PÉROU
PERSE
leur cupidité. Il alla môme au devant d'eux et les rencontra à Cfijamarca (novembre 1532). Là, sans préambule, Valverde, chapelain des Espagnols, somme 1 Inca de reconnaître Charles-Quint pour suzerain et de se faire chrétien. Atahualpa refuse. Aussitôt, Pizarre se saisit de lui et massacre son escorie. Le malheureux roi livre, pour se racheter, assez d'or et d'argent pour remplir une vaste chambre. Il n'en est pas moins étranglé par ordre du conquistador, qui, peu après, au milieu de la stupeur générale, s'empare de Cuzco, dont son compagnon de Luque devient évoque. Les Espagnols, entraînant avec eux des bandes résignées de Quichuas, qui leur servent d'auxiliaires, se portent dès lors dans toutes les directions. Benalcazar, envoyé vers le nord, occupe Quito, fonde Guayaquil, traverse toute la Nouvelle-Grenade. Almagro, se dirigeant vers le sud, atteint les plaines de Gopiapo et signifie aux indigènes les volontés de Charbs-Quint et celles du pape. Pendant ce temps, Pizarre construit Lima, future capitale du Pérou (1535). Le soulèvement de Cuzco, fomenté par Manco-Capac, frère d'Alahualpa, compromet un instant l'œuvre commencée. .Mais Almagro accourt et reprend la ville. Il est vrai que les conquérants ne tardent pas à s'entre-déchirer. Pizarre, qui a fait mettre à mort Almagro M538), est lui-môme assassiné (1541). Son frère Gonzalez, après plusieurs victoires et bien des cruautés, périt à son tour sur l'échafaud (1516). Mais l'autorité du roi d'Espagne sur le pays est maintenue grâce au vice-roi La Gasca. Elle s'étend môme à l'est des Andes, jusque dans le bassin de la Plata; dans le sud jusqu'au Chili, où Valdivia fonde Santiago; dans le nord jusqu'à l'Amazone (voyages d'Orcllanaen 1541, d'Aguirre en 156'), etc.). Quant aux Incas, après Saïri-Tupac, qui meurt prisonnier, et Amaru-Tupac, qui est décapité par les vainqueurs (1562), ils sont dépouillés de tout pouvoir, rentrent dans l'obscurité et partagent la servitude de la nation péruvienne.
III. Le Pérou sous la domination espagnole. — Pendant près de trois siècles qu'elle a possédé ce pays, l'Espagne n'a guère cherché à faire oublier la barbarie des premiers conquérants. Sans souci des ressources agricoles de cette belle contrée, elle n'a jamais paru préoccupée que de l'extraction des métaux précieux, qui abondent dans les Andes. La population, mise en coupe réglée par les chercheurs d'or, décimée par le fanatisme de l'Inquisition, tomba en quelques années de huit à six millions d'habitants. Vainement les lois royales reconnurent-eiles la liberté personnelle aux Indiens. Le Conseil des Indes, chargé de les protéger, était trop loin. Le vice-roi et Yaudiencia ou haut tribunal étendaient sur toutes les possessions espagnoles de l'Amérique du Sud une autorité arbitraire et de fait presque exempte de contrôle. (La vice-royauté de Bogota ne fut créée qu'en 1718, et celle de Buenos-Ayres qu'en 1776.) Les capitaines-généraux placés à la tôte des grandes provinces étaient eux-mômes si éloignés de toute surveillance qu'ils pouvaient impunément commettre les abus de pouvoir les plus révoltants. Les fonctionnaires ne songeaient qu'à piller le pays. Les colons et créoles étaient exclus des charges publiques. Quant aux Indiens, parqués dans leurs villages, réduits à la misère la plus abjecXe, ils étaient également soumis à la mila, c'est-à-dire réquisitionnés pour les transports ou pour les travaux des mines, devaient payer des tributs exorbitants et étaient contraints, grâce au repartimiento, d'acheter aux agents de l'État qui exerçait dans le pays tous les monopoles) les produits inutiles — et avariés — de l'industrie européenne (on leur vendait, par exemple, d'autorité, des lunettes ou des bas de soie, dont ils n'avaient que faire). Il faut ajouter que l'Es-
pagne leur interdisait, par crainte de la concur rence, les cultures et les industries auxquelles elle se livrait elle-même et qui eussent pu les enrichir.
