PEROU
Intérieur de cuisine, le Bénédicité.) Greuze traduit sur la toile le roman et le drame, tels que les comprennent Jean-Jacques et Diderot. Il est trop souvent mélodramatique, mais son accent est passionné et sincère. ^Louvre : C Accordée de villuge, la Malédiction paternelle, la Cruche cassée.) Loutherbourg, le paysagiste, Oudry, le peintre d'animaux, sont des artistes estimables. Les marines de Joseph Vernet sont d'un grand peintre.
Un petit-neveu de Boucher, Louis David (1748- 1725), pendant un séjour de cinq années à Rome, étudia à fond l'antiquité et. à son retour, traita exclusivement des sujets antiques : Bélisaire, le Serment des Horaces, la Mort de Socrat". Son style est un compromis entre la nature vivante et la statuaire grecque. Il se préoccupe avant tout de la correction du dessin, et néglige le clair-obscur au détriment de l'effet pittoresque. C'est un art de convention qui laisse froid et paraît banal. David est pourtant un grand artiste ; son influence a été considérable, et il a formé tout un groupe de peintres éminents : Gros, Girodet, Isabey, Léopold Robert, Ingres. Ce chef de l'école classique, avec des idées très arrêtées, donnait un enseignement très large : ce sont ses disciples qui ont inauguré le mouvement romantique.
Gros et Girodet introduisirent dans la peinture française quelques éléments nouveaux : Gros reproduit les costumes militaires modernes, le paysage et l'architecture orientale (Louvre : Pestiférés de Jnff'a, Bataille d ' liylnu) ; Girodet rend des effets de lune et de brouillard.
C'est au Salon de 1819 qu'éclata la révolution romantique. Trois tableaux émurent tous les esprits : le Radeau de la Méduse, par Géricault; les Bowgeoi* de Calais, par Ary Scheffer; la Barque di Dante, par Eugène Delacroix. L'art classique trouva pour soutien un peintre de premier ordre, Ingres, qui a exercé sur l'art contemporain une influence considérable. 11 s'inspira surtout de Raphaël. Il lui empruntait la pureté des lignes, la noblj expression des figures, et, par le simple caractère donné à des contours ou à des détails de modelé, sut intéresser l'esprit aussi vivement que par les scènes les plus dramatiques. Les tableaux qui donnent le mieux la mesure de son talent sont Y Apothéose d'Homère. YOdalisque, la Source.
Le chef de l'école romantique l'ut Delacroix. Coloriste incomparable, il n'a aucun souci de la forme et du dessin. Il cherche l'expression, le caractère, fût-ce au prix de la laideur. Mais il tire de la couleur des effets magiques, et il reste dans la tradition française par les qualités pittoresques et dramatiques (Massacre de Sciu, Femmes d'Alger, JV.ce juive). Entre ces deux écoles, plusieurs artiste^ de grand mérite suivaient des voies diverses, mais originales et glorieuses : Léopold Robert, qui traitait en haut style les épisodes de la vie populaire en Italie (le Retour de la fête de la Madone de l'Arc, les Moissonneurs, les Pêcheurs) ; Ary Scheffer, le peintre des Mignons et des Maryerites; Paul Delaroche, qui conquit une célébrité brillante par la peinture d'histoire anecdotique (les Enfants d' Edouard, la Mort du duc ae Guise), et qui a laissé une grande page : Y Hémicycle du Palais des Beaux-Arts ; Horace Vernet, le plus populaire de tous, le peintre de l'histoire militaire contemporaine (Versailles : la Smala; Louvre : Bataille île Clichg).
A l'époque où le paysage prenait dans la littérature une importance toute nouvelle, il se formait une école de paysagistes français qui étudiait la nature dans ses aspects les plus intimes et les plus varies : Corot était le chef de cette phalange. Brascassat et Rosa Bonheur se sont illustrés comme peintres d'animaux. La peinture de fleurs n'a eu de notre temps qu'un représentant distingué : Saint-Jean, de Lyon, [P. Ftuilleret.]
