PARTIES DU DISCOURS
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présente à l'esprit des notions bien claires, et si elle est d'accord avec elle dans toutes ses divisions.
Or, il est certain, par exemple, qu'à part le mot nom, qui dit bien ce qu'il veut dire, tous les autres termes dont nous nous servons pour désigner les parties du discours sont aussi peu renseignants que possible et peuvent même quelquefois donner aux enfants des idées fausses. Qu'est-ce, je le demande, que l'adjectif ? Adjectif veut dire qui s'ajoute, qui peut s'ajouter. L'adjectif est donc, d'après cela, un mot qui peut s'ajouter à un autre. Me voilà, bien avancé. Quel est, en effet, le mot qui ne se trouve dans ce cas? Je sais bien que l'on disait autrefois le nom substantif et le nom adjectif, ce qui répondait à une catégorisation précise de l'ancienne philosopbie. Mais il faut voir tout le mal que se donnent des grammaires, qui ne sont pas encore bien vieilles, pour distinguer du nom substantif, lequel no doit désigner que la substance, le nom adjectif, lequel ne doit désigner que l'accident. Mieux vaut encore une dénomination vague que ces toiles d'araignée métaphysiques. Le verbe est-il mieux dénommé que l'adjectif? Verbe, verbum, veut dire mot. Le verbe, c'est donc le mot. Le mot par excellence, peut-être. Soit, mais, sans compter que le nom, qui fait la loi au verbe, pourrait sans doute réclamer une juste prédominance, ne serait-il pas à désirer que la dénomination mê ne des espèces de mots indiquât autant que possible leur caractère spécial, celui qui fait qu'ils sont des espèces ? Quand je dis i ertébrés, mammifères, bimanes, mollusques, etc., j'ai tout de suite dans l'esprit des idées précises, et voilà des noms d'espèces bien formés : nous n'en avons pas de tels dans la grammaire.
Il y a même, malheureusement, pis ; il y a des dénominations grammaticales qui induisent en erreur, si bien que les règles concernant certaines espèces de mots, c'est-à-dire, en définitive, les observations et constatations purement expérimentales et historiques relatives à leur manière d'être, ne répondent point à la définition qu'on a donnée, définition qui est une conséquence de la dénomination même de l'espèce. Voici, par exemple, l'adverbe. L'Académie et la plupart des grammaires le définissent ainsi : « L'adverbe est une partie invariable du discours qui se joint avec les verbes, les adjectifs ou les adverbes, et qui les modifie de diverses manières. » Or cela est vrai de certains adverbes et non de tous. Cela est vrai, si l'on veut, de la plupart des adverbes de lieu, des adverbes de manière; cela n'est pas vrai des adverbes de quantité, au moins quand ils sont suivis d'un complément, qui est un véritable régime. Quand je dis : Beaucoup de vin amène l'ivresse ou Versez-moi beaucoup de vin, il est clair que le soi-disant adverbe beaucoup agit sur le verbe autrement que comme un simple modificatif, puisque, dans le premier cas, il est sujet et, dans le second, complément direct. Ou il faudrait changer la définition de l'adverbe, ou il faudrait ôter de l'espèce adverbe les mots comme beaucoup, assez, trop, etc., qui sont, par leur fonction, et quelquefois par leur forme, de véritables noms.
Xous n'avons point la prétention de vouloir formuler ici uno classification scientifique des mots. Cela demanderait de grandes études et de longues démonstrations. Nous voudrions seulement que l'instituteur, qui se perdrait certainement rien qu'à es-ayer de mettre ensemble les innombrables théories nées ou à naître de cette source indéfinie de difficultés, voulût bien s'attacher, dans son enseignement pratique, à quelques points fondamentaux, indiscutés et indiscutables.
