V. Maladies, Helminthes, Insectes
[Dr Saffray.]
PARATONNERRE. — Physique, XXIII. — Le paratonnerre, destiné à préserver les édifices des effets de la foudre, est une tige métallique verticale, terminée par une pointe, placée sur le sommet de l'édifice et communiquant intimement avec le sol par un conducteur métallique non interrompu. Il est fondé sur la propriété des pointes de ne pas laisser l'électricité s'accumuler sur les corps dont elles font partie, en présence d'un autre corps fortement chargé d'électricité.
Lorsqu'un nuage orageux vient à passer assez près d'un édifice, l'électricité qu'il renferme exerce une action d'influence sur les corps voisins non encore électrisés ; une charge électrique est appelée au sommet de l'édifice et elle tend à se recombiner à l'électricité du nuage sous forme d'une grande et vive étincelle. Le même phénomène d'influence a lieu quand 1 édifice est surmonté d'un paratonnerre ; mais la pointe laisse échapper l'électricité au lieu de la retenir ou de l'accumuler; et cette électricité va au travers de l'air, peu à peu, neutraliser celle du nuage ; la tension électrique de celui-ci diminue et il devient alors moins dangereux, souvent même inoffensif Telle est dans la plupart des cas l'action du paratonnerre ; elle est tout autre qu'on ne se le figure généralement. On croit qu'il attire l'électricité au moment où l'éclair part et qu'il la conduit dans le sol ; c'est tout le contraire qui a lieu, puisque l'électricité part de la pointe pour se porter vers le nuage; et c'est si vrai, que dans les jours d'orage on peut voir les paratonnerres surmontés d'aigrettes lumineuses visibles dans l'obscurité.
Un nuage a-t-il une charge trop forte pour que la pointe suffise à la neutraliser ? le paratonnerre est encore utile : c'est entre lui et le nuage que jaillit l'étincelle électrique, parce que sa haute tige métallique est le point de l'édifice le plus rapproché du nuage, le plus rapidement électrisé et le meilleur conducteur.
Pour qu'un paratonnerre soit dans de bonnes conditions, il faut observer quelques précautions dans sa construction. Les règles à suivre ont été formulées en 18S4 parune commission de l'Académie des sciences; elles ont trait à la tige, à la pointe, au conducteur et à la communication avec le sol.
La tige est une barre de 5 à 6 centimètres de diamètre à la base, allant en s'amincissant. Elle se termine à la partie supérieure par un cône de cuivre, vissé et soudé au 1er et recouvert d'une couche de platine qui le préserve de l'oxydation. Autrefois on faisait les pointes plus effilées et l'extrémité
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était tout entière en platine; mais, dans ces conditions, elles pouvaient être fondues par la liante température de l'étincelle et s'émousser trop facilemnnt.
A sa partie inférieure, la tige est solidement fixée à la charpente du bâtiment, et elle porte le conducteur qui doit la mettre en communication avec le sol. Le conducteur est une barre de fer de 2 centimètres environ de côté, qui descend suivant les contours de l'édifice et vient s'enfoncor dans le sol.
La communication avec le sol doit être établie de la manière la plus parfaite. D'ordinaire, on termine le conducteur dans l'eau d'un puits qui ne doit jamais tarir. Autrement, il faudrait creuser dans le sol une fosse assez vaste, la remplir de charbon conducteur comme la braise de boulanger et y terminer la chaîne conductrice par un très grand nombre de rameaux. Une nappe d'eau naturelle est de beaucoup meilleure ; mats une citerne dont les parois sont imperméables à l'eau ne remplirait pas les conditions.
Les grandes masses métalliques du bâtiment doivent être mises en communication avec le conducteur; sans cela, elles s'électriseraient très fortement par influence, et l'étincelle pourrait jaillir entre elles et le nuage malgré le paratonnerre.
Lorsqu'il y a plusieurs paratonnerres sur un édifice, il est bon de les faire communiquer tous ensemble et d'avoir pour chacun d'eux un puits où aboutit le conducteur.
On admet qu'un paratonnerre peut protéger un espace en cercle d'un rayon double de sa hauteur; mais il n'y a rien d'absolument certain, et il est probable que cette distance est le minimum du cercle de protection.
C'est à Franklin que l'on est redevable de cet appareil si utile, appliqué très heureusement aujourd'hui, non seulement sur beaucoup d'édifices, mais aussi sur les constructions flottantes comme les grands navires qui sont, tout autant que les objets terrestres, exposés aux effets de la foudre.
[Haraucourt.]
PARIS. — Histoire de France, XXXVIII-XL. — L'histoire de Paris devance, explique et résume celle de la France entière.
Elle la devance, car la plupart des grandes transformations sociales, politiques ou intellectuelles, avant d'être acceptées, acclamées par les provinces. ont d'ordinaire été conçues, mûries, élaborées dans le grand creuset parisien.
Elle l'explique, car la population parisienne, formée du mélange de toutes les vieilles nationalités provinciales (plus des deux tiers des habitants de Paris sont nés dans les départements), représente, avec une parfaite harmonie, l'admirable équilibre de vingt tempéraments divers, et concentre en elle, avec une singulière énergie, les vagues aspirations de la France entière.
Elle la résume enfin, car chez un peuple aussi anciennement formé, aussi fortement centralisé que le nôLre, le sort de la capitale a dû, aux heures solennelles, décider du sort du pays. Voilà pourquoi toutes les grandes crises de notre vie nationale ont eu là leur origine ou leur dénoûment.
Pourquoi Paris devint ccpitale d? la France. — 1° Causes politiques. — Pourquoi Paris est-il devenu la capitale de la France? D'où vient ce prodigieux essor de la pauvre bourgade gauloise, perdue, au temps de César, dans les roseaux de la Seine, et formant aujourd nui, de l'aveu de tous les étrangers, la plus étonnante cité de l'univers?
Le temps, la nature elles hommes, tels sont les trois facteurs de la grandeur parisienne. Vingt Biè cles d'existence, une excellente situation géographique et le caractère essentiellement novateur el militant des Parisiens, voilà les éléments de cette incomparable grandeur historique dont nous allons brièvement raconter les débuts laborieux, les
étapes douloureuses, les éclipses passagères et les derniers progrès.
Jetons les yeux sur une carte d'Europe. Nous y verrons que d'impérieuses raisons politiques ont dicté à chaque peuple le choix de sa capitale. Pourquoi Londres est-il situé à l'extrémité sudest des îles Britanniques? C'est que, de tout temps, l'Angleterre a dû faire tête à la France, aux Pays-Bas et à l'Allemagne. Pourquoi la capitale de l'Autriche est-elle à Vienne, et non sur le cours central du Danube? C'est que l'Autriche visait jadis à dominer l'Allemagne , et non l'Orient slave. Pourquoi le tsar Pierre a-t-il, fou lant aux pieds la nature et les hommes, jeté Saint-Pétersbourg au milieu des marécages brumeux de la Neva? C'est que la ville nouvelle menaçait la grande ennemie de la Russie d'alors, la Suède. Et pourquoi la Suède elle-même avait-elle fait de Stockholm le centre de sa puissance? Pour dominer plus sûrement la Baltique.
Ainsi c'est une loi de l'histoire et une loi inflexible. Tout peuple doit porter sa capitale vers le point le plus menacé de sa frontière, là où il faut résister à l'ennemi. Et pour la France où donc sera cette brèche ouverte à la frontière, cette plaie saignante encore du fer de l'étranger? Le seul aspect de la carte suffirait à répondre, si l'histoire et les souvenirs du peuple ne répondaient déjà trop éloquemment.
Ce n'est pas du côté de ces peuples, latins comme le nôtre, ayant mêmes goûts, même histoire, et parlant une langue sœur de la nôtre, les Espagnols et les Italiens. Le danger, c'est l'invasion du Nord, que ne peut arrêter la vaste plaine ouverte qui s'ouvre jusqu'au Rhin ou expire à la Manche. C'est l'invasion germanique, anglosaxonne ou purement allemande ; c'est Edouard III ou Wellington, Blûcher ou Guillaume; c'est Crécy, Waterloo ou Sedan ; c'est la rormidable concurrence de l'industrie allemande ou de la marine anglaise. Dans cette région du nord ont eu lieu toutes nos grandes luttes, pacifiques ou militaires. Là est le point vulnérable de la France. Voilà pourquoi, des quatre grands bassins de fleuve qui la sillonnent (Rhône, Garonne, Loire et Seine), le plus septentrional était prédestiné, par l'impérieuse nécessité de la politique, à devenir le centre de sa nationalité et le berceau de sa grandeur.
2" Causes naturelles. — Etant donné que la capitale de la France dût, par la force des choses et sous la pression du péril extérieur, venir s'asseoir sur les rives de la Seine, voyons ce qu'avait fait la nature pour la prospérité du Paris à venir.
