PAPAUTE
PAPAVERAGEES
succomber; enfin Boniface VIII, le dernier des grands papes du moyen âge, engage contre Philippe le Bel une lutte inégale, dont la conséquence allait être l'abaissement du Saint-Siège et son transfert à Avignon.
Pendant tout le xive siècle et la première moitié du xve, les papes n'ont plus que l'ombre de leur ancienne autorité. Tant qu'ils résident à Avignon, ils sont sous la main du roi de France; et à peine Grégoire XI s'est-il décidé à retourner à Rome, qu'éclate le grand schisme d'Occident, auquel une longue série de conciles (Pise, Constance, Bâle, Ferrare , Florence) eut grand'peine à mettre fin. Les scandales du schisme avaient produit dans l'Eglise une vive agitation ; des voix éloquentes s'étaient élevées, demandant des réformes (Wicleff, Jean Huss, Gerson). Cependant, grâce à l'habileté d'Eugène IV et de Nicolas V, tout sembla s'apaiser ; mais ce ne fut qu'un moment de trêve.
La Renaissance venait d'ouvrir pour l'Italie une ère nouvelle. Les papes se montrèrent les zélés protecteurs des lettres et des arts (Jules II, Léon X) ; mais en même temps la corruption de la cour de Rome allait croissant ; les crimes d'un Alexandre Borgia, les désordres du clergé, la vente des indulgences, la résistance de la papauté à toute velléité de réforme, suscitèrent de nouvelles protestations : alors parurent Luther, Zwing!i, Calvin, Knox. La moitié de l'Europe rejeta l'autorité du pontife romain.
La nécessité de combattre les progrès de l'hérésie rendit pour un temps h la papauté une vigueur nouvelle. Paul III approuve l'ordre des jésuites et assemble le concile de Trente; Paul IV institue la congrégation de l'Index ; Pie V prêche la croisade contre les Turcs, qui sont battus à Lépante; Grégoire XIII, l'auteur de la réforme du calendrier, fait frapper une médaille commémorative en l'honneur du massacre de la Saint-Barthélémy ; Sixte-Quint lutte avec énergie contre Elisabeth d'Angleterre et Henri de Navarre. Mais au xvne siècle les passions religieuses sont moins violentes : les guerres de religion font place aux guerres politiques, le Saint-Siège se trouve subordonné à quelque grande puissance, 1 r.spagne, l'Empire, ou la France. Louis XIV, malgré son respect pour la foi catholique, le prend de très haut avec Alexandre VII, et menace même un moment de rompre entièrement avec le pape Innocent XI, h propos de la déclaration de 1G82.
Au xviii' siècle, plusieurs papes semblent occupes surtout de la querelle du jansénisme, que Clément XI ravive par la bulle Uniyeriitus ; quelques-uns de leurs successeurs, plus tolérants, cultivent les lettres et sont môme en correspondance avec les philosophes : Voltaire dédie sa tragédie de Mahomet à Benoît XIV; Clément XIV supprime l'ordre des jésuites, et meurt empoisonné. Son successeur Pie VI voit éclater la Révolution française : enlevé de Rome par ordre du Directoire, il meurt en captivité à Valence (CÎ99).
Pic VII négocie le Concordat avec Napoléon Bonaparte, qu il vient couronner ensuite à Paris. Lui aussi, il est plus tard enlevé de Rome, par ordre de l'empereur, et retenu prisonnier à Fontainebleau. Rendn h la liberté en 1814, il rétablit les jésuites. Ses successeurs Léon XII, Pie VIII, Grégoire XVI, cherchent dans l'Autriche un protecteur contre les tentativei de l'Italie révolutionnaire. Pie IX (1846-18(8) s'associe d'abord aux aspirations libérales du peuple italien; mais il abandonne bientôt cette »oie pour se. faire, duranl tout le reste de ■ Mg pontificat, l'inflexible défenseur de l'autorité : il promulgue 1rs dogmes «le L'Immaculée Conception et de l'infaillibilité du pape, et publie l'Encyclique de 1864 et Le Syllabns. Ko 1870, il perd le pouvoir temporel .pic les papes avaient
exercé ourant onze siècles. S9n successeur est Léon XIII. — V. Christianisme, Conciles, Eglise, Réforme, Schisme.
PAPAVÉBACÉES. — Botanique, XXIII. — Etymol. : Le mot papavéracées vient de papuver, qui est le nom latin du pavot.
Définition. — Les Papavéracées forment une famille naturelle dont les caractères servent de transition entre ceux des Renonculacées et ceux des Crucifères; elles sont reconnaissables à leur ovaire uniloculaire, supère, à leurs étamines nombreuses, et à leur calice à deux sépales -caducs.
Caractères botaniques. — Les graines des papavéracées sont excessivement petites ; néanmoins elles ont une structure assez compliquée; chacune d'elles présente un petit embryon cylindrique, environné de toutes parts par un albumen qui contient presque toujours une quantité considérable d'une matière grasse, huileuse que l'on peut extraire par la pression ou par le sulfure de carbone ; telle est l'origine de l'huile d'ceillette. Le tégument séminal de ces petites graines des papavéracées, malgré sa faible épaisseur, présente une couche extérieure sèche, membraneuse, et une couche profonde, solide, fortement imprégnée d'oxalate de chaux. Quelques-unes de ces graines sont munies, sur le raphé, d'expansions cellulaires que l'on nomme strophioles. Les racines des papavéracées sont pivotantes, mais elles demeurent toujours très grêles et se ramifient abondamment. Leurs tiges sont herbacées, annuelles ou vivaces ; de même que les racines, elles contiennent un suc laiteux, blanc, jaune ou rouge. Ce latex desséché à l'air forme Y opium. Leurs feuilles sont alternes, simples, penni-nerviées, dentées ou penni-lobées; elles contiennent aussi du latex.
Les fleurs des papavéracées sont hermaphrodites ; elles présentent, de dehors en dedans : 1° un calice à deux sépales caducs libres, ou plus rarement cohérents en une sorte de coiffe ; 2" une corolle à quatre pétales rouges, jaunes ou blancs, réguliers, hypogynes, chiffonnés avant leur épanouissement ; 3° un androcée composé d'un nombre considérable d'étamines hypogynes, libres ; 4° un gynécée formé de plusieurs carpelles soudés en un ovaire ovoïde uniloculaire, à placentas pariétaux. Les ovules enfermés dans cet ovaire sont bitégumentés, anatropes et hétérotropes. Le style qui surmonte l'ovaire est court ou même nul ; les stigmates, aussi nombreux que les placentas, sont presque sessiles, aplatis en lames; ils forment une sorte de plateau qui surmonte l'ovaire.
A la maturité, l'ovaire devient une copsule, plus rarement uaesilique uniloculaire ; ses parois restent toujours sèches, papyracées.
Les Fumariacées, que l'on rattache quelquefois aux Papavéracées, ne diffèrent de celles-ci que par leurs pétales irréguliers, leurs étamines peu nombreuses, souvent soudées en deux phalanges, à anthères extrorses, et par leur ovaire uniloculaire à deux placentas pariétaux.
Usages des Papavéracées. — Les plus importantes parmi les papavéracées sont :
)°Le Pavot somnifère, herbe annuelle originaire de l'Asie; on en recueille le latex concrète a. l'air; à cet effet, on pratique un certain nombre d'incisions à la surface de sa capsule encore jeune. Le suc du pavot somnifère n'est autre chose que l'opium de Chine. Cette substance renferme de nombreux produits immédiats, dont trois au moins sont narcotiques à un très haut degré, et parmi ceux-ci deux surtout sont usités en médecine ; ce sont la morphine et la codéine. Pris à haute dose, l'opium est un poison mortel; mais l'habitude émousse rapidement son action, et l'on peut arriver par degré a en absorber des quantités considérables. Les Chinois mâchent, fument et boivent
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•de l'opium d'une façon journalière ; cette substance leur procure une ivresse dont le renouvellement quotidien devient pour eux un besoin qu'ils satisfont à tout prix; les fumeurs d'opium tombent bientôt dans un état d'abrutissement complet, et ils finissent par mourir dans des accès de folie qui rappellent ceux du delirium tremens. On cultive en grand, dans le nord de la France, une variété du pavot somnifère, le pavot noir, dont Jes graines fournissent par expression une huile douce comestible connue sous les noms d'huile blanche ou d'huile d'œillette. Les pétales des pavots et leurs capsules bouillis dans l'eau sont émollients et légèrement narcotiques.
