PRÉHISTORIQUES — 1711 — PRÉHISTORIQUES
faire des cou! eaux; cependant, quelques expériences convaincront quiconque voudra essayer, qu'il faut une certaine habileté pour choisir le silex. II est donc évident que ces éclats de silex, quelque grossiers qu'ils puissent paraître, sont l'ouvrage de l'homme. Pour faire un éclat, il faut tenir fermement le silex, puis exercer une force considérable, soit par la pression, soit par la percussion; les coups doivent être répétés trois ou quatre fois, mais au moins trois fois, et portés dans certaines directions quelque peu différentes avec une certaine force définie, condition qui ne pourrait se présenter que fort rarement dans la nature ; aussi quelque simples que puissent paraître ces éclats à quiconque ne les a pas étudiés avec soin, un éclat de silex est, pour l'antiquaire, une preuve aussi certaine de la présence de l'homme que l'étaient pour Robinson Crusoé les traces de pas empreints dans le sable. »
Il est manifeste qu'un grand nombre d'éclats ont servi comme scies, comme poinçons, et comme pointes de flèches. Parmi ces derniers, on conserve comme échantillons particulièrement démonstratifs des ossements d'animaux fossiles dans la substance desquels des pointes de silex sont solidement enchâssées. On peut voir au Muséum une vertèbre de renne qui est dans ce cas.
Ce n'est que vingt-cinq ans après les premières découvertes de silex taillés, et alors que leur origine humaine ne faisait plus doute pour personne, que l'on découvrit des débris fossiles provenant de notre espèce.
Le 24 mars 1S63, un terrassier travaillant à la carrière de Moulin-Quignon, près Abbeville, apporta à M. Boucher de Perthes un silex taillé et une dent fort endommagée. Débarrassée du sable qui la couvrait, cette dent fut reconnue pour une molaire humaine. Quelques jours après (2S mars), en présence de M. Boucher de Perthes, qu'on était venu avertir que « quelque chose ressemblant à un os paraissait dans le banc », la moitié d'une mâchoire humaine fut extraite du même terrain. A quelques centimètres de là, on trouva deux haches en silex, dont une brisée, et deux autres dents.
L'identité de couleur de cette mâchoire et des silex taillés, avec le banc qui les contenait, couleur brune, presque noire, frappa tous les témoins qui étaient nombreux. Il fut. d'ailleurs constaté avec le plus grand soin qu'il n'existait aucune fissure par où ces objets auraient pu pénétrer dans la couche diluvienne postérieurement à la formation de celle-ci. Le tout se trouvait à 4m, 52 de la surface du sol.
Comme on le conçoit, beaucoup de personnes se refusèrent à admettre la nouvelle découverte de M. Boucher de Perthes, et l'illustre géologue mourut même avant d'avoir convaincu tout le monde : M. Elie de Beaumont se signala parmi ceux qui refusèrent d'examiner les preuves de l'antiquité de l'homme, et l'on pourrait citer d'autres naturalistes qui sont encore victimes du même aveuglement. Mais en même temps tous les savants actifs, ouverts aux idées progressives, soumirent le fait à une vérification sévère et conclurent à sa parfaite authenticité.
On se rappela alors une foule d'anciennes découvertes auxquelles on n'avait pas cru devoir accorder d'attention, et qui prenaient subitement une importante signification.
Dès 1823, par exemple, M. Ami Boue, qui doit être maintenant le doyen des géologues, avait retiré de ses propres mains du lœss ancien et bien en place des environs de Strasbourg, une bonne moitié des os d'un squelette humain : fémur, tibia, péroné, côtes, vertèbres, os métatarsiens, le tout en bon état de conservation. Le lœss du même âge avait fourni dans le voisinage des restes de mammifères éteints. Les échantillons soi-
gneusement étiquetés avaient été adressés à Cuvier, qui refusa de les examiner, regardant comme évident qu'il ne pouvait pas y avoir d'os humains vraiment fossiles et que M. Boue devait être victime d'une erreur.
C'est en 1823 aussi qu'on trouva dans le lœss de Caberg, en Belgique, et à 5m,70 au-dessous de la surface du sol, dans une couche intacte non remaniée, une mâchoire humaine pourvue de ses dents mâchelières. La même couche contenait en abondance des molaires, des défenses et des os d'éléphants, des os de rhinocéros, de bœuf et autres mammifères, des bois de daim, etc.
C'est peu de temps après que Tournai et Christol retirèrent des ossements humains du sol de plusieurs cavernes non remaniées et couvertes d'épaisses stalactites.
Nous n'en finirions pas si nous voulions mentionner tous les faits de ce genre, et surtout si nous voulions énumérer toutes les découvertes analogues faites depuis la trouvaille de Boucher de Perthes. Aujourd'hui, la démonstration si laborieusement faite est évidente pour tout le monde, et l'on sait beaucoup de choses très précises, non seulement sur la structure des hommes préhistoriques, mais sur leurs usages et leurs mœurs.