Vers le cours central de la Seine s'étend, entre deux rivières navigables (la Marne et l'Oise), une plaine fertile que borne à l'horizon un cercle de collines boisées. Les méandres du fleuve, les renflements du terrain y forment comme un fossé multiple et un rempart naturel de facile défense. Voilà pour le pittoresque et pour la sécurité. Mais ce qui distingue essentiellement ce vaste amphithéâtre, c'est la nature du sol, plein de fossiles, étonnamment riche en matériaux de construction, en grès, en chaux, en pierre blanche. Sous les riches vignobles qui le recouvrent, ce sol cache les futures assises que prodiguera Paris à ses fastueux monuments. Le moellon esta Montrouge, le plâtre i Montmartre, le pavé à Fontainebleau, la brique à Vaugirard. Et les nappes d'eau souterraines sont prêtes à sourdre sous le puits artésien.
Elargissons le cercle. De Saint-Germain, Marly, Versailles, Montmorency, Bondy, Rambouillet, Chantilly et Compiègne, se déroule comme une vaste enceinte de forêts offrant à la ville future du bois pour ses bateaux, ses constructions et son chauffage.
A l'est s'étend la Brie avec ses pâturages, la Bourgogne et ses vignobles; à l'ouest, les champs
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de blé de la Beauce et les plaines qui nourrissent les troupeaux normands ; autant de réservoirs tout prêts à alimenter le grand estomac parisien.
En résumé, la nature a donné largement à Paris l'eau, le bois, la pierre, un sol fertile, tous les éléments réunis qui assurent la prospérité matérielle d'une capitale. Essayons de voir ce que l'énergie des hommes et le travail des temps en a tiré.
Paris préhistorique. — Le sol où s'élève aujourd'hui Paris nous apparaît, à l'aurore des temps historiques, comme parsemé de marécages qui s'étendirent longtemps encore vers l'est (quartier du Marais), et sillonné par deux ou trois ruisseaux tombant des pentes de Montmartre ou traversant le futur faubourg Saint-Germain. A l'ouest, une forêt épaisse couvrait l'emplacement du Louvre et se prolongeait d'une part sur les hauteurs de Chaillot, de l'autre, au delà de la Seine, vers la rive où s'étendit plus tard le Pré-aux-clercs. Dans cette plaine verdoyante et marécageuse erraient en abondance les loups et les sangliers.
Paris gaulois. — C'est là que, 53 ans avant notre ère, Jules César, le conquérant des Gaules, découvrit, dans une petite île boueuse de la Seine [Vïïe de la Cité, dont la superficie n'était alors que de 15 hectares), un amas de huttes faites de bois et de paille, habitées par une pauvre tribu gauloise, les Purisii ou. Parisiens. La ville s'appelait Lutèce (Lucotetia suivant Ptolémée et Lt'Utekia suivant Julien), ce qui signifie en celtique, selon les uns « le lieu fortifié » [Lu-tas-sey), suivant les autres « la ville au milieu des eaux » (Lou-tuu-hezi).
César fut frappé de son heureuse situation. Il y convoqua l'assemblée générale des Gaulois (53). Mais, dès l'année suivante, les Parisiens, sans s'effrayer du sort de leurs voisins les Sénonais, acclamaient le Vercingétorix, libérateur des Gaules, et armaient 8 000 hommes pour la défense de la patrie commune.
Labiénus, le meilleur lieutenant de César, marche contre eux avec des forces écrasantes (quatre légions). Les Parisiens choisissent pour chef un vieillard renommé pour son habileté et sa bravoure, Camulogène, et barrent la route à l'armée romaine. Mais Labiénus, par un mouvement tournant, force le passage de la Seine à Melodunum \Melun) et revient sur Lutèce pour la prendre à revers. Les Parisiens, à cette nouvelle, brûlent leur ville et ses deux ponts, et se cantonnent au milieu des marécages pour couper aux Romains toute retraite. Labiénus, bloqué à son tour, franchit le fleuve (vers le Point-du-Jour) à la faveur d'une surprise nocturne, et s'ouvre une ligne de retraite. Pour l'arrêter, les Parisiens livrent bataille, soutiennent victorieusement le choc de la 12e légion, mais sont bientôt enveloppés. « Pas un Gaulois ne recula, » dit César. Ils se firent exterminer tous sans lâcher pied, avec leur vieux chef Camulogène (52 avant J.-C). Le lieu du désastre fut la plaine de Grenelle. C'est la première baaille de Paris.
Paris roman. — La Gaule soumise, Lutèce reconstruite devint ville tributaire. Elle fut comprise, après Auguste, dans la 2e Lyonnaise, au 6e rang parmi les villes qui composaient cette province. Les Romains voulaient en faire une cité latine. Ils y créèrent, pour la garder, un camp retranché (sur la colline du Luxembourg) avec avant-poste sur la montagne de Valérius (Mont-Valérien). Pour la gouverner, ils élevèrent un petit palais, agrandi plus tard sous Julien, et qui devint les célèbres lhermes, le plus antique monument qui subsiste du vieux Paris 'sur la montagne Sainte-Geneviève;. lis établirent un cirque (au faubourg Saint-Germain^, un grand aqueduc (à Arcueil), et plusieurs temples pour propager la religion romaine, temples dédiés par Tibère à Mercure, Apollon ou Ju-
piter (sur l'emplacement de la future église Notre- Dame). En face de ces constructions officielles élevées sur la rive gauche s'étendaient, sur la rive droite, des bains publics (au Palais-Royal), un champ de sépultures frue Vivienne), et un grand nombre de villas que dominait au loin le temple élevé sur la colline de Mars (Montmartre).
C'est du règne de Tibère que date, pour la corporation des « pilotes parisiens » (nautas parisiaci), le précieux monopole des transports sur la Seine. De là sortit plus tard la Confrérie des marchands de l'eau et la Hanse parisienne, avec ses armes symboliques et sa devise qu'a confirmée l'histoire : « Fluctuât nec mergitw ». Malgré bien des orages, le vaisseau parisien ne devait pas sombrer.
Lutèce la gauloise était devenue, dès lors, sous l'intelligente administration latine, le centre d'une petite puissance navale. Là était la station de la flotte romaine. Les hardis pilotes de la Cité couvraient de leurs escadrilles marchandes toutes les rivières de la Gaule du Nord. Certaines légendes naïves, rappelées par Grégoire de Tours, affirmaient que la ville était sacrée, que l'incendie n'y pouvaitjs'allumer, que les serpents n'en pouvaient franchir le seuil.
L'arrivée du christianisme et des barbares devait brusquement interrompre ce rêve de prospérité.
C'est vers l'an 260 que saint Denis vint prêcher la foi nouvelle à Lutèce. Saisi avec deux de ses compagnons. Eleuthère et Rustique, il fut conduit sur la colline de Mars et décapité. En mémoire de son supplice, les chrétiens donnèrent à ce lieu le nom, qui lui est resté, de mont des Martyrs.
La religion nouvelle conserva pourtant, à Lutèce, plus d'un adepte. Un concile s'y tint librement en H60, et bientôt, sous Théodose, un enfant de Paris, Marcel, en deviendra l'évêque et donnera son nom à un des faubourgs du sud.
Cependant Constance Chlore avait embelli le palais des Thermes, d'où partaient plusieurs voies romaines. Après lui, le jeune César Julien, un des plus grands esprits de l'antiquité, s'éprit d'un vif amour pour Lutèce. Il y fixa sa résidence, y passa quatre années (356-361) après avoir vaincu les Alamans sur le Rhin. « J'avais établi, dit-il, mes quartiers d'hiver dans ma chère Lutèce, ainsi que les Celtes appellent la petite ville des Parisiens. Elle est située sur le fleuve qui l'environne de toutes parts, en sorte qu'on n'y peut aborder que par deux ponts de bois (le Pont-au- Change et le Petit-Pont). Il est rare que la rivière déborde après les pluies d'hiver ou se dessèche pendant les chaleurs de l'été. Ses eaux pures sont agréables à la vue et excellentes à boire. L'hiver n'y est pas rude... On y cultive de bonnes vignes et même des figu:ers. «Ailleurs l'élève du philosophe Libanius vante les mœurs austères des Gaulois de Lutèce : « Ils fuient les danses lascives , n'adorent Vénus que comme présidant au mariage, et n'usent des dons de Bacchus que parce que ce dieu est le père de la joie. » Julien s'entourait, à Lutèce, de savants, parmi lesquels Oribase, qui y rédigea un abrégé de Galien. C'est le premier ouvrage connu qui ait été composé à Paris.
Tandis que le jeune César, enfermé, comme un ascète, dans une chambre glaciale au plus fort de l'hiver, méditait une lutte suprême, par l'épée et par la plume, contre les chrétiens vainqueurs, une nuit des légions se soulèvent, environnent le palais des Thermes à la lueur des flambeaux, et, malgré les protestations de Julien, qui refuse l'empire et fait barricader tes portes, ils le proebment Auguste (361). Lutèce vit le dernier effort de la philosophie antique, personnifiée dans ce stoïcien
couronné.
Yalentinien,Gratien, Maxime ne firent que pas-
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son à Lutèce, y jetant quelques arcs do triomphe. Les barbares d'outrc-IUiin étaient déjà aux portes. Quand arriva le •< Fléau de Dieu », ce fut, selon la légende, une jeune fille de Nanterre, Geneviève, qui releva le courage des Parisiens. Ils s'armèrent, et, du haut de leurs murs, regardèrent passer les hordes d'Attila (451). Geneviève fut canonisée et devint la patronne de Paris.
