‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 198 sur 534 · ORIENT (EXTRÊME) — 14G8 — ORIENT (EXTRÊME · texte numérisé non relu

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le tabac, l'indigo, la canne à sucre, le riz, le blé, le maïs, l'avoine, la vigne. Le gouvernement propage des notions sur l'économie agricole, la teinture, et l'éducation des vers à soie. — Le commerce des Chinois avec les Mongols se réduit aux objets de première nécessité ; avec les Russes, il ne porte guère que sur les draps, les fourrures et le thé, mais, dans les provinces chinoises et dans les ports ouverts au commerce européen, il est très actif. Parmi les principaux entrepôts de commerce intérieur, nous citerons seulement Emouy, Canton, Chao-Hing, Ou-Tchang, Yo- Tchéou, Nang-Khang, Nankin. Les villes affectées au commerce extérieur sont : Kuéi-Lin- Fou, Yaung-Tchang-Fou, Maïmatschin, Yarkand, Kaschgar, Ladak, Ssa-Lha. Le port de Cha-Pou est ouvert aux Japonais ; ceux de Canton, Emouy, Fou-Tchéou-Fou, Ning-Po, Shang-haï le sont aux Européens. Les Portugais possèdent Macao, et les Anglais, Hong-kong. Les articles d'exportation sont le thé, la soie, le sucre, le riz, les plantes médicinales, les épices, l'ivoire, la porcelaine, l'étoffe dite nankin* les ouvrages de laque et d'écaillé. Les articles d'importation sont : l'opium, les tissus de coton, les draps, les fourrures, 'es objets en cuivre et en laiton, les fils d'or et d'argent, les glaces et verres, l'acier, l'étain, le plomb, le corail, la cochenille. — L'esprit mercantile des Chinois leur a fait braver les décrets qui leur interdisent de s'expatrier; ils se sont répandus à Java, aux Philippines, à Singapour, à Siam, à Calcutta, en Australie, sur les côtes occidentales de l'Amérique, au point de se substituer aux travailleurs indigènes et de provoquer des révoltes de la part de ceux ci. Le travailleur chinois ou coolie (prononcez kouli) est sobre, actif et économe. De là les préférences des entrepreneurs anglais ou américains, qui vont les chercher par convois et font avec eux un traité qu'ils tiennent plus ou moins honnêtement. Le coolie revient toujours dans son pays, soit vivant, avec le pécule qu'il a amassé, soit mort pour reposer au milieu des siens : il fait promettre à celui qui l'engage de renvoyer son corps dans la province qu'il a quittée. — Les sciences, plus avancées en Chine jusqu'au xv* siècle que partout ailleurs, sont restées stationnaires ; l'imprimerie, la poudre à canon, la boussole, dont on fait remonter l'invention à l'an 2C02, et le gnomon qui daterait de 1 10'), inventés par les Chinois, n'ont été perfectionnés ou employés qu'en Europe. Les Chinois font peu de mathématiques, mais le système décimal est en usage parmi eux depuis longtemps. La médecine se réduit en Chine à l'usage des simples ou à des pratiques superstitieuses; les Chinois ne connaissent ni la physique, ni la chimie, ni l'astronomie. Ils se servent du levier, de la poulie, du treuil, de la roue dentée, et ils ont emprunté aux Européens la vis et la vapeur qu'ils appliquent à la cuisson des aliments. Leur seul moyen de transport est la brouette dont le milieu repose sur un essieu muni de deux roues, auxquelles on peut ajuster une petite voile pour se faire aider par le vent. Mais 400 canaux facilitent les transports par eau. — Les Chinois n'ont point d'architecture proprement dite. Les maisons n'ont qu'un rez-de-chaussée qu'entourent des cours ; elles sont couvertes en tuiles jaunes, pour les palais impériaux, rouges pour ceux des princes, grises pour les habitations ordinaires; le papier remplace lei vitres aux lnn':tret. Les temples sont ou des tours (pagodes), ou dea édificea, à peu près de môme forme que les maisons d'habitation, mais ornés de peintures, de bois précieux, d'animaux fantastiques, etc. Les < lliinois ne savent représenter les objets que par la peinture. Leur peinture est caractérisée par des teintes très pâles et un manque absolu de pi rapective et de proportions. — La littérature chinoise

est la plus riche de l'Asie; en 1773, l'emperour Kien long ordonna de former une bibliothèque des ouvrages les plus estimés; en 181!) elle comptait déjà 78,731 volumes comprenant des ouvrages de législation, de philosophie, d'histoire, de géographie, de jurisprudence, des lexiques, des encyclopédies, des livres bouddhiques en grand nombre, des romans, des pièces de théâtre, etc. On certain nombre de ces ouvrages ont été traduit*, en français, les principaux sont : le Chou-king, collection de documents sur l'histoire des quatre premières dynasties chinoises, traduit par Gaubil, 17 70, et par Pauthier, 1841 ; le Théou-li, code d'institutions politiques, traduit par Biot, 185 1, 3 vol. in-8"; le Ta-hio, ou art de gouverner sagement les peuples, traduit par Pauthier, 1*37; le Thong- Kian-Kiang-mou, abrégé chronologique de l'histoire de la Chine, traduit par le P. Mailla [Histoire génp'ride de la Chine, 1777-83, 12 vol in-4°) ; le Fo-koué-ki, relations des royaumes boudhiques , traduit par A. Rémusat , 1830. in- 4°, etc. — L'année chinoise commence à l'équinoxe de printemps. Les Chinois se servent, pour compter le temps, d'un cycle de 60 ans composé de dix signes, appelés troncs, qui marquent les décades, et de douze autres signes, appelés branches, qui marquent les mois. Les signes du cycle décadaire sont exprimés par les noms des cinq éléments répétés deux fois ; ceux du cycle duodénaire sont désignés par le nom de douze animaux. Pour préciser les années des cycles sexagénaires déjà écoulés, les souverains donnent aux années de leur règne un nom particulier. — Le cycle sexagénaire actuel a commencé en Chine en 18G6. — Pour la géographie de la Chine, V. Asie.

Japon. — Il est à peu près certain que le Japon a été peuplé d'abord par les Ebisû, Yessos ou Aitios, dont les derniers descendants, voisins des Esquimaux par leur type, sont en train de disparaître. A une époque préhistorisque, une colonie étrangère vint s'établir au sud du Japon et étendit bientôt ses conquêtes. La ressemblance entre le type des Javanais purs eteelui des Japonais de haute race pourrait faire supposer que les envahisseurs étaient malais. Toutefois l'origine de la race japonaise estencore controversée. La légende attribue à Jin-mu, premier mikado (souverain), fils de la déesse du Soleil, la fondation de la dynastie impériale.

L'histoire du Japon se divise en deux périodes: la première (oshéï; s'étend de OGOavant J.-C. à 1 192 après J.-C; c'est celle de la puissance des mikados; la deuxième (ashéï), 1 19"J-1 868, correspond au pouvoir des shogouns (appelés aussi taïkouns) ou commandants militaires : mais ce n'est qu'au xvn' siècle que la transition est accomplie et que le shogounat est une institution légale et incontestée. Sudjin, dixième mikado (97 à 30 av. J.-C), introduisit le premier quelque régularité dans la vie nationale, établit un impôt du sang, une corvée, encouragea l'agriculture, fit creuser des canaux d'irrigation, construire des navires, et divisa l'empire en quatre commandements militaires à la tète de chacun desquels il plaça un siogoun. Au 11e siècle après J.-C, les Japonais conquirent la Corée et lui imposèrent tribut. Ils se trouvèrent, par ce moyen, en contact avec la civilisation chinoise alors dans toute sa splendeur. Le bouddhisme remplaça bientôt l'antique mythologie indigène. A la fin du inc siècle, les livres de Confucius pénétrèrent au Japon : de cette époque datent l'écriture et l'histoire véritable. Les classes se formèrent peu à peu, et en 794 la cour vint se fixer à Kioto. Les empereurs, aaBervia par une aristocratie nombreuse et turbulente, ne furent bientôt plus que des rois fainéants. Bientôt aussi les principales familles ae disputèrent le pouvoir; alors commença une longue suite de troubles dans laquelle on n'a à

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remarquer que peu d'événements importants : une attaque tentée, sur le Japon, par les Coréens et les Tartares deGengis-khan, mais qu'un typhon lit avorter (1280); l'introduction du christianisme par les jésuites de Macao qu'y amena en 15i9 le portugais Mendez Pinto, jeté par un naufrage sur les cotes du Japon ( 154V , et qui obtint d'abord la faveur de quelques princes à qui il avait fait présent de fusils à mèches ; enfin, une nouvelle expédition en Corée pour y établir le tribut (1598). A cette époque, le gouvernement du Japon est tout entier entre les mains d'un descendant de la grande famille deMinatomo, Yéyas,qxû se transporta de Kamakura à Yédo (1590), y fit bâtir le siro (forteresse), restaura le bouddhisme dont le centre fut transporté à Yédo, et légua à ses descendants un pouvoir qu'ils conservèrent 250 ans.

En 1558, les Portugais abordèrent de nouveau au Japon et furent confinés dans l'îlot de Dé-Sima. Les Hollandais s'étaient établis à Firando, où les Anglais vinrent les rejoindre de 1613 à 1623. Mais en li. 38 les rivalités des Franciscains et des Dominicains, leurs excès, amenèrent une réaction : tous les chrétiens furent égorges ; les Portugais, expulsés, furent remplacés, a Dé-Sima, par les Hollandais qui y restèrent enfermés jusqu'en 1856. On les tint dans une étroite surveillance; ils ne purent avoir que des bateaux dont la forme ne permettait pas de s'éloigner des côtes ; le nombre des bâtiments étrangers pouvant abonder chaque année fut réduit de 5 à 2 ; il fut défendu aux indigènes de répondre aux questions des étrangers sur leur pays; les daimios (princes) ne purent se voir sans une autorisation spéciale ; depuis cette époque les Japonais devinrent inquiets, soupçonneux et insociables.