PÉROU. — Histoire générale, XXXyi. — I. Temps
primitifs. — Les plus anciennes traditions rattachent les Péruviens aux Aymaras, que le dieu Viracocha ou Pachacamac, créateur du monde, aurait fait naître des pierres et des fontaines et répandus sur les deux versants des Andes. Ce peuple, après avoir atteint une certaine civilisation, dont témoignent les ruines de Tiahuanaco, serait retombé peu à peu dans la barbarie, au point de n'avoir plus pour habitations que des cavernes, de ne plus cultiver la terre, d'adorer les plantes, les animaux, et d'immoler à ses divinités des victimes humaines. 11 fut régénéré, au xie siècle, par la race voisine des Quichuas, qui avait à peu près la même origine, mais ne parlait pas la même langue. Ces derniers attribuent la création de leur empire à Manco- Capac, chef de la puissante familie deslncas, qui, parti du lac de Titicaca, vint fonder, sur un haut plateau des Andes, la ville de Cuzco, fit renaître l'agriculture et apprit aux habitants du pays à fabriquer des instruments de travail, des armes, des tissus. La monarchie qu'il institua et qui s'étendit sous ses successeurs (Sinchi-Roca, Tupac- Yupanqui, etc.) jusqu'à i'équateur d'un côté, jusqu'au 40° lat. S. de l'autre, était une théocratie absolue, sous laquelle les populations, maintenues dans un ordre parfait, jouirent d'un certain bien-être matériel, mais perdirent toute initiative et toute habitude de la liberté. Pachacamac, Y âme du monde, était représenté, dans la religion péruvienne, par le soleil, dont le culte était entretenu dans des temples magnifiques par des prêtres nombreux et dans des couvents par des vierges sacrées. Le roi, regardé comme le fils du soleil, ne formait d'unions légitimes qu'avec ses sœurs, pour conserver la pureté de sa race. Ses parents, les Incas, ne se mariaient point en dehors de leur caste. Parmi eux étaient pris les vice-rois qui gouvernaient les quatre grandes divisions de l'empire. Les provinces étaient administrées par des curacas héréditaires. Chaque groupe de 1U00, de 500, de 50 et de 10 familles avait un chef particulier chargé d'appliquer les lois (qui frappaient de mort les moindres délits), de surveiller les sujets jusque dans leur vie privée, de distribuer les produits du sol, les vêtements, etc. Point de propriété individuelle: les terres appartenaient au soleil ou au roi. Les habitants étaient soumis au service militaire et corvéables à merci. Ils ne pouvaient se marier que dans leur tribu et dans leur caste. Armés d'un pouvoir sans limites, les souverains péruviens purent faire construire des palais, des temples, des routes (comme celle de Cuzco à Quito) pourvues de tampus ou relais de poste. Mais leur despotisme stérilisa dans l'empire tous les arts naissants. L'architecture resta basse, lourde et sans grâce. La médecine et l'astronomie firent peu de progrès. L'or et l'argent, dont on se servait pour les usages les plus vulgaires, ne furent même pas utilisés pour les échanges commerciaux. Enfin les Quichuas, en guise d'écriture, n'employaient que les qui/tus, cordelettes dont les nœuds et les couleurs formaient de véritables hiéroglyphes.
II. Conquête du Pérou par Is Espagnols. — L'Inca Huayna-Capac, conquérant de Quito, était mort en 152G. Deux de ses fils, Ataliualpa et Huascar, se disputèrent sa succession. Ce dernier eut l'idée d'appeler à son secours trois aventuriers espagnols, qui, après une première reconnaissance du pays (1524-1527), avaie.it reparu sur la côte du Pérou, au nom de Charles-Quint, avec 180 soldats. C'étaient Pizarre, Almagro et de Luque. Ils accoururent. Huascar fut, il est, vrai, vaincu, pris et peu après mis à mort. Mais Atahualpa, qui redoutait fort ces étrangers à causa de leurs armes à feu et de leurs chevaux, leur envoya de riches présents qui ne firent qu exciter