Paris mérovingien. — Après la défaite de Syagrius (496), Clovis occupe la ville. Comme César, il en comprend l'importance, et se décide bientôt à en faire la capitale de son royaume ecclésiastique et barbare (508). Il dédie aux saints Pierre et Paul une église où il voulut se faire inhumer (Sainte-Geneviève). Paris se couvre dès lors d'une quantité de chapelles, d'abbayes, de basiliques (Saint-Germain des Prés, Saint-Etienne des Grès, Saint-Jean le Rond, Saint-Séverin, Saint-Marcel). Clovis mort, la ville de Paris tombe aux mains de Childebert. A la mort de Clotaire Ier. ses fils décident que Paris est une position assez importante pour rester indivise entre eux. Néanmoins, Chilpéric Ie' y fixe sa résidence, et, en 584, oblige la moitié de la population à partir pour accompagner sa fille en Espagne. « Beaucoup de gens s'étranglèrent, dit Grégoire de Tours ; d'autres firent leur testament comme s'ils allaient mourir ; et grande était la désolation dans Paris. » On ne peut s'empêcher de comparer ce triste tableau à celui que présentait Lutèce sous la domination des Romains.
Peu de temps après le grand concile de 615, tenu à Paris sous Clotaire II, la dynastie sanglante des Mérovingiens rendit à la ville le service de la quitter. Paris, redevenu simple bourgade, respira du moins loin de ses barbares tyrans.
Paris carluvingien. — Paris se releva sous Charlemagne. Ses fabricants d armes, ses orfèvres, qui se glorifiaientd'avoirpourpatron saint Eloi, étaient célèbres dans toute la Gaule. Le vainqueur des Saxons donna à la ville renaissante deux écoles, dont une devint célèbre (Saint-Germain l'Auxerrois),une administration régulière, un comte (sorte de préfet) et des échevins (sorte de conseillers municipaux). Enfin les habitants, réunis par le comte Etienne, votèrent les Capitulaires, sorte de constitution émanée de la première assemblée de Paris.
Mais la prospérité de la cité, ressuscitée par les « marchands de l'eau », grâce à la paix intérieure de l'empire, attira bientôt les pirates du Nord, les Scandinaves, les Nortlimans. Vainement Louis le Débonnaire multipliait à Paris les conciles (en 8:20 et en 829). Le danger était grand. Bientôt, montés sur leurs pirogues, apparurent les terribles « rois de la mer ». A quatre reprises Paris ou ses environs sont ravagés. En 8il et 845, la ville incendiée achète le départ des barbares. En 856, nouvelle attaque : « Les Danois envahissent la Lutèce des Parisiens, brûlent la basilique du bienheureux Pierre et celle de Sainte-Geneviève, ainsi que les bateaux et les maisons des marchands. » En 861. ce fut le tour de Saint-Germain des Prés qu'ils dévastèrent. Les Parisiens, au comble do la misère, résolurent de se défendre eux mûmes, puisque la royauté les abandonnait.
Aussi quand les Nonhmans reparurent, en 8N5, ils trouvèrent la vaiiiante ciié en armes, derrière ses murailles de bois, appuyée sur trois fortes tours, dont une à la place où s'élève le Palais de Justice, et les deux autres aux extrémités des deux ponts. L'évoque Gozlin et le comte Eudes animaient la résistance. Le Biège dura treize mois, aggravé par le feu et la famine. Dans la nuit du 6 févrii-r x,S(i, une crue do la Seine ayant emporté le Petit-Pont, les barbares donnèrent l'assaut à la tour qui en couvrait les approches, et massacrèrent, après une journée do combat, ses douze
derniers défenseurs. Pourtant les Nortlimans durent lever le siège, vaincus par l'énergie d'une poignée d'hommes, tandis que l'empereur Charles le Gros, cantonné sur la colline de Montmartre, reculait pour ne pas livrer bataille aux barbares (886).
L'invasion avait amené la famine. Au dixième siècle, Paris souffrit vingt-cinq années de disette. En 9Ï5. on en vint à manger de la chair humaine. La disette, à son tour, engendrait divers genres de peste : feu sacré, mal des ardents, lèpre et fièvre noire. Les abbés de Saint-Germain des Prés et de Saint-Martin des Champs s'entre-battaient sur ces ruines. Paris, sous les derniers Carlovingiens, devint un vaste charnier.
Paris féodal. — En arrêtant l'invasion étrangère, la cité avait dignement conquis son titre de capitale. L'a>ènement de son dernier comte, Hugues Capet, à la royauté , lui donna le premier rôle parmi les villes françaises (987). Au milieu de l'anarchie féodale, Paris eut du moins dès lors ce vague prestige qu'apportait avec elle la royauté des Capétiens. Robert le Pieux, Henri Ier y séjournèrent, y multiplièrent les conciles (1050 et 105?). Philippe Ier institua le prévôt de Paris. Louis le Gros jeta les fondements de deux forteresses, le Grand et le Petit Châtelet. La royauté fit mieux encore en protégeant, l'École de Paris. De là allait sortir cette brillante Université où Pierre Lombard, Pierre Comestor, Guillaume de Champeaux attiraient, par le charme de leur parole ou l'audace de leurs doctrines, la foule bruyante et bigarrée des étudiants de l'Europe entière. C'est là qu'entassée dans les rues boueuses de la montagne Sainte-Geneviève (futur quartier Latin), cette jeunesse pauvre et turbulente, fort peu disciplinable et souvent dangereuse aux pacifiques bourgeois de la Cité, a préludé à coups de syllogismes à l'émancipation de la pensée et au réveil de l'esprit humain.
Au nord de Paris s'étendait lentement la ville du commerce, autour de la forteresse élevée, sous Louis VII, par les Templiers. Au sud était la -ville cosmopolite du travail et du plaisir, la clameur des tavernes, les promenades au Pré-aux- Clercs, les rixes avec le guet du roi, et la chaude parole du tribun populaire qu'aimait Héloise et qui fut Pierre Abélard.
L'importance de Paris, ville féodale et universitaire, fut facilement comprise des rois Capétiens. Les trois règnes de Philippe-Auguste, de Louis IX et de Philippe le Bel marquent trois grandes étapes dans l'histoire de la capitale.
Paris capétien. — « Le roi Philippe, dit Rigord, était aux fenêtres de son palais à regarder la Seine. Des voitures traversaient alors la Cité, et, remuant la boue, faisaient exhaler une odeur insupportable. Philippe en fut suffoqué et conçut dès lors un grand projet qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait osé entreprendre. Il convoqua les bourgeois et le prévôt et leur ordonna de paver avec de forts et durs carreaux de pierre toutes les rues et voies de la ville. » Néanmoins, on n'en pava d'abord que deux, celle qui réunissait les ponts de la Cité, et au nord de la Seine, celle qui partait du Louvre pour finir à la porte Haudoyer.
Le Louvre même fut construit, à l'ouest de Paris ; sorte de bastille royale dont la grosse tour devint la prison des vassaux turbulents.
En même temps, à la vieille enceinte de Louis le Gros, Philippe-Auguste substituait une forte muraille, garnie de nombreuses tours, et dont il reste encore plus d'un vestige dans les quartiers du sud (rue de la Vieille-Estrapade). Ce formidable travail l'ut exécuté en vingt-cinq ans (1190 à 1215). Paris comprenait déjà près de 258 hectares, et s? trouvait à l'abri d'un coup de main.
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De son côté, l'Université recevait sa charte ; défense était faite aux officiers royaux comme aux bourgeois de molester clercs ou étudiants. La royauté, grâce à Philippe-Auguste, s'appuyait d'une main sur les remparts, de l'autre sur les écoles. Paris devenait à la fois place de guerre et ville d'études.
Aussi la cité reconnaissante répondit-elle à l'appel de la royauté contre la noblesse féodale. Apprenant que les barons voulaient fermer au jeune Louis IX la route de la capitale, « les Parisiens sortirent en si grande quantité, dit Joinville. que le chemin était plein de gens d'armes jusqu'à Montlhéry. »
A son retour de la croisade, Louis IX voulut payer, à son tour, sa dette de reconnaissance aux Parisiens. Il accorde la liberté aux serfs royaux de Paris. Il confie la prévôté à Etienne Boileau, bourgeois actif et intelligent, qui purge la ville des truands et des malfaiteurs. Aux bourgeois il accorde la création d'une municipalité parisienne, la^ Hanse, dont le chef recevra le titre de prévôt des marchands. En outre, au guet du roi, police monarchique, il adjoint le guet des métiers, formé par les Parisiens, qui auront la garde exclusive des portes et des marchés de la ville. C'est l'origine de la milice bourgeoise, ou garde nationale des temps féodaux.
Les étudiants n'étaient pas oublies. Robert Sorhon, confesseur du roi, jetait les fondements de la Sorbonne, autour de laquelle allait grossir bientôt, sous la protection du pieux Louis IX, une innombrable troupe de moines dont se moquait le trouvère Rutebeuf, et qui se querellaient avec les joyeux étudiants.