Sous Charles II, les Anglais avaient essayé en vain de prendre pied dans l'île : on leur en refusa l'entrée sous prétexte que leur roi avait épousé une princesse portugaise. Le Japon, mentionné pour la première fois par Marco Polo, ne fut plus connu que par les récits de quelques voyageurs : Kaempfer (16:t0), Thunberg (1172-1775). Les Russes échouèrent également au Japon, en 180G : l'amiral Golowine fut détenu pendant trois ans ; les Anglais n'eurent pas plus de succès en 18J8, 1811 et 18 i9. En i S5 ', le Commodore Perry fut envoyé, par les Etats-Unis, demander au Japon un traité d'amitié et de commerce. L'empereur ne répondant pas, le tuteur dushogoun de Yédo signa, avec les Américains (1854) d'abord, puis avec les Anglais, les Russes (1S55), les Français ( 1 858), lts Hollandais, les Autrichiens, un traité leur ouvrant les ports de Hakodaté, Kanawaga et Nagasaki. Ayant envoyé, en 18C0, une ambassade aux Etats-Unis, ce fut un prétexte de révolte, et il fut assassiné. Après huit ans de troubles, le shogounat disparut, et le pouvoir impérial fut restauré ; les personnages formant l'entourage de l'empereur, les chefs de clans révoltés, formàrent un conseil et prirent en main le gouvernement. Les Européens lurent confirmés dans leur concession, le mikado promit la création d'une assemblée délibérante, l'abolition des anciennes coutumes barbares, la distribution d'une justice impartiale, et déclara ouverte une ère nouvelle, l'ère de Mei-dji, qui signifie gouverner clairement. Il transporta sa résidence à Yédo, aujourd'hui Tokio, et défendit au peuple de se prosterner sur son passage. Les clans furent convertis en ken (départements), les daimios ne furent plus que des administrateurs. Mais le décret qui ferme le Japon aux étrangers n'a pas encore été révoqué, laccès du pays°est toujours interdit aux voyageurs, à moins d'une permission spéciale qu'on, peut toujours leur refuser s'ils ne sont ni ministres, ni consuls. Un vaisseau ne peut entrer dans un port qu'en cas d'avaries graves. Les Européens ne peuvent s'éloi-

gner de leur concession de plus de 40 kilomètres. Les traités de 185Gont été renouvelés en 1874, et un traité postal a été conclu entre l'Amérique et le Japon. Depuis l'arrivée des Européens au Japon, et la guerre de 1860-1868 contre l'antique organisation féodale, le gouvernement ne s'est occupé que de faire passer, dans les mœurs et l'administration, les traditions européennes. Pour s'y consacrer tout entier, il a conclu avec la Corée un traité qui l'affranchit définitivement d'un tribut depuis longtemps réclamé, jamais payé (1876;. Au contact des mœurs et des idées européennes, sous 1 influence du gouvernement, l'état social et les mœurs se sont profondément modifiés. Le mikado, descendant des dieux, était considéré comme le représentant et l'héritier de la divinité, l'intermédiaire entre son peuple et le ciel, le chef et le souverain juge du clergé, comme une sorte de père spirituel; depuis qu'il a cessé d'être invisible, les Japonais, qui se prosternaient devant sa litière, ne le saluent môme plus au passage, ce qui leur a attiré récemment un rappel à l'ordre sous forme de décret. Toutefois ils continuent à s'abandonner à sa direction avec la même confiance passive. Le trône était héréditaire et passait, à défaut d'héritier direct, à un neveu ou à un des fils que le mikado avait eus des douze « servantes de l'impératrice, » prises dans les quatre familles chargées de lui fournir des épouses. Ces princes et les membres de cinq autres familles qui se perpétuaient sans mélange, formaient une caste guerrière qui conserva longtemps le pouvoir. Au-dessous il y avait les daimios et les samouraï (nobles) . Tout cela a été balayé par la guerre de 1860-1868. Le mikado, après avoir renversé le shogoun, a repris le pouvoir direct avec l'assistance d'un premier ministre qui seul signe les décrets. Cette mesure est un moyen de gouvernement : un décret est-il impopulaire, on déclare que le ministre a mal rendu la pensée du monarque et on le retire. En 1875 il a été créé une assemblée des vieillard* (genro-în), sans attributions définies, et une assemblée annuelle des préfets qui dure 50 jours. Les débats sont secrets dans ces deux corps. Quant aux daimios et aux samouraï, ils ont été remplacés par des employés d'administration, et vivent, sans pouvoir et sans influence, de pensions que leur fait le gouvernement. Le peuple n'a aucun droit politique; il ne peut même porter les armes ni monter à cheval ; mais déjà la classe des marchands, des entrepreneurs de travaux industriels et des banquiers est sortie du mépris où on l'avait reléguée; les lois somptuaires ont été supprimées, et le mikado a commencé à entrer en rapports avec ces classes inférieures dont l'argent lui est nécessaire. L'opinion publique n'existe pas, mais la presse commence à s'étendre ; le nombre des journaux s'est élevé de 1 à 15 de 1S73 à 1877.

La législation japonaise est l'œuvre dushogoun Yéyas. Elle renferme des préceptes de morale, des lois constitutionnelles, des pénalités, des souvenirs personnels, des conseils sur l'art de gouverner. Elle a plutôt le caractère d'un testament que d'un code, aussi n'était-il permis qu'à certains fonctionnaires de la consulter. Il en reste surtout une soumission aveugle de la part du peuple envers ses supérieurs, une certaine bonté de la part de ceux-ci, et, enfin, cette étiquette méticuleuse qui, au Japon comme en Chine, est le fondement des relations sociales.

Ces lois déféraient les fonctions de juges aux gouverneurs de province ; elles sont confiées actuellement à des magistrats particuliers. Des tribunaux de première instance ont été établis dans 65 ken. Quatre cours de justice se partagent l'empire, et deux de leurs membres font chaque année une tournée dans leur ressort. Au-dessus de ces cours en est une autre instituée en 1879, et qui a

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pour mission de réformer les arrêts mal rendus. Ces lois pénales, refondues une fois déjà depuis la composition des Cent-Lo'S, sont l'objet d'un travail encore inachevé. La question préparatoire a été récemment abolie, et une prison cellulaire a été construite à Tokio. Les condamnés à perpétuité sont relégués dans l'îlot de Skuda-Sima, où on les occupe à des travaux pour lesquels ils sont payés. La peine de mort ne s'applique plus que par la décollation ou par l'étranglement. Les condamnés s'y soustraient souvent par le suicide. Ce genre de mort est quelquefois ordonné par le gouvernement comme châtiment d'un crime politique ; il consiste à s'ouvrir le ventre (hara-kiri), et n'est pas une peine infamante.

Le service militaire, exclusivement réservé autrefois aux samouraï, est obligatoire et universel depuis 1872. L'armée a été parfaitement organisée par une mission militaire que le gouvernement français a mise à la disposition du mikado en 1867 ; son costume est à peu près celui de l'armée française ; sa hiérarchie est la même. Elle a pour armes le canon et le fusil. Une école militaire sur le modèle de Saint-Cyr, un arsenal militaire et un arsenal maritime ont été fondés par des officiers français. L'organisation de la marine est dirigée par des officiers anglais. L'instruction est très favorisée au Japon. Chaque village a son école , et un homme ne sachant ni lire ni écrire serait difficile à trouver. Vers sept ans, les enfants apprennent l'alphabet, puis vont à l'école où on leur enseigne suivant leur rang les principes qui doivent guider leur vie : l'orgueil et le mépris de la mort ou l'obéissance et 1 arnour de la médiocrité ; à tous, les formules de politesse que tout Japonais rougirait d'ignorer, et surtout la vénération pour le mikado. A douze ans, ils savent tous lire et écrire.

Il y avait au Japon, en 1877, dix écoles supérieures sous l'autorité immédiate du ministre de l'instruction publique, et 6261 écoles particulières entretenues par les provinces. On y apprend le japonais, le chinois, les sciences physiques, la chimie, l'histoire naturelle, la médecine, les sciences exactes et les langues européennes, surtout l'anglais. Mais cette instruction, terminée vers seize ans, ne s'adresse exclusivement qu'à la mémoire. Il y a en outre des écoles spéciales où les cours se font en langue étrangère, le japonais ne pouvant se plier aux exigences du langage scientifique. Ce si nit : l'école de médecine , à Tokio, où les cours se (ont en allemand, l'école de droit où ils se font en français, l'école centrale, technical sc/tool, où ils se font en anglais. On trouvera des détails précis s,ur la nouvelle organisation de l'instruction publique dans l'article Japon de la Ire Partie.