Il y a, dans notre langue — nous ne voulons parler que de celle-là — des mots qui servent à nommer les personnes et les choses; il y a des
qualificatifs, qui désignent les manières d'être des personnes et des choses ; des déterminatifs qui
j en précisent plus ou moins l'acception ; il y a encore d'autres mots qui indiquent le rôle des personnes ou des choses dans le discours (les pro-
t noms, surtout les pronoms personnels); il y en a qui affirment l'état où se trouvent les personnes
1 et les choses, les actes qu'elles font ou qu'elles subissent; ce sont là, pour ainsi dire, les mots vivants, susceptibles de toutes les flexions que
I comporte une indication d'unité, de pluralité, de sexualité ou de ce qu'on y assimile, des différen-
| tes circonstances de tendance, de milieu ou d'époque. Il y en a d'autres qui ne désignent que de simples rapports, rapports de liaison, d'apparte-
i nance, de dépendance, de conditionnante, etc.,
, soit entre les parties de phrase, soit entre les phrases. Voilà cinq ou six grandes classes de mots, — qu'il serait possible de réduire encore peut-
l être, — d'une part, les noms (et il faut entendre par là tout ce qui est véritablement nom, y com-
I pris, par exemple, l'infinitif des verbes), les qua-
j lificatifs, les déterminatifs, les pronoms, les v< rbes (aux modes personnels), et, d'autre part, les in-
[ variables servant à marquer des rapports. Xous ne parlons pas ici de l'interjection, qui, en soi, n'appartient pas au langage articulé, et dont la plupart des types rentrent dans d'autres classes ou sont des débris de propositions. Appliquonsnous, à l'école, à faire reconnaître et distinguer, par leurs traits spéciaux, ces catégories, dans toute la variabilité, assez compliquée, Dieu merci ! de leurs manières d'être et de leurs évolutions. Mais de savoir si l'article et le participe sont, oui ou non, des mots à part; si les articles sont des déterminatifs ou si les déterminatifs sont des articles ; s'il faut dire des pronoms adjectifs ou des adjectifs pronominaux, etc., que tout cela ne nous touche point; ce n'est point affaire à nous, qui avons tant d'autres choses sur les bras, je veux dire, tant d'autres matières nécessaires, indispensables, à enseigner à nos élèves. Prenons la classification traditionnelle, telle qu'elle est donnée dans le livre de grammaire que nous aurons choisi comme le meilleur, c'est-à-dire comme le plus simple, sans la critiquer, bien entendu, comme nous l'avons fait ici, non pour les élèves, mais pour les maîtres, sans nous y attacher non plus, au moins dans les détails, comme à parole d'Evangile. Servons-nous-en comme d'un langage commode, puisqu'il est accepté et entendu de tous depuis des siècles, mais en le réduisant au strict nécessaire, et restons persuadés qu'une phrase ou un mot bien compris vaudra toujours cent fois mieux qu'une phrase ou un mot bien analysés. Ce qui ne veut pas dire — et c'est par là que nous voulons terminer — qu'il faille supprimer l'analyse ; il faut seulement la subordonner. [Ch. Defod'-m.
PASCAL. — Littérature française, XI. — Biaise Pascal naquit le 19 juin 1623 à Clermont-Ferrand, où son père exerçait les fonctions de président de la cour des aides (tribunal chargé spécialement de juger les différends en mat'ère d'impôt). Il perdit sa mère à trois ans. Son père alors vendit sa charge et s'établit à Paris avec son fils et ses deux filles, Gilberte (Mme Périer) et Jacqueline qui se fit religieuse à Port-Royal et mourut en 1661.
Le jeune Pascal était de constitution délicate, mais d'une prodigieuse précocité intellectuelle. Son père, qui redoutait pour lui des études prématurées, découvrit un jour que son fils de douze ans, « avec des barres et des ronds, » avait pour ainsi dire inventé la géométrie et qu'il était parvenu tout seul jusqu'à la 32e propo.-it:on d'Euclide. A seize ans Pascal publiait un Traité des sections
COniqueS.
En 1639 il suivit à Rouen son père qui avait ete
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nommé intendant des tailla dans cotte ville. Pour l'aider dans ses calculs pénibles, il imagina sa Machine à compter. Puis il s'acquit un renom immortel dans l'histoire de la physique en démontrant la pesanteur de l'air, en expliquant ainsi l'ascension des liquides dans les corps de pompe vidés d'air et la limite de cette ascension en raison inverse du poids du liquide. Il commença la science dite Calcul (les probabilités, il entrevit le Calcul différentiel et intégral, enfin il inventa le haquet. On veut môme qu'il ait suggéré la première idée des omnibus.