Aux nombreux collèges groupés sur la montagne Sainte-Geneviève, Philippe III en joignit encore quatre, parmi lesquels le célèbre colfège d'IIarcourt.
Sous Philippe le Bel , nouveaux progrès de Paris et de la royauté. Ce fut sous ce roi despote et faux monnayeur que la vieille cité capétienne vit, le 10 avril 130:', à l'église Notre-Dame, s'accomplir une des plus grandes scènes de notre histoire, la réunion des premiers états généraux. La même année était fondé le célèbre Parlement de Paris. La royauté procédurière s'appuyait sur la Basoche. Paris devenait ville gouvernementale, mais perdait insensiblement les franchises de sa municipalité.
Aussi, dès 1306, le peuple, pressuré par la maltôte et lassé de l'excès des impôts, s'insurge et poursuit le roi Philippe jusqu'aux murs de la forteresse du Temple où la colère publique vient se briser. Philippe, le lendemain de cette émeute, fait pendre, aux quatre coins de la ville, vingt -huit des bourgeois révoltés. La tyrannie s'aggrave. Les Juifs sont dépouillés, expulsés, livrés aux rancunes populaires. Les Templiers sont arrêtés, condamnés, exécutés (1314». C'est sur le terre-plein du Pont-Neuf (alors nommé l'île aux Vaches) que fut brûlé leur grand-maître, Jacques de Molay.
Aussi, malgré la création de nouveaux collèges (Bayeux, Navarre, Laon, Du Plessis, Montaigne, Narbonne), malgré le bienfait réel d'une sévère' police, bien préférable à l'anarchie des premiers temps féodaux, le lourd despotisme de la royauté devenait odieux aux Parisiens. « La ville prenait de la superbe, » en contemplant ses nombreuses I milices, son opulence et ses fêtes qui éblouissaient les princes étrangers. Quand les fils de Philippe le Bel furent armés chevaliers, ce furent ( de splendides réjouissances, des mystères où l'on ! vit « Dieu manger des pommes, rire avec sa mère I dire ses patenôtres avec ses apôtres ; les bien- ! heureux chanter en paradis; les damnés pleurer dans un enfer noir et infect. »
Pourtant, malgré toutes ces splendeurs, la co-
1ère publique s'en prenait à la cour, et, sous les fils de Philippe le Bel. au ministre Enguerrand de Marigny, qui fut sacrifié et conduit au gibet de Montfaucon. De sombres légendes voulaient qu'il se passât, chaque nuit, des scènes d'orgie sanglante à la Tour de Nesle, dont le noir profil s'élevait sur la Seine, en face du Louvre (vers le lieu oùse trouve aujourd'hui l'Institut). Ce n'étaient qu'histoires de chevaliers ou d'étudiants poignardés sur l'ordre de la reine Marguerite de Bourgogne, sorte de Messaline moderne, et précipités dans les eaux de la Seine. De là le souvenir du docteur Buridan, que le roman et le drame ont popularisé.
Paris, à l'avènement des Valois, était une cité puissante, comprenant 311 rues, divisée en trois quartiers distincts. Il dépendait de la branche nouvelle d'effacer le souvenir de Philippe le Bel et de s'assurer le dévouement et l'appui des Parisiens. Mais la folle présomption et l'insolence d"s Valois devaient rapidement perdre tout le fruit des efforts accumulés des Capétiens directs.
Paris communal. — A cette époque, un double mouvement de fermentation politique agitait l'Europe. Au nord s'élevaient les communes d'Allemagne ; au sud. les municipalités italiennes ressuscitaient, à force d'héroïsme, les plus beaux temps de l'antiquité gréco-romaine. Placées entre ces deux mouvements, les villes françaises avaient éprouvé, à leur tour, la contagion de la liberté. Mais Paris, ménagé par les grands Capétiens, restait encore une « ville royale ». L'invasion étrangère réveilla la cité, comme au temps de Charles le Chauve, et, dans l'écroulement général, Paris se trouva debout pour arrêter les Anglais.
La France doublement vaincue, à Crécy, à Poitiers, le roi Jean fait prisonnier, le dauphin Charles déshonoré par sa piètre conduite au champ de bataille, il semblait que l'ennemi n'eût qu'à paraître pour saisir la couronne mal affermie sur la tête des Valois. Mais un bourgeois héroïque, le prévôt des marchands, Etienne Marcel, prend en main la direction des affaires. Il jette autour de Paris une nouvelle enceinte, avec larges fossés et fortes tours (de la porte Billy, voisine de l'Arsenal, à la porte du Bois, voisine du Louvre). Les trois cents rues de Paris se hérissent de chaînes de fer, avec poutres, pierres, tonneaux, pour arrêter, à défaut de l'enceinte, ou les archers anglais ou la cavalerie des brigands féodaux. La barricade est inventée, et Paris mis à couvert d'une attaque. « Ce fust grand faict, » dit Froissart, pourtant ami des nobles, « et vous dis que ce fust le plus grand bien qu'oneques prévôt des marchands fist (1356). » Les états-généraux venaient d'être convoqués à Paris. Etienne Marcel saisit la direction du mouvement, appelle à l'aide les grandes villes françaises. Pour le combattre, l'astucieux dauphin Charles court haranguer le peuple au Pré-aux- Clercs. Un prétendant à la couronne, Charles, roi de Navarre, établit, pour lui répondre, une sorte de club sous les piliers des halles. De son côté, Marcel réunit les bourgeois à la place de Grève, devant la maison aux Piliers (futur Hôtel de ville). Paris devient un instant, comme l'Athènes de Démosthène, le prix d'un tournoi d'éloquence. Mais le danger augmente. Le Dauphin trahit secrètement les états généraux. Les Parisiens irrités envahissent le palais, massacrent deux des ministres impopulaires, et Marcel est proclamé, « de par la volonté du peuple, » chef d'une sorte de république parisienne où l'on adopte pour emblème le chaperon rouge et bleu (février 1358). Attaqué par le dauphin Charles et par l'armée féodale, menacé par les Anglais, trahi par le roi de Navarre, Paris est un moment soutenu parle secours inespéré des paysans. Pour discipliner l'élan furieux des Jacques, Etienne Marcel leur
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envoie deux compagnies bourgeoises, qui partagent la défaite des paysans sous les murs de Meaux (1358). Le prévôt des marchands, désespéré, va s'en remettre ;m douteux appui du roi de Navarre, quand Jean Maillard l'assassine, une nuit, près de la porte Saint-Antoine. Avec Marcel tombait la commune de Paris (31 juillet 1358).
Rentré dans la capitale, le dauphin Charles (Charles V), après une courte réaction, entreprend de fortifier l'autorité royale si compromise par les folies de son père. Sur la place môme où avait péri le glorieux prévôt des marchands, il jette les fondements d'une redoutable forteresse qui devait, pendant quatre siècles, menacer la ville frémissante : la Bastille. A l'autre extrémité de Paris, il fortifie le Louvre, y entasse le trésor, les archives, la bibliothèque de la royauté 900 volumes). Enfin, comme maison de plaisance, il fait élever le célèbre hôtel Saint-Pol, ou Hostel des grands esbatements. Mais, pour se concilier les Parisiens domptés, il leur accorde à tous des lettres de noblesse, et choisit comme prévôt Hugues Aubryot, dont la vigilance assure au moins à la ville la sécurité des rues par l'expulsion des coupe-jarrets et des malandrins.
La minorité, puis la folie de Charles VI rouvrent l'abîme des guerres civiles. Le malheureux Aubryot. pour avoir voulu sauver quelques femmes juives sur lesquelles s'acharnait le fanatisme inintelligent des masses, est jeté à la Bastille pour y finir ses jours « avec l'eau d'angoisse et le pain de douleur. » Les scandales de la uour et l'excès des impôts sur les vivres amènent un soulèvement (1er mars 1382). Les bourgeois envahissent l'arsenal, y saisissent les maillets de fer préparés en cas d'attaque anglaise, et en assomment les collecteurs. Charles VI, vainqueur des Flamands, revient châtier les Maillotins. Il \ renverse les murs de Paris, fait enlever les chaî- i nés des rues, et rançonne la ville rebelle ; 200 j bourgeois sont décapités, 300 exilés (1383 . La féodalité victorieuse élève au cœur de la cité domptée les fastueux hôtels d'Artois, de Nesle, de Bohême et Barbette. Paris devient un lieu ' d'crgie et de meurtre. Olivier de Clisson est assas- 1 sine par le sire de Craon (1392) ; le duc d'Orléans, par le duc de Bourgogne (140"). La guerre civile éclate entre le parti des nobles (Armagnacs) et le parti populaire (Bourguignons). Un moment le boucher Capeluche, l'écorcheur Caboche et le vieux chirurgien Jean de Troyes terrorisent Paris (1411). Les nobles ont bientôt leur revanche avec Tanneguy-Duchâtel, qui décime la population. Mais Perrinet Leclerc ouvre aux Bourguignons, une nuit, la porte Bucy(l4l8;, et les Armagnacs sont massacrés à leur tour. Sur les ruines de Paris dépeuplé par le carnage et la famine s'établit un prince étranger, Henri V, avec une garnison anglaise (18 novembre 1420/. En vain Jeanne d'Arc, traînant après elle ce fantôme de roi, Charles VII, vient donner l'assaut à la capitale (1430). Elle est blessée sur les fossés de la porte Saint-Honoré (butte Saint-Roch). Six ans plus tard, Armagnacs et Bourguignons, enfin réconciliés, ouvraient la porte Saint-Jacques aux troupes royales, guidées p-ir le bourgeois Michel Lallier. Pourchassés, bloqués dans la Bastille, les Anglais capitulèrent. Paris était enfin délivré (13 avril 143G).