Pour subvenir à tant de dépenses, il a fallu modifier le système financier. Les impôts ne sont plus (irrrus qu'en espèces. Ils ont pour unité le prix courant, variable d'ailleurs, de la mesure de riz appelée koku. Chaque année le gouvernement publie le budget projeté, mais le peuple n'est pas en mesure de le contrôler; de plus le règlement des comptes reste secret. Les principales sources du revenu public sont aujourd'hui l'impôt foncier, le produit des postes, des douanes, l'impôt sur le salaire des employés, le produit des travaux publics et établissements de l'Etat. La dette publique comprend la dette étrangère, les deux emprunts contractés à Londres à 7 et à 9 p. 100, la dette inscrite envers les créanciers indigènes, et la dette flottante représentée par le papier-monnaie. La décadence du commerce rend les ressources du Japon insuffisantes pour ses besoins. Très florissant après les traités de 1 853-18 jr,, ce coim décline peu à peu, malgré l'ouverture dis nouveaux ports de Yokohama, Osaka, BiogO, ïédo et Niegala, ruiné et entravé parla concurrence, le manque

de capitaux et la persistance hors des villes de l'ancien genre de vie. Le Japon consomme peu et ne vend guère plus. A part les cotonnades anglaises et les mousselines de laine qui se répandent un peu partout, le commerce n'est alinii nié que par les quelques milliers d'habitants qui ont adopté les modes européennes. Les principaux articles d exportation sont le thé, qui se vend surtout en Amérique, mais sans grand bénéfice, les soies, aussi chères que les nôtres, mais de qualité inférieure, enfin les porcelaines, les bronzes, les objets de laque. Le gouvernement, craignant de perdre son indépendance nationale, se refuse à promulguer les lois civiles et commerciales qui, ouvrant le Japon au crédit européen, lui permettraient de faire des routes, de cultiver son sol et d'exploiter ses mines. Les rares voies de communication et les moyens de transport trop primitifs sont encore un obstacle au commerce. Outre les canaux qui relient Tokio et Osaka avec les ports, il n'y a qu'un chemin de fer entre Tokio et Yokohama et un autre entre Kobé et Osaka ; le reste du pays ne renferme que des routes insuffisantes et mal entretenues. Les transports se font sur mer par des jonques ou de petits steamers ; sur terre, à dos de chevaux dans les campagnes, dans des carrioles traînées par des hommes dans les villes. Les seuls moyens de locomotion pour les voyageurs sont les chevaux, la carriole et le kango, espèce de panier muni de perches que soutiennent des porteurs. Le service postal est fait par des coureurs de relais en relais. Une ligne télégraphique a été établie de Nagasaki à Hakodaté et dans l'île de Yéso. Le gouvernement est presque seul à s'occuper d'agriculture ; il a fondé une ferme-modèle à Tokio et une ferme-école à l'île de Yéso. Quelques terrains ont été défrichés, mais il reste encore de vastes espaces abandonnés faute de bétail.

Il n'y a pas d'architecture au Japon. L'absence de vie politique, les doctrines bouddhistes, les fréquents sinistres ont contribué à la construction d'édifices de bois sans caractère monumental. Il n'y a pas non plus de sculpture : le bronze est trop cher et le marbre n'existe pas. Il n'y a de statues que les Bouddha impassibles et les dieux grimaçants qui ornent les temples. La peinture est, en revanche, très développée. On la retrouve partout : sur les panneaux de bois des temples, sur les paravents de papier, sur les écrans de soie, etc. Elle représente tantôt des scènes héroïques avec des formes roides, tantôt des scènes patriarcales ou comiques où la familiarité est poussée souvent jusqu'à la caricature, tantôt des oiseaux, des fleurs, etc. D'ailleurs, comme la peinture chinoise, elle n'a ni proportions, ni perspective, ni justesse de coloris. La musique n'était connue autrefois que des musiciens de la cour; cette charge a été abolie, et la notion musicale sera bientôt étrangère au Japon La musique japonaise est à la fois criarde et lamentable, peu variée et souvent faussée par les instruments. Il y a deux sortes de danses : la danse sacrée q u'on ne voit qu'à la cour, et la danse populaire, plus vive, en usage dans toutes les réjouissances. La littérature japonaise est pauvre, surtout de compositions poétiques que le caractère tout positif et formaliste des Japonais n'a pas su créer et que la langue n'eût pu exprimer. Elle consiste principalement en chroniques, dont la plus renommée est le Gengi monogalari, œuvre de la poétesse Murasaki; en drames, comédies, dont le principal mérite est une exacte imitation de la vie réelle, en romans, contes satiriques ou allégoriques et pro-

Vel li, )8,

La religion du Japon a d'abord été le shinto (voie des dieux), ou adoration des Kami, c'est-àdire des forces de la nature transformées en gc-

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nies, auxquels se sont mêlées, depuis le vie siècle, les doctrines de Confucius, de Lao-tseu et du bouddhisme. Il n'y a pas d'idoles dans les temples du shinto; le culte se réduit à des fêles en l'honneur des Kami, à des offrandes de gâteaux, d'huile, d'oiseaux vivants et à des représentations dramatiques; le shinto n'a ni dogme, ni morale, il n'enseigne que le culte des ancêtres et l'imitation de leurs exemples. Il n'a pas conservé sa pureté, mais s'est amalgamé au bouddhisme et a vu diminuer considérablement le nombre de ses sectateurs. La religion dominante est le bouddhisme ; mais là, comme en Chine, il se borne à des pratiques toutes machinales et à des superstitions grossières qui n'ont plus cours que dans le peuple ; l'incrédulité la plus complète règne dans les autres classes.

La langue japonaise appartient à la famille des langues agglutinantes; elle est divisée en un grand nombre de dialectes. L'écriture est celle de la Chine simplifiée et adaptée à la langue ; l'écriture vulgaire comprend 47 caractères.

Pour la géographie du Japon, V. Asie.

[Th. Lindenlaub.]

ORIENTATION. — Connaissances usuelles, VIII. — I. Méridiens et méridienne. Points cardinaux. — S'orienter, c'est déterminer où est l'orient, c'est-à-dire comment sont placés sur l'horizon ce qu'on nomme les quatre points cardinaux; c'est, plus généralement, savoir rapporter les directions horizontales à une direction première fixe : cette direction, qui s'appelle le nord d'un côté, le sud de l'autre, est pour chaque lieu la direction des pôles, ou mieux, la trace horizontale du plan qui passe par les deux pôles et le centre de la terre, coupant sa surface suivant un grand cercle qu'on nomme méridien terrestre.

Ce plan lui-même, considéré en un point particulier de la terre, est un plan vertical dont le prolongement coupe la voûte céleste suivant un grand cercle qu'on nomme méridien céleste. Il divise en deux parties égales le cours de tous les astres, dont chacun atteint, au moment où il « passe au méridien », le point le plus élevé du cercle oblique qu'il décrit.

La ligne horizontale suivant laquelle se projette le plan méridien sur le sol s'appelle méridienne ; c'est une petite portion locale du grand cercle du méridien terrestre : le sud ou midi [média dies, milieu du jour) est sa direction considérée du côté où dans notre zone tempérée se trouve le soleil au milieu du jour, et le nord ou septentrion la direction opposée. Dans la zone tempérée de l'autre hémisphère, au ChilL, au Cap, en Australie, c'est au contraire du côté du nord que se trouve le soleil.

Si l'on mène, au lieu où l'on est, une horizontale perpendiculaire à la méridienne, elle donne la direction des deux autres points cardinaux : l'est ou orient, situé à droite quand on regarde le nord, à gauche quand on regarde le sud, c'est-à-dire du coté où les astres se lèvent; Vouest ou occident, situé du côté opposé, vers lequel les astres se dirigent et se couchent.

Toutefois, les directions précises nommées est et ouest, qui marquent au ciel les extrémités de l'axe du méridien céleste, ne sont pas du tout, comme le disent à tort beaucoup de traités élémentaires de géographie, les « points où le soleil se lève et se couche » ; il n'y a que deux jours par an où le soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest; ce sont les deux jours d'équinoxe, le 21 mars et le 22 septembre, où le soleil décrit le grand cercle de l'équateur céleste, coupé en deux parties égales par l'horizon. Au printemps et en été, le soleil décrit des cercles parallèles plus élevés, qui vont couper l'horizon en deux points plus avancés vers le nord ; en automne et en hiver, il décrit des cercles parallèles plus bas, dont une moindre por-

tion reste au-dessus de l'horizon, et qui vont le couper en deux points de plus en plus reculés vers le sud. En France, pendant les mois de juin et de juillet, le soleil se lève au N.-E. et se couche au N.-O. ; pendant les mois de décembre et janvier, il se lève au S.-E. et se couche au S.-O. C'est donc toujours la ligne N.-S. qu'il faut déterminer pour s'orienter; c'est-à-dire que l'orientation sur place consiste à déterminer la méridienne.

II. Plans et cartes. Rose des vents. — L'orientation d'un plan ou d'une carte locale consiste à tracer sur ce plan ou cette carte la direction d'une méridienne. On trace dans un coin du plan, quand cette direction est connue, deux traits perpendiculaires dont l'un, marqué N.-S., ou désigné par une fleur de lys du côté du nord, est parallèle à cette direction. Quant aux cartes géographiques, on a l'habitude d'en tracer toujours le cadre de manière à ce que le méridien du milieu de la carte soit parallèle à l'un de ses bords, le nord en haut, le sud en bas, l'est à droite et l'ouest à gauche

Les marins ont adopté, pour désigner les diverses directions de l'horizon, une subdivision des points cardinaux dont la figure est connue sous le nom de rose des vents. La circonférence s'y trouve divisée en trente-deux parties dites rumbs, dont chacun vaut 1 1 degrés */4ï et dont les noms sont formés de ceux des points cardinaux, de la manière suivante : les bissectrices des quatre angles droits des points cardinaux s'appellent des noms réunis des côtés de l'angle qu'ils bissèquent : nord-est (N.-E.), nord-ouest (N.-O.), sud-ouest (S.-O.), sudest (S.-E.) ; les bissectrices des huit angles ainsi formés se désignent encore d'après la même règle : nord-nord-est (N. N.-E.), ouest-nord-ouest (O.N.- O.), ouest-sud-ouest (O.-S.-O.) , sud-sud-ouest (S. S.-O.), sud-sud-est (S. S.-E.), est-sud-est (E S.-E.), est-nord-est (E. N.-E.), et nord-nord-est (N. N.-E.). Déjà ces huit noms sont bien moins usités que les huit premiers. Quant aux bissectrices des seize angles ainsi obtenus, il n'y a guère que les marins qui en fassent usage : leurs noms sont formés de celui des huit principaux dont le rumb considéré est le plus voisin, et de celui du côté duquel on se porte, précédé du mot quart, puisqu'on n'a fait que le quart du chemin vers lui. Ainsi le voisin du nord, du côté du nord-est, s'appelle nord-quart-nord-est; tandis que le voisin du nord-est du côté du nord s'appelle nordest-quart-nord.