IV. Le Pérou indépendant. — Cette politique barbare et inintelligente porta ses fruits. La docilité proverbiale des Péruviens fit place peu à peu à une tendance toute différente, qui se manif sta, dès le milieu du x\me siècle, par de violentes insurrections. En 1742, un Inca fut proclamé souverain par les indigènes. En 1780, un descendant de Tupac-Amaru, Condorcanqui, groupa amour de lui une grande partie de la nation. Fait prisonnier, il périt dans d'affreux supplices. Mais ses neveux, Catari et Andrès, le vengèrent par de sanglantes représailles. A partir de cette époque, le Pérou ne cessa de revendiquer son autonomie. Au commencement du xixe siècle, lorsque l'usurpation de Joseph Bonaparte donna aux colonies espagnoles un prétexte pour se soulever, Pumacagua se mit à la tôte des Quichuas, et, cette fois, les créoles confondirent leur cause avec celle des Indiens. Le parti national, tenu en échec pendant plus de dix ans par les Espagnols, reçut enfin en 1820 le puissant concours de lord Cochrane et du général Saint- Martin, que le Chili émancipé envoyait à son secours avec une armée. Un peu plus tard, Bolivar, libérateur de la Colombie, arrivait à son tour au Pérou, dont la victoire d'Ayacucho (1824) compléta l'affranchissement. Malheureusement la partie méridionale et orientale de ce pays forma dès cette époque, sous le nom de Bolivie, une république indépendante. Le Pérou proprement dit, après avoir rejeté la constitution semi-monarchique que Bolivar lui avait donnée en 1826, adopta une organisation démocratique qui, vu le peu d'habitude qu'il avait de la liberté, ne tarda pas à produire l'anarchie (1827-182!)). Des généraux improvisés, tels que Gamarra, Orbegoso Lifuente, Salaberry, se disputèrent le pouvoir les armes à la main. En 1836, le Pérou, divisé en doux républiques, fut contraint par Santa-Cruz, président de la Bolivie, de former avec cet Etat une confédération que la jalousie du Chili ne tarda pas à dissoudre (bataille de Jungay, 1839). S'il a, depuis, recouvré son unité 2t son indépendance, il a vu s'ouvrir une interminable série de coups d'Etat militaires, dont le détail serait fastidieux. Si l'administration ferme et intelligente du président Castilla, qui a exercé le pouvoir, à plusieurs reprises, de 1845 à 1861, lui a permis de faire quelques progrès (développement du commerce de l'industrie, exploitation du salpêtre, du guano, etc.); — si, sous Pezet, Causeco et Prado, il a pu se mesurer honorablement avec l'Espagne (1864- 1866); s'il s'est enrichi sous Balta ('868-72 et Pardo ( 1872-76) d'un important réseau de chemins de fer et de grands établissements d'instruction publique, il n'a pas cessé d'être la terre classique des p?onwv iamientos, des dictateurs ctdes guerres civiles. En 1872, les frères Guttierez, après s'être emparés violemment du pouvoir, étaient massacrés par le peuple de Lima. En 1876, Pardo était assassiné dans l'enceinte môme du sénat. Lnfin tout récemment Prado, redevenu président en 187C, était, au milieu d'une guerre malheureuse (qui dure encore) cintre le Chili, renversé par le général Pierola ( 1 s 7 ! • ) - Le Pérou, qui pourrait être un des Etats les plus riches du Nouveau-Monde, doit à ces agitations la ruine de son crédit et l'arrêt momentané de son industrie et de son commerce. [A. Debidour.J
IMIU'E.NDICULAIRE. — V. Liants, Droites et Plans.
PERSE ET MF.DIE. — Histoire générale, V. — • Médie est la forme grecque du mot Mada, signifiant pays, terre, et Perse vient du nom Parçd.
PERSE
— lool —
PERSE
Géographie. — La Médie et la Perse occupent /a partie occidentale du vaste plateau situé entre la mer Caspienne et la mer Erythrée, le bassin du Tigre et le bassin de l'Indos. Ce plateau a reçu le nom de Erân (Iran), pays des Aryens. Toute la partie centrale en est occupée par un vaste désert sablonneux. La Médie proprement dite était à l'angle nord-ouest du plateau, la Perse à l'angle sud-ouest. La principale ville de la Médie était Ecbatane iHamadan), qui fut la capitale de l'empire mède ; la Perse avait pour capitale Pasagardes et Persépolis. Les deux pays sont froids dans la partie montagneuse, très chauds sur les parties qui confinent au désert central. Le sol y est fertile «t riche en pâturages.
Histoire. — Les plus anciens renseignements que nous ayons sur les peuples du plateau éranien nous sont parvenus par l'intermédiaire des monuments cunéiformes. Dès le xme siècle avant notre ère, les conquérants assyriens soumirent les tribus qui occupaient les abords du Haut-Tigre, et pénétrèrent sur le plateau même. Vers le milieu du vme siècle, Touklat-habal-asar II (V. Assyrie). après une pointe hardie poussée à travers le continent jusqu'au bord de l'Indus, commença la conquête des régions situées au nord-est et à l'est de Ninive, entre la chaîne du Khoatras et la Caspienne. La colonisation assyrienne continua sous Sargon et sous ses successeurs, Sinakhè-irib, Assour-akhé-idin, Assour-ban-habal : pendant un siècle, la Médie proprement dite fut une véritable province assyrienne, souvent révoltée contre ses maîtres, mais toujours réduite à obéir. Les noms de peuples, de villes et d'individus que nous y font connaître les monuments, sont fort différents par la forme de ceux que nous rencontrons dans les documents de l'époque classique. Le pays était habité en effet par une race distincte des races aryenne et sémitique, et dont la langue se rattache d'un côté à l'idiome parlé dans la Susiane (V. Elam), de l'autre aux idiomes altaïques. C'est cette race qui paraît avoir donné à la contrée qu'elle peuple le nom national de Mada, littéralement « le sol, la terre. » Vers le milieu du vme siècle, des noms d'hommes et de tribus aryens commencent à paraître, puis se multiplient : à la fin du vue, les Aryens étaient maîtres de toute la région et avaient réduit les anciens habitants à la condition d'esclaves ou de tributaires.
La tradition éranienne, conservée dansles débris de l'Avesta, plaçait au centre de l'Asie l'origine de la race desMèdes et des Perses aryens. Là, sur la li>ière du Pamir, s'était étendu l'Airyanêm- Vâedjô, « l'Habitation des Aryas. » Le froid en chassa les Éraniens et les força à chercher une nouvelle patrie : sans cesse chassés de contrée en contrée par la mauvaise volonté d'Angrô-maïnyous, l'esprit du mal, ils avaient parcouru successivement Çoughdliâ la Sogdiane), Bakhdhi Ma Bactriane) ou le «pays des hautes bannières,» Niçâyâ, puis s'étaient séparés en plusieurs rameaux dont l'un avait fini par s'établir dans le bassin moyen de l'Indus (Heptalnndou , tandis que les autres, s'étendant vers l'ouest et le sud-ouest, conquéraient la partie du plateau qui borde le cours du Tigre. Rien dans les monuments n'est venu, jusqu'à présent, confirmer les données de cette géographie mystique. On voit seulement que la race éranienne se sépara en deux branches principales, dont l'une emprunta aux populations qu'elle vainquit le noni de.Vladaï, les Mèdes, tandis que l'autre s'appelait Parçà, les Perses. L'histoire de leur établissement fut altérée de bonne heure par la légende populaire et par l'orgueil national. On prétendit que les Mèdes, soumis aux Assyriens par Sémiramis, s'étaient soulevés vers 788 contre les descendants dégénérés de la grande reine, avaient pris Ninive et fondé un grand empire indépendai. t.
