesticité de l'homme.

C'est ainsi que nous disons : homme, femme, père, mère, oncle, tante, neveu, nièce, fils, fille, — et, de même : cheval, jument, bœuf, taureau, vache, génisse, bouc, chèvre, bélier, brebis, coq, poule, etc.

Notons en passant que certains mots, comme cheval, bœuf, mouton, s'emploient non pour expri mer l'idée de sexe, mais pour désigner ces animaux comme aliments ou comme espèces.

Lorsque le nom spécial manquait, on a pu tirer le féminin du masculin, quand la terminaison s'y prêtait, de même qu'on forme le féminin de l'adjectif (V. Adje'tif). Exemple : ours, ourse; chien, chienne; chat, chatte; tigre, tigresse; loup, louve. Cependant l'usage n'a pas étendu cette formation à tous les cas, et fort souvent l'on emploie les mots mâle et femelle, que l'on ajoute au nom pour désigner de quel sexe on parle, bien que la désinence du masculin se prêtât tout naturellement à la dérivation d'un nom féminin. On dit, par exemple, un pinson, un chardonneret mâle, un pinson, un chardonneret femelle, ou encore une femelle de pinson, de chardonneret.

Notons encore que le mot enfant peut s'employer pour désigner les deux sexes, mais seulement au singulier; on dira donc, en parlant d'une fille : « une charmante enfant. » Au pluriel, ce mot est exclusivement du masculin.

Du nombre dans les noms. — On entend par nombre, en grammaire, Vindication de l'unité ou de la pluralité.

Il n'y a, en français, que deux nombres, le singulier, qui ne désigne qu'un seul objet, et le plui iel, qui en désigne une quantité plus ou moins considérable.

Les Grecs avaient un troisième nombre, dont on ne trouve que quelques traces chez les Latins : le duel, qui servait à désigner les objets qui se présentent généralement par couple dans la nature : les deux yeux, les deux mains, les deux pieds.

Formation du pluriel. — Le pluriel se forme généralement en ajoutant un s au singulier. Exemple : le livre, les livres. Cette règle nous vient du latin. Des six cas que pouvaient prendre les noms déclinables de cette langue, deux seuls survécurent enfin aux mutilations que subit la langue latine depuis le jour où elle fut introduite dans la Gaule par les légions de Jules César. Ces deux cas étaient Voccusatif singulier et ïaccusatif pluriel, le premier terminé généralement par le suffixe m, et le second, par le suffixe s. Il est dès lors naturel que la forme de ces deux cas ait servi de modèle à notre singulier et à notre pluriel. De là ces noms singuliers qui, comme la rose, le litre, la codeur, représentent les accusatifs rosam, librum, coiorem, tandis que les noms pluriels les roses, les livres, les couleurs ont été calqués exactement sur rosns, libros, colores et leur ont emprunté Y s désinentiel.

Quant aux noms français qui ont été formés de noms neutres latins, dont l'accusatif pluriel se termine par a, et non par s, ils n'auraient pas dû logiquement prendre un .9 au pluriel. Et, en effet, nous avons remarqué plus haut que quelques-uns de ces pluriels neutres avaient même formé des noms singuliers, comme la joie, la feuille. Mais comme ces noms étaient de beaucoup les moins nombreux, on leur a appliqué le procédé le plus général, et on a écrit les temples, les armes-, bien que templa, arma ne fussent point terminés par un s.

Remarques sur la formation du pluriel. — 1° Quand un nom est déjà terminé par un s au singulier, il est naturel que l'on n'ajoute point ce signe pour former le pluriel. On écrit donc : te fils, l'S fi/s. Il en est de même si le nom se termine par x ou par z, qui n'étaient que des équivalents

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de s dans notre ancienne langue, où l'on écrivait indifféremment les lois ou tes loix; un nés ou un nez.

2° Cet emploi de x pour s est maintenant de rè<*le pour former le pluriel des noms en au et en eu, et l'on est forcé d'écrire des couteaux, des cheveux (la seule exception est landau, pluriel landaus, espèce de voiture);

3° On emploie encore exclusivement l\r pour former le pluriel de sept noms en ou, bijou, caillou, chou, genou, hibou, joujou et pou. Les autres noms en ou suivent la règle générale.

4° Les noms en al font leur pluriel par le changement de cette terminaison id en aux, qui n'est qu'une prononciation adoucie de als. On écrivit d'abord des ch°vals; puis, des chevaus, et, enfin, en substituant à Ys son équivalent x, on forma des chevaux.

