‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 27 sur 534 · DES JUIFS PENDANT LES CROISADES · texte numérisé non relu

DES JUIFS PENDANT LES CROISADES

Tout à coup, le fanatisme se réveilla avec fureur en Orient et en Europe; le féroce khalife Hakem, sorte de Caligula mahométan, persécutait cruellement les chrétiens et les Juifs de son empire, et, par ses ordres, au Caire, 12000 Juifs avaient été massacrés. Le bruit ne s'en répandit pas moins en Occident que c'était par leur conseil qu'il avait détruit le Saint-Sépulcre. La guerre sainte est proclamée ; d'immenses multitudes s'ébranlent en désordre et commencent par tuer les Juifs, premiers infidèles qu'elles rencontrent. Les évoques ne réussissent pas a les sauver même dans leurs palais. Les femmes se jettent dans les fleuves, les pères égorgent eux-mêmes leurs enfants et se tuent après pour échapper aux Croisés. A Jérusalem, après la victoire, tous les Juifs sont réunis dans la synagogue et égorgés, comme les Musulmans dans les mosquées. Malgré saint Bernard, Frédéric Barberousse et l'empereur Henri VI, les Juifs subissent partout la haine populaire. Philippe-Auguste et Jean d'Angleterre les frappent de décrets de confiscation et d'exil; à Paris seulement, 42 fabriques leur sont enlevées et données à des chrétiens.

Le midi de l'Europe est plus clément pour les malheureux persécutés; Innocent III, si terrible aux Albigeois, et son successeur Honorius, défendent de les contraindre au baptême. Les comtes de Toulouse, « les bons ducs », comme les appelaient les troubadours, leur accordent tous les droits et toutes les libertés; ils sont en rapports étroits avec leurs coreligionnaires d'Espagne, qui continuent, sous les rois chrétiens et les khalifes, à se distinguer dans les sciences et la littérature. Juda Halevy (1080-1146) est poète à la fois en hébreu et en castillan, médecin et théologien ; son œuvre capitale est le Khozari, où il raconte la conversion du roi des Khazares et expose les doctùnes fondamentales du judaïsme. Abraham Ibn-Ezra de Tolède (mort en 1 I6S est poète, philosophe, exégète surtout ; la hardiesse de ses interprétations est remarquable. Ibn-Daoud écrit un ouvrage, la Foi sublime, dans le but de concilier la religion et la philosophie. Benjamin de Tudèle, en Aragon, savant et courageux voyageur, parcourt en pleines croisades presque toute l'Europe, une partie de l'Asie et de l'Afrique, et donne sur les Juifs qu'il visite une curieuse relation (ilU5 à 1173).

Le fanatisme venait d'éclater au sein de l'Espagne arabe elle-même. Un sectaire cruel, Abdalla-Ibn-Tumart, venu d'Afrique, avait fondé la dynastie des Almohades, qui ne souffrait aucune dissidence religieuse ; les écoles de Séville, de Cordoue et de Lucena sont détruites ; chrétiens et Juifs sont envoyés au supplice, s'ils n'embrassent pas l'islamisme. Quelques Juifs s'enfuient dans les royaumes voisins et en Italie à la cour de l'empereur Frédéric II, où ils trouvent une certaine faveur. Parmi ceux qui se convertissent en apparence se trouvent Maimon et son jeune fils Moïse surnommé Mahnonides. qui fut un des plus grands penseurs du moyen âge (1135 à I2<i4/; a ^3 ans, il écrit un commentaire sur la Mischna ; devenu le médecin du sultan Saladin, il compose un abrégé systématiquo du Talmud, un grand nombre d'ouvrages de médecine et de théologie, et, enfin, un traité d'interprétation philo-

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sophique de la Bible intitulé le Guide d»s égarés.

Le siècle n'était pourtant pas propice aux travaux de la pensée ; partout le sang des Juifs coulait à flots. Un grand nombre avaient péri dans la guerre des Albigeois avec les autres victimes de la croisade. A Bordeaux, à Angoulême, à Saintes, et Poitiers (1236\ à Mecklembourg, à Breslau (1226), à Francfort et Mayence (1246). des massacres ont lieu sous prétexte d'hosties profanées. Saint Louis fait brûler le Talmud, décrète l'exil et la confiscation contre les Juifs, en n'exceptant de ces mesures que ceux qui pratiquent des métiers (12h4). Le synode de Vienne ressuscite les anciennes proscriptions (1267): c'est en vain que les Juifs d'Allemagne essaient d'échapper à de tels tourments et veulent, sous la conduite d'un illustre rabbin, Meir de Rottembourg, se diriger du côté de l'Orient; l'empereur Rodolphe, qui pourtant ne les persécutait pas, les fait ramener dans leurs foyers v1286).

Quelques souverains furent plus cléments à cette époque troublée. Au début du siècle, Pembroke, régent d'Angleterre, avait révoqué les édits hostiles aux Juifs (1216), édits qui furent remis en vigueur après sa mort. Grégoire IX et le concile de Tours (1236 , InnocentIV(l2i7; les protègent, condamnent lesbaptêmes forcés et les accusations calomnieuses élevées contre eux. Philippe III de France se contente de les pressurer: Boleslas V les soutient en Pologne; Edouard Ier d'Angleterre, meilleur que son père Henri III, défend qu'on les maltraite en Gascogne ; Philippe le Bel lui-même, mais dans des intentions intéressées, prend souci de leur liberté et allège les impôts qui pèsent sur eux (1288). Aussi, le mouvement littéraire et scientifique continue-t-il chez les Juifs pendant ces intervalles moins tourmentés. L'étude du Talmud se développe principalement au nord de la France et en Allemagne ; celle de la philosophie, dans la Provence et en Espagne. Les écoles, fort nombreuses, discutent avec ardeur l'œuvre de Maîmonides. Accueilli avec enthousiasme par les uns, taxé d'hérésie et brûlé par les autres, le Guide des égarés, traduit de l'arabe en hébreu pendant la vie même de l'auteur, finit par triompher de toute opposition. L'exégèse et la morale, d'une part, et d'autre part les doctrines mystiques de la Kabale, qui remontent aux Esséniens et à l'école d'Alexandrie, et ne sont pas sans rapports avec le christianisme, ont de nombreux adeptes. Aussi un synode rabbinique interdit-il l'étude de la philosophie avant l'âge de 25 ans. Les colloques se multiplient également entre les prêtres et les rabbins ; le roi Jacques Ier d'Aragon les provoque (1236); saint Louis les permet en 124U et VM, mais il interdit bientôt « à quiconque n'est pas bon clerc de disputer aux Juifs. » Les Juifs ne négligent pas les autres sciences ; leurs mathématiciens sont l'objet des faveurs d'Alphonse X d'Espagne ; ils dressent les tables astronomiques qui portent le nom de ce prince; le concours de leurs médecins, qui se distinguent en grand nombre, est réclamé par les chrétiens eux-mêmes en dépit des conciles de Béziers (1246, et d'Albv (1255). 3

IV. Premières améliorations dans l'ét\t desJi ifs ji squ'a l'exil d'Espagne v130u-1 i92). — Le xive siècle commence mal pour les Juifs. Philippe le Bel les chasse de France pour prendre leurs biens ; Louis X les rappelle pour les rançonner ; les Pastoureaux les massacrent; et sur la recommandation du pape Jean XXII, désireux de le = convertir, Philippe V le Long les sauve, mais en leur prenant 47 0UO livres (1321). Les tueries continuent en Navarre malgré le roi Charles le Bel, et, malgré le pape Clément VI et l'empereur Louis V, s'étendent en Allemagne (1348). La peste avait éclaté; pour la conjurer, le peuple malheureux, ignorant et saisi

] d'une sorte de folie, se flagelle lui-même et tombe sur les Juifs qu'il accuse d'avoir empoisonné les fontaines. Il se passe partout d'épouvantables scènes ; ici des Juifs sont mis dans des tonneaux et jetés dans le Rhin; là, on en roue et on en décapite un grand nombre ; ailleurs, on les brûle par milliers; dans quelques villes, notamment à Paris, ils n'obtiennent la vie qu'à prix d'or.