Pascal n'était pas seulement un savant et un inventeur, c'était aussi un homme profondément religieux. L'atmosphère morale de sa famille et par conséquent la direction imprimée à son éducation avaient fortement incliné sa pensée vers la méditation des grands problèmes de la philosophie et de la religion. A Rouen il subit l'influence d'un ecclésiastique, disciple de Port-Royal, qui jeta dans son esprit les germes de la tendance janséniste à laquelle il demeura fidèle jusqu'à sa mort. On sait que le jansénisme désigne cette école religieuse à laquelle se rattachaient nombre d'hommes distingués de cette époque, dont le centre fut à Port-Royal-des-Champs, près Paris, et dont le trait caractéristique était de joindre à un grand zèle pour l'Eglise catholique, son culte et sa discipline, des vues sur la grâce et sur les conditions du salut qui la rapprochaient singulièrement du calvinisme. Ajoutons-y la morale très austère qu'elle en déduisait et qu'elle opposait aux relâchements et aux indulgences, aussi dangereuses que subtiles, que le jésuitisme cherchait à introduire dans la pratique de la dévotion.
Cependant l'altération de sa santé, minée par des travaux excessifs, fit que les médecins lui imposèrent des loisirs et des distractions. Pascal traversa quelques années de vie mondaine, exempte, il est vrai, de tout libertinage, mais assez dissipée en apparence pour qu'on apprît avec surprise en 16Ô5 sa résolution de se retirer à Port- Royal et de se livrer tout entier aux études et aux méditations religieuses dont il voulait désormais faire le seul aliment de sa pensée.
Est-ce, comme on l'a soupçonné, la blessure faite à son cœur par un amour déçu, ou l'influence de sa sœur Jacqueline, ou bien l'accident où il faillit périr en traversant en voiture le pont de IS'euilly, ses chevaux s'étant emportés et lui-même étant resté quelque temps suspendu sur l'abîme, ou bien l'extase nocturne (peut-être en rapport physiologique avec cet accident) dont il conservait le souvenir écrit sur un scapulaire cousu dans son habit, ou bien enfin toutes ces circonstances ensemble qui expliquent sa brusque détermination ? ÎNous n'oserions nous prononcer, tout en faisant observer qu'avec des caractères comme celui de Pascal, on prend souvent pour la cause de pareilles résolutions ce qui n'est que l'occasion accidentelle d'une explosion dont les matériaux inflammables se sont lentement et invisiblement déposés tout au fond de leur être.
Quand Pascal s'associa ainsi aux Arnauld, aux d'Andilly, aux Nicole, en un mot à cette élite de penseurs qui formait alors l'état-major du jansénisme, les affaires de ce parti religieux n'étaient pas dans un état brillant.
Les intrigues du parti Jésuitique avaient réussi à compromettre le jansénisme à Rome, à la Sorbonne et auprès du pouvoir royal. C'est alors que Pascal, cédant a l'indignation de sa conscience d'honnête homme et de chrétien sincère, lança contre la célèbre Compagnie ses immortelles Provinciales sous le pseudonyme de Louis de Montalte (1656-16R7). L'ordre de Loyola reçut du coup une blessure à laquelle sans doute il a survécu et dont il se. vengea cruellement contre Port-Hoyal
quelques années plus tard; mais on peut dire que la blessure est restée saignante, toujours ouverte sur ses flancs. L'avenir nous apprendra si, comme quelques-uns le croient, destinée à s'élargir et à s'envenimer toujours plus, elle ne dégénérera pas en plaie mortelle.
Momentanément, en tout cas, le succès fut immense. Ce futun premierappel àl'opinion publique, qui se prononça vigoureusement pour l'auteur et pour la cause qu'il défendait, au point que l'oragequi menaçait le jansénisme fut détourné pour un temps. Du reste, Pascal se plongeait plus que jamais dans les méditations religieuses, et il y apportait, dans un mélange assez bizarre, la fougue d'un esprit passionné, la profondeur et l'indépendance d'un génie divinateur et les faiblesses d'une dévotion superstitieuse. C'est ainsi qu'il s'imposait des macérations et des pénitences qui achevaient de détruire une santé déjà très affaiblie, qu'il ne reculait pas devant la nécessité de s'abêtir de mot est de lui), si l'on ne pouvait autrement se procurer la foi, et qu'il maintenait l'authenticité d'un miracle assez puéril dont la Sainte-Épine de Port- Royal aurait faitbénéficierune petite fille souffrant d'une fistule lacrymale. Mais ce n'est pas par leurs côtés faibles qu'il convient de juger les grands hommes, et Pascal devait s'acquérir d'autres titres à l'admiration de la postérité.