Mais cinquante années de misère avaient fait de la capitale un cadavre de ville. Dans ses ruelles désertes, infectes et tortueuses, les loups couraient la nuit dévorer les passants attardés. Tant de maisons étaient désertes qu'on les démolissait peur avoir du bois de chauffage. Les houspilleurs et les retondeurs erraient aux portes. Des enfants affaméa pourrissaient sur les charniers comme une vermine humaine. Les lépreux s'insurgeaient dans leur
prison de Saint-Lazare. Au couvre-feu, chacun s'armait derrière sa lucarne grillée. Partout reg la misère et le meurtre, rue Vide-Gousset, rue Tire-Boudin, rue Trousse-Vache. La royauté avait beaucoup à faire pour tirer Paris de son linceul.
Paris monarchique. — Louis XI, par ses allures caressantes et populacières, sut vite capter la sympathie des bourgeois. Désormais le sort avait prononcé. Paris ne serait pas, comme Florence, une brillante république; ce serait la capitale favorisée d'un royaume destiné à former la nationalité française. Ce serait la première des « bonnes villes », et ses bourgeois s'enorgueilliraient du titre de <> bourgeois du roi ».
Louis XI, bien sûr de leur appui, organisa en soixante-douze compagnies les 30 000 hommes de leur milice, augmenta les privilèges de la cité, y établit la première imprimerie (à la Sorbonne), la première librairie, et une école spéciale de médecine. Mais, tandis qu'il devisait joyeusement avec les marchands parisiens, les appelant ses amis, ses « compères », Louis XI faisait secrètement jeter à la Seine, la nuit, dans un sac de cuir, les derniers partisans des libertés municipales.
Sous Charles VIII et Louis XII, la ville assainie, pourvue d'égouts, dotée d'un pavage, vit refleurir les soties, farces et moralités que jouaient, aux jours de fôte, les clercs de, la Basoche et les Enfants sans souci. La Renaissance italienne et la Réforme allemande allaient singulièrement modifier, à partir de François 1er, l'aspect extérieur de la cité et l'état intellectuel de la population.
Paris fut embelli, régénéré par la Renaissance. C'est là que Pierre Lescot, Philibert Delorm^, Jean Goujon et Germain Pilon déployèrent leur génie si gracieux et si multiple. Le vieux Louvre abattu, transformé de prison en palais ; l'hôtel de Cluny élevé par Jacques d'Amboise ; le collège de France fondé; l'imprimerie royale établie; Villon, Rabelais, Amyot, Ramus, les Estienne éveillant les intelligences par l'ironie, par le rire, par l'érudition, par la critique, par la science, ce fut comme une vie nouvelle et un épanouissement de l'esprit parisien.
Paris ligueur. — Cependant la guerre grondait aux portes. En 1526 et en 1544, le danger parut assez grand pour qu'on se décidât à élever, en prévision d'une attaque espagnole, une nouvelleceinture de remparts autour des quartiers du nord. La guerre civile fut autrement redoutable. Déjà, sous François Ier et Henri II, la capitale avait vu les premiers protestants français marcher au bûcher ou à la potence. On estimait alors, sur 300 000 habitatus, le nombre des huguenots à 7 ou 8 000. Pour les détruire, Paris vit s'accomplir le grand forfait de la Saint-Barthélémy (24 août 1572), précédé de l'empoisonnement de Jeanne d'Albret, de l'attentat de Maurevel sur Coligny, et du triste mariage de Henri de Navarre. « Le bruit continuel des arquebuses, les hurlements des meurtriers, les corps détranchés tombant des fenêtres ou traînés à la rivière, le pillage de plus de six cents maisons, » marquèrent cette tuerie lamentable, où succombèrent Coligny, Ramus et Jean Goujon.
La ville grandissait, malgré tant d'orgies sanglantes. Près de ce Louvre d'où Charles IX affolé avait tiré sur les huguenots fugitifs, Catherine de Médicis faisait élever un palais splendide. sur l'emplacement d'anciennes tuileries, dont il a gardé le nom.
Mais les scandales de la cour des Valois, les prédications frénétiques des moines, le vieux levain démocratique qui fermentait dans la foule parisienne, habilement exploités par la maison de (luise, amenèrent la formation de la Ligue. Elle naquit a Paris, rue des Sept-Voies, dans une assemblée de bourgeois et de prêtres (1585). La ville
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se soulève à l'arrivée du duc de Guise, enveloppe la garde suisse dans un inextricable réseau de barricades (qui donnèrent leur nom à la journée), et environne le Louvre, d'où Henri III apeuré s'échappe sous les coups d'arquebuse tirés de la porte de Nesle. Il jure de ne rentrer dans sa capitale que par la brèche (1588).
La nouvelle du meurtre des Guises augmente encore l'exaspération des Parisiens. Des chefs populaires, élus chacun par un des seize quartiers de la ville, s'emparent du pouvoir, sous le nom du faible .Mayenne. Déjà, des hauteurs de Saint- Cloud, Henri III jette à la ville rebelle ces paroles menaçantes: « Encore quelques jours, et l'on ne verra plus ni tes maisons ni tes murailles ! » Mais un moine fanatisé, Jacques Clément, délivre la capitale en poignardant le roi (1589).
Aucune page peut-être de l'histoire militaire n'égale la courageuse résistance de Paris aux troupes d'Henri IV. Dès 1589, la ville repousse un furieux assaut où 400 bourgeois périssent en défendant le faubourg du Pré-aux-Clercs. En 1390, après quatre mois de siège et de combats continuels, malgré la plus affreuse famine qui enlève 30 000 hommes et force des mères à manger leurs enfants, la population tient ferme, se repaît de chevaux morts et de cadavres piles, se traîne encore aux prêches ou meurt sans quitter les remparts.
Délivré par l'armée espagnole, Paris, surexcité, mal contenu par Mayenne, se déchire après la victoire. Les bourgeois, les parlementaires, les « politiques » inclinent a la paix. La masse populaire, sous la conduite des Seize, les contient par la terreur. Mais Mayenne effaré fait pendre les chefs les plus ardents, et ruine ainsi tout l'espoir de la Ligue, qui voit échouer les états généraux tenus à Paris en 1593, et à jamais ridiculisés par les spirituels railleurs de la Ménippée. HeDri IV converti, car « Paris vaut bien une messe, » achète la ville à Brissac pour :00 000 écus. et se fait livrer une nuit les portes Neuve et Saint-Honoré. Les Ligueurs sont surpris, les Espagnols expulsés, et Paris, tout frémissant, dépose les armes (22 mars 1594).
Encore une fois, il fallait réparer les ruines des guerres civiles. Henri IV sut y parvenir, et, grâce à sa ruse gasconne, trouva moyen de léguer aux Parisiens la légende d'un roi débonnaire. Pour éviter la mésaventure de son prédécesseur, il fit joindre, par une immense galerie traversant les remparts, le Louvre aux Tuileries, assurant ainsi sa retraite en cas d'émeute. Henri acheva le Pont- Neuf, commença la place Royale, agrandit le quartier du Marais. L'influence italienne, renforcée par Marie de Médicis, les modes espagnoles, adoptées à la cour, transformaient peu à peu la rude génération des guerres civiles. Mais de sourdes colères grondaient toujours dans les foules. Henri IV fut assassiné par Ravaillac (14 mai 1610).
Paris frondeur. — Ce fut la dernière vengeance des Ligueurs. Sous Marie de Médicis et sous Louis XIII, Paris, réconcilié avec la cour, se contenta de chansonner le gouvernement sans le combattre. Non loin de l'hôtel du Louvre, demeure officielle de la royauté, s'élevait l'hôtel de Rambouillet (rue Saint-Thomas\ quartier général des gens de lettres. Ce fut là que trônèrent et Balzac et Voiture; là que, pour la première fois, les grands seigneurs altiers durent s'incliner devant le talent, et reconnaître du moins aux bourgeois l'égalité de l'esprit. Paris devint comme un foyer d'opposition railleuse, où l'on critiquait Richelieu avant que le mordant Scanon fit rire aux dépens de Mazarin. L'opinion publique naissante ne fut pas sans contribuer à la chute du maréchal d'Ancre, cet aventurier italien que le jeune Louis XIII laissa assassiner au Louvre (1617). Quand l'armée
espagnole menaça Paris (1636) après les premiers échecs de la guerre de Trente ans, le peuple des faubourgs courut en masse à l'Hôtel de ville s'enrôler pour la défense du pays menacé. « Oui, monsieur le maréchal, nous voulons aller en guerre avec vous! » criaient à La Force les crocheteurs de la place de Grève.