Pendant cette horrible explosion, la Pologne, sous Casimir le Grand, inspiré par une autre Esther (1333), et les rois d'Espagne qui ont besoin d'eux pour la lutte contre les Maures, leur accordent une grande, influence. Jean le Bon, Charles V le Sage, Charles VI de France et Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, leur assurent, moyennant de fortes redevances, un peu de sécurité. On leur fait porter un signe distinctif et on leur assigne des quartiers spéciaux, afin de les protéger plus facilement ; mais on leur permet de devenir médecins à la condition de fréquenter les universités de l'État. Les savants juifs continuent à jouir en Provence d'une réelle faveur ; à Lunel, la famille des Tibbon traduit en hébreu les ouvrages arabes et les fait connaître ainsi aux savants chrétiens ; à Bagnols, Leviben-Gerson, maître Léon, cultive l'exégèse avec hardiesse, et il peut nier le dogme de la création ex nihilo sans être, de la part de ses coreligionnaires, l'objet d'aucun anathème (1360) ; à Alger enfin fleurit une grande école, dans laquelle on enseigne les sciences profanes avec la théologie.

Pendant les désordres qui avaient suivi la folie de Charles VI, un édit avait expulsé les Juifs de France; Charles VII les rappelle, et la situation continue à s'améliorer partout pour eux. Le pape Martin V interdit de les forcer au baptême, leur permet la célébration de leur culte et engage les souverains aies traiter avec humanité (1 419). Cette voix tolérante est entendue; dans le Dauphiné et le Comtat d'Avignon, les autorités protègent les Juifs contre le peuple (1436), et en Castillele roi Jean II les défend contre le pape Eugène IV, oublieux des traditions de son prédécesseur. Sixte IV est plus clément ; les persécutions venaient de recommencer en Allemagne, en Bohême et en Pologne; le bruit s'était répandu que des enfants chrétiens avaient été assassinés; les Juifs sont aussitôt torturés et brûlés ; le magnanime pontife refuse avec sévérité d'accueillir ces calomnies odieuses (1475). En Orient, la situation était meilleure encore ; Mahomet H, après la prise de Constantinople (1453), avait appelé le grand-rabbin dans son conseil suprême avec les chefs des autres cultes ; et les Juifs fournissaient aux sultans de savants médecins et d'habiles diplomates.

L'Espagne et le Portugal, où les Juifs occupaient aussi de hautes positions, étaient loin de cette tolérance. Depuis longtemps le clergé, chez lequel s'était réveillé l'esprit des anciens Visigoths, s'irritait de voir les Juifs persister dans leurs croyances, pratiquer ouvertement leur culte et occuper les emplois civils à l'égal des chrétiens. Les représentations qui avaient été faites aux princes étaient restées sans résultat comme les tentatives de prosélytisme. L'Inquisition fut établie malgré la noblesse, et les persécutions commencèrent (1478). lsaac Abravanel, grand hébraisant et politique habile, qui avait été ministre d'Alphonse V de Portugal, était alors chargé des finances de Ferdinand et d'Isabelle; son crédit ne put améliorer la situation qui devenait chaque jour plus périlleuse. La chute de Grenade, dernier boulevard des Maures en Espagne (1492), amena la catastrophe. Sous l'inspiration de Torquemada, grand-inquisiteur, Ibabelle et Ferdinand décrétèrent contre les Juifs l'exil ou le baptême. Un certain nombre crut pouvoir, à l'exemple du passé, trouver la sécurité sous les apparences du christianisme ; traités avec

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mépris par le peuple, qui les appelait Marranos (maudits), ils devinrent pour la plupart la proie de l'Inquisition. Mais environ 600 000 Juifs, fidèles à leur foi, partirent dans le plus affreux dénûment. Les uns furent réduits en servitude, ou périrent par la trahison de ceux à qui ils s'étaient confiés. Les autres, après d'horribles souffrances, purent se réfugier dans le midi de la France, en Afrique, en Italie, en Turquie et dans les Pays-Bas. Le fanatisme avait étouffé chez Ferdinand et Isabelle le sentiment même de leurs véritables intérêts; l'expulsion des Maures et des Juifs eut pour l'Espagne des conséquences plus fatales encore que, deux siècles plus tard, en France, l'exil des protestants ; ce pays cessa d'être un centre de science, d'industrie et de commerce. Depuis le commencement du xvc siècle, des penseurs remarquables, philosophes et littérateurs s'y étaient montrés, ainsi qu'en Italie, où les papes accueillent les savants juifs. En Allemagne, ce sont toujours les études talmudiques qui prédominent ; l'illustre Reuchlin, qui avait eu un Juif pour maître d'hébreu, y gagna, devant l'empereur Maximilien, la cause du Talmud qu'un Juif apostat voulait faire brûler (1510). Peu après, le Talmud était imprimé à Anvers, ainsi que l'Ecriture sainte et ses grands commentateurs, et se trouvait désormais sauvé du fanatisme.

V. Fin des persécutions, xvme siècle. — Révolution française. — L'invention de l'imprimerie, la Réforme protestante, le progrès général des sentiments d'humanité devait avoir pour résultat d'adoucir en général le sort des Juifs. « La dispersion de ceux d'Espagne dans l'Europe fut, pour ainsi dire , l'invasion d'une nouvelle civilisation. » (Michelet, Réforme.) La plupart des Etats les reçurent et surtout les républiques commerçantes d'Italie ; Ravenne demande à Venise de lui en envoyer une colonie. L'Allemagne, où le fanatisme éclate encore, entend Luther réclamer pour ceux qu'il appelle « les frères du Christ, » et demander qu'on leur permette les travaux utiles afin qu'ils puissent abandonner l'usure. La Turquie, toujours largement ouverte aux Juifs, met à prolit leurs services. Le sultan Sélim se fait représenter à Venise par un ambassadeur juif (1512). Le grand Sjliman a pour ministre Joseph, un ancien Murruno échappé d'Espagne après les plus étonnantes aventures. Elevé a la dignité de prince de Naxos, Joseph fait écrire par son souverain une lettre menaçante qui arrache à l'Inquisition d'Ancône quelques-uns de ses coreligionnaires, sur le point d être brûlés (1566,. Les Juifs du nord de l'Afrique se vengent noblement des souffrances de leurs pères; sous le règne de Don Sébastien, avrière- petit-fils d'Isabelle , les Portugais sont battus près de Fez ; ils sont heureux d'être achetés par les descendants des victimes, chez lesquels il- retrouvent leur langue maternelle et la plus touchante humanité (1578j. La France enfin commence en faveur des Juifs une réaction de justice et de tolérance qui ne s'arrêtera plus ; des lettres patentes d'Henri II, en 1550, et d'Henri 111, en 1674, autorisent les Marranos, qu'on nommait alors nouveaux chrétiens et marchands espagnols et portugais, à s'établir à Bayonne et à Bordeaux L'> Juifs du Dauphiné sont admis par un arrêt du parlement, et ceux do Metz par une ordonnance royale (1567). La Pologne, tolérante aussi, donno aux Juifs vers 1548 l'égalité et la liberté, que li ■ intrigues des jésuites devaient plus tard leur faire perdre..

La Hollande avait d'abord refusé de s'ouvrir aux exilés d'Espagne, qu'elle prenait pour des émissaires de Philippe II, et ils ne purent célébrer leur culte qu'en secret; mais ensuite ils obtinrent la permission d'élever une Bynagdgue (1598). Peu à peu, leur nombre s'accrut par I arrivée de

leurs frères de la Péninsule, dont la position continuait à être horrible ; parfois ils étaient autorisés à quitter le pays ; presque constamment ils étaient abandonnés à l'Inquisition, qui, pendant le xvie et le xvii* siècle, fit brûler plus de 30 000 victimes et en condamna environ 270 000 aux galères. Les malheureux Marranos sont poursuivis jusqu'au Brésil, où ils n'obtinrent un peu de ca!me que lors de la conquête de ce pays par les Hollandais et où vint les trouver une colonie envoyée par les Israélites d'Amsterdam (1624).