Autant Pascal était volontairement croyant et soumis aux traditions de l'Église gallicane (Si mes lettres sont ton<lamnées à Rome, en que f y condamne est condamné dans L ciel), autant son esprit élevé voyait avec terreur s'avancer le moment où les bases mêmes de la révélation chrétienne seraient contestées au nom de la philosophie, de l'histoire, de la science, en un mot de la raison. Chez lui les nouvelles notions du monde, telles qu'elles ressortent des découvertes modernes sur la constitutioi de la terre et du ciel {Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie), faisaient malgré lui la guerre à des croyances impliquant ou semblant impliquer une géologie et une astronomie encore enfantines. Les doutes que suggéraient à Montaigne les progrès des connaissances géographiques, en lui révélant tant de pays et de peuple* où l'on vivait depuis des siècles dans une profonde ignorance du enristianisme, où l'on professait des maximes de religion et de morale diamétralement contraires aux nôtres, vis-à-vis desquels la chrétienté n'était que la minorité du genre humain, ces doutes que le spirituel et charmant écrivait, résumait dans son continuel Que sais-je? mais qui ne troublaient en rien sa bille humeur, se répercutaient dans l'âme de Pascal avec une intensité doublée par l'accroissement dessciences auquel il avait tant contribué et par le sérieux pour ainsi dire tragique de son caractère. Aussi, tout en luttant contre un dépérissement physique dont l'issue fatale et prompte était certaine, Pascal conçut-il l'audacieux projet de fonder la vérité de la révélation chrétienne et des principales doctrines de l'orthodoxie sur un ensemble de preuves irréfutables, capables de rendre la paix à son esprit agité et à tous ceux qui auraient à subir la même crise de la foi. La mort le surprit au milieu de ce grand travail qui n'existait encore dans sa pensée qu'à l'état d'ébauche et dont il avait simplement tracé les linéaments ou les préliminaires sur des feuilles éparscs, sans ordre, que ses amis trouvèrent dans sa chambre. Frappés des beautés de premier ordre que recelaient ces notesconfuses, ils les publièrent en 16ti9 sous le litre de Pensées de Pascal, mais non sans opérer des retranchements et des modifications là où les idées de l'illustre défunt leur paraissaient dénoter trop de hardiesse et pouvaient compromettre le renom de son orthodoxie. Les éditions suivantes ne remédièrent pas au mal. C'est en I8î4 seulement quer
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sur l'invitation de Cousin, M. Pro^per Faugère s attacha à reconstituer l'original d'après les manuscrits autographes réunis en un cahier à la Bibliothèque nationale. Ce travail, repris et complété par M. E. Havet, nous a rendu le vrai Pascal et ses vraies Pensées.
Il ne nous appartient pas de décider jusqu'à quel point Pascal aurait réussi dans sa vaste entreprise, s'il lui avait été donné de la mener à bonne fin. De nos jours certainement on lui eût reproché une lacune énorme dan3 un travail de ce genre où il est continuellement question de la Bible, des dogmes et des faits de l'histoire religieuse. Pascal, savant physicien, géomètre de premier ordre, profond penseur, manquait absolument d'érudition et de critique. On le voit qui s'extasie sur des contre-sens et qui accepte les yeux fermés des traditions très contestables. Il est à cet égard au-dessous mémo de son temps. Ce qui le relève, ce sont les aperçus pleins d'originalité, de perspicacité psychologique, de vérité expérimentale qui viennent à chaque instant reluire comme des éclairs à travers le nuage nécessairement obscur de pensées et d'observations qu'il n'a pu mettre lui-même dans l'ordre désiré. Il serait parfois imprudent de considérer comme son opinion définitive ou personnelle ce qui n'était peut-être qu'un premier jet d'idées sur lesquelles il se proposait de revenir, ou qu'une note formulant telle objection, qu'il se réservait de réfuter, ou même qu une boutade momentanée de son humeur mélancolique et bizarre. Mais, nous le répétons, à de nombreux « coups de griffe » on reconnaît le lion, et à bien des sillons creusés par son burin se révèle l'incom parable artiste. De plus il faut noter, en dehors de toute conclusion, ce qu'il y a de nouveau et de fécond dans son apologie de la religion chrétienne, c'est-à-dire la concordance mystérieuse qu'il relève entre les besoins, les aspirations, les misères de l'àme humaine et les enseignements correspondants, en quelque sorte coïncidants, de cette religion. C'est par là surtout, bien plutôt que par ses raisonnements souvent très faibles sur les prophéties et les miracles, que Pascal a été novateur et qu'il a montré le chemin aux apologistes de la foi les plus éminents qui lui ont succédé, en même temps qu'il jetait les germes d'une manière nouvelle de comprendre la religion en général au point de vue philosophique et moral.