2° La Chélidome ou Grande éclaire, dont le latex jaune est utilisé pour enlever les verrues; jadis -on l'employait pour dissoudre les taies qui se lorment sur les yeux ; c'est même cette propriété qui lui a valu le nom dé la ire ; aujourd'hui on a renoncé à son usage parce que son acidité exige qu'on la manipule avec les plus grandes précautions. — Le suc de YArgemone mexicana possède les mêmes vertus.
3° La Sanguinaria canadensis, dont la racine renferme un suc rouge qui par ses propriétés rappelle les propriétés sédatives de la digitale. Les graines sont narcotiques.
4° Les Glaucium, les Eschholtzia, qui sont cultivées comme plantes d'ornement.
Usages des Fumariacées. — En dehors de la Fumeterre officinale et des Corydolis, dont les parties herbacées sont employées pour faire des tisanes amères, toutes les autres fumariacées sont cultivées comme plantes ornementales. Parmi elles, nous citerons le Dicentra spectabilis, qui produit de magnifiques fleurs roses ; c'est le l)ici/tra des jardiniers. [C.-E. Bertrand.]
PAPIER. — Connaissances usuelles, XI. — Tmrt d'abord, d'où vient ce nom?— Du mot papyrus, employé par les anciens pour designer certaine plante qui croissait particulièrement sur les rivages du Nil, et dont les fibres intérieures étaient employées à fabriquer des lames flexibles, des feuilles sur lesquelles on écrivit, en premier lieu chez les Egyptiens, puis chez la plupart des autres peuples, qui pendant bien des siècles furent tributaires de l'Egypte pour la fourniture de ce papier ou produit du papyrus. Pline le naturaliste a sommairementdécrit le procédé qu'employaient les Egyptiens pour préparer le papyrus. Après avoir dépouillé de son écorce la plante, espèce de Souchet {Çyperus papyrus) , qui dans le pays atteint un développement considérable, on en tirait, par un tour de main particulier, d'assez larges pellicules qu'on étendait les unes sur les autres en entre-croisant le sens des fibres, et qu'on faisait adhérer soit en les frappant, soit en les pressant fortement. L'on polissait ensuite par le frottement à l'aide d'une grosse dent de cheval, et les feuilles étaient prêtes à recevoir l'écriture. Chez les Egyptiens l'usage de ce papier semblerait remonter à des époques fort reculées, car l'on possède aujourd'hui des manuscrits sur papyrus trouvés dans des tombeaux datant d'au moins dix-huit siècles avant notre ère. Jusqu'à ce que le papyrus leur fût venu de l'Egypte, les diverses nations de l'antiquité avaient écrit sur toutes sortes de substances rigides ou flexibles, mais notamment sur des peaux de bêtes plus ou moins bien appropriées à cet usage. Ce fut même, dit-on, par suite de l'interdit que des rois d'Egypte mirent à une certaine époque (2Ô0 ans avant J.-C.) sur l'exportation du papyrus, que dans le royaume de Pont, et en la ville de Pergame, pour suppléer à la disette du papier égyptien, on apporta de remarquables perfectionnements aux procédés de préparation des peaux à écrire, connues sous les noms de charta P erg ami, membrana pergamena, ou plus
simplement pergame >i (qui est devenu notre mot parchemin) ; les produits de cette industrie, dont le secret se répandit, furent dès lors employés concurremment avec le papyrus, qui cependant resta plus particulièrement recherché jusque vers le milieu du vne siècle, où l'invasion des Arabes en Egypte vint apporter un grand trouble à l'industrie de ce pays et à ses relations avec les peuples européens. Un peu plus tard, ces relations s'étant rétablies, l'Occident reçut à nouveau du papyrus; et pendant deux ou trois siècles encore la plante du Nil garda son crédit, alors d'ailleurs fortement diminué par les qualités de résistance, de durée, reconnues au parchemin, qui était presque exclusivement employé pour les actes et les livres. Entre temps, au surplus, ces mêmes Arabes, étendant leurs conquêtes du côté de l'Orient, avaient connu, par le fait des caravanes établissant le trafic avec les plus lointaines régions d'Asie, un papier que les Chinois fabriquaient depuis des temps immémoriaux avec le coton. Et non seulement ils apportèrent dans leurs possessions d'Occident de nombreux spécimens de ce papier, mais encore ayant connu ou découvert les procédés à l'aide desquels les Chinois le préparaient, ils établirent dès le ixe siècle, dans les provinces méridionales de la péninsule ibérique, d'importantes manufactures de papier de coton dont les produits, en même temps qu'ils faisaient une redoutable concurrence au parchemin, considérablement plus coûteux, achevaient de ruiner l'industrie du papyrus égyptien, qui ne pouvait lutter ni au point de vue de la qualité, ni atï point de vue de l'économie, mais qui cependant resta partiellement en usage, autant que l'on peut croire, jusque vers la fin du xie siècle. Au papier de coton d'ailleurs, dont les fabriques ne pouvaient guère s'alimenter qu'en des régions cultivant ou recevant facilement la matière première, s'était peu à peu substitué le papier dit de chiffons, c'està-dire fait avec les débris d'étoffe de chanvre et de lin. Dès le xne siècle on en fabriquait sur plusieurs points de l'Europe occidentale, et notamment en France. On a conservé, en effet, une charte datée de 1189 par laquelle un évêque de Lodève, en Languedoc, autorise l'établissement de moulins à papier sur l'Hérault. Au siècle suivant des papeteries se créaient en Italie. Au xive siècle seulement c'était le tour d'abord de l'Allemagne, puis de la Hollande. Au XVe siècle un essai fut fait en Angleterre, mais sans succès, et ce ne fut qu'à la fin du xvic qu'enfin cette industrie s'établit régulièrement dans ce pays, qui a aujourd'hui le second rang pour l'importance de ses papeteries, le premier étant occupa par les Etats-Unis qui ne fabriquent pas moins de "250 à 300 millions de kilogrammes de papier, tandis que la France en produit environ 150 millions, contre 200 qui sont dus aux manufactures anglaises.
Quoi qu'il en soit des dates, d'ailleurs assez incertaines, où furent créées les papeteries des divers pays, nous devons noter, comme coïncidence heureuse, que l'époque où cette fabrication eut atteint dans ses principaux centres les perfectionnements qui lui permettaient de livrer, avec une économie relative, d'excellents produits, est aussi celle où fut inventé l'art typographique dont elle devait si puissamment seconder les progrès-
Or, sans nous préoccuper d'abord de 1 état actuel de cette considérable industrie, voyons sur quels principes reposa dès l'origine et repose encore d'ailleurs (car rien n'a pu être changé aux données primitives) la fabrication du papier, telle qu'elle nous est venue des peuples de l'extrême Orient, et telle qu'elle se pratique aujourd'hui.
Il est dans le règne végétal une substance techniquement appelée cellulose, que les botanistes
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définissent « une matière insoluble qui forme essentiellement les parois des cellules, des fibres et des vaisseaux »(Lemaout etDecaisne), et dont la composition est identique dans tous les végétaux. Notons même que la substance à laquelle on a donné le nom de ligneux ou bois n'est autre chose que de la cellulose épaissie et condensée.