Il souffle à cette époque dans plusieurs pays un esprit de tolérance envers les Juifs. Henri IV de France, Christian IV de Danemark et le duc de Savoie leur sont favorables. Une émeute sanglante contre ceux de Francfort est réprimée par les autorités (161 i) ; ceux de Prague sont attaqués par le peuple qui les accuse d'avoir assassiné deux chrétiens, mais une enquête démontre leur innocence (1634). Louis XIV règle la situation de ceux de l'Alsace , nomme leur grand rabbin et confirme les édits de ses prédécesseurs pour ceux de Metz et de Bordeaux (1657). Cromwell, sur l'envoi d'une députation juive d'Amsterdam, autorise leur retour définitif en Angleterre (1651), et leur accorde le droit de propriété qu'ils conservent sans entraves sous Charles II. Jean-Casimir et Sobieski maintiennent leurs privilèges en Pologne (1674). Quelques troubles ont lieu en Turquie, suscités, sous Mahomet IV, par un imposteur juif qui se fait passer pour Messie et trouve des adhérents même dans l'Europe chrétienne; mais ils n'amènent aucune persécution et n'atteignent pas sérieusement la tranquillité des Israélites d'Orient (,1665).

La Hollande, qui est le centre de toutes les libertés, offre le plus curieux spectacle. Un de ses plus illustres enfants, Grotius, le créateur de la science du droit des gens, revendique pour tous les hommes les droits de la conscience. Les Juifs, qui contribuent à la prospérité de son commerce et la soutiennent par leurs sacrifices dans ses guerres d'indépendance, ont donc toute liberté pour leurs doctrines religieuses et leurs écoles. A la tête du mouvement intellectuel à Amsterdam se place Manassé-ben-Israel, né à Lisbonne où son père était mort victime de l'Inquisition; il écrit et imprime en hébreu, en latin, en portugais et en anglais ; c'est lui qui négocie avec Cromwell le retour des Juifs en Angleterre. A côté de lui se trouvent de nombreux écrivains et savants, des professeurs et des médecins qui avaient réussi à quitter l'Espagne où ils vivaient sous les apparences du christianisme. C'est de ce milieu aussi que sort, à cette époque, un génie, l'un des plus grands philosophes des temps modernes, Baruch Spinosa (1632-1677). Disciple de Maïmonides et dlbn-Ezra, autant que de Descartes, mais surtout penseur original, Spinosa interprète rationr,iU«ment la Bible, mais s'éloigne par sa doctrine panthéiste, qui confond en une seule substance Dieu, la nature et l'homme, du judaïsme pour lequel ses frères d'Espagne et de Portugal versaient encore tous les jours leur sang. Les rabbins d'Amsterdam le frappent d'interdit, jugement sévère, qu'explique la situation pénible des Juifs à cette époque, mais non la tradition israélite, toujours favorable à la liberté de penser.

Le progrès des idées de justice continue et le judaïsme devient l'objet de l'attention générale ; , les détracteurs ne lui manquent pas, mais les cs- , prits sérieux l'étudient sans prévention ; nous sommes arrivés au xviii* siècle, au siècle des revendications intellectuelles et do 1 émancipation politique des hommes. Richard Simon, Bas i'évêque LoWtfa en Angleterre, Herder en Aile-

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magne, tous chrétiens, étudient la langue sainte, Tliistoire et la poésie des Hébreux. L'abbé Guénée, en France, réfute les railleries de Voltaire qui attaque la Bible sans la comprendre. Moïse Mendelssohn enfin, Juif de Berlin, prend hautement, m;>is avec tact, la défense de sa religion. Célèbre déjà par son Phédon, entretiens philosophiques sur l'immortalité de l'âme, et ses Matinées, ouvrage sur l'existence de Dieu, Mendelssohn donne une traduction du Pentateuque où dominent les idées de Maïmonides ; dans un écrit intitulé Jérusalem, il met en relief les principes juifs qui accordent le salut à tous les justes sans distinction de culte, et il demande que les droits civils et politiques de l'homme ne dépendent plus de sa croyance religieuse (1781). Mendelssohn est soutenu par toute une pléiade de Juifs intelligents qui deviennent avec lui les fondateurs du judaïsme moderne.

De si légitimes revendications ne pouvaient pas ne pas triompher des dernières résistances du fanatisme. Quoique la situation des Juifs fût précaire encore dans bien des pays, l'heure de la liberté approchait pour eux. Au commencement du xvme siècle déjà, le jeune roi d'Espagne, Philippe V, avait refusé d'assister à un autodafé ; c'était un signe des temps. Les Juifs obtiennent en Prusse la juridiction commune et, en Angleterre, la confirmation de leurs anciens droits (1723). En Lorraine, où la liberté leur avait été donnée, puis reprise (1728), le roi Stanislas les organise et nomme leurs syndics (1754). ClémentXIV, Louis XV et les parlements français défendent qu'on leur enlève leurs enfants pour les baptiser (1764). L'empereur Joseph H, plus tolérant que ses sujets, leur accorde une égalité presque complète, fait soutenir leurs écoles par l'Etat, et prescrit aux prêtres d'enseigner au peuple envers eux des sentiments de justice (1782). Les Etats-Unis d'Amérique, après la guerre de l'indépendance, les admettent aux fonctions publiques (17S3). Les philosophes surtout plaident leur cause avec ardeur. Lessing, le grand apôtre de la tolérance, attaque de frort l'intolérance dans son drame, Nathan le Sage, qui établit une assimilation complète entre les doctrines des différents cultes. Dohm, conseiller militaire à Berlin, Voltaire et Mirabeau réclament hautement pour les Juifs les droits de citoyens. Louis XVI accueille leurs délégués et nomme une commission chargée de préparer pour eux des réformes. Mais la Révolution éclate. Sur la proposition de l'abbé Grégoire, en 1790, et sur celle de Duport, en 1791, l'émancipation des Juifs est proclamée par l'Assemblée constituante.

Quelques années plus tard, de nouveaux progrès s'accomplissent ; Napoléon convoque à l'Hôtel de Ville de Paris une réunion de notables juifs et un grand sanhédrin, et il organise officiellement le judaïsme (1808). La Restauration fonde un séminaire à Metz pour les rabbins; et, après 1830, le culte israélite reçoit, comme les autres, les subsides de l'État en France, en Belgique et en Hollande. Dès lors, les Juifs, devenus citoyens, entrent dans toutes les carrières et s'unissent étroitement aux pays qui les ont adoptés. Si quelques explosions haineuses se produisent de temps en temps, elles deviennent de plus en plus rares, et sont l'objet de l'universelle réprobation. Quelques petits pays résistent encore à la justice; mais, sous l'inspiration de la France, l'Europe, réunie en congrès, admet dans le dmit public des peuples la liberté de conscience et l'égalité de tous les citoyens devant la loi (1859 et 1878). [E.-A. Astruc]

JUMENTES. — Zoologie, X. — Sous le nom de Jumentés on a, dans ces derniers temps, proposé de désigner certains mammifères herbivores, tels que les Chevaux, les Rhinocéros et les Tapirs, qui, pour la plupart, atteignent de grandes •Je Partie.

dimensions, et qui, dans les classifications anciennes, étaient associés aux Eléphants et aux Porcins pour constituer la grande division des Pachydermes.