Le premier roi avait été Arbakès, à qui, après un interrègne, avait succédé toute une lignée de rois, quatre selon Hérodote, huit selon Ctésias, de Déiôkès à Astyagès. Le fondateur réel de la puissance éranienne fut Ouwakhshatrâ (Vakistarra), que les Grecs connurent sous le nom de Kyaxarès. D'après Hérodote, il aurait été fils de Phraortès et aurait hérité de son père un empire déjà formé. On croit aujourd'hui qu'il était né sur les rives de la Caspienne, entre l'Atrek et l'Oxus, et qu'il fut avec son père le chef d'une migration éranienne qui, après avoir arraché aux Assyriens la possession du plateau mède, serait descendue dans le bassin du Tigre et y aurait été vaincue par le vieil Assour-ban-habal ou par son successeur. Phraortès aurait été tué dans la bataille et son fils Kyaxarès se serait retiré dans les montagnes pour y former une armée régulière. Surpris par l'invasion des Cimmériens (634), il se délivra d'eux au bout de six ans (627), et profita du coup terrible qu'ils avaient porté à la puissance assyrienne pour reprendre contre elle ses projets ambitieux. Allié au Chaldéen Nabou-bal-oussour, il assiégea Ninive, la prit après un long siège (625), et partagea avec Babylone l'empire du vaincu. Il eut pour sa part l'Assyrie propre et tout ce qui en dépendait au nord et au nord-est, c'est-à-dire l'Arménie et le bassin du Haut-Euphrate, auquel il joignit bientôt la Cappadoce et le Pont à l'ouest. Une guerre indécise avec Alyattès, roi de Lydie, terminée par l'entremise des Clialdéens, donna de ce côté l'Halys pour limite à son empire (610). Une longue paix suivit, qui dura le reste de la vie de Kyaxarès et la plus grande partie du règne de son fils Astyagès. Mais ce dernier prince n'avait pas d'enfant mâle, et sa couronne devait passer au fils de sa fille Mandano, mariée à un souverain vassal, Kambouzia Ier, roi de Perse. Celui-ci descendait d'un certain Akhamanish (Achéménès\ et était le troisième de la lignée. Le passage de la domination des Medes aryens aux Aryens persans ne se fit pas sans luttes. La légende veut qu'Astyagès, se sentant menacé par Kouroush 'Kyros ou Cyrus), fils de Mandane, ait essayé de le faire périr une première fois, dès sa naissance, puis vers l'âge d'homme. Quoi qu'il en soit de ces récits, Kyros se souleva contre son grand'père. le battit après une longue résistance et le prit. Ce fut plutôt un changement de dynastie qu'une véritable conquête : Astyagès et ses prédécesseurs avaient été rois desMèdes et des Perses, Kyros et ses successeurs furent roi* des Perses et des Mèdes.
Kyros tourna contre les anciens alliés des Mèdes la puissance qu'il venait d'acquérir, et ce fut d'abord aux Lydiens qu'il s'attaqua 'i>54). Après une première bataille indécise, Kroisos (Crésus), roi des Lydiens, surpris en plein hiver, fut vaincu, et sa capitale, Sardes, enlevée d'assaut. La conquête de l'Asie Mineure fut achevée par Mazarès et par Harpagos, qui soumirent les Grecs de la côte, tandis que Kyros s'enfonçait vers l'est et réduisait tes provinces de l'Asie supérieure, la Bactriane, le pays des Saces, l'Arie, l'Aiachosie et tout le pays situé entre le fleuve de Caboul et l'Indus (554-539 . Il s'assurait ainsi les forces suffisantes pour abattre la Chaldée. La résistance ne fut ni aussi forte ni aussi longue qu'on aurait dû s'y attendre : le roi Nabounahid fut vaincu, Babylone fut prise et toute la domination chaldéenne, du golfe Persique à la frontière égyptienne, passa aux mains des Perses (538). Une guerre contre l'Egypte devenait inévitable. Avant de l'entreprendre, Kyros se tourna encore une fois vers la Haute-Asie, où il disparut d'une façon mystériease (529). On raconta depuis qu'il avait été battu et tué par Thomyris, reine desMassagètes. Avant de partir en expédition il avait reconnu son fils aîné, Kambouzia II (Kambysès ou Cambyse,',pour successeur, et assuré
PERSE
PERSE
à son second filsBardiya(Smerdisi le gouvernement de plusieurs provinces. Cambyse, pour écarter un compétiteur possible, fit tuer son frère secrètement, de manière que le meurtre restât ignoré de la Coule, puis partit pour l'Egypte. Le Pharaon Psamétik III, lils d'Amasis, venait de monter sur le trône : il fut battu à Péluse et pris dans Memphis (525 . Sa défaite entraîna la soumission immédiate de tout le pays, et Cambyse voulut porter plus loin ses armes. Mais les deux expéditions qu"il entreprit contre l'oasis d'Ammon et contre le royaume éthiopien de Napata échouèrent misérablement. La tradition rapporte que l'insuccès le rendit furieux : il maltraita les Égyptiens et les Perses. Le mécontentement se mit dans son empire, et le mage Gaumàta en profita pour usurper la couronne sous le nom de Bardiya. Cambyse partit pour le combattre, mais se tua en route, les uns disent volontairement, les autres par accident (521.. Gaumàta ne lui survécut pas longtemps : sa fraude fut découverte et lui-même massacré, au bout de six mois de règne, par sept nobles Perses. Les conjurés élurent roi l'un d'entre eux, Dariavoush (Darios), fils de Vistaçpa (Hystaspès), qui appartenait à la race des Achéménides.Le nouveaumonarque duteonquérir son royaume. Babylone se souleva deux fois sous des imposteurs qui se firent passer pour les fils de Nabounahid ; la Médie, l'Arménie et l'Assyrie reconnurent pour roi Khshàtriiâ, descendant de Kyaxarès; l'Elam et la Perse suivirent cetexemple et se donnèrent à plusieurs reprises des souverains indépendants. Six années entières (521-516) furent employées à étouffer la rébellion et à rétablir la suzeraineté de Darios sur toute l'Asie.