Cette cellulose, nous la recherchons le plus communément dans des végétaux qui, par suite de la disposition de certaines de leurs parties, constituent pour nous des matières que nous nommons textiles, ou propres à donner des fils servant à la fabrication des tissus : notamment dans les fibres corticales du chanvre, du lin, que nous débarrassons par le rouissage des substances gommeuses, résineuses qui y sont associées, ou mieux encore dans le duvet qui enveloppe le fruit du cotonnier et qui nous offre les fibres de cellulose pures.
Etant donné cette cellulose à l'état de fibrilles infiniment divisées, toute la théorie de la fabrication du papier se réduit à obtenir avec ces éléments végétaux un feutrage analogue à celui qu'on obtient en pressant, en foulant les poils de divers animaux. A bien prendre, en effet, une feuille de papier n'est autre chose qu'un mince feutre végétal, car le tissu qui la constitue est formé par l'enchevêtrement, par l'étroite adhésion des brins de cellulose, ce dont il est facile de s'assurer en regardant à la loupe la déchirure d'une feuille de papier, comme on regarderait à l'œil nu la déchirure d'un morceau de feutre.
Cela constaté, nous devons comprendre que la transformation des matières végétales en papier donne lieu à deux opérations principales : 1° l'extrême division des fibres de cellulose, 2° la production du mince feutre végétal. Nous allons voir comment s'obtiennent ces résultats.
Le premier soin consiste à éplucher et nettoyer les chiffons recueillis un peu partout, qui sont les éléments les plus ordinaires de la fabrication. Tout d'abord des femmes, qui reçoivent le nom de chiffonnières, procèdent en même temps au triage et au délissage. Le triage a pour objet de faire divers lots des chiffons qui, selon leur finesse, leur nature, leur couleur ou même leur degré d'usure, doivent servir à confectionner telle ou telle qualité de papier ; le délissage est le travail que font ces femmes en divisant les chiffons en petits morceaux, en ouvrant ou coupant les coutures, les ourlets, en enlevant tous les corps étrangers : boutons, agrafes, baleines, œillets qui auraient pu rester adhérents à ces débris de linge ou de vêtements. Cette double opération ne peut guère être faite qu'à la main.
Une fois triés, délissés et coupés, les chiffons sont battus ou blutés pour être débarrassés de leur poussière: ce qui se fait à l'aide d'un grand tambour ou blutuir en toile métallique qui les secoue énergiquement.
Autrefois, aprèsle blutage, les chiffons, fortement humectés, étaient déposés dans un lieu ordinairement souterrain qui avait reçu le nom de pourrissoir, et où on les laissait séjourner jusqu'à ce qu'il s'établit une sorte de fermentation qui avait pour effet de désagréger les tissus. Aujourd'hui cette opération a été abandonnée, parce qu'on a reconnu qu'elle n'agissait qu'en altérant le principe résistant de ]a cellulose. Aujourd'hui donc, lorsqu'ils ont été blutés, les chiffons sont soumis au lessivage, qui dissout les corps gras dont ils pourraient être imprégnés. Puis ils sont rincés ou lavés dans un grand courantd'eau pure, et l'on procède au dé/Uochnge OU défilage, qui a pour objet de les réduire en fibrilles aussi divisées que possible. Ce travail était fait jadis par des marteaux, pilons, ou maillets qui battaient 1rs chiffons dans des cuves nu bachots, et qui sont aujourd'hui remplacés par des machines formées d'une caisse où un cylindre
se meut très rapidement en engrenant les lames nombreuses dont il est armé, dans les lames dont le fond de la caisse est également garni, mouvement qui a pour effet de hacher les chiffons, lesquels sortent de cet appareil à l'état de pâte, de bouillie. Cette pâte cependant ou défilé n'a pas encore atteint le dernier degré de trituration, mais on a interrompu le travail pour pratiquer le blanchiment, qui autrefois était obtenu en exposant pendant bien des jours et des nuits le défilé sur un pré, où les effets alternatifs de la rosée, du soleil, ou pour mieux dire de l'oxygénation atmosphérique parvenait, mais lentement, à les décolorer entièrement. Aujourd'hui c'est en faisant arriver dans une auge, où la pâte est constamment remuée, des courants de chlore liquide ou gazeux qu'on obtient le blanchiment.
Le défilé est ensuite porté dans la cuve de raffinage, semblable à celle où a été opérée la première trituration, mais avec cette différence que les jeux de lames étant plus serrés, la matière y est liachée plus menu, et se trouve convertie en une pâte très fine, très homogène, composée de cellulose relativement pure, que l'on peut aisément étendre en une couche à la fois très unie et aussi mince qu'on le désire. C'est alors que la première série des opérations étant achevée, qui a eu pour effet d'arriver à l'extrême division des fibres végétales, on peut passer à la seconde, qui consiste à produire ce feutre qui s'appelle feuille de papier. Deux procédés sont aujourd'hui en usage pour cette transformation : l'un, qui, de nos jours, est absolument semblable à ce qu'il dut être dans les papeteries des premiers âges, et qui donne ce qu'on appelle le papier à la cuve, à la main, qui est obtenu en feuilles séparées, et où le travail est du tout entier, en effet, à la main de l'homme ; l'autre, d'invention toute moderne, donnant le papier dit continu ou sans fin, et dont le travail est com plètement exécuté par une machine.
Il va de soi que la première et la plus ancienne des deux méthodes a consacré, si nous pouvons ainsi dire, des principes de fabrication qui sont absolument respectés et suivis par la seconde ; même point de départ, même but. mêmes résultais : les moyens d'action seuls diffèrent.
Notons que l'ancien procédé, qui peut d'ailleurs sembler d'une simplicité vraiment élémentaire, est encore usité de préférence quand on veut obtenir des papiers recherchés à la fois pour l'aspect et la solidité, et notamment destinés aux actes et à certaines impressions d'amateurs.
Pour la fabrication du papier à la main, un ouvrier se place devant une cuve où une certaine quantité de pâte a été délayée avec de l'eau, où elle est en même temps maintenue tiède par un petit fourneau ou un jet de vapeur, et remuée sans cesse par un agitateur qui empêche que les parties plus lourdes se déposent au fond. L'ouvrier, ou plutôt l'ouvreur (c'est le nom qu'on lui donne), plonge dans la pâte une forme, espèce de cadre grand comme le format du papier à obtenir et dont le fond est formé par un ensemble de menus fils de laiton très rapprochés, soutenus par l'entre-croisementde plusieurs tringles; il prend sur ce cadre une certaine quantité de pâte qu'il répartit également par une manœuvre dont il a l'habitude; un autre cadre dit couverte, qui s'emboîte exactement dans le premier, détermine l'épaisseur et le format de la feuille de papier. L'eau qui délayait la pâte s'étant écoulée à travers la toile métallique, et la masse de pâte ayant dès lors formé d'ellemême, par l'enchevêtrement de ses fibres, r< feutre dont nous avons parlé, l'ouvrier enlève la couverte et donne la forme à un autre ouvrier nommé coucfn ur, qui, pendant quele premier s'occupeà remplir un autre cadre, renverse la feuille sur un carré de feutre ou de drap, nommé flotre, et le recou-
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vre d'un de ces mêmes carrés destiné à recevoir la feuille suivante. Quand ces deux ouvriers ont fait un nombre convenable de feuilles, ils les portent sous une presse qui exprime la majeure partie de l"eau qui y est encore retenue. Après cette pression, les feuilles possèdent déjà une résistance suffisante pour pouvoir être séparées des flotres et empilées par un ouvrier (le leveur) qui doit cependant agir avec les précautions résultant d'un tour de main particulier. Ensuite, d'autres pressages ont lieu pour chasser graduellement tout ce qui peut rester d'eau dans la masse et pour effacer les rugosités que ce contact des flotres a pu laisser à la surface des feuilles ; puis le tout est porté à Vétendoir. Là les feuilles sont mises à sécher sur des cordes où on les pose à cheval comme on ferait de serviettes revenant du lavage. L'été, l'air libre suffit à opérer le séchage; l'hiver, des courants d'air chaud sont établis dans l'étendoir.