III. Détermination de la méridienne par le soleil. — Le soleil, avons-nous dit, semble décrire dans le ciel des cercles obliques toujours parallèles, ayant pour axe commun une ligne constante, l'axe du monde, inclinée sur l'horizon d'un angle égal à la latitude du lieu (V. Latitude). Ces cercles sont plus bas en hiver, plus hauts en été, de sorte qu'en France, en juin, les deux tiers du cours du soleil sont au-dessus de l'horizon, et en décembre seulement un tiers.

La direction du plan vertical où se trouve le soleil à la même heure chaque jour varie donc continuellement, excepté celle du milieu de son cours, du point le plus élevé du cercle qu'il décrit chaque jour, du point où il est à midi vrai. La direction de l'ombre d'une tige verticale à ce moment sera donc toujours la même; c'est à ce moment que l'ombre est la plus courte, puisque le soleil est au point le plus élevé de la journée. Le cours circulaire du soleil étant symétrique de part et d'autre de cette position, elle se trouvera toujours la bissectrice de l'angle de deux ombres égales formées par la tige le matin et le soir quand le soleil sera à deux points situés exactement à la même hauteur, à deux moments également éloignés de l'heure de midi.

Or, on aura plus exactement la position de deux ombres égales, le matin et le soir, quand la hau-

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teur de l'ombre varie rapidement, que vers midi où cette hauteur varie très peu pendant que le soleil parcourt presque horizontalement la partie supérieure de son cercle.

D'après cela, pour tracer une méridienne, on dressera bien verticalement, dans un lieu découvert, une tige bien droite sur un plan horizontal bien dressé au niveau. On décrira sur ce plan des cercles concentriques du pied de la tige comme centre, ayant pour rayon de une à trois ou quatre fois la hauteur de la tige : on marquera, dans la matinée, les points où l'ombre de l'extrémité de la tige vient juste raser ces cercles, et on fera de même dans la soirée, à des heures sensiblement équidistantes de midi (le midi vrai n'est pas le même que le midi moyen. V. Cadran solaire). La bissectrice commune de toutes ces positions d'ombres égales est la méridienne.

IV. Orientation de nuit. Étoile polaire. — On pourrait, la nuit, tracer la méridienne au moyen de la pleine lune exactement comme le jour au moyen du soleil, car la lune décrit au ciel des cercles parallèles semblables à ceux du soleil; mais il y a un moyen bien plus simple d'obtenir immédiatement la direction du plan méridien : les étoiles aussi décrivent ces mêmes cercles parallèles, et comme leurs rayons vont en diminuant du côté du pôle céleste, s'il y a des étoiles très voisines de ce pôle, les cercles qu'elles décrivent sont très petits, et les étoiles doivent être visibles toujours du même côté du ciel, et faire reconnaître le pôle.

11 se trouve en effet de ce côté, pour nous qui habitons l'hémisphère nord du globe (l'autre hémisphère n'a pas cet avantage), deux constellations bien connues, de forme assez semblable, mais tournées en sens inverse, la Grande Ourse et la Petite Ourse, et la dernière étoile de la queue de cette dernière, Y étoile polaire, n'est qu'à 1 degré'/s du pôle, c'est-à-dire qu'elle décrit autour du pôle un cercle dont le diamètre n'est pas plus de trois fois celui de la lune.

Ces constellations sont formées chacune de sept étoiles principales, ce que rappelle le nom de septentrion donné souvent au point nord. Quatre de ces étoiles forment un quadrilatère, les trois autres une ligne aboutissant à l'un des angles comme le timon d'un chariot, d'où le nom populaire de Chariot, par lequel on désigne quelquefois la Grande Ourse.

Le pôle céleste forme avec la Polaire et l'étoile suivante de la queue de la Petite Ourse un petit triangle dont il est facile de retenir la forme et qui permet, avec un fil à plomb, de vérifier le soir assez exactement la position de la méridienne qu'on aurait tracée par le procédé précédent, ou moine de la tracer directement avec deux jalons dans la cour d'une école.

V. La boussole. — Lorsque les astres du ciel ne sont pas visibles, lorqu'on se trouve, par exemple, dans des souterrains ou dans des bâtiments, sous Le feuillage d'une forêt ou simplement sous un ciel nuageux, on peut s'orienter au moyen de la bous- $ole, qui n'est autre chose qu'une aiguille d'acier aimantée tournant litirement dans un plan horizontal. iV. Aimant, Boussole, Magnétisme.)

La boussole commune, en France, est un losange très allongé en acier dont on laisse le bleu de la trempe du côté qui se dirige vers le nord; l'autre moitié, limce, a la couleur du métal. Elle tourne sur un pivot dans une boite au fond de laquelle est une. rose des \ents, tandis ijiie le cercle parcouru par lei pointe! do l'aiguille est divisé en 3611 degrés. Dans la boussole marine, an contraire, le barreau aimanté porte un disque léger sur lequel est peinte la rose des vents, qui se trouve ainsi toujours orientée. Il serait facile d'imiter < lie disposition, et do construire de petites boussoles d'orientation dont l'aiguille porterait une rose

des vents imprimée sur une matière très mince et très légère.

Mais le point important à considérer ici est que la direction de l'aiguille n'est pas rigoureusement du sud au nord; elle en diffère d'un anple variable avec les lieux et avec les temps, qu'on appelle déclinaison (V. Magnétisme). En France cet angle peut varier de G degrés, de Nice à Brest. L'Annuaire du Bureau des longitudes a publié une petite carte de ses valeurs pour 1876; mais en ce moment, la déclinaison en France diminue rapidement (d'un degré en six ou sept ans). On peut donner le chiffre de 16 degrés pour sa valeur sur la ligne moyenne Lille-Paris-Pau vers 1882 ou 1883 (15 degrés en 1S90), avec 3 degrés de plus pour Brest et 3 degrés de moins pour Nice, les lignes intermédiaires étant sensiblement équidistantes et parallèles. C'est de cet angle qu'il faut écarter vers la droite la ligne nord-sud de la rose des vents en laissant à gauche la pointe bleue de l'aiguille, pour avoir avec la boussole l'orientation véritable.

VI. Applications scolaires. Observatoire populaire. — Toute école doit avoir au moins la direction de la méridienne tracée dans chaque classe, sur le plafond ou sur le sol, afin que le maître puisse, en parlant des points cardinaux, les désigner de la main dans leur vraie position. On trouve chez plusieurs éditeurs des roses des vents peintes sur une grande feuille de papier qu'on peut coller au plafond. Si l'on trouve difficile de tracer la méridienne, dans la classe, d'une manière mathématique, on peut toujours l'obtenir approximativement en prenant, le soir, la direction de l'étoile polaire, ou la direction de l'ombre d'une ligne verticale de porte ou de fenêtre à midi précis.

Un instituteur intelligent pourrait construire à peu de frais, dans le point du préau découvert le mieux exposé et le plus éloigné des murs, un appareil d'orientation qui serait en même temps un excellent indicateur des heures et un moyen puissant de faire comprendre aux enfants le mouvement diurne apparent du soleil et des autres astres. Avec un cerceau d'enfant, d'environ un mètre de diamètre, placé verticalement dans le plan méridien, et soutenu par une tige de fer verticale solidement enfoncée dans un pieu, on aurait la position du plan méridien : une baguette de bois, fixée à son centre, inclinée sur l'horizon de l'angle de la latitude du lieu (43° à 55* en Fiance), et dépassant le cercle par ses deux extrémités en pointes, représenterait l'axe du monde, et serait facile à fixer au moyen de l'étoile polaire : un cercle de même diamètre que celui du méridien, fait avec une bande métallique mince, large de deux doigts, et ayant cette tige pour axe, pourrait représenter l'équateur solaire; en le divisant en '2* parties égales, numérotées de I à XII de chaque côté, on aurait les divisions d'un cadran solaire équinoxial, l'ombre de l'axe venant sur ces divisions aux différentes heures du jour; enfin, quatre petites vergettes de 1er, placées horizontalement suivant les diamètres des cercles, qu'elles solidifieraient, représenteraient la direction des quatre points cardinaux; on pourrait les terminer par quatre lettres de métal, N, E, S, 0, fixées sur les cercles. L'extrémité de la tige verticale pourrait porter une petite girouette pour donner la direction du vent, si la cour était grande et le lieu bien découvert.

11 serait à désirer que des appareils de ce genre, servant en quelque sorte d'observatoires populaires, fussent construits à bon marché par le commerce et fournis aux écoles ou aux communes. C'est certainement la forme la plus instructive et la plus propre aux explications de tout genre qu'on puisse donner à un cadran solaire.

ORTHOGRAPHE

ORTHOGRAPHE

Une municipalité généreuse pourrait même, au grand profUde l'instruction populaire, le construire en matériaux durables et dans des proportions architecturales, et en faire un petit monument public qui ornerait utilement la place située devant l'école communale. [Albert Dupaigne.] ORNITHOLOGIE. — V. Oiseaux.