Mais c'est surtout comme écrivain, comme l'un de nos plus grands maîtres en l'art de se servir de notre langue nationale, que nous avons ici à faire son éloge. Peu désireux pour lui-même de la gloire littéraire, il l'a conquise sans la chercher, parce qu'il s'efforçait toujours de réaliser la perfection dans tout ce qu'il faisait, dans la forme comme dans le fond. Les Provinciales restent un incomparable modèle de controverse et de discussion où la finesse de la pensée, parfois même sa subtilité, ne font aucun toit à la vigueur du raisonnement, où l'ironie, toujours de bon goût et contenue, ne cesse que pour faire place aux accents de l'indignation et de ia passion légitime qui fait enfin explosion. Si l'on y pense bien, on verra que Pascal, dans son ardente éloquence de controversiste, malgré les différences des temps, des caractères, des sujets, des idées, annonce Bousseau et plus d'un des grands orateurs de la tribune française.
C'est bien la même verve tempérée par le sentiment des proportions, la même méthode de discussion harcelant l'adversaire avant de l'écraser d'un coup final, la même clarté d'exposition jointe à une dialectique acérée marchant droit à son but, qualités éminemment françaises et qui ont fait à juste titre de Pascal un de nos premiers classiques. La phrase est limpide, simple, sans recherche apparente, disant nettement ce qu'elle veut dire, sans aucune fioriture ni surcharge, sans affectation
d'élégance ou de rudesse ; c'est un style honnête et loyal comme la pensée dont il est l'expression, robuste et de mouvement aisé comme le raisonnement qui se déploie sous ses formes magistrales. Il rappelle à la fois les coups de crayon si fortement dessinés d'un Callot et l'effet magique des tableaux si magnifiquement colorés d'un Rembrandt.
Dans ses Pennées, écrites, nous l'avons vu, sous l'inspiration du moment, parfois retouchées, mais dont aucune n'a reçu de son aveu sa forme définitive, il y a de temps à autre de l'obscurité et de la rudesse. Mais que d'admirables sentences admirablement exprimées! On dirait de médailles frappées de manière à défier les siècles. C'est au point que Sainte-Beuve a pu dire : « Pascal, admirable quand il achève, est peut-être supérieur là où il est interrompu. » Tantôt c'est un tableau condensé, mais d'autant plus tragique, des contradictions et des déchirements du cœur humain ; tantôt un résumé amer et piquant d'observations faites sur le vif, par exemple : « L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur est que qui veut faire l'ange fait la bête, h Ici c'est un aveu mélancolique de notre faiblesse quand il s'agit de conquérir une vérité qui se dérobe à nos efforts pour l'atteindre ; là c'est un appel émouvant à ces « raisons du cœur que la raison ne connaît pas; » ailleurs c'est le sentiment de l'infini ou celui de la grandeur du roseau pensant, supérieur à l'univers lui-même qui l'écrase, puisque a Vavantoge que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. » En un mot, les Pensées sont un riche écrin où, à côté de quelques pierres d'un éclat douteux ou même encore enveloppées dans leur gangue, on découvre des diamants et des perles de la plus belle eau. C'est une lecture de l'âge mûr plutôt que de la jeunesse, mais il est certain qu'on y revient avec d'autant plus de plaisir qu'on avance dans la vie et qu'on est mieux à même de goûter à la lumière de ses expériences personnelles le charme particulier de cette œuvre inachevée, où se sont déposées celles de l'un des plus étonnants génies qui aient marqué dans notre histoire.