Une fois sèches, les feuilles doivent recevoir Vencollage, qui a pour but de faire que le papier rendu imperméable ne boive pas lorsqu'on s'en sert pour écrire. Cette opération se fait en plongeant les feuilles dans une légère dissolution de colle animale ou de gélatine, additionnée d'un peu d alun et de savon résineux. Séchées de nouveau, elles reçoivent ensuite le lissage ou le satiivige qui doit lustrer leur surface et qui s'obtient en les soumettant à de fortes pressions après les avoir placé s entre des feuilles de carton très unies et très dures. Si on les veut encore plus brillantes, on procède au glaçage dont les procédés ne diffèrent de ceux des précédentes opérations qu'en ce que des feuilles métalliques, zinc ou cuivre, remplacent les cartons intermédiaires et permettent d'obtenir une pression dont l'effet est beaucoup plus sensible sur le grain du papier.
Cela fait, il ne reste plus qu'à Irier les feuilles, pour séparer les bonnes d'avec celles qui présenteraient quelques taches ou imperfections, et à les ranger par mains de 25 feuilles qui, réunies par 20, forment la rame de 500 feuilles, laquelle, après avoir été pressée, enveloppée, entre dans le commerce.
Telle est la fabrication du papier à la cuve ou à la main, qui fut seule pratiquée jusqu'à la fin du dernier siècle, époque où les premiers essais de fabrication mécanique furent faits, mais sans succès décisif, à Essonnes, par un employé de la papeterie de François Didot, nommé Robert. L'idée fut presque aussitôt reprise par le fils de François Didot, qui, avec le concours d'ingénieurs anglais, put enfin faire fonctionner régulièrement et fructueusement sa machine dans un établissement du Hartfordshire. Et dès lors , non sans recevoir toutefois de nombreux et importants perfectionnements, fut inaugurée la fabrication mécanique du papier, qui aujourd'hui produit les plus merveilleux résultats.
Loin de nous le dessein de décrire cette machine perfectionnée, dont la complication même n'a d'autre but que d'arriver à répéter aussi exactement que possible, par des moyens automatiques, l'ensemble des opérations de la main humaine, à quoi d'ailleurs elle réussit dans une telle mesure que quelques minutes à peine suffisent pour que la masse de cellulose, entrant d'un côté de l'appareil, à l'état de pâte ou bouillie, exactement préparée comme pour la fabrication à la main, avec cette seule différence qu'on y a mélangé les substances destinées à l'encollage, se présente de l'autre côté à l'état de feuille d'une longueur indéfinie, parfaitement séchée et relativement lustrée.
Tout d'abord la pâte, au sortir d'une cuve où des agitateurs la remuent sans cesse, tombe sur des nappes de toile métallique où elle s'étale, et qui la conduisent entre des rouleaux garnis de feutres;
ceux-ci la pressent, l'égalisent, et en expriment l'humidité ; de là, elle est conduite entre des cylindres chauffés par la vapeur qui, en même temps, sèchent et lissent la feuille produite. Enfin cette feuille s'enroule d'une façon continue sur un dévidoir que l'on enlève quand il est garni d'une quantité suffisante de papier, et que l'on remplace par un autre. La feuille sans fin est ensuite découpée à diverses dimensions ou formats que l'on désire avoir; et il ne reste plus qu'à opérer le satinage, le glaçage et la mise en rame des feuilles, comme on a fait pour les papiers à la main.
Notons que les diverses dénominations données aux formats en raison des longueurs et largeurs relatives des feuilles, Jésus, raisin, cavalier, cloche, double cloche, coquille, couronne, qra^d aigle, grand soleil, etc., proviennent pour la plupart démarques que les fabricants mirent dans le principe dans les diverses papiers à l'aide de fils métalliques disposés à cet effet parmi ceux qui constituent le fond de la forme, et qui donnent à la feuille par des différences d'épaisseurs cette filigrane que chacun a pu remarquer en regardant le papier par transparence.
Un format, entre autres, cependant, le ministre ou tellière, mesurant 45 centimètres sur 35, doit son nom à ce que le papier de cette dimension fut la première fois fabriqué sous Louis XIV pour le service des bureaux du ministre LeTellier, père de Louvois.
Avons-nous besoin de mentionner que les diverses teintes données aux papiers s'obtiennent en mélangeant, avant la fabrication à la main ou le travail de la machine, telle ou telle substance colorante à la pâte qui doit être employée ?
De ce que la cellulose obtenue par la trituration des chiffons de chanvre, de lin ou de coton, constitue l'élément par excellence de la fabrication du papier, il ne s'ensuit pas que d'autres matières ne soient employées, car outre que pour les papiers grossiers, de pliage, d'emballage, on a coutume de mettre en œuvre la paille de nos céréales et maints débris de tissus même de provenance animale, avec adjonction obligée cependant d'une partie d'autres chiffons, l'on a encore en ces dernières années fait, avec plus ou moins de succès, des essais portant sur les fibres de plusieurs espèces de végétaux, l'agave, l'ortie, le palmier, et plus particulièrement sur une graminée qui abonde dans les régions incultes de notre possession algérienne, où elle est connue sous le nom vulgaire d'alfa. Plus récemment encore, on a obtenu des papiers de bois relativement beaux et résistants, et nous pouvons même constater que ce genre de fabrication, en pleine activité déjà dans certains lieux de Suède et d'Allemagne, semble vouloir prendre un grand développement. En principe d'ailleurs, beaucoup de plantes peuvent offrir les fibres propres à la fabrication du papier, mais la difficulté d'appropriation ressort le plus souvent, malgré toutes les ressources dont dispose actuellement la chimie, de l'impossibilité où l'on se trouve soit d'isoler, soit de décolorer les fibres qu'on voudrait utiliser. Mais sans nul doute de nouveaux progrès s'accompliront, dont nous sont garants ceux qui viennent d'être réalisés dans l'utilisation de la partie ligneuse des arbres : car il faut bien le dire, encore que l'usage des divers tissus végétaux soit plus considérable, plus répandu qu'autrefois, la disette des chiffons, qui devient de plus en plus grande en face de l'accroissement de consommation du papier, menacerait de paralyser l'industrie papetière, si la science et l'ingéniosité humaine, surexcitées par la nécessité, ne lui fournissaient bientôt d'inépuisables éléments à mettre en œuvre.
Disons pour achever quelques mots de certains papiers spéciaux qui sont d'usage journalier et
PAPILLONS
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dont quelques-uns d'ailleurs n'ont du papier que le nom. Le papier dit à calquer ou végétal est fabriqué avec de la niasse de chanvre ou de lin qui n'a pas été décolorée; l'opération du calque se fait encore parfois avec du papier dit gélatine, qui n'est autre chose qu'une feuille de gélatine coulée très mince; le papier dit porcelaine, qui sert plus ordinairement pour les cartes de visite, est un papier sur lequel on a étendu une couche de céruse ; le papier pelure a pour éléments des chiffons très purs et très résistants; le papier Joseph. ou papier de soie — qui d'ailleurs n'est nullement fait avec de la soie — est dû au contraire à des chiffons très mous traités d'une façon particulière ; il doit son nom à Joseph Montgolfier, qui Fin
flexible, de longueur très variable, roulée en spirale au repos, entourée à sa base de deux palpes velus ou écailleux ; parfois la spiritrompe manque et le papillon ne prend pas de nourriture, comme on le voit pour le ver à soie du mûrier. Les pattes se terminent par des tarses de cinq articles, sauf les cas d'atrophie; enfin l'abdomen des femelles se prolonge quelquefois en tarière rétractile, quand elles doivent pondre dans des cavités, ainsi entre les fentes des écorces (Cossus, Zeuzère).