Quant à cette tendance de l à s'adoucir en u, nous en trouvons des exemples dans Vmigii ard pour Valgirard, chevau-lég-r pour cheval-léger, et surtout dans le passage du latin en français : <j/6a-aube; alter-Autre; ca/yus-chauve, etc.

Quelques noms en al, cependant, suivent la règle générale. Les plus usités sont bal, carnaval, chacal, régal, qui prennent un s au pluriel.

5° Sept noms en ail forment aussi leur pluriel par le changement de ail en aux. Ce sont : bail, corail, émail, soupirail, travail, va/dad et vitrail, peu usité au singulier. On écrira donc des baux, des coraux, etc. Tous les autres noms en ail suivent la règle générale.

Noms à double pluriel. — Le double pluriel de certains noms a pour but d'en exprimer le double sens propre ou figuré.

Ainsi, aïeul fait aïuls quand il désigne le grand-père et la grand'mère, et aïeux, quand il désigne les ancêtres. Ces deux pluriels ne sont d'ailleurs que deux formes absolument équivalentes. (V. plus haut ce que nous avons dit de l'équivalence de s, x, z.) — Ail fait aulx, chez le jardinier, et ads, chez le botaniste. — Ciel fait deux pour désigner la voûte céleste, et ciels pour exprimer tout ce qui en présente l'image. — Œil fait yeux pour tous les noms qui ne présentent aucune équixoque -, les yeux du pain, du fromage, de la vignj; on sait très bien que ces objets n'ont pas d'organe visuel ; mais on dit des yeux de bœuf, de perdrix, de chat, de serpent, pour désigner lorgane de la vue, et des cei/s de bœuf, de perdrix, de chat, etc., pour exprimer tout ce qui ressemble aux yeux de ces animaux.

De même, travail fait son pluriel avec s, quand il conserve son sens primitif, et désigne cet assemblage de poutres (trabes), qui sert à contenir les chevaux vicieux ; ou encore quand il désigne des études, des comptes, faits en commun ; mais il fait travaux dans tous les autres cas.

Noms invariables. — Un certain nombre de noms, pris dans leur sens propre, ne s'emploient point au pluriel. Tels sont, par exemple, les noms abstraits, comme la vieillesse, la jeunesse, la pau- ,r té, la yloire, le bonheur, l'adversité.

Cependant, beaucoup de ces mots peuvent s'employer au figuré et prendre le pluriel. On dira, par exemple : « cet homme ne débite que des pauvretés », c'est-à-dire des mots vides de sens, des banalités.

On ne fait jamais varier non plus les noms formes à l'aide d'un adjectif ou d'un verbe et de l'article: l- juste, le beau, le boire, le manger. Il en est de même des noms de métaux, i 'or, le fer, l argent, à moins qu'on ne veuille spécifier: « les fers de la Suède sont excellents. »

Sont encore invariables les noms des arts et des sciences : l'agriculture, la chimie, etc. L'usage apprendra toutes ces particularités.

Au contraire, il y a des noms qui ne s'emploient

qu'au pluriel. Tels sont : ancêtres, annales, armoiries, appas, arrérages, broussailles, catacombes, décoaibres, funérailles, mœurs, vêpres, vivres, etc. On les trouvera tous dans les grammaires.

Pluriel des noms dérivés d s langues étran- , gères. — Les noms étrangers qu'a francisés un : long usage prennent le signe du pluriel. On écrit donc: des accessits, des agendas, des albums, des alibis, des alinéas-, des altos, des bravos, des dominas, des duos, des facturas, des folios, des imbroglios, des numéros, des opéras, des oratorio*, des panoramas, des pensums, des quiproquos, des quolibets, des récépissés, des trios, des vivats, des zéros.

Comme c'est l'usage qui est ici le seul guide, il ne faut pas toujours rechercher la logique dans la formation de ces pluriels. Ainsi, on dit un pensum, des pensums, tandis qu'on dit un errata, des errata, bien que pensum ait pour pluriel pensa, tandis qxYerrata a pour singulier erratum en latin. Mais comme un errata est une liste île fautes, on ne le trouve point en français avec la forme du singulier. De même, on ne devrait pas dire des alibis, avec un s, puisque alibi est un adverbe.

Il faut, pour se tirer de toute incertitude, consulter le Dictionnaire de l'Académie, qui fait seul autorité en cette matière.

L'Académie fait invariables duplicata, errata, maximum, recto, verso. Elle écrit des cicérone, des quintettes, des ladies, des tories ou torys.

Quelques mots conservent le pluriel qu'ils ont dans la langue d'où on les a tirés. On dit donc : des carbonari, des dileitanti, des lazzaroni, des soprani. Il serait bien à souhaiter qu'on appliquât enfin à tous les noms étrangers la règle générale.