Les Jumentés sont conformés pour se mouvoir à la surface du sol; les quatre membres se terminent par des doigts généralement en nombro impair, munis d'ongles indivis, en forme de sabots. Leurs dents sont de trois sortes, des incisives, des canines qui font parfois défaut, ou sont peu distinctes, au moins à la mâchoire inférieure, et des molaires séparées des dents précédentes par une lacune et offrant sur leur couronne des replis plus ou moins compliqués. Ces replis, étant constitués par une substance dure qu'on appelle l'émail, s'accusent naturellement par l'usure de la portion tendre ou osseuse de la dent. L'estomac des Jumentés est simple, c'est-à-dire ne consiste qu'en une seule poche, et les intestins, fort longs, présentent sur leur trajet au moins un appendice terminé en cul-de-sac, ou r.secum. Le cerveau montre à la surface de ses hémisphères des circonvolutions plus ou moins nombreuses, ce que l'on considère ordinairement comme l'indice d'une intelligence développée. Enfin la peau est tantôt très épaisse et presque entièrement dénudée, tantôt plus souple et complètement revêtue de poils.

La plupart des Jumentés ont des habitudes sauvages et un naturel brutal : ils vivent généralement en troupes, dans les prairies ou dans les forêts humides, et se nourrissent presque exclusivement de substances végétales, de plantes fourragères, de feuilles, d'écorces et de branches d'arbres. Aux époques antérieures à la nôtre, dans les plaines marécageuses de l'Europe habitaient de nombreux représentants de l'ordre des Jumentés; mais de nos jours on ne trouve plus dans nos régions une seule espèce de ce groupe vivant à l'état sauvage.

Le genre Cheval (Equus) comprend non seulement le Cheval proprement dit, mais l'Ane, ie Zèbre, l'Hémione, etc. Il est essentiellement caractérisé par la conformation du pied, terminé par un seul doigt apparent, dont l'extrémité est enfermée dans un ongle en sabot. De là vient le nom de solipfde, qui a été imposé à ces animaux.

Chez les chevaux, on compte, à chaque mâchoire et de chaque côté, six incisives tranchantes, six molaires, et parfois une petite canine. Entre celleci et la première molaire est l'espace vide nommé barre, dans laquelle on place le mors qui sert à diriger ces animaux. Les molaires offrent les replis caractéristiques des Jumentés; quant aux incisives, elles sont creusées, sous la couronne, d'une fossette qui disparaît avec l'âge. L'œil est vif et saillant, l'oreille longue et mobile; les narines sont dépourvues de mufle, et la lèvre supérieure peut s'avancer de manière à constituer un organe do préhension. Tout le corps est revêtu d'un poil bien fourni, qui s'allonge sur le dessus du cou pour former une crinière. La queue présente également une touffe de poils allongés.

Le cheval proprement dit se distingue de l'âne, du zèbre et de ses autres congénères, par sa robe de couleur uniforme et par sa queue touffue à partir de la base. Il est généralement d'une taille élancée et de formes élégantes. Sa patrie d'origine paraît être l'Asie centrale; mais il est maintenant répandu dans toutes les parties du monde ; introduit en Amérique à l'époque de la conquête, il y est revenu à l'état sauvage sur certains points, particulièrement dans les Pampas de Buenos- Ayres. En Europe, la domestication du cheval remonte à une époque extrêmement reculée, et, avec le temps, se sont formées des races qui ont chacune des mérites particuliers. Citons seulement le cheval anglais, le cheval percheron, le

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cheval des landes, le cheval corse, etc. — V. Cheval.

A l'état de liberté, le cheval préfère les pâtu-

secs; en domesticité i! peut être nourri avec du loin, de la luzerne, du trèfle, de l'avoine, de la vesce, de la paille d'orge, de froment et d'avoine et des feuilles de maïs.

L'âne, presque toujours d'une stature moins élevée que le cheval, a les oreilles plus longues, la queue plus grêle à la base, le poil plus rude et de couleur plus terne. Une croix noire se dessine sur ses épaules. Doué d'une patience et d'une sobriété exemplaires, l'âne rend dans beaucoup de contrées d'eminents services aux gens de la campagne; malheureusement il perd de sa vivacité en vieillissant, et devient avec l'âge d'un entêtement stupide. — V. Ane.

L'hémione, au pelage lustré, offrant des teintes fauves qui se fondent, d'une part dans du blanc pur, de l'autre dans du brun foncé, habite la Perse et la Mésopotamie. Le couagga, le daw et le zèbre, qui ont des couleurs plus vives, des raies brunes ou noires sur fond jaunâtre, se trouvent au contraire dans le sud et dans l'est de l'Afrique, jusqu'en Abyssinie. Ces superbes animaux sont d'un naturef farouche et rebelles à toute domestication.

Beaucoup plus lourds de formes que les Jumentés du genre Cheval, les RImiocéros se font remarquer encore par leur peau extrêmement épaisse, généralement dénudée, verruqueuse, et fortement plis-ée sur certains points du corps, par leurs membres terminés chacun par trois doigts, par leur queue courte et presque nue, et enfin par la protubérance cornée, simple ou double, qui surmonte leur nez. Cette protubérance, reposant sur une voûte constituée par les os du nez, adhère à la peau et paraît résulter de l'agglutination d'un prand nombre de poils. Les rhinocéros ont pour patrie les contrées les plus chaudes de l'ancien continent, c'est-à-dire le centre de l'Afrique, le sud de l'Asie et les îles avoisinantes, telles que Java, Sumatra et Bornéo. Ils vivent dans les endroits humides et ombragés, et se vautrent dans la boue à la manière des porcs.

Les T'ipirs ont une taille moins élevée et des formes moins massives que les Rhinocéros; ils ont aussi la peau moins rugueuse, le nez dépourvu de corne, mais prolongé en avant en forme de trompe. Par l'aspect extérieur et par les mœurs ils rappellent les cochons, mais ils n'ont pas comme ces derniers les pieds fourchus ; leurs membres antérieurs sont terminés par quatre doigts et leurs membres postérieurs par trois doigts seulement. Us vivent dans l'Inde et dans l'Amérique tropicale.

Parfois enfin on réunit aux Jumentés des mammifères de petite taille, qui sont connus depuis la plus haute antiquité, puisqu'il en est déjà question dans la Bible. Ces mammifères sont les Damans ou Hyracidés, qui ressemblent extérieurement aux marmottes et aux cochons d'Inde, et qui ont les pattes courtes, avec cinq doigts en avant et trois doigts en arrière, le corps assez allongé et tout couvert de poils, la tête amincie en avant et surmontée d'oreilles arrondies, les mâchoires pourvues seulement d'incisives et de molaires. Les damans sont des animaux fort doux, mais peu intelligents, qui se nourrissent de végétaux, mais qui n'ont pas la faculté de ruminer. Ils ont pour patrie l'Afrique australe et orientale, la Syrie et la Palestine, et se tiennent dans les endroits rocailleux, où ils se creusent dos terriers entre les pierres. Dans la Bible ils sont désignés sous le nom de Saphans et rangés parmi les animaux impurs. [E. Oustalel !

justice. — Législation usuelle, X. — Nous donnons dans cet article quelques notion

mentaires de droit pénal, en renvoyant, pour l'organisation judiciaire et pour ce qui concerne les attributions des tribunaux en matière civile, a l'article Tribunaux. (V. au Supplément .

Principes généraux. — Le droit pénal est cette partie de la législation qui établit les peines applicables à certaines infractions réprimées par la loi, et qui détermine les formes à suivre pour arriver à la répression de ces faits. Le droit Be divise ainsi en deux parties bien distinctes : le droit pénal proprement dit, qui délinit et détermine les faits punissables et les peines qui doivent être prononcées; et l'instruction criminelle, qui s'occupe des juridictions et do la procédure. La législation pénale se trouve contenue bu grande partie dans deux codes : le Code pénal et îo Code d'instruction criminelle.