ORTHOGRAPHE.— Grammaire, VII. — On disait autrefois plus correctement Y orthographie, graphie désignant toujours la science et graphe le savant: la géographie et un géographe, la culiigraphie et un cnlligraphe, etc. Quoi qu'il en soit, l'orthographe ou l'orthographie est la manière d'écrire les mots et les phrases d'une langue, selon l'usage établi et les règles de la grammaire.

I. Orthographe des mots. — C'est l'orthographe proprement dite, qui consiste:

1° A écrire chaque mot dans son état simple avec les lettres ou les signes phonétiques dont il doit se composer ; c'est ce qu'on appelle ordinairement Y orthographe d'usage.

2° A écrire les mots variables avec les modifications qui leur sont propres, modifications qui portent le plus souvent sur la terminaison (par exemple le chant, les chants ; il cfiantxn, je chant ai), mais quelquefois aussi sur le radical des mots [mourir, je »>ev?'s) ; cette partie de l'orthographe porte le nom à.' orthographe de principes ou d'orthographe grammaticale.

L'orthographe de principes s'appelle aussi orthographe relative, parce que c'est la manière d'écrire les mots selon la relation ou le rapport qu'ils ont dans le discours, abstraction faite de la forme qui leur est propre.

L'orthographe d'usage est ainsi nommée parce que, ne dépendant pas des règles de la grammaire proprement dite, l'usage semble en être le seul régulateur. Cependant cette partie de l'orthographe n'est pas plus arbitraire que l'autre, et il vaudrait mieux l'appeler orthographe absolue, puisque c'est la manière dVcrire les mots absolument, c'est-à-dire seuls, isolés, tels qu'ils sont dans les dictionnaires, en particulier dans celui de l'Académie.

A. Orthographe absolue. — L'orthographe des mots dépend essentiellement de la nature des sons ou des éléments matériels qui les constituent. On appelle orthographe rationnelle ou phonétique la manière de représenter ces sons de la langue, soit par des lettres, soit par d'autres signes, dits orthographiques, selon les règles propres à la phonétique française. Mais, en français, l'orthographe n'est pas toujours la représentation fidèle de la prononciation ; comme, en général, c'est l'origine du mot qui en détermine l'écriture, cette orthographe étymologique est souvent en désaccord avec l'orthographe rationnelle. Ainsi, par exemple, les trois premiers sons du mot chapeau sont représentés régulièrement par les lettres ch, a,p, qui, en français, ont pour valeur propre de servir à marquer ces sons; au contraire, le son final n'est pas rendu par son signe propre o, mais bien par la combinaison des voyelles eau, à cause de l'étymologie, la forme ancienne de chapeau étant chapel. 1. Quant aux lettres dont on se sert en français pour marquer les divers sons de la langue, elles peuvent être étymologiques ou serviles.

a) Les lettres étymologiques sont données par l'étymologie latine ou romane ; elles sont étymo-

elyi logiques môme quand elles ne sont pas de provenance latine, si elles ont été introduites dans l'ancienne langue en application des lois de la phonétique française, comme d dans peindre, et t dans ci'oitre, où la consonne linguale ou dentale det ta. été intercalée pour cause d'euphonie entre n et?-: pein-D-re, ou entres et r: crois-r-7-e, d'où croître.

Les lettres étymologiques sont sonoreà ou

2e Partie.

muettes, selon qu'on les fait entendre ou non dans la prononciation. Les lettres muettes sont des voyelles, mais plus souvent des consonnes. Les voyelles étymologiques qui peuvent être muettes sont a,e,o, u, comme dans août, ;>e >ir, paon, qualité. Les consonnes muettes sont surtout des consonnes fortes qui se présentent au commencement ou à la fin des mots, comme dans a/franchir, appauvrir, asservir, attendrir, diffamer, effacer ; des, lit, vers, fort, sans, chant; beaucoup plus rarement au milieu, comme dans baptême, Aisne, etc. Au commencement des mots, la consonne nulle provient toujours de la consonne finale d'un préfixe qui s'est assimilée à la consonne initiale du mot simple, d'où résulte une consonne redoublée qui se prononce comme une consonne simple, par exemple dans appauvrir, de ad et pauvre. En général les consonnes finales ne sont muettes qu'accidentellement, et elles seraient mieux appelées quiescentes, parce que, si elles se reposent souvent, elles se font de nouveau entendre soit dans la liaison des mots, par exemple des amis, soit dans la flexion et la dérivation, par exemple haut, haute, hauteur; c'est la raison pour laquelle l'orthographe moderne, qui a supprimé dans l'intérieur des mots presque toutes les consonnes purement étymologiques, les a au contraire conservées quand elles sont finales.

b) On appelle lettres serviles celles qui, ne se prononçant pas, ne servent qu'à donner a la consonne ou à la voyelle qui précède telle ou telle prononciation. Les lettres serviles peuvent être des voyelles ou des consonnes. Les voyelles serviles sont m, qui maintient au q et au c devant e et i le son guttural (en pareil cas eu devient presque toujours qu) : gueule, guichet, ravque, quille, et e, qui donne à ces consonnes le son lingual de j et de s : gagiure, douceâtre. Les con. sonnes serviles sont /, m,n, s, t ; elles apparaissent comme doubles consonnes à la fin des mots. Dans la règle le doublement des consonnes ne devrait avoir lieu que dans la pénultième accentuée, c'est à-dire suivie d'une syllabe muette : tandis que toutes les syllabes non accentuées sont brèves, la pénultième qui a l'accent tonique est le plus souvent longue quand elle est suivie d'une consonne simple, comme dans fêle, idiome, zone, rose date, et elle devient brève quand elle est suivie d'une consonne redoublée, comme dans dette, pomme, couronne, rosse, patte. Mais les exceptions à cette règle abondent, et la pénultième accentuée peut être brève quoique suivie d'une consonne simple, par exemple parole, et d'autre part le doublement de la consonne a souvent lieu sans nécessité après une voyelle atone, puisque cette voyelle est toujours brève, de telle sorte que la consonne qui suit ne sert à rien et est une lettre complètement parasite, par exemple honneur, rayonner, barannie, cantonnier, monnaie, tonner, sommet, etc. En revanche, après un e muet qui doit recevoir l'accent Ionique, le doublement de la consonne est nécessaire pour marquer que cet e muet est devenu sonore, comme dans il jette, il appelle, qu'il vienne, où ce doublement de t, de / ou de n produit le même effet qu'un accent grave sur Ye pénultième : jète, appelé, viène.

Les consonnes / et n sont dites mouillées quand elles sont suivies immédiatement du son du j allemand ; ce son se marque en français par un i ou par un g préposé à la consonne mouillée et qui doit être considéré comme une lettre servile, quoique étymologique: feuille de folium,siG?ie de signum. 2. Les signes orthographiques étaient inconnus au vieux français et ne remontent qu'au xvie siècle.

Ces signes, qui suppléent jusqu'à un certain point aux lacunes et aux défectuosités de notre alphabet, sont des caractères qui servent à marquer tantôt

ORTHOGRAPHE

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le son (signes phonétiques) et tantôt la forme (signes formatifs) des mots.

a). Les signes phonétiques sont la cédille, le tréma, V apostrophe et les accents écrits.

La cédille est un signe qu'on place sous le e pour lui donner le son de la sifllante s; on mit d'abord un ; après c : faczon, puis on le souscrivit au c ." façon.

Pour indiquer que les groupes de voyelles, comme ai et au, doivent se prononcer séparément, on place sur la seconde le signe appelé tréma (••) : naïf, Saiil. On met encore le tréma sur l'e de la syllabe finale gue lorsque Vu est sonore : ciguë, et non pas ciguë, qui se prononcerait comme figue.

Pour éviter l'hiatus ou la rencontre de voyelles dans deux mots qui se suivent, la langue élide la voyelle qui termine le premier mot, quand cette voyelle est un e muet, et la consonne qui précède se lie alors à la voyelle initiale du mot suivant : mais la voyelle élidée dans la prononciation ne l'est pas dans 1 écriture, sauf dans quelques monosyllabes où l'e muet est remplacé par le signe appelé apostrophe ('): l'ami «= Ib ami, j'aime = fi aime; ailleurs l'élision existe sans qu'elle soit marquée dans l'écriture : quelque autre, entre eux (= quelqu'autre, entr'eux).

L'e muet est remplacé par une apostrophe :

1° Dans les monosyllabes le (article et pronom), je, me, te, se, ce, que, ne, de: l'ami, j'honore, il m aime, je t'avertis, il s'amuse, c'est /liste, q'i'il parte, il 7i écrit pas, il est saisi d effroi.

2° Dans quelques polysyllabes composés de que, savoir : a) jusque, devant toute voyelle . jusqu'en Suis-"; b quoique, lorsque, puisque, parce que, quand ces mots sont suivis de il, elle, on, un : quoiqu'il, lorsqu'elle, puisqu'on, parce qu'une faute ; c quelque, presque, ainsi que entre, dans tous les mots composés : quelqu'un, presqu'île, entracte. Hors ces cas, l'e des mots quoique, lorsque, quelque, etc., n'est pas remplacé par une apostrophe : quoique étranger, lorsque André, puisque aucun de vous, parce que en Itaie, quelque autre, presque usé, entre eux, entre auti-es, etc.

La voyelle finale des monosyllabes la et si s'élide comme l'e muet : l'âme, je l'ai vue, s'il pleut.

Les accents écrits, qu'il ne faut pas confondre avec l'accent tonique, sont au nombre de trois : l'accent aigu ('), comme dans café, l'accent grave Nj, comme dans père, et l'accent circonflexe (*), comme dans féie.