Les lépidoptères ont des métamorphoses complètes. Ils commencent par être des chenilles, ordinairement à seize pattes, quelquefois moins (fiLr. I . Les pattes du thorax, dites en crochets, subsisteront seules chez le papillon; les pattes de l'abdo-
venta; le papier goudron résulte d'une pâte formée men, dites en mamelons, sont molles et se plissent avec des débris de cordages goudronnés. Quant en pince pour serrer le pétiole des feuilles ; souau papier dit, avec raison, de Chine (car telle est vent elles portent une couronne de petits crochets sa provenance), mais qui du reste est dans ce pays aidant la chenille à se cramponner sur la surface même un papier de choix, il est, dit-on, fabriqué des feuilles. On les sent très bien si on laisse en général avec l'écorce d'un mûrier, qui par cela une chenille se promener sur le dos de la main, même a reçu le nom de mûrier à papier, ou avec La tête des chenilles offre en avant six très petits la moelle d'un azaléa. Remarquons que c'est un 'yeux de chaque côté, et la bouche est formée de papier plus grossier, obtenu du reste du coton, . pièces courtes et consistantes destinées à broyer, qui au moyen âge servit de point de départ et de. i car la nourriture de la chenille est tout à fait modèle aux Occidentaux, lorsqu'ils fabriquèrent ! différente de celle du papillon. La très grande leurs premiers papiers. Enfin l'on fait maintenant partie des chenilles se nourrit de feuilles, parfois usage, pour suppléer en beaucoup de cas au par- i de fleurs, de fruits ou de graines, rarement de chemin proprement dit, de certain parchemin véqé- cire, de substances grasses, de matières animales talon papier parchemm qui est fabriqué en pion- sèches (.certaines Teignes); il y a des chenilles à géant pendant quelques instants, dans un mélange téguments blafards et décolorés, qui vivent dans par portions égales d'eau et d'acide sulfurique à 66°, ' des galeries à l'intérieur des tiges de végétaux, du papier ordinaire que l'on lave ensuite à grande ainsi celles des Cossus et des Sésies. Quand les eau avec adjonction légère d'ammoniaque, et qui , chenilles passent leur vie à l'air, elles sont colorées de teintes variées, avec divers dessins, bandes, chevrons, taclies ; leur peau est lisse ou granuleuse, tantôt nue, tantôt couverte de duvets, ou de poils plus ou moins longs et de prolongements variés. Les chenilles, et pour la plupart dès la sortie de l'oeuf, laissent sortir par un orifice de la lèvre inférieure, la filière, des fils de soie, provenant d'un liquide visqueux qui se solidifie à l'air, sorte de salive élaborée dans deux glandes. Cette soie sert aux chenilles à se tenir sur la feuille, parfois à enrouler les bords en cornet , ou à accoler plusieurs feuilles ensemble, afin de se faire une retraite, à filer de grandes toiles sous lesquelles elles vivent en commun dans leur jeune âge, à se laisser pendre des branches jusqu'au sol; enfin cette soie est employée par beaucoup de chenilles pour s'entourer de cocons lors de leur métamorphose, cocons tantôt en soie pure, tantôt en soie mêlée de poils de la chenille, de fragments végétaux ou de grains de terre .
Après avoir subi plusieurs mues, ou changements de peau, pendant lesquelles elles restent immobiles et sans manger, les chenilles passent à l'état nymphal, état de repos où elles ne prennent pas de nourriture et perdent tous les jours do leur poids par évaporation, à mesure que s'organise le papillon. Dans cette phase, l'insecte est recouvert d'une peau dure, laissant voir grossièrement les formes futures du papillon, la tête et la spirirrompe, les fourreaux des ailes, les antennes i mes repliées en dessous, les ami eaux de l'ab- <l< me ii (fig. 2). On désigne alors l'insecte sous le nom àefève, mot très juste en raison de sa forme et do
acquiert dans cette opération non seulement la ténacité et la sonorité, mais encore l'espèce de translucidité membraneuse du parchemin animal, qu'il remplace de la façon la plus économique. [Eugène Muller.]
PAPILLONS. — Zoologie, XXIV. — Nom vulgaire des insectes adultes de l'ordre des Lépidoptères.
Les insectes de j^)fj} cet ordre ont quatre ailes membraneuses , les inférieures toujours plus petites que les supérieures; ces ailes sont toujours recouvertes de fines écailles, souvent colorées des plus riches nuances, qui font de beaucoup de ces insectes de véritables fleurs animées. Ces écailles, qui ont fait donner aux papillons le nom de lépidoptères (c'est-à-dire insectes à ailes écailleuses), restent après les doigts comme une poussière farineuse. Ce caractère est tout à fait général. On voit bien quelques papillons à ailes vitrées et transparentes comme celles des mouches : ainsi certains Macroglosses, dha Sphinx gazés, et les Sésies, qu'on prend d'ordinaire pour des hyménoptères ; mais à léclosion, en sortantde leur chrysalide, ces papillons ont les ailes couvertes d écailles comme les autres: seulement ces écailles ne tiennent pas et tombent dès que l'insecte a ilonné quelques coups d'aile. Dans certains cas, les femelles sont tout .'t fait, dépourvues d'ailes, ou ne les possèdent qu'à l'étal de petit! moignon! impropres au vol. Les lépidoptères ont toujours deus yeux composés on É facettes; lea organes de la bouche sont conformés pour la succion du nectar des fleurs ou de divers sucs liquides, et se composent essentiellement d'une spiritrompe cornée,
Fip. i. — Chenille de Sphiiu du troène
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sa couleur brunâtre, et plus souvent sous celui ù'aurélie et surtout de chrysalide, nom beaucoup
Fig. 3. — Vanesse Morio, en éclosion.
Fig. 2. — Chrysalide de Sphinx du liseron.
moins exact, car ce n'est que dans un petit nombre de cas que le corps de l'insecte est alors couvert de taches dorées ou argentées (certaines Vanesses et Nymphales), dues à de l'air intercalé sous une mince pellicule. Les chrysalides se forment tantôt absolument à nu sur le sol, tantôt suspendues d'une manière variable par des liens soyeux, tantôt enfin entourées des cocons dont nous avons parlé. Les chrysalides peuvent éclore en peu de semaines, ou bien passer l'hiver ou même plusieurs hivers, avant de laisser sortir le papillon. Celui-ci, d'abord mou et informe (fig. 3), fend avec sa tête la peau du dos de la chrysalide, étale ses antennes et ses pattes, fait pénétrer l'air dans les nervures de ses ailes, ces ailes étant d'abord sous l'aspect de deux moignons qui pendent inertes, les sèche, les fait vibrer et les étale peu à peu, jusqu'à ce que, bien raffermi et ayant rejeté par l'anus le méconium, excrément liquide de l'état nymphal, il prenne son essor dans l'atmosphère , route nouvelle, interdite jusqu'alors.
On peut élever en captivité un grand nombre de chenilles, soit recueillies au dehors, soit nées des œufs pondus par les papillons. Il y a là pour les instituteurs de nombreux sujets de leçons de choses; les élèves s'intéressent beaucoup à suivre ces curieuses métamorphoses. Il faut placer les chenilles, avec des fragments de la plante nourricière ou la plante elle-même, dans une cage de gaze ou de toile métallique, ou, plus simplement, dans un pot à fleur recouvert d'un couvre-plat en treillis de fil de fer. Le fond de la cage ou du pot contiendra de la fine terre de bruyère, et, quand on aura obtenu les chrysalides, on fera bien, pour éviter leur mort par dessication, d'injecter de temps à autre une fine pluie de gouttelettes d'eau, afin de maintenir, le mieux possible, les conditions naturelles d'humidité. L'instituteur peut aussi placer certaines chenilles sur des rameaux d'arbustes du jardin de l'école, en entourant la branche d'un manchon de gaze bien fermé à sa base ; les élèves suivront ainsi très facilement toutes les phases de la vie de la chenille, et même son changement en chrysalide, si celui-ci s'opère sur la plante même et non en terre.