Division des délits 't des peines. — Les faits prévus par la loi pénale, compris sous la dénomination générale de délits, se divisent en trois classes : les crimes, les délits de police correctionnelle, les contraventions de simple police. Les crimes sont punis de peines afflictives et infamantes et jugés par les cours d'assises ; les délits sont punis de peines correctionnelles et jugés par les tribunaux de police correctionnelle ; les contraventions de simple police sont punies des peines de simple police et jugées par le juge de paix, statuant comme juge de simple police.

Peines en ma'ière cnmnelte. — Les peines en matière criminelle sont : l°la peine de mort, réservée pour quelques crimes d'une gravité exceptionnelle ; 2° la peine des travaux forcés à perpétuité ou à temps, qui est subie dans des établissements créés aux colonies ; la durée de la peine des travaux forcés à temps est de cinq ans au moins et de vingt ans au plus ; 3° la réclusion, dont la durée est de cinq ans au moins et de dix ans au plus, et qui est subie dans les maisons centrales. 11 faut ajouter les peines réservées aux crimes politiques, la déportation et la détention, et deux peines dont le caractère est seulement infamant, le bannissement, qui consiste dans l'expulsion du territoire français, et la dégradation civique, qui entraîne la privation des droits politiques et la privation de certains droits civils, par exemple du droit de faire partie d'un conseil de famille, d'être témoin dans les actes. Les peines criminelles entraînent comme conséquences accessoires : la dégradation civique, l'interdiction légale, qui prive le condamné pendant la durée de la peine de l'administration de ses biens, la surveillance de la haute police, qui permet à l'administration d'assigner une résidence au condamné après l'expiration de la peine.

Peines correctionnelles et peines de simple police.

— Les peines qui peuvent être prononcées par les tribunaux correctionnels sont l'emprisonnement, dont la durée est de six jours au moins, de cinq ans au plus; l'amende, qui ne peut être inférieure à seize francs ; l'interdiction de certains droits, tels que le droit de vote et d'élection, le droit de port d'armes, le droit de faire partie d'un conseil de famille et d'exercer la tutelle ; enfin la surveillance de la haute police Le juge de simple police peut prononcer un emprisonnement de* un à cinq jours et une amende de un à quinze francs.

Personnes punissables, responsables ou excisablés. — Personne-; qui ne sont pus responsables.

— Il y a certains cas dans lesquels l'auteur d'un fait coupable échappe à toute responsabilité : celui qui est en état de démence au moment de l'acte, ou qui a agi sous l'empire d'une force à laquelle il n'a pu résister, n'est pas responsable. L'homicide ou les blessures ne sont pas punissables, lorsque celui qui en est l'auteur se trouvait en état de légitime défense, par exemple s'il repoussait une attaque nocturne, ou se défendait contre les auteurs d'un vol commis avec violence. Aucune

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peine ne peut être prononcée dans ces diverses circonstances.

Excuses. — La loi a établi en outre certaines excuses qui font disparaître la peine ou la diminuent. Ainsi le vol commis par un fils au préjudice de son père, ou réciproquement, ne peut être puni, à raison de la relation de parenté qui unit l'auteur et la victime du délit. La provocation est une cause d'excuse qui atténue seulement la peine : le meurtre, les blessures et les coups sont punis d'une peine moins sévère, lorsqu'ils ont été provoqués par des coups ou des violences graves envers les personnes.

Minorité de seize ans. — La responsabilité pénale complète ne s'applique qu'à l'individu qui a atteint l'âge de seize ans. Lorsqu'un mineur âgé de moins de seize ans est traduit devant la cour d'assises ou le tribunal correctionnel, le jury ou les juges ont à résoudre cette question : a-t-il agi sans discernement? S'il est décidé que le mineur de seize ans a agi sans discernement, il est acquitté, rendu à ses parents ou envoyé dans une maison d'éducation correctionnelle. S'il est reconnu que le mineur a agi avec discernement, il est condamné, mais la peine qui lui est appliquée est considérablement réduite ; il ne peut jamais être condamné qu'à l'emprisonnement, quelle que soit la gravité du crime.

Circonstances atténuantes. — Les circonstances particulières peuvent dans chaque affaire influer sur la culpabilité. Pour que le juge puisse tenir compte de ces circonstances, la loi fixe pour les peines temporaires un minimum et un maximum entre lesquels la condamnation peut être prononcée. En nuire, le jury de la cour d'assises ou le tribunal correctionnel peut déclarer qu'il existe en faveur de l'accusé ou du prévenu des circonstances atténuantes. Cette déclaration entraîne une diminution de la peine à appliquer? elle fait descendre la peine d'un ou de deux d suivant les distinctions indiquées dans l'art. 463 du Code pénal.

Tentative. — La loi ne punit pas seulement le crime accompli ; la simple tentative criminelle, manifestée par un commencement d'exécution et qui n'a été suspendue ou n'a manqué son effet que par une circonstance indépendante de la volonté de son auteur, est punie comme le crime lui-môme. Les tentatives de délits no sont punies comme le délit lui-même qu'en vertu d'une disposition spéciale de la loi.

Complicité. — Les complices, c'est-à-dire ceux qui ont coopéré au crime ou au délit, sont punis comme l'auteur principal. La complicité existe chez ceux qui provoquent l'auteur du crime ou du délit à le commettre, ceux qui lui donnent des instructions, lui fournissent des armes, l'aident ou l'assistent dans l'accomplissement du fait coupable, ou qui recèlent sciemment les choses enlevées à l'aide du crime ou du délit.

Hé idive. — Lorsqu'un individu déjà condamné commet un nouveau délit, la condamnation déjà subie peut être une cause d'aggravation de la peine. La récidive manifeste en effet chez le délinquant une perversité plus grande, et une peine plus forte doit lui être appliquée, puisque la première condamnation n'a point eu pour effet de le détourner de commettre un nouveau délit. Instruction crimdieu.e. — Notions générales sur l action publique et ,ivile. — Le fait délictueux donne naissance à une double action: l'action publique, qui tend à l'application de la peine, et l'action civile, qui a pour objet la réparation du dommage causé par le délit à celui qui en a été victime. L'action publique est exercée par les magistrats du ministère public ; l'action civile, par la personne lésée. Ces deux actions peuvent être réunies: en Rfifet, celui qui a été victime d'un délit peut se

porter partie civile devant la juridiction répressiye, qui statue en môme temps sur l'action publique et sur l'action civile; lorsque la personne lésée ne s'est point portée partie civile, elle peut former devant les tribunaux civils une demande en dommages-intérêts soumise aux règles ordinaires de la procédure en matière civile. — V. T> ibuna»x. Prescription en matière pénale. — Le droit de poursuivre le fait punissable et l'exécution de la condamnation prononcée se prescrivent par un certain délai; le temps, en effaçant le souvenir du fait coupable, fait disparaître la nécessité de la répression. Lorsqu'il y a condamnation prononcée, le délai de la prescription est de vingt ans pour les condamnations en matière criminelle, de cinq ans pour les condamnations correctionnelles, de deux ans pour les condamnations de simple police. Ces délais expirés, la peine est prescrite. L'action publique et l'action civile résultant d'un crime, d'un délit ou d'une contravention se prescrivent lorsqu'aucune poursuite n'a été exercée contre le coupable, pendant dix ans, si le fait est qualifié crime; pendant trois ans, s'il s'agit d'un délit; pendant un an, si le fait est une contravention de simple police.

Diverses phases de ta procédure ou instruction criminelle. — La procédure en matière pénale se divise en deux pliases distinctes: la première, qu'on appelle instruction préparatoire, a pour but de rassembler les preuves du fait coupable. L'instruction préparatoire a toujours lieu lorsque le fait présente les caractères d'un crime; elle est facultative, lorsqu'il s'agit d'un simple délit de police correctionnelle. Après l'instruction, l'affaire est portée devant la juridiction chargée de juger le coupable : la cour d'assises, s'il s'agit d'un crime; le tribunal correctionnel, s'il s'agit d'un délit de police correctionnelle. Pour les contraventions, il n'y a point d'instruction préparatoire, et l'affaire est directement portée devant le juge | chargé de statuer.