L'accent aigu se place ordinairement sur tout e sonore terminant la syllabe, excepté quand cet e est suivi d'une syllabe muette finale, auquel cas on emploie l'accent grave : céder, je cède. — On emploie encore l'accent grave sur le de la finale es quand s n'est pas le signe du pluriel : abcès, cy très, etc.

L'accent circonflexe indique : 1° la suppression d'une lettre, surtout l'a, avec allongement de la voyelle, comme dans apôtre pour aposlre, ou sans allongement de la voyelle, comme dans hâpitul pour hospHal, r6ti>- pour roslir; 2° rallongement de la voyelle sans suppression de lettre, dans quelques mois en an , 'de, orne, on". : blême, p './e, dôme, cône.

On emploie encore l'accent grave et l'accent circonflexe comme ligne purement diacritique, c'est-à-dire qui sert à distinguer les moi- Bans influer aucunement sur la prononciatio i : '/, pré- I osition, et a, rerbe; là, çà, où, adverbeB, et la, article, ça, pronom, ou, conjonction ; — j>'ùne, mur, sûr, crû, dû, et jeune, mu , du.

Les lettres majuscules sont aussi des signes diacritiques qui servent à distinguer des noms communs les noms propres et les noms communs employés comme noms propres : le Portugal, l'Académie française, etc. Ou peut encore considérer

comme signes diacritiques les lettres italiques opposées aux lettres droites ou romaines.

b). 11 n'y a qu'un signe formatif, c'est le trait d'union {-), qu'on place entre les parties constitutives d'un mot composé, comme chef-d'œuvre, c'est-à-dire, dix-sept, ou entre deux ou plusieurs mots tellement unis qu'ils semblent n'en former qu'un au point de vue de l'accentuation, comme viens-tu? allez-vous-en, etc.

B. Orthographe relative. — L'orthographe relative est l'orthographe des flexions ou terminaisons des mots variables, dont la grammaire enseigne l'origine et l'emploi dans des règles précises ; c'est pourquoi on l'appelle aussi orthographe de règles ou de principes.

Cette orthographe, ne dépendant que des règles de la grammaire, est certaine et ne peut pas nous induire en erreur. C'est une règle générale que les substantifs et les adjectifs font leur pluriel en s, quelques-uns en x, que le féminin se forme en ajoutant un e. et que la terminaison des verbes varie selon le temps, le mode et la personne. Tout cela est du ressort de l'étymologie ou première partie de la grammaire et ne présente aucune difficulté; avec un peu d'attention on est sur de ne pas s'y tromper. Il n'en est pas tout à fait de même des règles de concordance que donne la syntaxe, grâce aux subtilités que se sont plu à y introduire la plupart des grammairiens; mais il est facile de débarrasser la syntaxe de toutes ces subtilités et de réunir en quelques pages toutes les règles concernant l'accord des mots, ainsi que nous avons essayé de le faire dans notre Grammaire élémentaire de la langue française (p. 124 à 134).

II. Orthographe des phrases. — L'orthographe des phrases consiste uniquement dans l'application des règles de la ponctuation, règles qui découlent d'une analyse logique réellement digne de ce nom.

La ponctuation consiste à marquer, par des signes convenus, les divisions ou la fin des phrases (signes objectifs,, et la manière actuelle dont nous considérons telle ou telle proposition, tel ou tel membre de la proposition (signes subjectifs). Les signes objectifs sont : le point (.), le signe de ponctuation le plus fort et qui se met à la fin de la phrase pour indiquer que le sens est tout à fait terminé ; la virgule (,), le signe de ponctuation le plus faible et qui s'emploie dans la phrase de subordination pour séparer, dans certains cas, la proposition subordonnée de la principale, et dans la phrase de coordination, lorsqu'il y a contraction, pour en séparer les termes similaires; le pointvirgule (;) et les deux-points (:), qui expriment des divisions intermédiaires plus faibles que le point, plus fortes que la virgule, et ont pour fonction propre et générale de séparer les propositions coordonnées, soit de marquer les divisions de la phrase de coordination, les deux-points ayant dans ce cas une valeur plus forte que le point-virgule. — Les signes subjectifs sont : le point d'interrogation^), le point d'exclamation(\), la parenthèse () et les pciuts suspensifs (...), qui ne sont que des signes auxiliaires. — L'alinéa, marquant une séparation plus forte que le point, doit aussi être considéré comme un signe de ponctuation. — V. Ponctuation.

III. Variations de 1 orthographe. — L'orthographe de l'ancienne langue était indécise et tlot-

mais elle se distinguait par une grande limp icité et, en somme, elle différait moins de l'orthographe actuelle que de celle de Rabelais ou de Montaigne. Voici comment M. ISrachct a résumé ces variations de notre orthographe:

a 11 n'existe, en théorie, que deux systèmes d'orthographe : le premier qui figure exactement la prononciation ou orthographe phonétique ; le se-

ORTHOGRAPHE

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•cond qui s'attache plutôt à rappeler l'origine du mot et est dit orthographe étymologique. L'orthographe phonétique, exacte peinture de la voix, n'admet que des lettres vivantes ou prononcées : elle écrira filantropie, orfelin, filosofie, comme nous écrivons faisan (de phasianos), fantaisie (du grec phantasid), fantôme (de phantasma). A côté de ces lettres actives, l'orthographe étymologique admet, au contraire, des lettres mortes, qui rappellent aux yeux l'étymologie, mais qui ne jouent aucun rôle dans la prononciation ; telle est, par exemple, la consonne p dans exempt (de exemptas), baptiser (de baptizare) : dans ce système on écrira phaisan, phantaisie, phantosme ; sujet, venant de subjectum, sera orthographié subject, etc.

« Au point de vue de la pure logique, le système phonétique est la seule orthographe rationnelle ; l'orthographe étymologique manque en effet de base, puisqu'elle ne s'appuie que sur l'orthographe d'une langue antérieure, et que d'autre part elle suppose arbitrairement que les étymologies sur lesquelles elle se fonde pour imposer aux mots telle ou telle lettre parasite sont indiscutables. D'ailleurs, l'orthographe d'une langue, comme la langue elle-même, n'est point faite pour quelques lettrés, mais pour l'ensemble de la nation : le f de faisan n'empêchera pas plus l'helléniste de reconnaître dans cette forme le grec phasianos que le ph de philosophie n'aidera les illettrés à retrouver l'origine du mot.

» De ces deux systèmes orthographiques, le moyen âge, à l'origine, adopta le premier, la langue de la Renaissance adopta le second, et notre orthographe actuelle est le résultat d'un compromis très arbitraire entre les deux. Le moyen âge chercha d'abord à modeler l'orthographe sur la prononciation : au XIIe siècle on écrivait comme aujourd'hui neveu (de ne pote m), recevoir (recipere), ensevelir (insepetire) ; le xvie siècle, pour rapprocher ces mots de leurs originaux latins, écrivit nepveu , recevoir , erisepvelir, sans se douter que le p latin existait déjà dans tous ces mots sous la forme du v; de même les formes du xne siècle devoir [debere), fièvre (febnm), février (februartum), sont devenues auxvie siècle debvoir, fiebvre, febener. Le moyen âge, changeant le et latin en it, écrivait lait (loctem), fait (factum), trait [tradum), nuit [noctem); le xvie siècle refait ces mots en laict, traict, faict, nuict. Cette recherche d'orthographe érudite, qui avait commencé dès le xve siècle avec les clercs et les premiers traducteurs des livres de l'antiquité, s'accrut d'une manière démesurée sous la Renaissance, par l'influence que prennent alors les imprimeurs «rudits : Robert et Henri Estienne surchargent les éditions sorties de leurs presses d'une foule de lettres parasites empruntées à l'orthographe des langues anciennes. Cette invasion de lettres muettes jette un tel trouble dans l'orthographe, qu'une réaction en sens inverse ne tarde point à se produire. Meigret etl'illustre Ramus, qu'approuvent Ronsard, Du Bellay et toute l'école nouvelle, tentent contre les Estienne et l'école des étymologistes de ramener l'orthographe au pur système phonétique. Cette tentative échoue, et l'orthographe étymologique persiste, en s'allégeant quelque peu, jusqu'à la fin du xvn* siècle. Malgré les -efforts de Corneille et de Bossuet, l'Académie conserva presque intact ce système orthographique dans la première édition de son Dictionnaire (1694); elle proscrivit même l'usage des accents et ne jugea point à propos d'adopter l'orthographe de Richelet, qui écrivait tête pour teste, épée pour espée, etc..

» Ce fut seulement en 1740, dans sa troisième édition, que l'Académie remplaça par l'accent Vs étymologique; elle écrivit alors tête, épée, apôtre;

elle supprime de môme le cl muet de advocat, adventure, etc., qu'elle avait jusque-là conservé. Mais elle n'osa point aller jusqu'au changement de tri en ai que Voltaire proposait, et jusqu'en 1838 elle écritjfe connoissois, il était, ilmarchoit ; ce fut seulement dans sa sixième édition que l'Académie sanctionna la réforme voltairienne.

» Notre orthographe contient, malgré ces utiles réformes, plus d'un reste de la manie crudité du x.vie siècle : le moyen âge écrivait autre (alter), oaume (palma), pous (pulsus) ; le xvie siècle, aultre, paulme, poids; nous avons repris paume et autre, mais nous avons gardé pouls. Le moyen âge disait oser («wsarej, oreille (uttricula), p^vre (palper), toreau (taurellum), acheter (acca/>/are), baiser {baptizare) déroute (derupte),escri< (scri/rtus); le xvie siècle, auser, aureiUe, pauvre, taureau, et de même achapter, baptiser, déroupte, escript. L'orthographe moderne a repris oser, mais non povre; oreille, mais non toreau ; acheter, mais non ba/iser. Les lettres doubles qui infestent notre vocabulaire sont encore l'héritage du xvie siècle ; nous écrivons arbitrairement et sans aucune raison d'étymologie, ni de prononciation : aba^is et abate teir, — charretier et chariot, coureur et courrier, — timonier et canowrcier, canto?2al et canto??xier, félowie et banmxie, patro?zal et patro?mer, tonnant et détonation, — agrandir et aggraver, aplanir et applaudir, appauvrir et apercevoir, etc.