Classification. — Pendant longtemps en France on a subdivisé les papillons, d'après leurs moeurs, en trois groupes : diurnes, crépusculaires, nocturnes; les instituteurs trouveront encore cette division dans beaucoup d'ouvrages élémentaires, même peu anciens. Cette division doit être abandonnée, sinon pour le premier groupe, au moins pour les deux autres. En effet, un assez grand nombre de leurs espèces, comme certains Sphingiens, les Sésies, les Zygènes, beaucoup de Noctuelles, de Phalènes, de Tordeuses et de Teignes, volent en
plein jour et souvent exclusivement; en outre il n'y a pas de véritables nocturnes, car aucun papillon ne demeure actif à la nuit avancée et profonde, mais seulement au crépuscule, qui se prolonge en été, chez nous, jusqu'à près de onze heures du soir, dernière heure où volent encore quelques pa pillons. Nous diviserons les papillons en deux sous-ordres, dont les noms sont tirés de caractères fournis par les antennes, les Rhopalocères et les Hétérocères.
Rhopalocères ou Diurnes. — Antennes se terminant par un bouton plus ou moins renflé; ailes inférieures entièrement libres des supérieures, les quatre ailes presque toujours accolées au repos et relevées perpendiculairement au corps ; vol pendant le jour seulement ; chenilles en général peu nuisibles. Nous indiquerons les principaux groupes de ces papillons de jour, dont certaines espèces frappent les yeux des enfants par leurs belles couleurs.
Un premier groupe de Diurnes n'offre que quatre pattes propres à la marche, les deux antérieures, dites palatines, étant très raccourcies et entourant le cou comme une collerette, au moins chez les mâles. Les chrysalides sont nues et suspendues par la queue, la tête en bas, au moyen d'un court faisceau de fils de soie. Nous citerons les Satyres, de couleur fauve, avec des taches ocellées, et les Argé ou Demi-deuils, avec taches noires sur un fond d'un blanc un peu jaunâtre ; ce sont des papillons des prairies, des sentiers, des chemins de bois, dont les chenilles sont nocturnes et vivent sur les graminées. Les Vanesses sont ornées de belles couleurs, et la plupart hivernent à l'état adulte, pour reparaître au printemps et voler aux premiers soleils, plus ou moins usées et défraîchies. Telles sont trois espèces dont les chenilles se nourrissent d'orties, la Petite-Tortue, à taches noires et bleues sur un fond rouge-fauve, le Vulcain, à bandes de feu, le Paon de jour, avec quatre superbes yeux d'un bleu violet sur les ailes ; une espèce plus rare, le Morio, à fond d'un pourpre sombre avec une large bordure jaune, la chenille se nourrissant du saule, du peuplier et du bouleau ; la Grande-Tortue, dont la chenille vit sur les ormes et est quelquefois nuisible dans l'extrême midi de la France ; la Belle-Dame, à chenille mangeant les chardons et parfois nuisible aux artichauts dans les années où le papillon est commun : c'est en effet un papillon cosmopolite, dont la race se renouvelle jusqu'au nord de l'Europe par des migrations venues d'Afrique; un passage considérable a eu lieu en France, en mai et juin 1879, du sud au nord. Citons encore le Robert le Diable ou Gamma, offrant en dessous, aux ailes inférieures, la lettre grecque gamma. Viennent ensuite, dans les bois, les Papillons- Damiers, fauves avec une marqueterie de taches noires; ce sont les Argynnes, dont les chenilles vivent sur les violariées, ayant souvent en dessous des ailes inférieures des bandes ou des taches nacrées, ainsi chez le Tabac-d'Espagne, le Grand-Nacré etle Petit-Nacré ; et les Mélitées, analogues aux Argynnes en dessus, offrant en dessous des bandes et des ocelles jaunes variés, mais sans taches nacrées. Les Nymphales habitent aussi les bois. Trois grandes espèces, farouches et d'un vol rapide, pompent, non pas le nectar des fleurs, mais le suc des plaies des arbres et celui des matières stercoraires des chemins ; ce sont, en juin, le Grand-Sylvain, d'un brun fauve à bandes blanches, la chenille vivant sur les trembles et les peupliers, et en juillet les deux Mars, des peupliers, avec les ailes des mâles offrant dans un sens un riche reflet d'un bleu d'azur, les écailles étant de deux couleurs, à la façon de ces images plissées, qui représentent des objets très différents, suivant qu'on les regarde à droite ou à gauche. Les Petits-
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Sylvains ou Deuils, noirs, avec une bande de taches blanches, et dont les chenilles vivent sur les chèvrefeuilles, ont un vol doux et se posent fréquemment sur les taillis qui bordent les routes de bois et sur les ronces.
Un second groupe de Diurnes présente les six pattes propres à la marche. Les chrysalides sont nues, mais doublement attachées contre le support, par un faisceau de soie caudal et par un autre, qui forme un lien en ceinture autour du milieu du corps. Nous y trouverons les Pob/ommates fauves, avec des ocelles variés en dessous, appelés aussi Petits Porte-queues, car, dans certaines espèces, l'aile inférieure se prolonge en un grêle filet ; et les Lycènes, charmants petits papillons des prés, des champs, des bords de routes, dont les mâles sont bleus en dessus et les femelles brunes, avec les mômes taches et ocelles sur le dessous grisâtre. Les chenilles sont larges et plates, d'aspect de cloportes, à pattes très courtes, et vivent sur les légumineuses. Les Piérides sont les papillons blancs ; il y a deux espèces très nuisibles aux choux, aux navets, aux radis, le grand papillon blanc du chou et le petit papillon blanc de la rave.
11 faut détruire les adultes et les chenilles de la première espèce dans les jardins potagers ; heureusement que des entomophages du genre Microgaster font périr beaucoup de chenilles.
On doit bien se garder d'écraser les amas de petits cocons jaunes filés par les larves sorties du corps des chenilles. Le Gazé, blanc à nervures noires, est nuisible aux pruniers et aux aubépines, et ses chenilles au printemps' vivent sur les arbustes sous de grandes toiles qu'il faut flamber à la torche. Les Coliades ont deux espèces principales, le Soufré, à ailes d'un jaune soufre, et le Souci, à ailes d'un jaune foncé, bordées de noir ; leurs chenilles vivent sur les légumineuses fourragères et ne sont pas nuisibles, pas plus que celle de Y Anthocharis Aurore, dont l'apparition signale le début du printemps, le mâle ayant le sommet de l'aile supérieure d'un beau rouge orangé, les deux sexes ayant les ailes marbrées de verdàtre en dessous; enfin citons les Citrons, à antennes roses, à ailes anguleuses ; celles du mâle d'un beau jaune citron, celles de la femelle d'un blanc verdàtre; il en est qui hivernent et qu'on voit voler au soleil en février dans les bois encore absolument sans fouilles; les chenilles vivent sur les nerpruns et les fusains.
Les Grands Port n-queues appartiennent au genre Papillon proprement dit. L<- plus répandu est le Machaon, Jaune avec dessina noirs, des taches en bordure et un œil violet et rouge contre la
queue de l'aile Inférieure; la chenille, verte avec
des incisions d'un noir de velours, vit sur les carottes et le fenouil, et laisse sortir du cou, quand on l'inquiète, un tentacule rétractile et orangé,
Fig. 4. — Moro-Sphinx butinant sur un pétunia.
en Y, caractère du genre! L'autre espèce, le Flambé, avec de longues bandes noires, comme des flammes, sur un fond jaune pâle, est moins commune; sa chenille se nourrit des feuilles du prunellier et du prunier.