Kyros et Kambysès avaient fondé l'empire ; Darios, éclairé par l'expérience de ses débuts, sentit le besoin de l'organiser. Il rompit avec les traditions administratives des empires précédents, et créa une tradition nouvelle. Il n'enleva pas aux différentes races sur lesquelles il régnait leur religion, leurs mœurs, leur langue, leur constitution : loin de là, il rendit aux Juifs, à qui Cyrus avait déjà rouvert la Palestine, le droit d'achever la construction de leur temple, laissa leurs suffètes et leurs rois aux Phéniciens, ses monarques héréditaires à l'Egypte. Mais au-dessus de ces autorités locales, il établit un pouvoir unique. Il divisa le territoire en grandes provinces dont le nombre varia selon les époques. Au début, il était de vingt-trois : la Perse (Parçâ), l'Elam ou Susiane (Ouvajâ), la Chaldée (Babirous), l'Assyrie (Athourà), la Mésopotamie, avec la Syrie, la Phénicie et la Palestine (Arabayâ), l'Egypte (Moudrayâ,, les peuples de la mer avec Chypre et la Cilicie (Tyiya daruyahyâj, la côte grecque de l'Asie Mineure (Yaounâ), la Lydie et la Mysie (Çpardâ), la Médie, l'Arménie, la Cappadoce (Katputouka , la Parthyène et l'Hyrcanie (Parthavâ), la Zarangiène (Zarâuka), l'Arie (Uaraiva), la Chorasmie (Ouvârazmiya), la Bactriane (Bakhtrls), la Sogdiane (Çoughdà1, la Gandarie (Gandara),les Saces ,Çaka;, les Sattagydes (Thatagous , l'Arachosie (Haraouvatis), les Maka, sur la mer Caspienne, etc. Ce nombre augmenta par la conquête ; sur la fin du règne, il était de trente et un. Pour éviter que ces provinces devinssent autant de principautés indépendantes, Darios mit dans chacune d'elles trois officiers do rang égal et qui ne relevaient que du roi : le satrape, le scribe royal, et le commandant militaire. Le satrape, qui pouvait être choisi parmi les gens de race étrangère aussi bien que parmi les Perses, avait un pouvoir illimité sur toutes les affaires civiles et criminelles, réglait la répartition des impôts et rendait la justice. Le scribe,
chargé ostensiblement de la chancellerie, était en
réalité un espion officiel attaché à la personne du satrape et occupé à rend recompte en haut lieu de toutes les actions de celui-ci. Le commandant mili-
taire avait en main tous les soldats perses ou étrangers campés sur le territoire de la satrapie. Ces trois officiers étaient en hostilité constante, et l'influence de chacun contrebalançait linfluence des deux autres assez également pour les maintenir tous dans le devoir. Ils étaient en relations perpétuelles avec la cour par le moyen de courriers qui allaient régulièrement en quelques semaines du centre de l'empire jusqu'aux extrémités les plus reculées. Enfin, chaque année, des inspecteurs nommés les Yeux et les Oreilles du Roi arrivaient à l'improviste dans chaque province, escortés d'une petite armée, examinaient l'état des affaires, recevaient les plaintes, et au besoin déposaient le satrape. Leurs rapports décidaient le plus souvent du sort des employés royaux : au moment où le satrape s'y attendait le moins, un envoyé muni de pleins pouvoirs arrivait, s'emparait de son palais et de sa personne et le mettait à mort. Ce système ne plut pas d'abord aux Perses ; ils s'en allaient répétant que Kyros avait été un père, Kambysès un maître, et que Darios était un cabaretier. Ils étaient pourtant exempts d'impôts, tandis que les autres provinces payaient un revenu en argent ou en nature proportionné à leur richesse ou à leur étendue. Pour simplifier les comptes, Darios créa une monnaie nouvelle, qui prit le nom de darique. L'or qu'il recevait annuellement montait à 82 799 86o francs en poids, ou, en tenant compte de la différence entre la valeur actuelle et la valeur ancienne des métaux précieux, 063 000 000 de francs. Le tribut en nature n'était pas moins considérable : l'Egypte fournissait du blé pour une armée de 120 0U0 hommes, la Médie 100 000 moutons, 4 UOo mulets, 3 uuo chevaux, etc. Ce n'était que l'impôt officiel : les employés du gouvernement vivaient sur la province, et leur entretien devait coûter au moins autant que l'impôt. Ce système, pour imparfait qu'il fût, était cependant supérieur à tout ce qu'on avait connu jusqu'alors. Darios, en le créant, créa une forme de gouvernement qui resta le type de toutes les grandes monarchies orientales.