Instruction préparatoire. — Dans chaque ar- I rondissement, la poursuite des crimes et des déj lits appartient au procureur de la République. Lorsqu'une plainte a été adressée au procureur de la République ou lorsqu'un lait coupable parvient à sa connaissance ou à celle de ses auxiliaires, juges de paix, officiers de gendarmerie, maires, commissaires de police, le procureur de la République requiert une information. L'instruction est I faite par un magistrat attaché à chaque tribunal de i première instance, le juge d'instruction.

Pouvoirs du juge d'instruction. — Le juge d'instruction a pour mission de recueillir les preuves du crime ou du délit: il entend l'inculpé, fait ou J ordonne des perquisitions, saisit ou fait saisir les papiers ou les pièces qu il peut être utile de mettre sous la main de la justice, entend les téj moins, procède à toutes les constatations qu'il croit nécessaires. Le juge d'instruction a la faculté de délivrer contre l'inculpé un mandat de dépôt ou d'arrêt en vertu duquel il peut ère saisi par les j agents de la force publique et incarcéré.

Détention pr<ventive; mise en liberté provisoire. I — Cet emprisonnement de l'inculpé avant le jugement, mesure souvent nécessaire pour qu'il n'échappe point aux poursuites, s'appelle la détention préventive. L'inculpé peut obtenir du juge d instruction sa mise en liberté provisoire, à charge par lui de prendre l'engagement de se représenter, et de fournir un cautionnement, si le magistrat, le juge nécessaire Le cautionnement consiste soit dans le dépôt d'une somme d'argent, soit dans l'engagement d'une personne solvable. La mise en liberté provisoire est de droit lorsque le fait poursuivi est un délit correctionnel, que l'inculpé a son domicile dans l'arrondissement, n'a point encouru de condamnation grave, et enfin lorsque le

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maximum de la peine prononcée par la loi pour le fait à raison duquel il est poursuivi n'atteint point uu emprisonnement de deux années.

Comment se termine l'instruction. — Lorsque le juge d'instruction a réuni tous les éléments qui sont de nature à l'éclairer, il clôt l'instruction. Si le fait ne lui paraît pas établi ou s'il ne constitue n i crime ni délit, il rend une ordonnance de non lieu, à la suite de laquelle l'inculpé détenu est mis en liberté. L'ordonnance de non lieu ne fait pas obstacle à ce que l'instruction soit reprise, si de nouveaux indices sont recueillis. Lorsque le fait constitue un délit, le juge d'instruction renvoie devant le tribunal correctionnel ; si le fait a les caractères d'un crime, l'inculpé est renvoyé devant la cour d'appel, qui statue sur la mise en accusation et le renvoie devant la cour d'assises.

Juridictions de jugement.— Les juridictions de jugement sont, comme nous l'avons dit, les tribunaux de simple police pour les contraventions, les

conseillers, si la cour d'assises se tient au siège de la cour d'appel; dans le cas contraire, les assesseurs sont pris parmi les magistrats du tribunal du lieu où se tiennent les assises.

Jury. — Le jury se compose de citoyens appelés à donner leur avis, en leur âme et conscience, sur la culpabilité de l'accusé. Une liste de toutes les personnes aptes à remplir les fonctions de juré est chaque année dressée pour le département. Dix jours au moins avant l'ouverture de la session des assises, il est procédé, à l'audience publique de la cour d'appel ou du tribunal cheflien judiciaire, au tirage au sort de trente- six noms pris dans la liste annuelle; on y ajoute quatre jurés suppléants également tirés au sort. Les jurés ainsi désignés par le sort forment la liste de session, et auront à juger les affaires inscrites au rôle pour cette session.

Formation du tableau du jury. — Sur la liste je session on procède pour chaque affaire et au

tribunaux correctionnels pour les délits de police jour indiqué pour le jugement à la formation du correctionnelle, la cour d'assises pour les crimes, tableau du jury, c'est-à-dire de la liste des jures Tribunal de simple police. — Le juge de paix qui doivent connaître de 1 affaire. Le tirage du taremplit dans chaque canton les fonctions déjuge Meau du jury est fait par le président de la cour de simple police; les fonctions du ministère pu- d'assises entre tous les jurés composant la liste de blic sont confiées au commissaire de police. Le tri- , session, en présence de l'accusé et de son defenbunal de simple police peut prononcer une amende seur. L'accusé et le ministère public ont le droit de quinze francs et un emprisonnement de cinq de récuser un nombre égal de jurés sans avoir à jours au plus. La personne citée devant le tribunal indiquer les motifs delà récusation; le droit de

' récusation s'arrête lorsqu'il ne reste plus que douze noms dans l'urne. Le jury est constitué lorsqu'il est sorti de l'urne douze noms de jurés qui n'ont point été l'objet de récusation.

Procédure devant la cour d'assises. — L'accusé comparaît devant la cour d'assises en état de détention préventive; il est assisté d'un défenseur qu'il a choisi ou qui lui a été désigné d'office par le président de la cour d'assises. Après la lecture de l'acte d'accusation, résumé des charges de l'accusation, le président interroge l'accusé, puis procède à l'audition des témoins. Le ministère public prend la parole pour soutenir l'accusation ; le défenseur de l'accusé lui répond et doit toujours avoir la parole le dernier. Le président résume les débats en rappelant les preuves principales pour ou contre l'accusé, donne lecture au jury des questions qui lui sont posées, et l'envoie dans la chambre de ses délibérations.

Questions posées au jury; circonstmices atténuantes. — Les questions que le jury a à résoudre se composent d'abord d'une question principale comprenant les éléments constitutifs du fait coupable, puis de questions spéciales sur chacune des circonstances aggravantes relevées par l'accusation ou des faits d'excuses légales invoqués par l'accusé. Il n'y a point de question pour les circonstances atténuantes; mais le président avertit les

de simple police comparaît en personne ou par fondé de pouvoir. Les jugements par défaut sont susceptibles d'opposition dans les trois jours de la signification. Les jugements de simple police qui prononcent la peine de l'emprisonnement ou qui contiennent une condamnation supérieure à cinq francs non compris les frais, sont susceptibles d'appel ; l'appel est interjeté dans les dix jours et est porté au tribunal correctionnel.

Tribunaux correctionnels. — Les tribunaux de première instance jugent, comme tribunaux correctionnels, les faits qualifiés délits, c'est-à-dire punis de peines correctionnelles. Le prévenu doit comparaître en personne devant le tribunal correctionnel ; il ne peut se faire représenter par un avoué que si le délit pour lequel il est poursuivi n'entraîne pas la peine de l'emprisonnement. Le prévenu qui ne comparait pas est jugé par défaut ; les jugements par défaut peuvent être frappés d'opposition dans les cinq jours de la signification. Les jugements des tribunaux correctionnels sont toujours susceptibles d'appel ; l'appel est interjeté dans les dix jours du jugement par une déclaration au greffe : l'appel est porté à la cour d'appel dans le ressort de laquelle se trouve le tribunal.

rs d'assises. — La cour d'assises est la juridiction la plus élevée en matière criminelle ;

elle juge les crimes, c'est-à-dire les faits les plus ( jurés qu'ils peuvent à la majorité reconnaître des graves, ceux qui sont punis d'une peine afflictive circonstances atténuantes en faveur de l'accusé, ou infamante. Il n'existe dans chaque départe- - Délibération du jury; majorité. — Les jurés ment qu'une cour d'assises, qui se tient au siège délibèrent et votent au scrutin secret sur les difcie la cour d'appel, s'il en existe une dans le dépar- ! férentes questions ; ils sont présidés par le chef tement, sinon au siège du tribunal, qui est le chef- du jury, qui est le premier juré désigne par le sort

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lieu judiciaire du département. Les assises ne sont pas une juridiction permanente ; elles sont réunies une fuis au moins par trimestre; le jour de l'ouverture des assises dans chaque département est fixé par le premier président de la cour d'appel et publie a L'avance.