[Albert Réville.]
l'ASSEREAUX. — Zoologie, XVI. — De tous les groupes qui constituaient, pour Cuvier, la classe des Oiseaux, celui qui a subi, grâce aux travaux des naturalistes modernes, le plus grand nombre de remaniements est assurément l'ordre des Passereaux. A l'heure actuelle il se trouve subdivisé, non plus en cinq sous-ordres seulement, mais en une série de familles dont les unes sont bien caractérisées, tandis que les autres se rattachent intimement les unes aux autres par des types de transition. Au milieu de ces formes si diverses, il est bien difficile de saisir quelques traits qui soient communs à tous les Passereaux. On peut dire cependant que ces oiseaux sont tous de petite ou de moyenne taille, quils ont, pour la plupart, une charpente légère, un corps svelte, un bec faible, des pattes médiocres, emplumées dans la portion correspondant à la jambe, et terminées par quatre doigts, dont un seul est dirigé en arrière, les trois autres étant tournés en avant. Ces doigtS'Sont le plus souvent indépendints les uns des autres, ou tout au plus réunis à la base par une toute petite membrane située entre le doigt externe et le doigt médian. Il est impossible de caractériser l'ordre des Passereaux d'une manière plus précise. C'est dire que ce groupe n'est pas bien naturel et qu'il comprend en réalité tous les oiseaux qu'on n'a pu faire rentrer dans les cinq autres divisions : Bapac* s, Grimpeurs, Gallinacés, Echassiers et Palmipèdes. Ainsi les Passereaux, comparés aux Rapaces, n'ont pas, comme ces derniers, le bec crochu et les ongles acérés ; ils diffèrent également des Grimpeurs par
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leur doigt externe toujours dirigé ^n ayant; ils
n'ont pas la mandibule supérieure voûtée, le corps massif, les ailes arrondies comme les Gallinacés ; leurs tarses ne sont pas en général aussi grêles, aussi allonges que ceux des Echassiers, et leurs doigts ne sont pas reliés par dos membranes natatoires comme chez les Palmipèdes. Mais on rencontre d'ailleurs parmi les Passereaux des différences considérables dans la structure et les proportions relatives du bec, des membres antérieurs et des membres postérieurs, aussi bien que dans la nature et la coloration du plumage. Le bec en alêne d'un Oiseau-Mouche ne ressemble guère au bec aplati et fendu jusqu'aux oreilles d'un Engoulevent; l'aile aiguë d'un Martinet n'est pas taillée sur le môme patron que l'aile obtuse d'une Mésange ou d'un Pinson ; les pattes robustes d'un Corbeau diffèrent beaucoup des tarses minces et élancés d'une Bergeronnette ; et la livrée verdâtre d'une Fauvette semble bien pâle à côté des teintes métalliques et chatoyantes d'un Colibri ou d'un Soui-Manga.
Les Passereaux ont en général le gésier musculcux, l'intestin muni de deux appendices cœcaux, le larynx inférieur compliqué. Leur sternum n'offre ordinairement qu'une seule échancrure de chaque côté ; parfois cependant il est doublement entaillé, comme chez les Guêpiers et les Martins- Pêcheurs, ou bien au contraire n'est pas découpé sur le bord postérieur, comme chez les Martinets et les Oiseaux-Mouches.
Sous le rapport du régime et des mœurs, on constate également parmi les Passereaux de notables différences : les Gobe-Mouches, les Hirondelles et les Fauvettes sont insectivores, les Moineaux et les Chardonnerets recherchent surtout les graines et les semences, les Loriots aiment les fruits et particulièrement les cerises ; les Martius- Pêcheurs saisissent les poissons avec beaucoup d'adresse, et les Corbeaux mangent indifféremment de la chair ou des substances végétales. De même il y a des Passereaux qui vivent isolés comme les Huppes, et d'autres qui se réunissent, au moins à certaines saisons, en troupes nombreuses, comme les Etourneaux. Certains Passereaux, tels que les Brèves et les Lavandières, courent sur le sol avec rapidité ; d'autres, comme les Toucans, restent ordinairement perchés; d'autres enfin, les Martinets par exemple, ne font presque point usage de leurs pattes, et. portés sur leurs ailes puissantes, fendent l'air qui est leur véritable élément.
La plupart des Passereaux sont doués d'une voix très forte relativement à leur taille, mais cette voix est rude et désagréable chez les Geais, les Pics et les Corbeaux, tandis qu'elle est singulièrement harmonieuse chez les Rossignols et les Fauyettes. Aussi, depuis les temps les plus reculés, un grand nombre de Passereaux ont-ils été gardés en captivité, à cause de la douceur et de la variété de leurs chants ; mais c'est à peine si l'on peut citer dans cet ordre un ou deux oiseaux qui soient devenus pour l'homme de véritables auxiliaires, des animaux domestiques.