La conquête ne s'arrêtait pas cependant. Vers 512, Darios envahit l'Inde, y fonda dans le bassin de l'Indus une satrapie nouvelle, et fit explorer les côtes de la mer Erythrée, entre l'embouchure de l'Indus et le fond de la mer Rouge, par l'amiral grec Skylax de Karyanda. Il se reporta ensuite vers l'Occident, où la Grèce tentait son ambition. Une grande expédition contre les Scythes, entreprise afin d'empêcher ces tribus nomades de l'attaquer en flanc ou sur ses derrières, tandis qu'il serait occupé en Grèce, l'entraîna presque jusqu'au cœur de la Russie actuelle ; il en ramena une armée exténuée, mais inspira aux Scythes une terreur telle qu'ils respectèrent désormais son empire. La conquête de la Thrace et la soumission de la Macédoine (506) d'un côté, l'asservissement des Grecs de Cyrène (50a). le mirent en contact direct avec les peuples de la Grèce propre. Arrêté un moment par la révolte de l'Ionie, il reprit l'attaque en 4'J2 avec Mardonios, en 490 avec Datis et Artaphernès ; la victoire des Athéniens à Marathon ouvrit l'ère des guerres médiques et fut le premier échec sérieux que subit la domination perse. On a vu ailleurs ce que furent ces guerres (V. Grèce). Elles remplirent ce qui restait du règne de Darios 1e' (490-4tf7) et tout le règne de Khshayarsha l'Xerxès) Ier (487- Hîâ); elles se terminèrent sous Artaxerxès (465-425) par un traité (419) qui consacrait l'affranchissement des Grecs d'Asie et défendait à tout vaisseau de guerre perse de se montrer dans les eaux grecques. Ce lu le commencement de la décadence. Taudis que les armées et les flottes du grand roi étaient battues par les ennemis du
PERSE
PERSE
dehors, au dedans les révoltes do satrapes, les j intrigues de harem et les conjurations de palais affaiblissaient le pouvoir central. Xerxès Ier avait été assassiné; le successeur d'Arta\erxès Ier, Xerxès II, fut tué après vingt-cinq jours de règne par son frère Sogdianos, qui subit le même sort après être resté sept mois et demi sur le trône (-(25-42 i). Cn fut un fils illégitime, Ochos, qui finit par l'emporter et se fît couronner roi sous le nom de Darios II (424-40Ô) . Son règne ne fut qu'une longue suite de malheurs et de crimes : l'Asie Mineure, ia Bactriane, se révoltèrent, l'Egypte se rendit indépendante sous Amyrtée (405). Après la mort de Darios II, la révolte de Kyros le jeune contre son frère Artaxerxès II Mnémon (,401-400) et la retraite des Dix Mille montrèrent aux Grecs quelle était la faiblesse de l'empire perse. Si, grâce aux luttes perpétuelles des cités helléniques. Artaxerxès put intervenir avec honneur dans ies affaires de la Grèce et imposer la paix d'Antalkidas (387), partout ailleurs il éprouva des revers. Lorsqu'il mourut en 362, ses armées venaient d'être repoussées de l'Egypte. Son fils Ochos, qui prit en montant sur le trône le nom d'Artaxerxès III, releva un peu la puissance perse ; il réprima les révoltes de Chypre, de l'Asie Mineure, de la Haute-Asie, et finit, après des défaites répétées, par triompher de la résistance do l'Egypte (345). Il mourut en 340 empoisonné. Son fils Arsès ne fit que passer (340-337), et Darios III Codoman avait à peine eu le temps de s'établir solidement sur le trône quand Alexandre de Macédoine envahit l'Asie. Les victoires du Granique (334), d'Issos (333), d'Arbèles (330), le meurtre de Darios (330) livrèrent l'empire perse aux Macédoniens.
Mœurs et religion. — Les Perses avaient dans l'antiquité un grand renom de bravoure et d'honnêteté : la première chose qu'ils enseignaient à leurs enfants était « tirer de l'arc et dire la vérité » (Hérodote, I, 138) . Pour le reste, l'éducation se réduisait à quplques notions sur la religion et l'histoire. Le peuple conserva toujours ses vertus propres et son courage; les grandes familles et la cour se corrompirent rapidement au contact des autres nations de l'Orient. C'est surtout en Médie que le luxe ;t la mollesse firent des progrès considérables.
La religion des Mèdeset des Perses était le mazdéisme applique d'abord dans toute sa pureté, puis gâté plus tard par l'introduction d'éléments étrangers. Sous la seule l'orme ancienne que nous en connaissions, elle proclame l'existence d'un seul dieu, Ahoura-Mazda, dont le nom s'est altéré en Ormuzd. Comme l'indique son nom, il est souverain de tout ce qui existe et sait tout. Il a tout créé, mais sa création a soulevé contre lui des forces malfaisantes, qui sont représentées par l'esprit du mal, Angrô-mainyous ou Ahriman. La religion constate donc l'existence de deux principes ennemis, le bien et la lumière, Ormuzd, le mal et les ténèbres, Ahriman. sans cesse en lutte l'un contre l'autre. Pour créer et pour maintenir la création, Ormuzd a six génies bienfaisants, Amesha-çpentas (Amshaspands;; pour détruire la création d'Ormuzd, Ahriman a six génies malfaisants ou Dervends. Sous les six chefs principaux agissent des multitudes de Yazatas ou bons esprits et de Dèvas ou mauvais esprits. De même que le monde, l'homme est soumis à la rivalité du bien et du mal : il a une sorte d'ange gardien. Fravarshi (Férouër), attaché à sa personne et destiné à le garder contre l'attaque des démons. La religion lui recommande de prier, de travailler, surtout de cultiver la terre. « Celui qui fait produire du blé à la terre, celui qui fait pousser les fruits des champs, celui-là cultive la pureté : il est plus pur en Ahoura-Mazda que s'il offre cent sacrifices. » Le culte n'admettait ni temples ni
2e Partie.
statues : rien que des hymnes, quelques sacrifices, et l'entretien du feu sacré qui jamais ne doit s'éteindre. Apres la mort, tandis que le corps était exposé aux oiseaux et aux bêtes, lame passait en jugement devant un génie, Rashnon. Au sortir du tribunal elle s'engageait sur le pont Shinvat, qui mène audessus de l'enfer jusqu'au paradis : l'âme coupable tombait aux mains des démons, l'âme pure allait se rejoindre à Ahoura-Mazda. Ajoutons que le jour devait venir où le mai cesserait d'exister et où tous les êtres, y compris Ahriman, reviendraient à la vertu. La religion d'Ahoura-Mazda avait été prêchée par Zarathoustra (Zoroastre), qu'on croyait avoir vécu en Bactriane longtemps avant la fondation de l'empire achéménide. Elle se conserva assez pure dans la Perse propre. En Médie. elle fut altérée par Le mélange de superstitions empruntées aux peuples autochthones d'origine non aryenne: les mages, qui formaient la classe sacerdotale, en firent, un instrument de domination. Elle survécut longtemps à la conquête grecque, et subsiste encore aujourd'hui chez les Parsis de l'Eran et de l'Inde. Les livres sacrés renferment des fragments dont les plus anciens forment l'Avesta et sont écrits dans le dialecte zend, langue fort rapprochée de celle des inscriptions achéménides.