Les noms qui ne prennent pas la marque du pluriel sont:

1° Ceux qui sont formés de plusieurs parties. Exemple : des ex-voto, des in-octavo, des postscriptum, des Te-Deum. Cependant l'Académie écrit des autodafés en un seul mot.

2° Les noms des prières : des Ave, des Coyifdeor, des Pater. Cependant l'Académie écrit : des Alléluias.

Pluriel des noms composés. — Les mots qui concourent, en français, a la formation des noms dits composés, sont: le nom, Yadjectif, le verbe, la préposition et Vadverbe. De ces cinq mots, le nom et Yadjectif sont les seuls qui puissent prendre la marque du pluriel.

En formant le pluriel des noms composés, on doit examiner si les parties composantes sont unies par un rapport de concordance ou par un rapport de complément. Ainsi, dans coffre-fort, le second terme ne sert qu'à qualifier le premier; au contraire, dans le mot chef-d'œuvre, le premier nom a pour complément déterminatif celui qui le suit. De là les règles suivantes :

1° Un nom composé formé de deux noms dont le second qualifie le premier, prend la marque du pluriel aux deux parties composantes. Ex. :

Un chou- fleur, des choux- fleurs .

2" Si le nom est composé d'un nom et d'un adjectif, la règle est la même. Ex. :

Un coffre-fart, des coffres- forts.

Une basse-cour, des basses-cours.

3° Si le nom est composé de deux noms dont le second sert de complément déterminatif au premier, le premier seul prend la marque du pluriel. Ex. : Un chef-d'œuvre, des chefs-d'œuvre, un hôtel-Dieu, des hôtels-Dieu.

Quelquefois le nom déterminant est placé le premier. Ex. : un havre-suc, des havre-sacs, c'està-dire des sacs à l'avoine (ha fer, en allemand).

Quelquefois aussi on sous-entend le nom qui seul renferme l'idée de pluralité. Ex. : des tête-àtête, c'est-à-dire des entretiens où l'on est tête à, tête.

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NOM

4° Si le nom est composé d'un verbe et d'un nom, le nom seul prend la marque du pluriel, à moins qu'il n'exclue toute idée de pluralité. On dira donc : un passeport, des passeport*, mais on écrira : un serre-tête, des serre-têt'', parce qu'on ne serre qu'une tête dans un bonnet.

C'est en vertu de ce principe qu'on a proposé d'écrire au singulier un essaie-mains, parce que l'on n'essuie pas une seule main.

ô° Si le nom est composé d'un nom et d'un mot invariable, il est naturel que le nom seul prenne la marque du pluriel. Ex. : Un contre-coup, des contre-coups, un avant-coureur, des avant-coureurs.

6° Si le nom composé ne renferme que des éléments invariables de leur nature, aucune partie ne prend la marque du pluriel. Ex. :

Un in-douze, des in-douze.

Un ouï-dire, des ouï-dire.

Un passo-partout, des passe-partout.

Pluriel des noms propres. — Lorsque les noms propres conservent leur caractère spécial et servent à distinguer certains individus de tous ceux qui leur ressemblent, ils restent invariables. On dira donc : « Les deux Corneille et les deux Racine ne sont pas également célèbres. » On dira de même : « Envoyez-moi deux Télémaque, » c'està-dire deux exemplaires du livre intitulé Télémaque.

Mais, lorsque les noms propres sont employés pour désigner une espèce, ils deviennent de véritables noms communs. On écrira donc :

Un Auguste aisément peut faire des Yirgiles,

c'est-à dire, un empereur éclairé comme Auguste peut faire surgir des poètes se?nblables à Virgile. On dira de même :

La Seine a des Bourbons, le Tibre a des Césars,

parce que ces noms, Bourbons et Césars, sont des titres génériques communs à tous ceux qui appartiennent h la même dynastie.

On dira encore, en vertu du même principe : des Elz< virs, des Poussins, des Raphaels, parce que ces noms sont employés au figuré, pour désigner les œuvres qu'ont produites les imprimeurs et les peintres célèbres dont il s'agit.

Les noms propres prennent encore la marque du pluriel quand ils désignent plusieurs pays. Expmple: les deux Siciles, les deux Amériques, les deux Caslil/es, toutes les Russies. Ces noms propres sont de véritables attributs des noms communs terres, provinces, pays, royaumes, sousentendus.