Compo ition de la cour d'assise*; maqistrats. — La cour d'assises se compose de deux élément* strate ou la cour, et le jury. Le jury statue Bur la culpabilité de L'accusé, et, si

lors de la formation du tableau ou celui que oui) consentement unanime les jurés ont choisi comme chef du jury. La décision contre l'accusé se forme à la majorité, c'est-à-dire par sept voix, et s'exprime ainsi : Oui, à la majorité. Le partage est en faveur de l'accusé. Aussi la décision du jury, qui reconnaît l'accusé non coupable, s'exprime par ce simple mot : Non, sans ajouter à la majorité. Il faut la majorité pour l'admission des circonstances atténuantes; et la décision du

reconnu coupable, la cour lui appli- jury sur ce point se formule ainsi : .1 la majQ que la peine portée par [a lui. L.i cou est pn it par un :

conseiller à la cour d'app"! désigné pour chaque stances atténuantes, il n'en est pas I session: le président est antres dans la décision.

rite, il y a des circonstance» atténuantes en faveur de l'accusé. Si le jury n'a point admis do circon-

KHALIFES

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Verdict ; acquittement ; condamnation. — Lorsque la décision du jury est formée, les jurés reviennent à l'audience; le chef du jury donne lecture du verdict. L'accusé est ramené et il lui est donné connaissance de la réponse du jury. Si cette réponse est négative, le président de la cour d'assises prononce l'acquittement de l'accusé, et ordonne sa mise en liberté. Lorsque le jury a reconnu l'accusé coupable, la cour rend un arrêt le condamnant à la peine portée par la loi. Le président avertit le condamné qu'il a trois jours pour se pourvoir en cassation.

Cour de cassation. — Les arrêts de la cour d'assises portant condamnation, de même que

toutes les décisions rendues en dernier ressort par les tribunaux de répression, peuvent être déférés à la cour de cassation. Le délai pour se pourvoir est de trois jours à compter de la décision attaquée. Le pourvoi formé en matière de simple police ou en matière correctionnelle doit être accompagné de la consignation d'une amende de 150 fr., qui est restituée si la décision attaquée est annulée. La consignation d amende n'est point exigée pour les pourvois contre les arrêts des cours d'assises. Le pourvoi est suspensif : il est jugé par la chambre criminelle de la cour de cassation.

[E. Delacourtie.]

KHALIFES. — Histoire générale, XVIII. — Le mot Khalife ou plus exactement Kholifat signifv lieutenant. Après la mort de Mahomet en G32, Abou-Bekre, choisi pour le remplacer, prit le nom de Khalifat mçoul Allah, lieutenant de l'envoyé de Dieu. Ses successeurs, chefs religieux et politiques du monde musulman, conservèrent le titre qu'il avait adopté.

Khalifat parfait. — Les successeurs immédiats de Mahomet, Abou-Bekre, Omar, Othman, Ali, forment ce que l'on appelle le khalifat parfait. Comme le prophète lui-même, ils vivaient sans apparat : Abou-Bekre prenait dans le trésor quelques pièces de monnaie qui suffisaient à ses besoins. Omar faisait son entrée dans Jérusalem monté modestement sur un âne. Mais en C60, après la mort d'Ali, Moliawia fonda la dynastie des Ommiades ou Omeyades, et transporta le siège de l'empire à Damas.

Les Ommiades. — Le pouvoir jusqu'alors électif devint héréditaire. Le khalifat perdit son caractère de simplicité primitive pour devenir, comme les anciennes monarchies de l'Orient, fastueux et despotique. Cette transformation ne s'opéra pas sans résistance. La famille et les partisans d'Ali, plusieurs autres prétendants soulevèrent l'Arabie et les provinces voisines. Il fallut quarante ans pour les soumettre.

Conquêtes des Arabes. — Aux guerres civiles succédèrent des guerres de conquête. Déjà, au signal donné par Abou-Bekre, les Arabes s'étaient jetés sur les empires grec et persan. A l'ouest, ils s'emparèrent rapidement de la Syrie, puis de l'Egypte. Longeant ensuite le littoral de la Méditerranée, ils soumirent à leur domination et convertirent à leur foi toute l'Afrique du nord. En 711, le Berbère Tarik, qu'ils avaient lancé en avant, gagna la décisive bataille de Xérès, qui leur donna l'Espagne. Les Pyrénées furent franchies, et la Gaule a- son tour allait être soumise, quand Charles- Martel arrêta à Poitiers la conquête musulmane (732). A l'est, les Perses avaient été écrasés, et les Arabes en les poursuivant avaient pénétré jusque dans l'Asie centrale.

\ s le milieu du vme siècle, l'empire arabe était à l'apogée de sa puissance. Il comprenait toute l'Afrique septentrionale, divisée en deux gouvernements, Egypte et Maghreb. En Europe, il s'étendait sur l'Espagne avec la Septimanie et les Baléares. En Asie, il occupait l'Arabie, la Syrie, une panie de l'Asie-Mineure, et tout l'ancien empire perse, dontles limites avaient même été dépassées. Les Abbassides. — Une nouvelle révolution se produisit alors. Les Abbassides, alliés à la famille d'Ali, se mirent à la tête d'une insurrection. Ils ; furent vainqueurs dans une grande bataille. Presque toute la famille des Ommiades fut exterminée.

Les Abbassides transportèrent le siège de leur puissance dans les provinces orientales. Leur capitale fut d'abord Anbar, puis la ville nouvelle de Bagdad qu'ils construisirent sur les bords du Tigre. Mais, pendant ce temps, l'Occident leur échappait, L'Ommiade Abd-el-Rhaman, qui avait survécu au massacre de sa famille, s'était réfugié en Espagne. Il y fut reconnu comme souverain et fonda le khalifat de Cordoue . Un peu plus tard, un royaume séparé se constituait en Afrique et faisait reconnaître son indépendance politique sous la dynastie des Aglabites.

L'empire arabe se divisait donc, mais cette rupture de l'unité n'annonçait pas une décadence. Chacune des trois fractions du monde musulman commença une existence particulière et développa une civilisation originale et puissante.

Khalifat de Bagdad. — En Orient, les Abbassides ne commencèrent à décliner qu'à la fin du ixe siècle, quand ils se furent asservis à la milice turque. Mais ils eurent auparavant une période glorieuse avec Almanzor, Almahadi, Alhadi, Haroun-al-Raschid, .Motassem. Ces Khalifes tournèrent surtout vers le gouvernement intérieur l'attention de leur politique. Ils avaient trouvé une organisation déjà ébauchée par les Ommiades. Il y avait une chancellerie d'Etat, et quatre conseils ou divans préposés à la solde des troupes, à la perception des impôts, à la nomination des fonctionnaires subalternes, au contrôle de la comptabilité. Un grand-juge assistait ou suppléait le souverain pour prononcer sur les appels interjetés contre les juges ordinaires ou cadis. Les Abbassides conservèrent ces institutions et les complétèrent, en appelant auprès d'eux une sorte de premier ministre, le vizir, ou porteur de fardeaux, chargé de préparer par un travail préliminaire les décisions du khalife. Ils établirent un véritable budget ; la quotité des contributions qui devaient être fournies par chaque province fut réglée d'une manière fixe. Il y avait un impôt direct et un impôt indirect. L'impôt direct comprenait : le djezié ou capitation établie sur les habitants infidèles de l'empire; le karadj, établi sur les terres des infidèles ; la dîme prélevée sur les terres que les musulmans avaient acquises par la conquête ; les prestations en nature fournies par les peuples tributaires. L'impôt indirect se composait des droits de douane, du produit des péages, mines, etc. Le revenu total au temps d'Haroun-al-Raschid montait à 4,420,000 dinars et 270,375,000 dirhems, soit environ 216 millions de notre monnaie.