Enfin le dernier groupe des Diurnes, à six pattes propres à la marche, est formé par les Hespériens, petits papillons qui volent surtout dans l'aprèsmidi, par les clairières des bois et les champs, et tiennent au repos leurs ailes seulement à demi relevées ; les chrysalides sont fixées par la queue et par des fils de soie entre-croisés au milieu d'un réseau soyeux très lâche attaché entre les feuilles. Hètèrocères (anciens Crépusculaires et Nocturnes). — Dans ce sous-ordre, qui comprend la plus grande partie' des lépidoptères, et sur lequel nous ne pouvons donner que des indications très sommaires, les antennes ont toutes les formes possibles, en dents de peigne, en fuseau, en fils, crénelées, lisses ou poilues, etc. Outre les yeux composés, ne manquant jamais, il y a souvent deux stemmates ou yeux simples, cachés dans les
poils sur le dessus de la tête. Au repos les ailes sont parfois étalées à plat ou horizontalement, plus souvent repliées en toit sur le corps, les supérieures recouvrant complètement les inférieures, enfin les ailes pouvant être roulées autour du corps (certaines teignes).
Les ailes inférieures sont fréquemment ornées de couleurs très vives et très délicates, en raison de l'abri que leur offrent au repos les ailes supérieures, qui sont souvent grises ou brunes ; la lumière décolore promptement ces ailes inférieures des Hétérocères, et ce sont surtout les collections de ces insectes étalés que les instituteurs doivent avoir soin de conserver en lieu obscur. S'ils les laissent accrochées au mur et au grand jour, bientôt tout sera effacé, blanchi, méconnaissable. Enfin il arrive souvent, surtout pour les mâles, que, par l'appareil du frein, les ailes inférieures sont liées aux supérieures, de façon à les suivre dans tous leurs mouvements ; un crin raide, à la base de l'aile inférieure, passe dans un anneau corné, à l'insertion de l'aile supérieure, comme un verrou dans sa gâche; les instituteurs feront aisément voir à leurs élèves ce curieux mécanisme en prenant de gros Sphinx.
Les Sphinx, à spiritrompe très longue (fig. 4), ont des espèces qui nous arrivent d'Afrique, comme le Sphinx du liseron et celui du laurierrose, et leurs ailes aiguës sont en rapport avec ce vol puissant ; les chenilles, souvent à demi dressées, à la façon du Sphinx de la Fable jetant sa terrible énigme aux passants, ont une corne sur le onzième anneau. Le Sphinx à tète de mort, portant ce lugubre emblème sur le corselet et faisant entendre un bruit aigu, est nuisible aux aboi Iles dans le midi de la France, car il s'introduit dans les ruches pour se gorrçcr de miel ; son énorme chenille jaunà-
PAPILLONS
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tre ronge les feuilles de pomme oe terre. Les chrysatidesdes Sphinx reposentsur la terre, soit nues, soit dans des coques mêlées de grains de terre et de fragments végétaux. Les Zygaies ou Sphinx-béliers, à ?ntennes en fuseau à l'extrémité (fig. 5), ont
Fig. o. — Zygène du trèfle.
de brillantes taches rouges, sur un fond d'un noir luisant, bleuâtre ou verdàtre, et volent assez lourdement au soleil ; leurs chenilles, qui vivent surtout sur les petites légumineuses, filent, le long des tiges, un cocon allongé, en bateau, de consistance parcheminée. C'est également au soleil que volent les Sésies ou Sphinx-gazés, à ailes sans écailles, analogues à des hyménoptères ou à des diptères ;fig. 6), et dont les chenilles rongent l'inté-
Fig. 6. — Sésie apiforme femelle.
rieur des arbres et des arbustes. La Sésie apiforme. qui ressemble à un frelon, et la Sésie asiliforme. sont nuisibles aux jeunes peupliers et bouleaux, la Sésie tipuliforme aux groseilliers des jardins, d'autres espèces aux pommiers.
Le groupe des Bomby tiens présente les antennes pectinées, au moins dans les mâles; les chenilles de certains d'entre eux fournissent, par leurs cocons, les plus riches matières textiles qu'utilise l'industrie humaine (V. Ver à soie . Le genre Attncus, remarquable par les taches vitrées de ses ailes, nous présente les plus grands papillons qui existent; le plus grand papillon d'Europe est le Grand-Paon de nuit, dont l'énorme chenille, verte avec des tubercules poilus que termine une étoile d'un bleu de turquoise, vit principalement sur les poiriers et les ormes ; le Petit- Paon de nuit, de taille moindre, a sa chenille sur l'aubépine, la ronce, le charme, etc. Les chenilles des Paons de nuit ne sont pas assez nombreuses pour être nuisibles, et filent pour se chrysalider des cocons ouverts à un bout, par où sortira le papillon, et trop fortement incrustés d'une gomme brunâtre pour que nous puissions en faire usage.
D autres Bomlyciens sont très nuisibles aux bois, aux champs, aux jardins. Les Bombyx processionnaires du chêne et du pin, de couleur grisâtre, ont leurs chenilles vivant dans des nids soyeux, sur le tronc des chênes ou entre les branches des pins ; elles en sortent la nuit en procession pour dévaster le feuillage. Le Bombyx neustrien pond ses œufs en bracelets autour des branches des arbres fruitiers où ils passent l'hiver; il faut les détruire ; la chenille, dite livré?
en raison de ses bandes rouges et bleues, doit être ramassée par les enfants sur les feuilles des pommiers et poiriers, et écrasée. On couvrira de goudron au pinceau les œufs du Liparis disparate (le mâle est beaucoup plus petit que la femelle et tous deux ont des bandes noirâtres en zic-zag), qui adhèrent aux troncs des tilleuls et des ormes, sous un tampon de poils roux arrachés du ventre de la mère, et les œufs du Liparis du saule, bombyden tout blanc, qui semblent couverts d'un enduit, comme une bave de limaçon, sur les troncs des peupliers etdes saules. LeLiparis queue-dorée, également blanc, avec un gros pacuet de poils roux au bout de l'abdomen de la femelle, est un ravageur des vergers et des haies (fig. 7) ; les petites chenilles
Fig. 7. — Liparis queue-dorée mâle.
passent l'hiver entre les feuilles terminales, assemblées en paquets par des fils de soie; il faut les couper par les jours les plus brumeux et les plus froids de décembre et de janvier et les brûler avec soin, sans les laisser sur le sol.
Les Orgyes ont des chenilles offrant en avant deux longues aigrettes de poils ; les femelles n'ont que des petits moignons d'ailes et se posent sur le cocon pour attendre le mâle. L'Orgye antique est nuisible aux arbres à fruit et aux rosiers ; on voit voler en plein jour, surtout en septembre et octobre, le mâle, qui est très vif et fauve, avec une étoile blanche sur chaque aile supérieure qui l'a fait nommer l'Etoile (fig. 8). Les
Fig. 8. — Orgye antique, mâle et femelle.
Psychés sont de très singuliers papillons; les mâles, très petits, noirâtres, à antennes pectinées, volent avec rapidité le matin ; les femelles, absolument sans ailes, ressemblent à des larves ; les chenilles des deux sexes sont couvertes de fourreaux formés par des brins d'herbe, ou des morceaux de feuilles, d'où sortent seulement les pattes écailleuses et la tête. Enfin il y a des genres dont les chenilles vivent à l'intérieur des tiges et font souvent beaucoup de mal ; ainsi la grosse chenille du Cossus ligniperde, couverte d'écussons cornés rougeàtres, abîme de ses galeries les troncs des saules et des ormes; la chenille jaunâtre à points noirs (Chenille léopard des Anglais] de la Zeuzère du marronnier fait souffrir beaucoup d'arbres de toute sorte dont les branches rongée? à l'intérieur cassent sous les coups de vent ; le
PAPILLONS
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papillon, blanc tacheté de noir, a été appelé la Coquette. Il faut tuer les chenilles en passant un til de fer dans les trous. Les femelles des Cossus et des Zeuzères ont une tarière rétractile qui leur sert à pondre entre lesécorces (fis- 9 il faut, dans le jour, chercher les papillons au repos sur les troncs et les écraser.