Pour se concilier la faveur de Paris, le grand cardinal y prodigue les monuments et les créations de tout genre. Le Jardin des Plantes est ouvert (!G2G); la célèbre Académie française est fondée (1635). On bâtit le Palais-Cardinal (Palais- Royal) ; on rebâtit la Sorbonne-, on achève le Luxembourg; on ouvre deux hôpitaux 'la Pitié, les Incurables), et trois ponts sur la Seine. Une nouvelle enceinte (celle des boulevards actuels) enveloppe Paris au nord, à partir de 1626. Enfin le Pré-aux-Clercs est purgé des spadassins et des duellistes.
Paris soutenait Richelieu, tout en raillant ses rigueurs. Les insolences d'Anne d'Autriche et les petites ruses de Mazarin réveillèrent les colères bourgeoises et le regret cuisant des libertés municipales. La Fronde naquit.
Paris s'y porta d'abord avec enthousiasme. Pour soutenir son Parlement et délivrer Broussel, la ville s'insurge (25 août 1648), élève autour du Louvre 1600 barricades, force à la fuite la régente et le petit Louis XIV ; mais, trompée par les grands qui réclament l'appui de l'étranger, elle rappelle le roi août 1649), et assiste, sans y participer, à la bataille du faubourg Saint-Antoine, où Condé, bloqué par Turenne, n'est sauvé que par le canon de la Bastille, dont mademoiselle de Montpcnsier lu: s. ouvert les portes (2 juillet 1652). Sommés d'appeler une armée espagnole, les députés de Paris refusent, et sont massacrés par les soldats de Condé, qui s'enfuit peu après, poursuivi par les malédictions du peuple (octobre 1652).
Ainsi, pour ne pas trahir la cause nationale, Paris avait sacrifié ses libertés, rappelé la régente, accepté Mazarin. La réaction monarchiqne n'en fut pas moins complète. Milices désarmées, chaînes brisées, parlement muselé, garnison imposée, privilèges municipaux abolis, Paris tomba à l'état de ville sujette. Pour la réduire encore en lui enlevant son rôle de capitale, Louis XIV transporta la cour à Saint-Germain, et plus tard à Versailles, où s'éleva la ville du roi en face de la ville du peuple. La revanche de la Fronde devait se faire attendre jusqu'au 14 juillet 1789.
Paris resta pourtant ce qu'on ne pouvait l'empêcher d'être, la capitale de l'esprit et du goût. C'est là qu'écrivit Corneille, soutenu contre l'hostilité du pouvoir par la faveur enthousiaste du public; là que vécut quarante ans Racine; là que naquit l'impétueux Boileau, l'ingénieux Regnard, l'aimable Quinault, le sévère Arnault, le rêveur Malebranche et l'incomparable Molière. C'est là que travailla le savjnt Rollin, digne successeur de cet autre Parisien, l'historien De Thou ; laque se fit applaudir le trop gracieux Marivaux. El quel éclat dans les arts! Claude et Charles Perrault, François et Hardouin Mansard, quatre enfants de Paris, révolutionnent l'architecture. Au peintre Lesueur succède le graveur Picart, puis le sculpteur Coustou. Et sur les champs de bataille, Paris envoie l'austère Catinat et l'ardent prince Eugène, deux hommes de guerre, deux hommes d'opposition.
La vieille cité frondeuse, dans sa disgrâce, est protégée par le bourgeois Colbert, le plus grand ministre de la monarchie absolue. Grâce à lui, grâce à son influence, quaire Académies y sont fondées (Sciences, Inscriptions Musique, Architecture) ; l'Observatoire s'élève. Aux fastueux arcs de triomphe des portes Saint-Denis et Saint- Martin s'ajoute l'utile création du jardin des Tuile-
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ries et des Champs-Elysées, dessinés par le Parisien Le Nôtre. La colonnade du Louvre, la manufacture des Gobelins, l'Hôtel des Invalides rappellent à la fois la splendeur artistique, l'activité manufacturière et les pompes belliqueuses de l'époque. La création d'un lieutenant de police (Nicolas de La Reynie, 1G67, puis d'Argenson, 1697) achève de mettre aux mains du gouvernement l'administration de la ville, mais lui vaut du moins la fermeture définitive de la Cour des miracles, quartier général des scélérats fprès la porte de Saint- Denis), l'éclairage des rues (3 500 lanternes) et la sécurité publique (archers du guet). La ville s'embellit à vue d'oeil. « La rue d'Enfer, dit madame de Sévigné, est devenue un vrai chemin de Paradis. » Malgré les proscriptions qui suivirent la révocation de l'édit de Nantes, malgré la famine et les rigueurs de l'hiver de 1709, Paris comptait déjà, à la fin du règne de Louis XIV, 500 000 habitants.
Paris philosophe. — L'opposition parisienne, longtemps contenue, éclate à la mort du maître (1715). Le peuple accompagne de ses railleries le cercueil de Louis XIV qu'on porte à Saint-Denis. Après un demi-siècle de compression politique, le vent est aux idées nouvelles et aux modes étrangères. On accueille avec faveur la visite de Pierre le Grand (1717); on acclame le financier John Law, et l'on se jette, à corps perdu, dans son « système » (1718). Aux folles espérances de la spéculation financière succèdent les comédies religieuses (au cimetière Saint-Médard). Les Parisiens, amis des jansénistes par haine des jésuites qui dominent à Versailles, soutiennent un moment les « Convulsionnoires ». Cependant la cour amuse le peuple à coups d'exécutions sanglantes. Au supplice de Dari'iens succède celui de l'héroïque Lally-Tollendal. A la place de Grève, à la rue du Trahoir, on roue, on pend, on brûle, on écartèle. C'est là le seul enseignement jugé bon pour le peuple en ce siècle qui devait voir 1789.
Mais déjà la foule s'agite. On se répète, à voix basse, de lugubres histoires sur le Parc-aux -Cerfs. Louis XV, que Paris adorait au temps de Fontenoy (1745), n'ose traverser la ville pour aller à Saint-Denis et prend la route qui porte encore le nom de la Révolte. En vain quelques créations utiles (Ecoles militaire, de droit, de médecine, promenade des boulevards) sont ébauchées. La vogue est aux cafés, mode nouvelle importée d'Orient par le Sicilien Procope et l'Arménien Pascal, mode qui remplace avantageusement les cabarets du xvir* siècle, où s'enivrait Chapelle, où bataillait Boileau et où rêvait Molière. Déjà les cafés de la Rotonde et de la Régence deviennent le rendez-vous des curieux, des nouvellistes, des gens de lettres. Tandis que Paris populaire s'amuse aux facéties de Lesage et aux bouffonneries gauloises de Piron, les enfants de la grande cité ouvrent à la science, à la géographie, à l'histoire, à la philosophie surtout, des horizons nouveaux. La connaissance de l'univers physique se précise grâce aux travaux astronomiques des trois Cassini, aux recherches de Danville, aux découvertes de Hougainville, aux explorations de La Condamine. L'histoire du haut Orient progresse avec les Anquetil, qui débrouillent du môme coup le chaos de nos origines. Et quel éclat dans le monde de la littérature et de la pensée I Sans compter le doux Sédaine et l'emphatique J.-B. Rousseau, n'avons-nous pas d'Alembert, Beaumarchais, et le roi Intellectuel du siècle, Voltaire!
Sous la frivolité apparente de l'époque, on sent fermenter déjà les grands élans de 1789. Dé|è l'émeute gronde dans la rue. Toute la ville se lève pour saluer Franklin, pour faire ovation au patriarche de Ferney, qui vient mourir sous les acclamations et les couronnes parisiennes 1778).
Aux émotions de la guerre d'Amérique succèdent les premiers tressaillements de la Révolution. C'est surtout à partir de la mort de Voltaire que Paris semble saisir la direction morale de la France, et donner au reste du pays l'impulsion politique que suivra souvent l'Europe entière. Pans révolutionnaire. — Les députés des états 1 généraux, réunis à Versailles, venaient de se proclamer Assemblée nationale (17 juin); mais la cour préparait un coup d'Etat militaire. Le renvoi j de Necker en est le premier acte. A cette nouvelle ( 12 juillet), Paris s'enflamme, se soulève au Palais- Royal, aux Tuileries, malgré la charge de la garde royale allemande. La foule exaspérée court s'armer aux Invalides, et revient donner l'assaut à la vieille Bastille. Après cinq heures de lutte, la forteresse détestée où la royauté avait enfermé , Pélisson et Fouquet, La Bourdonnais, et Latude, ' et Voltaire, tombait entre les mains du peuple i (14 juillet 1789). La contre-révolution ne s'en releva pas.