Prospérité générale. — Ces immenses ressources étaient en grande partie employées à des travaux d'utilité publique". Des caravansérails furent établis et des citernes creusées de distance en I distance sur le long parcours qui s'étend depuis

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Bagdad jusqu'à la Mecque. One route fut créée entre la Mecque et Médine. i ne police bien organisée protégeait lei persoi ' - curité des transactions était garantie par des syndicats de marchands Une agriculture et une industrie florissantes alimentaient le commerce Les fruits de la Perse, les \ins de Chiraz et d'Ispaban étaient demandés dans tout l'empire. Les ressources du sol, mines, carrières, salines étaient exploitées avec intelligence. Dans l'Irak et dans la Syrie, surtout dans les villes de Damas, de Mossoul et d Mep, on commençait à fabriquer des étoffes magnifiques.

Beaux-arts. — De l'industrie à l'art, le passage est rapide. Les vases d'or, les vêtements précieux, les tapisseries qui ornaient les palais des khalifes étaient souvent des chefs-d'œuvre. Le Coran interdisait la reproduction de la figure humaine et la représentation matérielle de la divinité ; mais il n'interdisait pas la construction des monuments qui couvrirent bientôt les principales villes, surtout Bagdad, Bassora, Mossoul et Samarcande.

Lettres et sciences. — Depuis longtemps, les Arabes avaient une poésie. Mahomet en écrivant le Coran avait créé la prose. Les khalifes de Bagdad encouragèrent les lettres et déterminèrent un mouvement scientifique en établissant dans leur capitale même un collège qui fut fréquenté par 6000 étudiants, des bibliothèques ouvertes à tout le monde, des observatoires pour les travaux astronomiques, des hôpitaux et des laboratoires pour l'étude de la médecine et de la pharmacie. Le goût national des Arabes pour la poésie continua de produire des œuvres remarquables. Leur langue, qui avait maintenant sa grammaire et sa rhétorique, fut maniée avec succès par les historiens Maçoudi, Tabari, Ibn-el-Athir, Ibn-Khaldoun. Mais ce fut surtout dans les sciences que ce peuple se signala. Les mathématiques lui doivent de remarquables progrès. Les premiers, les Arabes introduisirent la méthode des tangentes dans les calculs trigonométriques ; ils appliquèrent l'algèbre à la géométrie et résolurent les équations cubiques. En astronomie, ils ont calculé l'obliquité de l'écliptique. l'excentricité de l'orbite terrestre, la durée de l'année. Dans les sciences physiqueset naturelles, ils ont été les maîtres de l'Europe moderne. Leurs médecins atteignaient à un tel savoir, à une telle habileté pratique, que le vulgaire attribuait leurs cures à l'emploi de moyens surnaturels. Quelques-uns d'entre eux consignaient dans des traités les résultats de leurs observations et posaient les principes de leur science. L'un de ces livres, les Canons d'Avicenne, a servi de base à l'enseignement médical pendant cinq siècles dans les universités de France et d'Italie.

Khamfat de Cordoue. — A l'autre extrémité du monde musulman, en Espagne, un mouvement analogue se produisait sous la domination des Ommiadcs. L'Espagne avait été partagée en quatre provinces; la Septimanie, tant qu'elle appartint aux Arabes, en forma une cinquième. Chaque province était administrée par un vali ou gouverneur, et se divisait en cités dont chacune était régie par un caïd. Les impôts étaient : Yazaoue ou dîme sur les produits de la terre, le taadil ou imposition sur toutes les richesses du pays, un droit d'entrée et de sortie sur les marchandises, et enfin une capitation payée par tous les habitants non-musulmans. Le revenu total représentait à peu près 140 millions de notre monnaie.

Agriculture et industrie. — Jamais l'Espagne n'avait été aussi florissante. La seule ville de Cordoue comptait un million d'habitants. Les conquérants musulmans avaient apporté avec eux les savants procédés de culture employés dans 11. vpte, la Syrie, la Chaldée. Ils savaient emmar leurs eaux dans des barrages, les distri-

buer dans d'innombrables canaux, les attirer h la surface du sol au moyen de pui ta el de i Bien irrigué, le sol de l'Espagne donnait ju trois moissons par an. Des productions jusqu'alors étrangères au pays, la canne ï sucre, le ris, le COton, le Bafran, la myrrhe, [e mûrier, avaient été introduites et acclimatées. L'Espagne est. ricin; en mines do fer, de cuivre, de mercure, en gisements de soufre. L'exploitation, abandon née depuis le temps des Carthaginois, en futrepr rtivité.

Des industries poissantes s • développaient dans les principales villes et obtenaient une repu ta ion presque universelle. Cordoue était renommée pour ses cuirs, Tolède pour ses armes. Murciu pour ses draps, Grenade, Alméria, Séville pour leurs soieries.

Lettrrs, sciences, a>-ts. — L'activité intellectuelle n'était pas moindre. L'Espagne musulmane avait ses bibliothèques et ses écoles à Séville, à Cordoue, à Grenade, à Tolède. Elle forma des astronomes dont le plus célèbre estArzachel, des historiens qui racontaient la conquête, des poètes dont les nouvelles et les romances servirent plus tard de modèles aux écrivains espagnols et aux troubadours français. Mais ce furent surtout les arts qui atteignirent à une véritable perfection, et entre tous les arts, l'architecture. Los architectes musulmans de l'Espagne sont partis do l'imitation du style byzantin. Lu dos monuments les plus remarquables qu'ils aient élevés, la mosquée de Cordoue, rappelle les ('-lises que construisaient les Grecs. Mais bientôt l'ornementation sera jugée insuffisante : on multipliera les détails, les festons, les arabesques ; des courbes variées accidenteront la monotonie de l'arc byzantin. Plus tard, la Giralda et l'Alcazar de Séville, l'Alhambra de Grenade seront les types achevés d'une architecture tout à fait originale parvenue à son point de perfection.

Afrique. Royaume de Fez. — Moins éclatante qu'on Orient et en Espagne, la civilisation arabe d'Afrique ne manquait cependant pas d'une certaine grandeur. Les Edrissites, qui se rattachaient à la famille des Alides. après avoir enlevé aux Aglabites la ville de Tlemcen et le Maghreb occidental, fondèrent la ville de Fez dont ils firent leur capitale. Fez fut en môme temps le centre d'un grand commerce avec l'Espagne. A côté d'une mosquée magnifique, des bibliothèques et des écoles s'y élevèrent.

Aglabites. — La dynastie des Aglabites, bien qu'elle eût perdu une partie de ses possessions, montra beaucoup d'activité et d intelligence. Des flottes construites et équipées dans ses ports allaient piller les côtes européennes de la Méditerranée et faisaient la conquête de la Sicile. En même temps, l'agriculture, l'industrie et le commerce étaient favorisés par un gouvernement habile. Des relations s'établissaient avec le désert. Un service de postes et de courriers traversait tout le pays depuis le Fezzan jusqu'à l'Egypte. Les villes importantes, Tunis, Kairoan, Tripoli, se couvraient de monuments. Les sciences et les lettres étaient étudiées avec la même ardeur qu'en Asie et en Espagne.

Fathirnites. — Les Aglabites furent renversés en 908 par un certain Abou-Obéidolla qui se donnait comme le descendant d'Ali et de Fathima, fille du prophète. En 908, ses successeurs les Fathirnites s'emparèrent de l'Egypte et y créèrent un nouveau centre de civilisation. Us réglèrent avec soin l'organisation administrative et la perception des impôts. Grâce à la prospérité du pays, ils obtinrent un revenu presque aussi élevé que celui qu'avait eu Haroun-al-Raschid. Us fondèrent la nouvelle ville du Caire, qu'ils embellirent de monuments et de mosquées. Là aussi des écoles s'ouvrirent et des savants se formèrent. Un d'entre eux, Ibn-Iounis,

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