Dans la dernière édition du Règne animal (1S"J9) l'ordre des Passereaux a été subdivisé par Cuvier en doux grandes catégories : les Passereaux ■ordinaires, chez lesquels le doigt externe est libre ou n'est réuni au doigt médian que par une ou deux phalanges, et les Passereaux syndacti/les, chez lesquels le doigt externe, presque aussi long que le doigt médian, est soudé à ce dernier jusqu'à la pénultième phalange. Les Passereaux syn- ■dactylcs ne renferment qu'un seul groupe, tandis que les autres bc partagent de nouveau en quatre groupes secondaires, d'après des caractères lires exclusivement de la forme du bec. Ainsi, pour €uvier, les Passereaux comprennent cinq sous-
ordres, que nous allons énumérer successivement en indiquant leurs principaux types :
1° Dentihostres, ayant la mandibule supérieure échancrée de chaque côté, près de la pointe : Pies-grièches, Ca<^icans, Gooe-Mouches, Tyi MoucherrJles, Cotingas, Jaseurs, Drongos, T ras. Merles, Fourmiliers, Brèves, Cincles, / dons, Mainates, Martini, Choquards, Lot Goulins, Becs-fins (c'est-à-dire Traquets, Rubiet' tes. Fauvettes, Accenteurs, Roitelets, Trogl < Hochequeues ou Lavandières, Bergeronn/tr Farlouses), Manakms, Coqs de Roche, Burylaimes, etc. ;
2° Fissirostres, reconnaissables à leur bec court, large , aplati horizontalement et profondément fendu, et subdivisés eux-mêmes en deux sections, les Diurnes [Hirondelles et Martinets) et les Nocturnes (Engoulevents et l'odarges) ;
3° Conirostres, au bec fort, plus ou moins conique, et dépourvu d'échancrure près de la pointe : Alouettes, Mésanges. Bruants, Moineaux, Chardonnerets, Tarins, Serins, Linottes, Bouvreuils, Bec^-croisés, hurbecs, Colious, Pique-Œufs, < ques, Etourneaux, Rolliers, Oiseaux de Paradis, etc. ;
4° Tenuirostres, au bec grêle, allongé, droit, ou plus ou moins arqué, sans échancrures latérales : Sittelles ou Torchepots, Anabates et Synallaxes, Grimpereaux, Echelettes, Picucules, I Héorotaires, Soui-Mangas, Arachnothères, Colibris, Huppes, Promérops, E/imaques, Craves, etc.;
£>• Syndactyles, différant des quatre groupes précédents par leur doigt externe réuni au doigt médian dans la plus grande partie de sa largeur : Guêpiers, Momots, Martins-Pêcheurs , Todiers, Calaos, etc.
A beaucoup d'égards cette classification laissait à désirer, car elle était fondée principalement non sur des différences dans la structure intime de l'oiseau, mais sur des variations dans la forme du bec. Or cet organe peut subir des modifications profondes, pour satisfaire à certains besoins de l'animal, sans que les os du corps et des membres éprouvent de notables changements, et d'autre part le bec présente souvent une forme identique chez cies passereaux dont la charpente osseuse n'est pas du tout constituée sur le même type. En d'autres termes, en s'attachant exclusivement à des caractères tirés de l'aspect extérieur, on s'expose à placer dans un même groupe des oiseaux qui n'ont pas les uns avec les autres des ressemblances fondamentales, et vice versa à séparer d'autres oiseaux qui, en dépit de différences apparentes, sont en réalité construits sur le même plan. C'est même ce qui est arrivé à Cuvier, quia rapproché les Martinets des Hirondelles, et qui d'un autre côté a cru devoir éloigner les Craves et les Choquards des Corbeaux proprement dits.
Ainsi, comme nous le disions plus haut, la classification proposée par ce grand naturaliste a été profondément modifiée et certains genres ont été dédoublés, ou même élevés au rang de familles. Mais, comme cela arrive souvent, on est probablement allé trop loin dans cette voie, et l'on a sans doute exagéré le nombre des subdivisions de l'ordre des Passereaux. Quoi qu'il en soit à cet égard, voici quelles sont les familles généralement admises, à l'heure actuelle, parmi les Passereaux :