Les Perses avaient emprunté à l'Assyrie son système d'écriture cunéiforme: ils le modifièrent profondément pour l'adapter à leur langue, et en firent un véritable alphabet très différent des syllabaires assyriens et chaldéens. Les Mèdes non aryens s'étaient bornés h prendre le syllabaire ninivite et à rappliquer presque sans modifications à leur idiome. On n'a d'autres monuments de la littérature de cesdeux langues que quelques inscriptions dont la plus longue, celle de Bisoutoun, raconte les débuts du règne de Darios. La sculpture et l'architecture perse dérivent directement de la sculpture et de l'architecture assyrienne. Les monuments de Persépolis en offrent de fort beaux spécimens.
La Perse après la conquête d'Alexandre. — La conquête d'Alexandre mit pour près de deux siècles la Perse sous la domination des Grecs. Satrapie plus ou moins indépendante de l'empire des Séleucides, elle passa vers le milieu du second siècle avant notre ère entre les mains des Partîtes; elle leur échappa vers le commencement du troisième siècle après Jésus-Christ. Les légendes nationales racontent qu'un descendant d'une ancienne famille royale, Ardechâ (Artaxerxès), fils de Pàpek, après avoir vécu obscurément du travail de ses mains, se souleva contre les Parthes, dftrôna leur roi Artaban IV, et rétablit en partie au moins l'ancien royaume des Achéménides (226 . Victorieux du côté de l'Orient, il rencontra du côté de l'Euphrate les légions romaines, et, malgré quelques succès remportés sur Alexandre Sévère, dut faire sa paix avec Rome. Rome et plus tard Byzance devinrent dès lors l'ennemi héréditaire de. la dynastie nouvelle des Sassanides, comme la Grèce l'avait été de l'empire des Achéménides. Pendant quatre siècles, l'Arménie, la Mésopotamie et l'Assyrie passèrent, selon les circonstances, des Romains aux Perses et des Perses aux Romains, sans qu'aucune des deux puissances réussît à gagner sur l'autre un avantage décisif. Aux querelles politiques se joignirent bientôt des haines religieuses : les Perses, observateurs zélés de la loi de Zoroastre, ne voulurent jamais permettre au christianisme de s'implanter chez eux. Un moment, on put croire qu'ils l'emporteraient : Khosrou II (Chosroès; Parvis (590-628), d'abord battu par l'empereur Maurice, profita de la lâcheté de Phocas pour conquérir successivement l'Arménie et la Mésopotamie ^00»-60ô), la Syrie du Nord (607-608), la Cappadoce (610). L'avènement d'Héraclius tilOjne changea rien d'abord à la marche des événements:
PERSONNALITE
PERSONNALITÉ
en 614 Damas, en 615 Jérusalem, en 61G Alexandrie et l'Egypte, en 617 Chalcédc-ine et la moitié rie l'Asie Mineure, furent perdues pour les Romains, et Constantinople assiégée du côté de l'Europe par les Avares, du côté de l'Asie par les Perses (620). L'année 621 amena un brusque revirement de fortune: dans une série de campagnes heureuses, Héraclius non seulement reconquit les provinces perdues, mais porta la guerre au coeur même du pays ennemi, et par la victoire de Ninive (627) décida du sort de la guerre. Les querelles de palais complétèrent le désastre : Chosroès fut assassiné par son fils Siroès (628), et la paix rétablie bientôt après. Il semble que cette lutte épuisa les forces des Byzantins et des Perses. Elle était à peine terminée que les Arabes entrèrent en lice. Le dernier Sassanide,Yezdegerd III (632-652), battu à JKâdésiah (636;, puis à Néhârend (641;, lutta encore quelques années et finit par être assassiné dans .le Khorassan où il s'était réfugié. La Perse, convertie à l'islamisme, perdit son indépendance et ne fut plus qu'une province importante de l'empire des Khalifes.
La civilisation du second empire perse nous est assez peu connue. Quelques débris de palais, quelques inscriptions, quelques bas-reliefs np suffisent pas à nous donner une idée complète de ce qu'étaient l'architecture et les arts du dessin à la cour des Sassanides. Depuis le temps des Séleucides, les Perses avaient renoncé à leur écriture cunéiforme ; ils avaient adapté à leur langue l'alphabet hébraïque et créé ainsi ce qu'on appelle l'écriture pehlvie. Un certain nombre d'inscriptions et de morceaux des livres sacrés sont rédigés dans ce système assez compliqué. Ce ne sont que les fragments d'une littérature qui paraît avoir été assez considérable. Chosroès Nourshirvân et son ministre Bourzougmôs, Chosroès Parvis, et son ministre Bouzourgoumid, recueillirent les traditions antiques, et firent traduire les livres de l'Inde et surtout le recueil d'apologues connu sous le nom de Kalilah et Dimnah. La plupart des documents recueillis alors restèrent ignorés pendant les premiers temps de la conquête musulmane: ce n'est que vers le cinquième siècle de l'hégire, sous la protection des Saffarides, qui régnaient en Perse, et des Samanides, maîtres de la Transoxiane, qu'ils lurent mis en œuvre. Le plus célèbre dps grands poètes persans de l'époque musulmane, Firdaouçî, a résumé dans le Shah-Sâ<néh ou Livre des Rois, tout ce qu'on savait de son temps sur les origines de la monarchie éranienne. Son œuvre, traduite par M. Mohl, lui a valu le titre glorieux de chantre national, et servit de modèle atout un cycle épique, le Goushtap-Namêh, le Sam-Naméh, le Barzou-Naniéti, puisé comme elle aux sources originales.
