‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 2 sur 534 · IDIOTISME · texte numérisé non relu

IDIOTISME

contingent et du relatif. L'étendue bornée éveille invinciblement la notion de l'espace sans limites, la durée des phénomènes qui passent fait concevoir l'éternité immuable, l'enchaînement des causes secondes provoque l'affirmation de l'existence d'une cause première absolue. Logiquement, 0:1 aura beau multiplier le fini par lui-même, on n'en fera pas sortir l'infini : si modifié, si torturé qu'on le suppose, le contingent ne donnera jamais lu nécessaire, ni le relatif, l'absolu. Il y a plus : le fini ne se conçoit que comme négation de l'infini ; de ces deux termes, l'infini seul a une significa tion positive ; l'intuition du nécessaire, de l'ai solu, rend seule explicable la connaissance du contingent et du relatif.

L'erreur des empiriques tient à ce qu'ils ont confondu, dans la question de l'origine des idées, l'ordre logique et l'ordre chronologique. Il est clair que dans la première période de sa vie, l'homme étant pour ainsi dire tout sens, est incapable de s'élever encore à la notion distincte du nécessaire : la raison se développe tardivement, et si les données de l'expérience ne venaient solliciter son éveil, eile resterait éternellement engourdie. Chronologiquement, les idées contingentes précèdent donc les idées nécessaires. Mais il est clair aussi que dans l'ordre logique, celles-ci sont antérieures à celles-là. C'est la raison seule qui rend possible la connaissance en organisant l'expérience et en lui imposant dès le début ses formes et ses lois.

On voit d'après cela quelle est l'exacte valeur des critiques célèbres qu'au xvne siècle le philosophe anglais Locke adressait à la doctrine des idées ira ées de Descartes. Locke avait sans doute raison de soutenir que l'enfant, le sauvage, le fou, l'idiot, n'ont pas l'idée claire de l'infini, de l'être parfait, etc.; mais en parlant d'idées innées, Descartes avait entendu tout autre chose. Il prétendait seulement que nous apportons en naissant la faculté de concevoir de telles idées, et que cette faculté est en elle-même et par sa nature essentiellement distincte des autres modes d'acquisition de la connaissance. Et Leibnitz, réfutant Locke et amenant la doctrine cartésienne à un degré de précision supérieur, comparait les idées nécessaires à des veines qui, dans l'intérieur d'un bloc de marbre, dessineraient vaguement la figure d'une divinité. Ces veines sont ignorées, jusqu'à ce que le ciseau du sculpteur lasse tomber les écailles qui les dissimuient et, suivant les lignes tracées à l'avance, produise au grand jour la statue que la nature avait en quelque sorte préformée. De même les notions nécessaires sont des semences que nous apportons en naissant, des traits lumineux cachés au dedans de nous-mêmes, et que la rencontre des objets extérieurs fait paraître dans la conscience.

Après la réfutation de Locke et de Condillac par Leibnitz, Royer-Collard et Cousin, il semblait que le débat séculaire entre l'école empirique et l'école rationaliste fût épuisé. Mais de nos jours, l'illustre philosophe anglais Herbert Spencer est venu apporter un élément nouveau dans la question : c'est celui de l'hérédité. Herbert Spencer estime, avec les rationalistes, que certaines notions, certains jugempnts ne sauraient s'expliquer par l'expérience de 1 individu ; mais il pense qu'on en peut rendre compte par l'expérience de la race tout entière. Pendant des générations innombrables, îes hommes ont dû, nécessairement, et cela, pour ainsi dire, k chaque instant, faire quelquesunes de ces observations élémentaires sans lesquelles ils n'eussent pu maintenir leur existence contre les causes de destruction, qui les assiégeaient de toutes parts. Les observations indéfiniment répétées ont dû imprimer à la longue à leur 01ganisation cérébrale certaines modifications dura-

bles, car il est de principe, pour M. Spencer, qu'à tout état de conscience correspond un état déterminé du cerveau et du système nerveux. Si l'on admet, comme les faits l'établissent, que les dispositions organiques des parents passent aux enfants, on comprendra que dans la suite des âges, les hommes, héritiers d'un cerveau déjà façonné par les pensées habituelles de leurs premiers pères, manifestent une prédisposition innée à reproduire les mêmes pensées, à formuler les mêmes jugements. Les idées et vérités nécessaires ne se raient alors que les expériences les plus générales et les plus constantes des générations antérieure*, accumulées pour ainsi dire et gravées en traits ineffaçables dans l'organisme de leurs descendants.

Cette théorie ingénieuse, vraie peut-être à quelques égards, ne semble pourtant pas en état de répondre à toutes les objections que soulève la doctrine empirique. D'abord, l'hérédité des dispositions intellectulles est encore une hypothèse sans valeur scientifique suffisante ; puis, fût-elle admise, il resterait toujours à expliquer comment le contingent devient le nécessaire, comment la connaissance de ce qui est se transforme en une connaissance de ce qui ne peut pas ne pas être. Que l'on considère l'expérience de la race, ou celle de l'individu, la difficulté est la même ; elle est seulement répartie sur un plus large espace et une plus longue durée. L'expérience du genre humain, comme celle de chacun de nous, implique des principes et des idées qui la dépassent, lui soient logiquement antérieurs et l'organisent de manière à la rendre vraiment intelligible. Kant a fait voir qu'il y a déjà dans la plus humble sensation quelque chose que la sensation ne donne pas, et Leibnitz corrigeait admirablement l'axiômc sensualiste : « il n'y a rien dans l'entendement qui n'ait été d'abord dans la sensation, » en ajoutant : « excepté l'entendement lui-même. » L'esprit avec ses formes constitutives, la raison avec ses notions essentielles, aussi obscures et enveloppées qu'on veuille les supposer à l'origine, voilà ce que dut apporter l'humanité naissante en face de la nature, sous peine de l'ignorer éternellement. Voilà par où la science, l'art, la moralité, la religion, tout progrès et toute civilisation sont possibles, et par où se manifeste entre l'homme et la bête une différence en quelque sorte infinie.

Pour la réfutation du sensualisme de Locke, voir surtout le premier livre des Nouveaux essnis sur l'entendement humain, de Leibnitz, et les Leçons sur l'histoire de la philosophie au xvme siècle, de V. Cousin, t. IL [L. Carrau.]

IDIOTISME. — Grammaire, XXI. — Etymologie : de la racine grecque idios, propre, particulier à). — h' idiotisme est une façon de parler particulière et propre à une langue, mais qui s'écarte des lois générales de la grammaire. Chaque langue a ses idiotismes. Wie befinden Sie iich? (mot à mot: comment se trouvent-ils?) pour demander : « comment vous portez-vous ? » est un idiotisme allemand. How do y ou d<>? (mot à mot : comment faitesvous faire?; pour dire : a comment vous portezvous? » est un idiotisme anglais. Comment vous portez-vous? pour demander: « comment est votre santé ? » est un idiotisme français.

Idiotisme est le nom générique; germanisme, anqttcisme, latinisme, etc., désignent les espèces.

Les idiotismes français se nomment des gallicismes.

Un gallicisme est donc une façon de s'exprinuT toute particulière à notre langue. Cette particularité d'expression peut se trouver soit dans le se s figuré, soit dans la construction syntaxique de la phrase. Ainsi cette proposition : Il « le cœur sur la main, n'a rien qui répugne à notre syntaxe, mais

idiotismi;

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