» Le moyen âge écrivait nacion, porcion. Au lieu de garder cette orthographe qui nous permettait de conserver au t un son unique, les latinistes rétablirent dans tous ces mots le li latin : de là les inconséquences de prononciation telles que les éditions et nous éditions, les portions et nous apportions, les inspections et nous inspections, etc.

» Cette orthographe dite étymologique, qui ne représente pas la prononciation, devient même tout à fait arbiiraire quand elle repose, comme cela est arrivé plus d'une fois au xvie siècle, sur une étymologie erronée. De même que peser vient de pensare, le latin pensum (au sens de poids) donna le vieux français poU, comme meitsis a donné mois, tensa toise. Le xvic siècle, qui tirait pois de pondus, voulut conformer l'orthographe du mot à cette fausse étymologie et écrivit poids, dont nous avons hérité et qui sous cette forme a perdu, en apparence, toute parenté avec peser.

» Il est à souhaiter que, dans la septième édition qu'elle prépare du Dictionnaire de l'usage, l'Académie, qui a déjà fait en 1835 tant d'utiles réformes dans notre orthographe, persiste dans cette vofe en supprimant la plupart des doubles lettres et en bannissant bon nombre de ces prétendus signes étymologiques. » (Brachet, Morceaux choisis de-t grands écrivains du xvi" siècle, p. LXXIII.)

Malheureusement l'Académie n'a pas répondu à cet appel, et la septième édition de son Dictionnaire, qui a paru en 1877, n'a guère amélioré notre orthographe. Non seulement l'Académie n'a pas fait disparaître les anciennes bizarreries de cette orthographe, mais elle y en a ajouté de nouvelles et elle n'a pas môme su éviter les contradictions. Voici à ce sujet quelques indications sommaires qui pourront être utiles aux maîtres aussi bien qu'aux élèves.

Emploi des voyelles : l'Académie continue à écrire les voyelles muettes même quand elles sont complètement inutiles, comme dans bœuf, mœurs, toast, paon, heaume, etc ; elle supprime le e étymologique dans voir et le conserve dans seoir, mais elle écrit je surseoirai et l'assoirai, etc.

Emploi des consonnes : capneant, fabricant, provocant, suffocant, vacant,et cfioquant, marquant, pratiquant, trafiquctut,ex,c ; excédant (participe) et excédent (adjectif;, excellant et excellent, négligeant et négligent, etc. ; — aphte, apo-

ORTHOGRAPHE

ORTHOGRAPHE

phtegme, autochtone, diphtongue, hémorragie, hémorroïdes, hypocondre, ichtyophage, ophtalmie, phtisie, rythme, etc.: î-opsode et rhapsode, flegme,

et phlegme, frénésie et phrénésie, parafe et paraphe, fantasmagorie et phantasmugorie, parélie et parhélie, etc.

Doublement des consonnes : l'Académie a égalisé l'orthographe des mots assonance, consonance et dissonance, emmailloter et démailloter ; mais elle continue à écrire résonner, résonnajit et résonance ; consonne et co?isonant, consonance ; abattre,abattement et abatage, «bâtis (à côté de lattis); assujettir et assujétir, carotte, calotte et compote, camelote; ballotter, culotter, crachotter, décrotter, grelotter, gnrutter, etc., et barboter, chevroter, clapoter, caillouter, dorloter, fricoter, grignoter, gigoter, etc. ; tabletterie et buffleterie ; si/ fier et persifler, gifle ; souffler, essouffler et boursoufler, emmitoufler, etc. ; charrette, charrue et cha?'iot; courrier et coureur; baronnie et félonie ; cancaner et capitonner ; bananier, marinier, nautonier, timonier, etc., et bâtonnier, braconnier, chiffonnier, marronnier, prisonnier, vannier, etc; imbécile et imbécillité ; accourir et acoquiner, attendre et atermoyer, approfondir et aplanir, allonger et alourdir, etc.

Emploi de la cédille : douceâtre au lieu de douçûtre.

Emploi des accents : l'Académie écrit maintenant je siège, d'après la règle générale, mais elle maintient l'ancienne orthographe dans eussé-je, dussé-je, etc. ; elle écrit avec l'accent grave barème, orfèvre, poète, sève, troène, prèle; avec l'accent aigu : énamourer (contrairement à l'étymologie qui exige énamourer, comme enivrer, enorgueillir, etc.;, goéland, goélette, goémon, pépia, pépie, pétiller; avènement , affrètement, soutènement, tenement et événement ; complètement, adv., et complètement, subst. ; règlement et dérèglement, subst., et règlement, dérèglement, adv.; réclusion et réclusion, celer et celer, etc. L'Académie écrit maintenant sans accent circonflexe : gaine et gainier, goitre, levure, masse et masser (termes de jeu) ; elle admet également aboiement et aboiment, dénouement et dénouaient, dénuement et dénùment, engouement et engouaient, enjouement et enfournent, etc. Elle écrit angélus et angélus, ad hoc et ab hac, o/dime, nec plus ultra, a posteriori, a priori, vice versa et à viinimâ, meù-culpô, nota benè, sine quâ non; soûl, soûler et saoul, saouler ; palustre et palàtre; trinôme et binôme, monôme, etc.

Emploi des majuscules : amen et Ave; les antechrists et l'Antéchrist; le lias-Empire et la basse Bretagne, les busses Pyrénées; le Très-Haut, le haut Rhiii.na haut pays, le hautmal; l'Esprit' Saint, Y Ecriture sainte, la sainte Vierge, la sainte Famille, la sainte Bible, les lieux saints, le saint sépulcre; saint Jean, la Saint-Jean, le saint-père, le saint-siège, le saint-office, le saint-empire; Notre-Seigneur ; le conseil dei dix, les dix, les >■ ize, les Quarante ; la Grammaire de Porl-Hoyal et le dictionnaire de l'Académie; un bon barème, c'est un bon Barème; la salir- ménippéeet la .!/'■nippée ; le Pont-Neuf, le Lon.a parlement, le Théâtre-Français, la Comédie f ançaise, les Francs saliens, les girondins, les /roi»' Heures; c'est un savoyard (homme grossier), un scopin, un séide, c'est son sosie, un service âe sèvres, une garniture de vnlenciennes, etc.

Emploi du trait d'union : l'Académie écrit un blanc-seing et un 6/oflc seing, nn '»7e SOUS-seing

j,j i, • <■( nu (fCtt r /.' M ■(■', un .«/?/

et un sa«s cœur, le fana /</;"", le fOfia .'/''''"'. le libre-échange et le ftére échange, le coton-poudre et le '»/'/» poudre, le o<M»»»e-ré*in< el la gomme résine, le laisser-aller elle laisser aller, \e qu'endira-t-on et le qu'en dira-t-on; cluirsemé, aieu-

gle-né, nouveau-né, nouveau venu, court vêtu; corps-saint, corps ae garde; eau-de-vie, eau de

rose; état-major, tiers état; haut- fond, haut fourneau; faux- fuyant, faux frais, faux monnayeur; francs-tireurs, corps francs; pied-de-chat, /,ied de bœuf ; pot-au-feu, pot pourri ; c'est-à-dire, c'est à savoir; au-devant et a« dehors, au-dssus, audessous et en dessus, en dessous; la-dessus et là déduis; ici-bas, là-bas et en 6a* ; là-haut et en haut; par-ci par-là et parict, par là, par deçà ; pw -devers, par-dessous et jsa»- r/evant sa chambre (mais par-devant notaire); très bon, trottemenu; havresac ; morte-eau et e«w morte; un tête-à-tête et tète à tête (adv.), avenir et à-venir (subst); rouvieux ou roux-iienx ; bis-blanc et pu in bis ; un homme bien-disant, de soi-disant docteurs, à bras-le-corps, acompte, afin, a tour, averse et à verse, à-coui>, à-propos, à vau-l'eau, etc.; contrebande, contrepoison et contre-on ire, contre-poil, etc.; endos, encaisse, entrain, en-tête, en-cas; entrecouper, entrelacs, entrecôte, entresol, entremets et entre-bàiller. tntre-temps, entre-voie, etc. ; soucoupe et sous-sot, etc.; surpoids, surtout et sur-arbitre, susdit et sus-énoncé, etc. ; malsain et mal-être, mal-oppris ; non pareil et non-sens, non-payement, non seulement, les gens non intéressés, etc.; boutefeu el boute-en-train; caillebotte et caille-lait; cliquaient et casse-cou; lèchefrite et à lèche-doigts; passavant, passeport, passepoil et passe-debout, passe-droit, passe-partout, passe-ternps, etc. ;porteballe, portecruyon. jiortefuix, portefeuille, portemanteau et porte-aiguille, porte-clefs, p,rte-drapeau, porte-liqueurs, porteniontre, porte-voix, etc. ; condamnation par corps et le par-corps; quant à moi et le quant-à-moi, bien faire et le bien-fuire, cette description est hors d' œuvre et un hors-d'œuvre, crier suuve qui peut et ce fut un sauve-qui-peut.

