PAPAUTE
qui sont de véritables géants parmi les oiseaux de mer, et qui, grâce à leurs ailes puissantes, peuvent suivre pendant plusieurs jours un vaisseau voguant à pleines voiles ; les Mouettes, au bec allongé et simplement arqué vers le bout, aux narines ouvertes par deux fentes étroites sur la mandibule supérieure ; les Stercoraires, qui diffèrent des Mouettes par la disposition de leurs narines et la forme de leur queue, généralement conique; les Sternes ou Hirondelles de mer, au bec ordinairement effilé, aux ailes considérablement développées, à la queue profondément fourchue, et les Rhynchops ou Becs-en-ciseaux, aux mandibules aplaties en deux lames inégales qui peuvent s'opposer l'une à l'autre sans s'emboîter. Tous ces oiseaux se nourrissent de chair morte, de mollusques, ou de poissons vivants, qu'ils pèchent avec beaucoup d'adresse ou qu'ils cueillent, pour ainsi dire, à la surface des flots. Quelques-uns d'entre eux, comme la Sterne fluviatile, remontent parfois les cours d'eau jusqu'à une assez grande distance dans l'intérieur des terres. Sur nos côtes abondent les Mouettes à manteau gris, à manteau noir, et à manteau bleu, et les Hirondelles de mer de l'espèce dite Pierre-Garin.
Les Totipalmes sont des palmipèdes par excellence, ayant non seulement les doigts antérieurs, mais le pouce lui-môme embrassé par une vaste membrane. Ils comprennent les Pélicans, facilement reconnaissables à leur forte taille, à. leur plumage blanc ou grisâtre, et surtout à la vaste poche qui pend de leur mandibule inférieure et qui sert de filet ou de réservoir à poissons ; les Cormorans, qui sont également icbthyophages, mais dont la peau du cou est peu extensible et dont le bec, au lieu d'être aplati, est grêle et recourbé à la pointe; les Fous ou Boubies, qui ont l'ongle du doigt médian denté en scie, comme les Cormorans, et le bec conique et dentelé aussi sur les bords; les Frégates aux ailes démesurément longues, à la queue profondément fourchue, au bec long et crochu, aux palmaires largement échancrées ; les Anhingas ou Oiseaux-Serpents, ainsi nommés à cause de leur cou long et souple portant une petite tête au bec pointu ; et les Phaëtons ou Pailles-en-queue, qui ressemblent à des Hirondelles de mer, sauf par la disposition de leurs pieds et par la forme de leur queue munie de deux pennes, de deux brhis extrêmement allongés.
Enfin les Lamellirostres ont, comme leur nom l'indique, le bec (en latin rostrum) garni sur les bords de lames parallèles ou de petites dents. Leur langue, épaisse et charnue, est également dentelée, leur gésier très grand et très musculeux, leur trachée-artère souvent dilatée sur une partie de son parcours, au-dessus de la bifurcation.
Ces palmipèdes fréquentent plutôt les eaux douces que les eaux salées; ils nagent et plongent avec facilité, et leurs ailes, sans être à beaucoup près aussi développées que celles des Frégates, sont cependant assez fortes pour leur permettre d'exécuter de lointains voyages. Dans cette subdivision deux types principaux sont à considérer: le type canard, au bec plus ou moins aplati ) ■et lamelleux, et le type harle, au bec cylindrique et dentelé.
Au premier type appartiennent non seulement les Canards proprement dits que tout le monde connaît, mais les Cygnes, grands oiseaux au plumage blanc, noir fuligineux, ou mi-parti blanc et noir, et les Oies, à la livrée généralement grise ou blanche, aux jambes assez élevées, à la démarche moins embarrassée que celle des Canards.