Origine des noms propres et des noms communs. — Lorsqu'un objet se présente à nos yeux, nous sommes frappés de certaine qualité, de certaine manière d'être qui le caractérise et lui donne sa physionomie particulière. Les noms qui ont servi à désigner les personnes, les animaux et les choses, ont été tirés des caractères spéciaux que présentait chacun d'eux. Lorsqu'on analyse ces noms, on trouve, dans chacun d'eux, deux éléments irréductibles, que l'on a, pour ce motif, appelés racines, parce qu'ils sont, en quelque sorte, les germes dont les noms ont été formés.

Il y a deux sortes de racines. Pour rendre cette explication plus facile, empruntons un exemple à la langue française. Soit, par exemple, le mot roses, au pluriel. Si je compare ce nom pluriel avec le singulier rose, j'y trouve un élément de plus, la lettre s. Ces deux parties, rose et la Lettre . représentent précisément les deux sortes de racines dont les mots ont été formés. Le premier, , représente une racine ou nominale,

qui a pour propriété de d objets. Ces

racines, verbales ou nomin tiennent la«ri-

gnification des mots, et en forment eu quelque

sorte la base : aussi appelle-t-on thèmes les radicaux qui sont le produit direct de ces racines et de leurs combinaisons. Dans le mot philosophe, par exemple, il y a deux racines, philosophe, dont la réunion forme un radical.

Mais ce n'était pas assez que d'avoir désigné les individus par leur qualité essentielle. Il fallait encore, pour la commodité du langage, pouvoir exprimer les rapports dans lesquels ces individus se trouvent avec tout ce qui les entoure. L'expression de ces rapports se fait à l'aide d'une seconde espèce de racines que l'on a, pour ce motif, appelées démonstratives ou indicatives. Quand nous disons, en français, cet homme-ci a frappé cet homme-là, les particules ci et là déterminent la position des deux hommes par rapport à nous, ci désignant celui qui est le plus voisin, et là celui qui est le plus éloigné. Eli bien, toutes les désinences qui, dans les langues anciennes, servent à déterminer la position des individus ou à les montrer comme on le fait par un geste, sont tirées des racines indicatives. Les pronoms, qui ne sont, en quelque sorte, que des gestes écrits, à l'aide desquels on désignerait les individus dont on ne saurait pas le nom, n'ont pas d'autre origine.

Pour en revenir au mot i oses, la première partie, rose, exprime l'idée de la fleur qui porte ce nom. Quant à la lettre s, elle exprimait, au pluriel, dans la langue latine, un rapport d'éloignement, et servait, par conséquent, à l'indication d'un complément direct, sur lequel se portait l'acte marqué par le verbe, Y objet, qui supporte l'action, étant naturellement plus éloigné des yeux de l'observateur que le sujet qui accomplit cet acte.

On a vu, à la formntion du pluriel, comment cet s a pris, en français, un rôle tout différent de celui pour lequel il avait été créé.

Tous les éléments qui servent à former les mots peuvent donc se diviser en deux grandes catégories : la première et la plus considérable contient les parties fondamentales des radicaux, c'est-à-dire celles qui eu renferment la signification ; la seconde, beaucoup moins considérable, renferme les af/ixe*, qui s'ajoutent aux radicaux pour marquer les rapports qu'ils soutiennent dans le discours et exprimer les idées de cas, de nombre, de genre, de temps, de mode et de personnes. (V. Grammaire comparée.)

Formation des substantifs. — Pour former un nom ou substantif, il faut, comme on vient de le voir, deux éléments. Ainsi, loup se dit en latin />.- ]US et en grec lyko*. Si nous comparons lupin et lyko*, nous y trouvons un même suffixe, s, qui marque proximité comme notre particule ci, et sert à indiquer le sujet; c'est la désinence. Ce qui précède cette désinence, c'est-à-dire lupu, lyko, ce sont les radicaux auxquels est attaché le sens de loup. Tous les noms ont la même origine ; tous ont été noms propres tant que l'on n'a connu qu'un individu de l'espèce qu'ils désignent; tous sont devenus noms communs quand ils ont été employés pour désigner un nombre plus ou moins considérable d'individus.

.\<ans composé*, noms dérivés. — Les noms composés proprement dits sont formés de radicaux devant lesquels on place un ou plusieurs affixes qui, dans cette position, prennent le nom de préfixes. Ainsi, contradiction, désobéissance mésintelligence, formés des noms diction, obéissance, intelligence, et des préfixes contra, dés, sont véritablement des noms composés.

Les principaux préfixes employés en français Boni a (idée d'éloignement), ad idée de tendance ante (antériorité), bene (bien), bis il I cire (autour), com (ensemble), contra [oppo ttion), de (séparation), e et ses différentes formes (sortie, expulsion), in ou m (contenar.ee, introduction, tendance, privation), mé ou mes

NOM

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