[G. Maspero.] PERSONNALITÉ. —Psychologie, XVIII. — Tout être humain ressemble aux autres membres de la grande famille humaine, et il a des ressemblances plus étroites encore avec les membres de sa propre famille. L'hérédité transmet avec la vie à chaque homme nouveau des caractères déterminés qui donnent aux individus d'une même race un mi'me air de famille. Mais en même temps chaque homme a son caractère propre, sa physionomie originale, ce qu'on appelle quelquefois d'un nom bizarre son iaiotyncrasie. Les attributs essentiels du type humain se retrouvent en lui, mais ils y prennent an tour particulier, une expression spéciale. En un mot chaque homme est une personne et une certaine personne.
Les minéraux el les plantes sont des choses; animaux sont à peine des individus ; les hommes sont des personnes. La personnalité es( donc comme la forme suprême de la vie, comme l'expression parfaite de l'être individuel. Définir la personne, analyser les éléments qui la constituent,
c'est donc faire connaître ce qu'il y a de plus essentiel dans la nature humaine.
Comment la notion de la personnalité se développe-t-elle en chacun de nous, ou, ce qui revient au même, comment l'enfant apprend-il à se distinguer peu à peu de tout ce qui l'entoure? C'est ce qu'il importe de rechercher tout d'abord.
Tout en admettant que la notion de la personnalité est vague et indécise dans les premiers temps de la vie, nous croyons qu'elle s'éveille d'assez bonne heure. L'enfant se distingue bien vite de ses frères, de ses camarades. Il répond à l'appel de son nom. Il sait démêler ce qui lui appartient de ce qui appartient aux autres. Le sentiment de la propriété, cette extension de la personnalité, est précoce chez lui. Le baby de deux ans auquel on demande : « A qui est ce chapeau? A qui sont ces joujoux? » répond déjà et sans hésiter : « A moi. » On ne saurait d'ailleurs s'étonner de rencontrer chez l'enfant un sentiment de l'individualité qui existe même chez l'animal. Le chien, par exemple, a assez de mémoire pour comprendre qu'un nom propre le distingue et le désigne à l'exclusion de tout autre animal de son espèce. Il semble que l'enfant, dès qu'il a conscience de ses sensations et de ses perceptions, doive nécessairement se les attribuer à lui-même ; que la conscience du moi soit enveloppée dans toute impression consciente. Une perception en effet, une sensation, quelque obscure qu'elle soit, n'est pas quelque chose d'impersonnel : elle est mienne, elle apporte avec elle l'idée du moi auquel elle appartient.
Telle n'est pas cependant l'opinion de certain philosophes. Dans ses études sur la genèse de la personnalité (voyez le Cerveau, un volume de la Bibliothèque scientifique internationale), M. Luys prétend que l'enfant considère l'ensemble de ses sensations, de ses souvenirs, comme quelque chose qui lui serait étranaer. La preuve, ajoute M. Luys, c'est que l'enfant a pour habitude de parler de lui-même à la troisième personne « Paul veut ceci. Paul sera sage. » Le fait est incontestable, mais l'interprétation que lui donne M. Luys est absolument erronée. Il n'y a là évi demment qu'une insuffisance de langage. L'enfant a de la peine à apprendre le pronom je, mais quand il dit de lui-même : « Paul est bien content, » il entend la même chose que s'il disait : « Je suis bien content. » Ayant toujours entendu ses parents prononcer le mot « Paul » quand ils parlaient de lui, il est tout naturel qu'il l'emploie à son tour pour désigner sa petite personnalité naissante.
D'ailleurs affirmer que l'enfant considère comme étrangères à lui-même, comme quelque, chose d'objectif, ses premières impressions, c'est se mettre dans 1 impossibilité d'expliquer la formation ultérieure de l'idée de personnalité. Si l'enfant commence par considérer ses sensations comme quelque chose qui ne lui appartient pas, on se demande comment il apprendra à les envisager autrement. Si les premières impressions de la conscience ne renferment pas l'idée du moi, comment les impressions postérieures la contiendraient-elles ? A mesure que l'enfant grandit, sa conscience devient sans doute plus claire, plus nette : mais elle ne change pas dans ses caractères essentiels. Si elle était constituée à l'origine par une tendance naturelle à objectiver toutes choses, elle ne saurait cesser d'obéir à cette tendance, et la distinction du sujet et de l'objet, du moi et de h n-imii, deviendrait impossible. Nous accordons volontiers que cette distinction est encore obscure dans l'esprit de l'enfant; mais nous croyons, à l'inverse de M. Luys, que la dlsposinfantine serait plutôt de tout subjectâter. L'enfant a si bien la notion de la personnalité que cette notion ne tarde pas à s'exagérer en lui.
PERSONNALITE
PERSPECTIVE
11 a une propension marquée à prendre de son importance une haute idée, à tout rapporter à lui-même dans l'irréflexion de son égoïsme innocent. C'est seulement en se comparant avec les autres personnes d >nt il est d'abord disposé à ignorer ou à oublier l'existence, qu'il apprendra peu à peu à enfermer dans de plus justes limites sa personnalité envahissante.
Quoi qu'il en soit, la notion de la personnalité se fonde sur la conscience, c'est-à-dire sur ce fait •que nous percevons comme nôtres les pensées, les sentiments, les actes de volonté qui se succèdent en nous. Chaque nouveau fait de conscience est un élément nouveau de l'idée du moi. Par conséquent la mémoire qui est comme la conscience prolongée, qui représente et replace devant notre esprit les impressions passées de la conscience, la mémoire contribue à former l'idée de la personnalité. Par la conscience seule nous avons déjà la notion d'un être un et simple, distinct de tous les autres, que nous appelons moi : par la mémoire, nous y ajoutons l'idée d'un être identique, c'est-à-dire qui reste le même à travers tous les changements de la vie.