La chair de la plupart des Lamellirostres constitue un aliment agréable, aussi un grand nombre j d'entre eux, les Canards, les Sarcelles et les Oies, ont-ils été de tout temps recherchés comme gi- |
bier. D'autres, comme les Eiders, fournissent un duvet très estimé, et d'autres enfin, réduits en domesticité, peuplent nos basses-cours ou font l'ornement de nos pièces d'eau. Parmi ces derniers nous citerons le Cygne noir, le Cygne blanc, le Cygne à col noir, l'Oie cendrée, le Canard vulgaire, le Canard musqué ou Canard de Barbarie, etc.
Les Harles ont pour patrie les climats froids et se répandent en hiver dans les pavs tempérés, (.'est dans cette dernière saison que ion voit chez nous le Harle vulgaire, qui est aussi gros qu'un canard, le Harle huppé, et le Harle piette, dont la taille est notablement inférieure.
[E. Oustalet.]
PAPAUTE. — Histoire générale, XVII-XXVI, XXX. — L'histoire des premiers évoques de Rome est très obscure. Lorsque Constantin eut fait de l'Eglise chrétienne une Eglise d'Etat, les évoques devinrent des personnages officiels ; ceux des capitales de province ou métropolitains 'archevêques) obtinrent juridiction sur leurs collègues des petites villes; enfin ceux de quelques cités importantes, Rome, Alexandrie, Antioche, Constantinople, furent, sous le nom de patriarches, les chefs ecclésiastiques de toute une région. L'évèque de Rome, qui se considérait comme le successeur de saint Pierre, revendiquait en outre une suprématie générale sur l'Eglise tout entière. Comme les autres évêques, celui de Rome était alors élu par l'assemblée des fidèles ; simple sujet de l'empereur, il n'avait aucun pouvoir temporel; le titre de pape, qui servit plus tard à le désigner exclusivement, était donné à l'origine à tous les évêques.
Après la chute de l'empire d'Occident, l'évèque de Rome fut successivement le sujet des rois ostrogoths, puis celui des empereurs de Constantinople qui gouvernaient l'Italie par leurs exarques Vers 730, à l'occasion de la querelle des iconoclastes, Rome se souleva, chassa son gouverneur grec, et le pape Grégoire II devint indépendant de fait. Grâce à l'alliance de la papauté avec les premiers Carlovingiens. les papes purent se maintenir contre les Lombards ; ils obtinrent en outre de Pépin le Bref la donation de Bavenne et de la l'entapole, et de Charlemagne celle de Pérouse et de Spolète : telle fut l'origine du pouvoir temporel de la papauté.
Du ixe au xie siècle, durant l'époque féodale, les papes ne jouent qu'un rôle effacé dins les luttes sans cesse renaissantes qui remplissent l'Italie. Ils sont tour à tour les créatures de la célèbre Théodora et de sa fille Marozia, puis des Otlions de Saxe ou de leur ennemi le consul Crescentius, et de Henri III de Franconie. C'est alors que se consomme, au milieu du xie siècle, le grand schisme d'Orient, qui sépara définitivement l'Eglise grecque de l'Église latine (V. Schisme).
Mais le moment est venu où, tirée de l'obscurité par une série de pontifes éminents, la papauté va prétendre à la domination universelle, et s'engager dans des luttes retentissantes contre les césars d'Allemagne et les rois de France. L'impérieux Grégoire VII force Henri IV de Franconie à s'humilier à. Canossa, et accroît les Etats pontificaux par l'adjonction du patrimoine de Saint-Pierre (donation de la comtesse Mathilde); Urbain II prêche la première croisade, et lance l'Occident chrétien à la conquête de l'Orient infidèle: Alexandre III tient tète à Frédéric Barberousse, et, en réservant désormais aux seuls cardinaux le droit d'élire les papes, assure l'indépendance du Saint- Siège à l'égard du peuple romain et de l'empereur; Innocent III se conduit en maître du monde, dispose des couronnes, fonde l'inquisition, fait exterminer les Albigeois ; Grégoire IX et Innocent IV poursuivent de leurs excommunications Frédéric II et la race des Hohenstaufen, qui finit par