PARLEMENT
rôle de Paris considéré comme centre de l'unité française, et sa part d'influence dans la marche générale de la civilisation. Sans vouloir faire ici la philosophie de l'histoire parisienne, il nous reste à préciser ce rôle, à résumer les traits saillants et caractéristiques qui en constituent l'originalité.
î. — La résistance à l'invasion romaine, l'héroïque siège soutenu contre les Northmans, les soulèvements du quatorzième siècle, les guerres du quinzième, la défense acharnée des ligueurs parisiens contre Henri IV, des frondeurs contre Louis XIV, la prise de la Bastille en £9, des Tuileries en 92, la bataille de juillet 1830, celles de février et de juin 1848, la lutte inégale du 2 décembre, enfin le douloureux siège de 1870-1871, attes tent et proclament, à chaque époque, le bouillant courage, l'ardeur patriotique et l'esprit militaire des Parisiens.
Voilà pour les époques de crise; voici pour les époques de paix.
II. — L'interminable liste des artistes, savants, historiens, philosophes ou poètes qui, depuis le moine Abbon et le trouvère PiMimbert de Paris, depuis Rutebeuf et Villon, ont eu la capitale ou pour berceau ou pour patrie d'adoption ; le succès éclatant de la Ménippée, des Muzarinailes, des chansons de Déranger, si éminemment parisiennes; tout atteste l'extrême aptitude littéraire, les dons brillants d'imagination contenus par le sévère bon sens, par-dessus tout enfin l'esprit critique, incisif et mordant de Paris. L'ironie parisienne emplit toute notre histoire; ironie naïve avec Rutebeuf, funèbre avec Villon, sévère avec Ramus, emportée avec Boileau, douloureuse avec Molière, indignée avec Voltaire, cynique avec Beaumarchais, touchante avec Béranger.
De cette aptitude doublement militante, par la parole et par l'action, résulte un troisième caractère, le plus essentiellement parisien, qui, de tout temps, a fait la gloire et le malheur de la cité.
III. — Paris, à toutes les époques, a donné le signal des grands mouvements nationaux qui ont eu leur contre-coup au delà de nos frontières. Résistance aux barbares; réveil des études philosophiques au moyen âge, des libertés communales au quatorzième siècle, de l'unité française au quinzième ; première protestation contre les tueries religieuses au seizième (les « politiques »), contre le despotique monarchique au dix-septième (les frondeurs) ; bruyantes ovations à la philosophie et à la science au dix-huitième ; initiative du mouvement révolutionnaire sous les trois grandes Assemblées (Constituante, Législative, Convention) ; protestations libérales sous l'Empire, nationales sous les Bourbons, républicaines sous Louis-Philippe, sociales après 184s ; enfin, lutte opiniâtre contre le second Empire, et défense désespérée contre l'invasion étrangère; Paris a devancé toujours, dans ces diverses phases de sa longue existence, le mouvement extérieur; souvent soutenu, plus souvent combattu par les provinces, qui marchaient d'un pas plus lent. C'est que Paris représente, comme Athènes dans l'antiquité, comme Florence au moyen âge, l'esprit novateur, initiateur par excellence, k Paris s'en va seul; la France suit de force et irritée ; plus tard elle s'apaise et applaudit. C'est une des formes de notre vie nationale. » (Victor Hugo.) Ces mots résument l'histoire de Paris.
De là les coalitions et les haines. Mais de là aussi la sympathie de l'univers qui pense, l'admiration des lettrés, la complicité de tous les propagateurs d'idées nouvelles. Tous les poètes patriotes ont chanté la grande ville : Eustacho Deschamps au temps des invasions anglaises; Lebrun-Pindare au xvme siècle; Victor Hugo et Béranger au xixc. « Paris est la tète et le cœur de la France, » disait déjà Vauban au xviie siècle. « Paris est la Jéru-
salem nouvelle, » s'écriait, il y a quarante ans, un Allemand enthousiaste. « Si j'étais riche et indépendant, disait, au dernier siècle, l'historien Gibbon, c'est à Paris que j'aurais fixé ma résidence. » Gœthe ne tarissait pas d'éloges sur cette ville <■ où les meilleures tètes sont toutes réunies dans un même espace ; » sur « cette ville universelle, où chaque pas sur un pont, sur une place, rappelle un grand passé; où chaque coin de rue a vu se dérouler un fragment d'histoire où des hommes comme Molière, Voltaire, Diderot ont mis en circulation une abondance d'idées que nulle part ailleurs sur la terre on ne peut trouver ainsi réunies. » Terminons par le jugement de notre vieux Montaigne, que l'on n'accusera pas d'être un enthousiaste : k Paris a mon coeur dez mon enfance, et m'en est advenu comme des choses excellentes. Plus j'ay veu depuis d'autres villes belles, plus la beauté de celle-cy peult et gaigne sur mon affection. Je l'ayme tendrement jusques à ses verrues et à ses taches. Je ne suis Français que par cette grande cité, grande en peuples, grande en félicité de son assiette, mais surtout grande et incomparable en variété et diversité de commodités, la gloire de la France et l'un des plus nobles ornements du monde. Dieu en chasse loing nos divisions! »
Puisse, pour le bien du pays, ce dernier vœu du moins être exaucé. [Paul Martine.]
PARLEMENT. — Histoire de France, XXXVIII- XL. — Le nom de Parlement s'appliquait, à l'origine, à toute sorte d'assemblée. 11 a été ensuite réservé, en Angleterre, à l'assemblée des barons et des députés des communes qui, dès le xine siècle, partagea avec le roi le pouvoir législatif. En France, il prit une signification toute différente, et servit à désigner les corps judiciaires que le souverain avait chargés de rendre la justice en son nom. Nous allons rappeler brièvement l'origine et l'histoire des parlements français.
De très bonne heure, les rois eurent auprès d'eux une cour de justice. Dans cette cour siégeaient côte à côte des seigneurs et des légistes. Un recueil célèbre, les Olim, renferme les arrêts du parlement, du règne de saint Louis à celui de Philippe le Long; le plus ancien remonte à l'année l.bi. Philippe le Bel, qu'on a appelé le roi des légistes, donna au parlement une organisation régulière (1308) : ce corps dut tenir ses sessions à Paris, deux fois par an, et se composa de trois sections, la Grand Chambre, la Chambre des enquêtes et la Chambre des requêtes; une chambre spéciale, la Chambre des comptes, eut à s'occuper de l'administration des finances du royaume (la Chambre des comptes fut plus tard séparée du parlement et constituée en corps indépendant). En même temps, un second parlement était institué à Toulouse pour les pays de langue d'oc.
L'importance du parlement grandit vite. Les rois avaient pris l'habitude de faire transcrire leurs édits et ordonnances sur les registres de ce corps : cette formalité de Y enregistrement se transforma peu à peu en un véritable droit de contrôle concédé aux magistrats judiciaires : il fut dès lors admis qu'une ordonnance n'obtenait force de loi qu'à la condition d'avoir été enregistrée ; et le parlement s'enhardit souvent jusqu'à discuter la volonté royale, à présenter des remontrances, et même à refuser l'enregistrement demandé. Il est vrai que ce refus ne tenait pas devant une détermination arrêtée du souverain de passer outre : le roi se rendait en personne au parlement, s'y plaçait sur le trône appelé lit île justice (de là le nom de « lit de justice » donné à ces séances solennelles), et ordonnait aux chambres réunies d'avoir à enregistrer son édit sans discussion ; le parlement alors cédait, et constatait la violence