Ponctuation : Vive la liberté! et vive le vin. Ah! mon Di-.u, qu'uvez-vous fait? Eh! mon Dieu, laissons cla. Ah! quelle chute ! et : Oh bien, que je souffre! Oh çà, parlons de nos affaires. 0 tea<ps, ô mœurs! O mon Dieu.' — PI lise à Dieu qu'il revienne sain et sauf! Plût à Dieu que cela fût, etc.

IV. Réforme de l'orthographe. — Comme on l'a vu plus haut, l'orthographe de l'ancien français était très simple et en somme beaucoup plus rationnelle que celle qui l'a remplacée après la Renaissance. Cette orthographe moderne de Marot et de Rabelais, toute hérissée de lettres étymologiques inutiles dont trois siècles n'ont pi> nous débarrasser entièrement, est encore la nôtre aujourd'hui, sinon dans les détails, du moins dans l'ensemble. Il y a là une tradition d'autant plus puissante qu'elle remonte à une époque où la langue française s'est fixée et est entrée dans la phase classique de son histoire, et c'est précisément à cause de cette tradition que toute réforme radicale de l'orthographe française est entourée de difficultés presque inextricables.

Il est bien prouvé cependant que de tous les idiomes romans, c'est lo français qui possède le système orthographique le plus défectueux.

Ce système a en effet deux défauts bien graves:

1° Il manque de signes simples pour exprimer des sons simples, savoir : les voix pures que nous représentons par les combinaisons de voyelles ou et eu ; les voix nasales, de a, de e, de o et de eu, qui se rendent par une voyelle suivie de n ou m , c esJ à-dire la nasale de l'a par an ou e»,la nasale de l'e parai», ein ou in, la nasale de l'o par on et la nasale de l'eu par un ; la chuintante forte que nous représentons par ch, et enfin les consonnes mouillées dont la notation par ill et gn est très défectueuse, parce que ill et gn ont une double valeur phonétique, comme on peut le voir dans - /. /. el i ill -. agneau et agnus, etc.

i° Certaines consonnes ont en français un dou-

ORTHOGRAPHE — 1477

ORTHOGRAPHE

Me ou même un triple emploi, d'où ib résulte que le même son peut se rendre par plusieurs signes, comme 1'* forte, qui est représentée par s, ss,c, c, t et x, comme dans sel, bosse, ceci, maçon, notion, soixante. Ces emplois multiples de la même lettre sont très fréquents et compliquent inutilement notre orthographe.

Pour que cette orthographe fût complètement rationnelle, il faudrait : 1° que chaque son fût représenté par un signe distinct, et 2° que chaque signe ou lettre eût un son qui lui fût propre et ne servît pas à marquer d'autres articulations. Plusieurs essais de réforme ont été tentés dans ce sens, afin de rapprocher l'écriture le plus possible de la prononciation. Après Meigret et Ramus, dont nous avons déjà parlé, on peut citer parmi les réformateurs les plus marquants : au dix-septième siècle, Chiflet, Ménage, l'abbé Dangeau et Richelet; au dix-huitième, Regnier-Desmarais, Buffier, l'abbé Girard, Dumarsais, Duclos, Wailly et Beauzée ; et dans notre siècle, Domergue, Volney, Marie, Féline, Erdan, Raoux et Ambroise-Firmin Didot. Mais ces tentatives ont toutes échoué, parce que la plupart ne tenaient pas assez compte, soit de l'étymologie, soit de la flexion et de la dérivation des mots.

Et cependant l'orthographe se modifie constamment et insensiblement dans le sens d'une plus grande simplification. « On n'a, ditLittré, qu'à comparer l'orthographe d'un temps bien peu éloigné, le xvn8 siècle, avec celle du nôtre pour reconnaître combien elle a subi de modifications. Il importe donc, ces modifications étant inévitables, qu'elles se fassent avec système et jugement. Manifestement le jugement veut que l'orthographe aille en se simplifiant, et le système doit être de combiner ces simplifications de manière qu'elles soient graduelles et qu'elles s'accommodent le mieux possible avec la tradition et l'étymologie.» (Histoire de la langue française, I, 327.)

Voici, croyons-nous, les améliorations de détail qui auraient le plus de chance d'être adoptées, parce qu'elles constitueraient, non pas une i évolution, qui bouleverserait toute notre orthographe, mais une simple évolution, qui pourrait s'opérer tout naturellement et pour ainsi dire sans secousse.

1° Remplacer Yy par i dans tous les mots d'origine grecque, où il a le son de cette voyelle ; on écrirait donc analise, stile, comme l'on écrit amidon, cristal, au lieu de analyse, style, amydon, crystal, et l'on conserverait l'y comme lettre française avec sa valeur propre d'i consonne {y espagnol,,;' allemand), telle qu'elle s'est conservée en général, sauf après l'a où y vaut aujourd'hui deux i dont le premier se combine avec l'a de manière à former le son é, tandis que le second est un z consonne qui commence une nouvelle syllabe, de telle sorte que payer sonne comme pai-yer, ce qui n'était pas le cas dans l'ancienne langue où l'on prononçait pa-ycr sans modifier le son de l'a, prononciation qui s'est conservée dans les noms propres, comme Bayonne, Mayenne, et même dans quelques verbes et noms communs, tels que bayer, mayonnaise, etc.

2o Supprimer la lettre h partout où elle est inutile, c'e-t-à-dire au commencement des mots, quand elle est muette, et dans les combinaisons ch ayant le son de c dur, >h, ta, et ph, qu'on remplacerait par f;or\ écrirait donc iver, arcaïsme, cronique, rétorique, rubarbe, atlète, mètode, alfabet, épitafe, comme ét.ique, colère, école, rapsode, trésor, faisan, fanal, fl"<jme, soufre, qu'on écrivait autrefois hectiqu", rbolère, escole, rhapwde, t/irésor, p/taisan, phanal, phlegme, soup/tre ; il n'y aurait d'exception que pour quelques mots où ch sonne comme c dur devant e et i : archéologie, ecchymose, malachite, orchestre.

■\" Remplacer partout Vs faible par z et écrire poizon au lieu de poison.

4" L'emploi do l'accent circonflexe est tout particulièrement abusif; car, si ce signe doit indiquer l'allongement de la voyelle, il y a beaucoup de voyelles qui ont l'accent circonflexe, bien qu'elles soient brèves, comme o dans hôpital, tandis qu'une foule d'autres ne l'ont pas, lors même qu'elles sont longues. Il serait donc préférable de supprimer partout ce signe et de le remplacer, sur l'e terminant la syllabe, soit par l'accent grave dans la pénultième tonique, soit par l'accent aigu partout ailleurs ; on écrirait donc sans accent protêt, conmme on écrit objet, mais avec l'accent grave fête, blême, et avec l'accent aigu fêter, blêmir, etc. On pourrait peut-ùtre conserver l'accent circonflexe dans les mots tels que acre, bâiller, châsse, jeûne, mâtin, pécher, tâche, mûr, sûr, crû, dû, pour les distinguer des homonymes acre, bailler, chasse, jeune, matin, pécher, tache, mur, sur, cru, du.

b" Dans les consonnes doubles, il n'y a que la seconde qui se fasse entendre, la première est nulle. L'Académie et tous les dictionnaires, depuis celui de Boiste jusqu'à celui de Littré, disent qu'on prononce quelquefois les lettres doubles, comme pp dans appétence, mm dans immaculé, Il dans illustre, etc. Rien de plus contraire au génie de notre langue. On ne peut d'ailleurs émettre deux fois de suite le même son-consonne, par ex. // dans illustre, sans séparer les deux articulations par une voyelle, si faible qu'elle soit, comme l'e muet dans le lustre. Il faut excepter les consonnes c et y devant e, i : accès, suggérer, parce qu'alors le premier c ou a conserve le son guttural qui lui est propre, tandis que le second c prend le son d's et le second y le son de j. Saut dans ce dernier cas, les doubles consonnes se prononcent donc comme les consonnes simples, et l'on simplifierait beaucoup l'orthographe si l'on supprimait toutes celles qui sont nulles, en écrivant, comme dans les premiers temps, acrov-e, ayraver, atendre, aservir, opeler, anuncer, alaiter, aroser, doner, cowone, somet, volée, etc. Par cette réforme on rendrait uniforme l'orthographe de tous les verbes en eler et eter: il gèle et il appelé (au lieu de appelle), il achète et iljèle (au lieu de jette) .

6° Supprimer dans l'intérieur des mots toutes les consonnes parasites, comme p dans baptiser, compter, etc.

7° On a vu plus haut que, pour l'emploi du traie d'union, l'Académie ne suivait aucun système et qu'elle tombait dans les plus étranges contradictions. Pour sortir de ce dédale et simplifier l'orthographe des mots composés, il n'y a qu'un moyen, c'est de les réunir le plus possible en un seul mot. Nous renvoyons pour les détails de cette réforme à l'ouvrage de Didot sur l'orthographe et à celui de M. Darmesteter sur la formation des mots composés.

8° Substituer l's à l'a; dans les noms et les adjectifs qui prennent cette dernière consonne comme marque du pluriel ; on écrirait donc tes beaus bateaus et non pas les beaux bateaux. On étendrait plus tard cette réforme à tous les mots où la consonne finale a; a la valeur de s, comme dans je veux, heureux, etc.

Nous nous arrêtons ; peut-être est-ce déjà trop pour la routine, si puissante partout, mais plus particulièrement sur le terrain de la grammaire et de l'orthographe. Il faudrait donc ajourner ies autres modifications à introduire dans notre système orthographique, comme l'emploi de g pour le g doux [il ju'ga pour jugea), de t cédille pour distinguer les mots terminés en tic et twn, qui se prononcent tantôt avec le son de / et tantôt avec

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