Après s'être organisé assez rapidement chez l'enfant, le sentiment de la personnalité n'abandonne plus l'homme. La notion du moi est cependant sujette, dans des cas exceptionnels et assez rares, soit à des obscurcissements passagers, soit à des exaltations singulières, à des exagérations maladives. Il y a des fous qui croient qu'ils n'existent plus, qu'ils ont été changés en verre, qu'ils sont devenus une masse inerte. Dans d'autres cas le malade se croit roi, empereur. Dieu ; il s'imagine chaque matin avoir grandi d'un pied. Ce sont les défaillances de la mémoire qui expliquent ces anomalies. De même pour les cas de double personnalité -comme celui de Félida X., où le même individu vit en quelque sorte deux vies, tout à fait indépendantes l'une de l'autre, oubliant dans la seconde ce qu'il a été, ce qu'il a fait dans la première. La mémoire est alors dédoublée, et par suite ■avec elle la notion de la personnalité.
A la conscience, à la mémoire, ces deux éléments essentiels de l'idée du moi, nous joindrons la volonté. Si cette idée est encore faible et vague chez l'enfant, c'est que l'enfant n'est pas capable de vouloir. Ses facultés agissent automatiquement, sans réflexion. 11 ne se possède pas, il ne se gouverne pas lui-même. Ses gestes désordonnés, son bavardage incessant, sa mobilité perpétuelle trahissent un être peu maître de lui. Il faut un long temps avant que les yeux et les mains de l'enfant deviennent les instruments dociles de la volonté. La notion de la personnalité n'est complète que le jour où l'individu, usant de sa volonté, dirige et maîtrise, comme il l'entend, soit ses organes physiques, soit ses facultés morales. Ce jour-là en effet l'individu se saisit non plus seulement comme une intelligence consciente d'elle-même, mais comme une force, comme une puissance active, qui s'oppose à tout ce qui n'est pas elle, qui entre en lutte avec les fatalités intérieures ou extérieures.
Nous avons raconté succinctement l'histoire, ce que M. Luys appelle la genèse, de la notion de la personnalité : par là même nous avons défini la personnalité, et analysé ses éléments. Si la notion de la personne est encore vague chez le tout petit enfant, c'est que la personne elle-même n'est pas encore tout à fait constituée en lui. A mesure que la personnalité s'organise, la notion de la personnalité se développe et s'éclaircit. Être une personne, c'est avoir la conscience de soi, c'est aussi être capable de se gouverner soi-même. Quand les déistes, à l'encontre des panthéistes, affirment l'existence de la personnalité divine, ils entendent que Dieu est un être conscient, distinct de l'univers par la conscience qu'il a de lui-même, et ca-
pable par sa toute-puissante volonté d'agir sur ce même univers.
Certains philosophes de notre tempi seraient disposés à croire quela personnalité humaine n'est qu'une apparence et une illusion. D'après M. Tainc, le moi n'est qu'une collection do sensations, c'està-dire d'impressions conscientes, une série de souvenirs pour ainsi dire emboîtés les uns dans les autres. La personnalité en définitive ne serait pas autre chose que la conscience que nous en avons. Il est difficile d'admettre une pareille conclusion. D'abord la conscience elle-même n'est pas intelligible s'il n'y a pas derrière elle quelque chose de réel, un principe simple et identique, simple, c'est-à-dire capable de ramener à l'unité des éléments multiples dans une perception consciente, identique, c'est-à-dire se perpétuant dans l'existence et se manifestant par le souvenir. En second lieu, les philosophes dont nous parlons oublient trop que la notion de la personnalité n'est pas seulement une représentation : elle comprend un autre élément, le sentiment vivace et persistant de notre activité, de ce qui est le fond de notre être, la force.
Par cela seul que nous faisons partie de la famille humaine, nous sommes tous des personnes : mais il dépend de nous de l'être plus ou moins. La personnalité n'est pas une chose absolue et qui ne comporte pas de degrés. Elle n'est pas entièrement donnée par la nature : elle est en partie l'œuvre de l'éducation et de l'effort. Il y a des hommes si irréfléchis, si inconsistants dans leurs jugements, si légers dans leurs actes plus instinctifs que volontaires, des hommes qui s'abandonnent si mollement au courant des passions, qui adhèrent si servilement aux opinions d'autrui, qu'on ose à peine dire d'eux qu'ils sont des personnes. Ceux-là seuls le sont véritablement qui réfléchissent atout ce qu'ils font, qui agissent avec un sentiment continu de leur responsabilité, qui par l'énergie de la volonté et la fermeté du caractère, par la solidité des convictions, établissent vigoureusement au milieu de la foule humaine leur individualité propre. Cet idéal, il appartient à chacun de nous de le poursuivre et de l'atteindre par la réflexion, par l'effort, et de créer ainsi de plus en plus ce qui est le but de la vie et le mot de la destinée, une personnalité consciente et libre. [Gabriel Compayré.]
PERSPECTIVE PRATIQUE. — La perspective est l'art de reproduire sur une surface plane l'aspect des objets tels qu'ils se présentent à nous dans l'espace.
La perspective linéaire étudie la reproduction des contours des objets; la perspective aérienne s'occupe plus spécialement des modifications qu'apporte aux ombres et aux teintes la couche d'air interposée entre les objets et l'œil du spectateur.
Nous n'exposerons ici que quelques procédés élémentaires permettant à des élèves d'apprendre à dessiner rapidement à simple vue des objets de forme géométrique. La méthode que nous employons a fait ses preuves depuis longtemps dans l'enseignement donné à l'école La Martinière à Lyon. A des élèves d'une intelligence ordinaire, elle donne en quelques semaines une sûreté de coup d'œil et de main fort remarquable.
Elle consiste à faire dessiner les élèves, à distance et à main levée, d'après des modèles de formes simples. Ces exercices sont gradués de manière à parcourir successivement les principales difficultés que présente le dessin des objets géométriques. L'expérience a prouvé que ces exercices constituent la base la plus rationnelle et la préparation la plus efficace à renseignement du dessin d'imitation.
Les procédés que nous allons décrire n'ont à