Une tribu considérable est celle des Noctuelles, dontbeaucoup d'espèces, malgré leur nom, volent en plein jour; les espèces du soir semblent au reste craindre encore plus la clarté de la lune que celle du soleil Les antennes des Noctuelles sont en général grêles et comme des fils ; leurs ailes supérieures souvent marbrées ont de petites taches sur le disque en forme de rein, et les ailes inférieures, cachées au repos sous les autres qui s'abaissent en double toit, sont souvent blanchâtres, ou jaunes bordées de noir, ou rouges avec des bandes noires ; les chrysa lides sont le plus souvent légèrement enterrées.
Il faut rechercher les chenilles ou écraser les adultes de beaucoup de Noctuelles ; ainsi doit-on faire pour la Noctuelle potagère et la Noctuelle da chou, dont les chenilles dévorent les cultures maraîchères, surtout les choux et les choux-fleurs; pour les Agrotis, dont les chenilles, appelées vers gris par les agrif-ulteurs, causent le plus grand dommage aux racines; celles de l'Agrotis point d'exclamation (d'après une marque sur l'aile) aux turneps, raves, choux et colzas; celles de l'Agrotis des moissons aux betteraves, au point de compromettre en certaines années la production sucriere de la façon la plus grave. On doit signaler les l'iusies, qui volent très vivement en plein jour ; leurs ailes supérieures sont ornées de beaux reflets d'un vert doré ou de taches d'or ou d'argent, simulant des lettres. La Plusie gamma (portant la lettre grecque argentée gamma) est commune partout et très nuisible en certaines années aux prairies artificielles.
Les Phaléniens tiennent en général leurs ailes étalées à plat au repos ; leur> antennes sont plumeuses ou simples. Leur caractère essentiel esl donné par les chenilles. Klles n'ont plus que dix pattes, les six écailleuses et quatre au bout, de l'abdomen; aussi, une grande partie, de leurcorpa ne pouvant s'appuyer sur le support, elles relè-
— Zeuzère du marronnier, femelle.
Fig. \q. — Chenilles de la Phalène du sureau
vent en boucle ou en compas, quand elles marchent, tout le milieu de leur corps, ce qui les a fait nommer arpenteuses ou géomètres (l\%. lu). Souvent, fixées sur les deux pattes anales, immobiles pendant des heures entières, elles ressemblent à do petites branches sans feuilles. Beaucoup se laissent tomber au bout d'un fil. Les chrysalides sont pour la plupart en terre et quelques-unes entourées de légers cocons. Nous citerons la Phalène du groseillier, blanche avec des séries de taches noires et jaunes, dont les chenilles hivernent sous les feuilles sèches. Il faut ramasser en hiver les feuilles sèches au pied des groseilliers, et les brûler avec leurs petites chenilles engourdies. De singulières phalènes sont les Hibernies ou Papillons de l'hiver, qui se montrent, selon les espèces, de novembre à février.
Les mâles sont au repos sur les feuilles sèches ou sur les troncs d'arbre , volant parfois , s'il fait du soleil ; les femelles ont des ailes nulles ou en moignons rudimentaires. Sont très nuisibles aux arbres forestiers et fruitiers la Phalène défeuillante 'fig. 1 1 et 12), dont la femelle, tout à fait sans ailes, ressemble à une araignée allongée, et la Phalène hyémale , d'un gris brunâtre nuageux, paraissant en décembre. La femelle n'a que de très petites ailes, sans usage. On la trouve en abondance, le matin, après les vitres des lanternes qu'on laisse allumées la nuit dans les vergers ou
Fig. 11, — Phalène défeuillante, màlc.
FiR. 12. — Phalène défeuillante femelle.
dans les bois. Les femelles des Hibernies vont pondre sur les bourgeons, que les petites chenilles dévorent au printemps, passant ensuite aux feuilles ; on fera bien d'enduire de goudron gras
PAPILLONS
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la base des arbres fruitiers, afin d'empêcher de grimper les femelles incapables de voler.
La fin de l'ordre des lépidoptères comprend un nombre considérable d'espèces, dont certaines sont de vrais fléaux, et qui ont été nommées Microlépidoptères par les entomologistes, parce que leurs papillons sont presque toujours de très petite taille, ainsi que leurs chenilles, compensant malheureusement cette petitesse par une extrême fécondité. Nous en détacherons d'abord les Ga'lëries de la cire (fausses-teignes de Réaumur). Nous en avons deux espèces très voisines, l'une grande, dont les femelles ont jusqu'à 40 millimètres d'envergure, les ailes étalées; l'autre plus petite. La grande Gallérie de la cire est plus répandue que l'autre dans la zone parisienne, moins au contraire dans les régions plus méridionales de notre pays. C'est elle que les paysans apiculteurs des environs de Paris appellent le papillon. Les papillons des deux espèces ont les ailes supérieures découpées, à couleurs grisâtres et nébuleuse?, les inférieures plus claires et recouvertes au repos par les supérieures. Ils volent peu, bien que pouvant le faire aisément, mais courent et sautillent avec rapidité, leurs écailles luisantes et comme graissées les aidant à passer par d'étroits interstices. Ils pénètrent le soir dans les ruches, s'insinuent avec prestesse pour pondre entre les gâteaux et échappent à l'aiguillon meurtrier grâce à leur cuirasse d'écailles. Il en est qui pondent sur les fleurs, de sorte que les abeilles transportent les œufs attachés à leurs poils ou intercalés dans le pollen qu'elles amassent en provision dans les cellules. Les chenilles des Galléries ont seize pattes et courent très vite, par des ondulations précipitées d'arrière en avant. Elles ne touchent pas au miel, mais perforent les gâteaux de cire de tuyaux, en méandres multiples, formés de soie mêlée de granules de cire et d'excréments noirs. En rongeant ainsi la cire, elles font effondrer pêle-mêle miel, pollen, couvain et abeilles ; les chrysalides se produisent dans la ruche, entourées de cocons de soie blanche, épais et consistants, comme gommés, accolés les uns contre les autres. Il faut couper largement toutes les parties de la ruche envahies et les brûler, puis fortifier la colonie par une réunion, ou, si le mal est trop grand, transvaser à la fumée les abeilles dans une autre ruche. La petite Gallérie de la cire est moins nuisible, car ses tuyaux et ses cocons restent d'ordinaire confinés dans une portion restreinte de la ruche.
Un groupe considérable d'espèces est celui des Tordeuses, nommées souvent Pyrales, mot assez impropre dans ce sens restreint, car presque tous les papillons qui volent le soir sont attirés par les lumières. Les chenilles, à seize pattes, se laissent pendre à un fil de soie sortant de la bouche, qui leur sert à descendre et à remonter, et, quand on les touche, se tortillent comme de petits serpents. La plupart se tiennent dans des feuilles qu'elles roulent en cornet ou qu'elles assemblent en paquet avec d'autres, rongeant ainsi les parties vertes sous un abri qui les défend du soleil, les cache à leurs ennemis et sous lequel elles deviennent chrysalides. Beaucoup de ces chenilles font au printemps des toiles sous lesquelles elles se tiennent en commun ; il en est qui mangent les grappes de jeunes fruits, qu'elles enveloppent de soie, et certaines rongent l'intérieur des fruits. Une très redoutable Tordeuse est la célèbre Pyrale de la vigne ffig. 13), le plus grand ennemi des vignobles après le Phylloxéra *. C'est un très joli papillon, à longs palpes accolés en pointe en avant, qui semble, posé sur les feuilles, un triangle émaillé de jaune, de gris et de noirâtre, pondant ses œufs aussi par plaques sur les feuilles, en juillet et août ; les petites chenilles éclosent en septembre
et passent l'hiver engourdies entre les écorces des ceps et sur les échalas, se réveillent au printemps