Aussitôt Paris arbore les vieilles couleurs d'Etienne Marcel, dont il fait le drapeau tricolore: organise la garde nationale, la municipalité provisoire de 120 membres (25 juillet). Mais la fa- ! mine augmente, et, avec elle, la colère des mas- I ses. Le ;> octobre, tout Paris court au château de j Versailles pour y arracher Louis XVI aux conseils \ de la réaction. L'Assemblée nationale rentre à Paris, qui redevient enfin capitale de la France (6 octobre 1789;.
Ce n'est pas ici le lieu de raconter les grandes journées de la Révolution, de dépeindre les enthousiasmes ardents et patriotiques, et avssi les délires farouches, les fureurs de la population parisienne durant ces années terribles et sublimes où Paris, luttant presque seul pour la liberté et la patrie menacées, sauva l'unité nationale et assura le triomphe des principes de la démocratie moderne. Ce fut Paris qui, dans toutes les crises, joua le grand rôle, le rôle décisif; ce fut lui qui fit le 10 août, le 31 mai, et qui plus tard, au moment où les royalistes de vendémiaire assaillaient la Convention défaillante, sauva le gouvernement républicain par un dernier effort. Tout en renvoyant à l'article Révolution française pour les détails historiques, rappelons quelques-unes des impérissables créations dont cette héroïque et féconde époque dota la grande cLé : le Muséum, l'Ecole polytechnique, le Conservatoire des Arts et métiers, les Archives, le Musée du Louvre, l'Institut remplaçant les anciennes Académies.
Paris, sous le Directoire, fatigué de tant de luttes, avait perdu sa première énergie. Les coups d'État successifs de fructidor, floréal et prairial passèrent au milieu de l'indifférence générale. C'était le temps des danses, des théâtres, des fêtes symboliques, et l'on voyait trôner sur les boulevards les « muscadins » réfractaires aux armées de la République. N'oublions pas pourtant une innovation féconde. C'est le 22 septembre 1798 que l'on ouvrit, à Paris, au Champ-de-Mars, la première exposition des produits de l'industrie nationale. L'idée devait faire son chemin.
Paris napoléonien. — Survint le coup d'Etat de brumaire. Bonaparte, se déliant des Parisiens, multiplia d'abord contre eux les mesures arbitraires. Un préfet de police fut créé, ayant sous ses ordres 12 maires d'arrondissement nommés par le pouvoir. Les journaux furent bàillo.més, la liberté des cultes sacrifiée, la liberté individuelle foulée aux pieds. Devenu empereur, Napoléon rêva pourtant de faire, de Paris une capitale splendide. « Je voulais, disait-il plus tard à Sainte-Hélène, qu'elle devint quelque chose de fabuleux, de colossal, d'inconnu jusqu'à nos jours. » C'est à Paris que furent célébrées toutes les grandes journées de l'empire; là que Napoléon épousa Marie-Louise
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(1810), là que naquit l'enfant chétif qui devait être « le roi de Rome » (1811).
Malgré l'opposition timide des salons bourgeois, malgré les souvenirs de république toujours vivants dans le peuple, Paris s'éprit bientôt de la gloire impériale, se grisa d'enthousiasme aux revues de la vieille garde qui défilait au Champ-de-Mars, et salua d'acclamations patriotiques les centaines de drapeaux captifs que chaque nouvelle année amenait triomphalement aux voûtes de Notre-Dame. Les ponts d'Austerlitz et d'Iéna, ceux des Arts et de la Cité, la vaste rue de Rivoli et tout le quartier de la place Vendôme dont les noms rappelaient tant de victoires (Castiglione, Mondovi, Mont-Thabor, etc.), la Halle aux blés, les grands quais, 26 nouvelles fontaines, la Bourse, les arcs de triomphe du Carrousel et de l'Étoile, transformaient l'aspect du vieux Paris, devenu la capitale de l'Europe. Lacolonnedelaplace Vendôme fut élevée, après 1805, avec le bronze des canons conquis.
Vinrent les désastres de 1812, amenant l'audacieux complot du général Mallet (16 octobre^, suivi de l'exécution des conjurés à la plaine de Grenelle. Mais la noblesse et le clergé, ouvertement favorables à l'ennemi ; la bourgeoisie, indifférente et ruinée par la guerre, ouvraient la route à la coalition. Seul, le peuple des faubourgs offrait encore ses bras à l'empereur. A Vitepsk, à Valoutina, à Liitzen, à Leipzig, les bataillons formés d'enfants de Paris eurent l'honneur de la journée. Dans cette dernière bataille, 1 300 jeunes gens du faubourg Saint-Antoine avaient perdu la vie en couvrant la retraite.
Un jour, on entendit gronder le canon des Prussiens et d^s Russes autour de la capitale (30 mars 1814). Dès la veille, l'impératrice régente avait fui. Le roi Joseph la suivait dans sa fuite, laissant pour tout ordre celui de capituler. Le peuple trahi, furieux, indigné, assiégeait les mairies en demandant des armes. Mais l'autorité faisait croiser la baïonnette sur ces patriotes, parmi lesquels était l'honnête, le pacifique poète Béranger. Une poignée de désespérés, armés de piques et de fusils de chasse, se firent massacrer aux Buttes-Chaumont, à Montmartre, aux Batignolles (barrière Clichy) autour du maréchal Moncey. Le lendemain (31 mars; les émigrés, parés de la cocarde blanche, acclamaient l'entrée des cosaques sur les boulevards.
Moins d'une année plus tard, Paris voyait s'enfuir à son tour le vieux Louis XVIII, et replantait sur les Tuileries ses couleurs tricolores, foulées aux pieds par les Bourbons (20 mars 1815). four résister à l'Europe monarchique, les fédérés des faubourgs, aussi ardents qu'en 1793, vinrent offrir à l'empereur le formidable appui de la démocratie en armes. Napoléon n'osa l'accepter. Il passa, le 3 juin, au Champ-de-Mars, la dernière revue ■de la grande armée, et partit pour Waterloo.
A la nouvelle du désastre, le peuple de Paris offre encore une fois son secours révolutionnaire à Napoléon pour sauver la France. Déjà l'ennemi touche à Vaugirard, à Montrouge où une suprême bataille va s'eDgager. Mais la convention du 3 juillet, signée malgré les cris de rage de la population, ouvre à Wellington et à Blùcher les portes de la capitale.
Paris libéral. — Tandis que des acclamations, payées par la police, saluaient le honteux retour de Louis XVIII (H juillet , que Paris, occupé par quatre armées étrangères (Anglais, Prussiens, Autrichiens, Russes) se voyait la proie des alliés et assistait aux saturnales de la terreur blanche (le général Labédoyère fusillé à la plaine de Grenelle, 16 août; le maréchal Ney devant l'Observatoire, 7 décembre; les généraux Mouton-Duvernet, Chartran, etc.) ; tandis que la ville était rançonnée, «es musées dévastés, ses monuments mutilés, son
drapeau déchiré ; un sentiment d'universel dégoût s'élevait peu à peu dans les masses populaires. Pendant les quinze années que dura la Restauration, Paris n'a jamais pardonné aux Bourbons ces heures d'humiliation nationale.
Les élections parisiennes de 1817 envoient à la chambre cinq libéraux. Les chansons mordantes du poète populaire, de cet enfant de Paris qui s'appelait Béranger, ridiculisent les gouvernants du jour. Aux conspirations sans cesse renouvelées, le pouvoir répond par de sanglantes exécutions. Sous Charles X, l'opposition grandit, les manifestations s'accentuent aux funérailles du général Foy (I825\ du député Manuel, de La Rochefoucauld-Liancourt (1827). La garde nationale de Paris est licenciée. A cette provocation, la ville répond en envoyant, aux élections de 1827, douze députés libéraux. Enfin le vieux Charles X, en déchirant la Charte, engage avec la capitale cette lutte mémorable de trois journées qui perd à jamais les Bourbons (27, 28 et 29 juillet 1830).
La Restauration avait prodigué à Paris les édifices religieux et les chapelles expiatoires. Le gouvernement de Louis-Philippe, proclamé roi (le 9 août) au Palais-Royal, éleva, en mémoire de son origine, la colonne de Juillet, qui couvre de son ombre les restes des citoyens morts pour la cause de la liberté. Dix-huit années de paix allaient permettre au nouveau régime la réparation de nombreux monuments (Madeleine, Hôtel de ville, Palais de Justice), enfin et surtout une œuvre capitale, la fortification de Paris.
Le ministère proposait la création de forts détachés ; l'opposition réclamait une enceinte continue. Les deux projets furent amalgamés (1841 , et, après de longs débats, l'exécution en fut confiée à trois officiers généraux qui construisirent en cinq années (1841-1846) l'enceinte bastionnée et 17 ouvrages extérieurs.
La place nous manque pour rappeler les nombreux événements dont Paris fut le théâtre de 1830 à 1848. Il nous suffira de dire que le mouvement frondeur du xvne siècle, devenu philosophique au dix-huitième, puis révolutionnaire en 89, républicain en 92 et 93 ; un moment comprimé sous le Directoire et l'Empire, puis, vivement ranimé sous les Bourbons comme opposition libérale, se transforma encore après les journées de Juillet. Le peuple, envahi rapidement par les idées républicaines et les théories socialistes, allait livrer plus d'un combat au gouvernement de Louis-Philippe. Après le procès des ministres de Charles X (décembre 1830), la révolution de Pologne, la manifestation de Saint-Germain l'Auxerrois (février 1831), les funérailles du général Lamarque provoquent une terrible insurrection (5 et 6 juin 1832). Nouveau soulèvement en 1834, signalé par les tristes événements de la rue Transnonain (avril). Le 28 juillet 183-Sla machine infernale de Fieschi éclate sur le cortège royal. Malgré la répression organisée par les lois de septembre, les sociétés secrètes ne désarment pas : le 12 mai 1839, une émeute éclate encore, conduite par Blanqui et Barbes. Puis, c'est la rentrée des cendres de Napoléon qui sert de prétexte à une immense démonstration hostile au gouvernement (14 décembre ISiO). Enfin, après quelques années de tranquillité apparente, la politique du ministère Guizot amène les banquets réformistes, le soulèvement du peuple et la chute de la royauté (24 février 1848).
Durant cette longue série de convulsions politiques, Paris avait produit, en trois quarts de siècle, la plus merveilleuse pléiade de savants, d'artistes, d'hommes de lettres et d'hommes de guerre qui ait jamais illustré une capita[e : Br.illy, Lavoisier, Fourcroy, Darcet, les Brongniart pour la science pure ; Emile Burnouf, Letronne, Boissonnade, Barbie du Boccage et Quatremere de
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Quincy pour l'archéologie et l'érudition ;La Harpe et Villemain pour la critique ; Ecoucliard-Lebrun, Mmc de Staël, Béranger, Legouvé, Scribe, Tocqueville pour les lettres ; Berryer pour l'éloquence ; Victor Cousin pour la philosophie ; David, Gros, Paul Delaroche, Carie et Horace Vernet, Delacroix, Devéria, Gudin pour la peinture ; Hérold et Halévy pour la musique ; Lekain, Talma, M1" Mars pour la scène; aux armées, le maréchal Maison et le général Friant.
Paris républicain. — La proclamation de la République à l'Hôtel de ville ouvrit pour la grande cité une nouvelle ère. Paris recouvra ses franchises, sa mairie centrale, l'armement de tous ses citoyens. Les clubs reparurent ; les journaux pullulèrent, harcelant le gouvernement provisoire et lui dictant les premières réformes qui l'ont honoré. Malgré plusieurs manifestations menaçantes, faites tour à tour par les conservateurs et par les socialistes, la grande fête de la Fraternité, où 400 U00 hommes armés défilèrent devant le gouvernement nouveau, rappela les plus belles journées de la première république. Mais les élections (4 mai), bien tôt suivies de l'invasion de l'Assemblée (15 mai), avaient fait éclater des haines qu'envenima la misère. L'impolitique décret de la Constituante, jetant brusquement sur le pavé les ouvriers des ateliers nationaux, amena le lamentable drame connu sous le nom de journées de Juin (du 22 au 26). Paris fut mis en état de siège par le général Cavaignac, et une violente réaction jeta dans les prisons 12 000 citoyens, au delà des mers 3 000 déportés.
Cependant, le prince Louis Bonaparte avait été élu à la présidence. Après la manifestation du 13 juin 1849, la ville désarmée, durement surveillée par le général Changarnier, essaya vainement de protester contre les lois réactionnaires de l'Assemblée législative. Paris, également hostile aux deux pouvoirs en présence, le président Louis Bonaparte et la majorité cléricale et royaliste de l'Assemblée; humilié d'ailleurs et foulé aux pieds depuis la répression de Juin, allait voir s'accomplir le coup d'Etat du 2 décembre 1851.
Pourtant, du 2 au 4 décembre, la capitale sans armes tenta de résister à la troupe derrière ses barricades. Les conspirateurs victorieux déportèrent arbitrairement plusieurs milliers de Parisiens. Néanmoins, malgré la terreur, la ville ne donna pas la majorité de ses votes au pouvoir issu du coup d'Etat (132 000 oui sur 2'Jl 000 électeurs inscrits).
Paris cosmopolite. — De même qu'au sortir du régime austère de la Convention, on avait vu se produire, au temps du Directoire, une ivresse de volupté et un débordement do fêtes, de môme, après les orages de la seconde république, on vit s'ouvrir une ère de spéculations et comme une frénésie de jouissances. L'Empire conçut le plan de transformer Paris, de lui prodiguer tous les embellissements matériels, d'en faire une ville unique, cosmopolite, éblouissante, pour effacer le souvenir des libertés perdues.
Administré par une commission municipale nommée par le pouvoir, par 12 maires au ciioix de l'autorité, surveillé par un préfet de police, par 80 000 hommes de troupes d'élite (garde impériale), Paris avait perdu la dernière trace de ses vieilles franchises. En revanche) l'ordre assuré par la vigilance de la police attirait dans la ville une Innombrable multitude d'étrangers, exploiteurs, curieux, touristes, agents d'affaires. Pour réaliser ce rêve grandiose, la destruction du vieux Paris et la création d'une ville entièrement nouvelle, l'Empire devait appeler forcément de tous les points do la France, et même de l'étranger ■ lue, Luxembourg), une immense armée d'où VTiers. Grâce à cette légion de travailleurs. Pans
voyait doubler sa population et devenait un des principaux centres de l'industrie nationale, une Babel commerciale et manufacturière. En 1800, la population de la capitale et des faubourgs annexés dépassa le chiffre de 1 825 000 habitants.
Il serait trop long d'énumérer la liste des nouveaux boulevards éventrant les vieilles rues tortueuses (Sébastopol, Saint-Michel, Saint-Germain, Prince-Eugène), les larges avenues rayonnant autour de l'Arc-de-Triomphe ; les places du Louvre, du Palais-Royal, de l'Hôtel-de- Ville, créées ou agrandies; la rue de Rivoli prolongée, le Louvre achevé et réuni aux Tuileries ; les Halles centrales construites. Des squares s'ouvraient sur plusieurs points de la capitale; un parc était planté pour le peuple auxButtes-Chaumont. Le préfet Haussmann attachait son nom à cette colossale transformation.
Aussi l'Europe accourut-elle, pendant la guerre de Crimée, contempler aux Champs-Elysées les merveilles de l'Exposition universelle (1855. Et quand une loi nouvelle eut doublé l'étendue de Paris et porté de 12 à 20 1e nombre de ses arrondissements, de 48 à 80 celui de ses quartiers, par l'annexion dequinze communes suburbaines (1*00); quand de nombreux travaux eurent encore embelli la ville, versé l'air et la lumière aux extrémités comme au centre (rues Turbigo, Auber, de Rome, etc.); ce fut le concours du monde entier qui se pressa aux portes de l'Exposition universelle ouverte au Champ-de-Mars en 1867. Tous les souverains voulurent s'y rendre, depuis le tsar jusqu'au sultan (la reine d'Angleterre avait déjà visité la capitale à la fin de la guerre de Crimée). La splendeur extérieure de Paris n'avait jamais semblé aussi éblouissante.
Mais il y avait plus d'une ombre au tableau. Outre les libertés perdues, que le vote populaire des Parisiens réclamait chaque fois avec plus d'insistance trois députés de l'opposition en 1857, neuf sur neuf en 1863 et en 1869) ; outre les spéculations effrénées causées par la loi d'expropriation ; outre la cherté croissante des logements et les rigueurs de l'octroi obligeant les familles pauvres à se réfugier hors des barrières, loin du centre du travail ; un plus fatal symptôme commençait à frapper tous les yeux. Paris tendait à devenir de plus en plus une ville de luxe et de plaisir. La guerre de 1870 allait être un bien sinistre réveil; mais il devait en sortir aussi de salutaires leçons.
Il n'entre pas dans le plan de ce Dictionnaire de poursuivre cet aperçu historique au delà du 4 septembre et de la chute de l'Empire. Les événements de « l'année terrible » sont encore trop près de nous pour que l'histoire puisse les joger; les épisodes héroïques ou douloureux du siège , les scènes tragiques de l'épouvantable guerre civile qui suivit, sont encore dans toutes les mémoires. Laissons à une autre génération le soin de déterminer les responsabilités, de constater les fautes, de flétrir les crimes, et d'exercer cette justice impartiale qui n'appartient qu'à la postérité. Avec la fondation définitive de la République, une ère nouvelle s'est ouverte pour Paris, et la grande cité marche désormais d'un pas assuré dans cette voie pacifique du progrès où la guident le travail, la science et la liberté.
llôle de Paris dans l'histoire. — Nous venons d'esquisser brièvement la glorieuse et sanglante histoire des destinées parisiennes. Nous avons vu naître, grandir et prospérer, malgré les invasions et les guerres civiles, la bourgade gauloise, la cité latine, la ville mérovingienne, royale, communale, berceau du monde moderne et mère île la Révolution. Nous avons vu, au cours de sa longue carrière, Paris nous apparaître sous les l pects les plus divers, entrepôt maritime. de gouvernement, foyer scientifique, ville de plaisir- o1 pince de guerre. Nous avons vu le grand
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