Tout d'abord on constate que les populations préhistoriques ont constamment été en progressant. Au début elles ne connaissaient aucunement l'usage des métaux, et traversèrent une immense période dite âge de la pierre, avant de parvenir à Y âge du bronze, puis à Yâge du fer qui se continue encore à présent.
L'âge de la pierre lui-même se subdivise également en périodes, caractérisées chacune par un degré spécial de perfectionnement de fabrication des outils, des instruments et des armes. Ces périodes sont au nombre de trois, désignées généralement sous le nom d'époques de la pierre éclatée, de la pierre taillée, et de la pierre polie.
La première fournit des instruments nombreux en silex, et ce qui la caractérise, c'est le mode opératoire par lequel ces instruments ont été obtenus. Il suppose l'existence simultanée de trois pierres, savoir : le percuteur, qui remplit l'office de marteau ; le nucleus ou matrice sur lequel on frappe; et Yéclat que chaque coup détache. C'est la période la plus primitive, datant vraisemblablement non seulement du diluvium, mais même des assises tertiaires, et cependant certains peuples la traversent encore. Au premier abord, ce qui surprend, c'est cette énorme quantité, signalée plus haut, des silex de cette époque; mais le fait s'explique précisément par l'observation des sauvages qui en sont encore à cette première étape de l'humanité. Ceux-ci ont-ils un animal à dépecer, une gazelle par exemple, voici comment ils s'y prennent : ils s'asseyent à terre, le gibier entre les jambes. A leur gauche est un nucléus, à leur droite un percuteur. Un coup du second sur le premier leur donne un couteau qu'ils emploient à faire une incision dans la peau du fauve. Mais le silex ne coupe bien que tant qu'il est tout frais ; après quelques coups son fil s'émousse. Le sauvage le jette alors à sa droite, et le percuteur lui fournit un second couteau. Et ainsi de suite, le débit d'un animal un peu fort donnant naissance à tout un tas de couteaux émoussés. A chaque instant on retrouve de pareils tas dans les cavernes, et l'on est porté à y voir les restes d'un atelier de coutellerie quand ce sont plutôt ceux d'un étal de boucherie.
Les outils et les armes appartenant à la deuxième époque, celle de la pierre taillée, ressemblent souvent à ceux de la période précédente, qui en sont comme les ébauches; mais c'est par un procédé tout autre qu'ils ont été obtenus. Ici, plus de nucléus d'où les éclats sont détachés. On
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choisit une pierre ayant plus ou moins la forme do l'objet qu'on veut tailler; puis, à petits coups de percuteur, on l'amène progressivement à l'état voulu. Le travail est. donc beaucoup plus grand, mais les produits sont beaucoup plus parfaits et beaucoup plus variés.
Enfin la troisième époque, celle de la pierre polie, est un perfectionnement de la seconde, correspondant à la grande invention du polissage.
Si ces trois époques sont nettement caractérisées, comme on voit, il faut néanmoins remarquer que l'avènement de chacune d'elles n'a pas abrogé les pratiques des précédentes.
Pendant l'âge de la pierre taillée et même pendant celui de la pierre polie, on a continué à se servir de pierres éclatées, qui seules fournissaient un tranchant suffisant pour certains besoins.
Bien plus, cette pierre éclatée est en usage, non seulement chez les sauvages dont nous parlions tout à l'heure, mais même parmi certains peuples relativement civilisés qui, comme les habitants du Mexique, font remplir à des éclats d'obsidienne l'office de nos rasoirs.
De même la pierre simplement taillée a toujours été employée pendant la période de la pierre polie, le polissage n'étant appliqué qu'à des objets de luxe.
Parmi 1>js formes les plus importantes d'objets appartenant à l'âge de la pierre, nous mentionnerons celles de haches, de racloirs ou grattoirs, de ciseaux, de scies, de pointes de flèches, de dagues, de pierres de fronde, etc. Outre l'usage pour la guerre et pour la chasse, les haches étaient, comme les scies, employées à des travaux très variés, tels que le travail du bois qui entrait dans diverses constructions, comme il sera dit plus loin; les grattoirs devaient jouer un grand rôle dans la préparation des peaux dont les hommes se revêtaient.
Mais l'âge qui vient de nous occuper ne nous a pas transmis que des objets en pierre. Les cavernes, les tourbières et quelques autres gisements nous ont procuré des vestiges tout différents, au premier rang desquels il convient de citer des os travaillés. C'est ainsi que les bois de renne et les bois de cerf ont souvent été aiguisés à un bout de façon à se transformer en poinçons de diverses grosseurs; des os ont été à maintes reprises taillés en flèches parfois barbelées et pourvues de rainures semblables à celles que certains sauvages remplissant de poison; on connaît de même des harpons et des hameçons taillés dans des os ; enfin nous citerons des aiguilles fabriquées avec une perfection admirable et dont on peut voir des spécimens du plus haut intérêt dans les collections du Muséum et de Saint-Germain.
L'époque du bronze, qui correspond à une immense découverte, celle de l'extraction des métaux, a fourni un très grand nombre d'armes et d'outils très variés et parfois d'une grande perfection de travail. Ce sont avant tout des haches, qualifiées de celtiques dans les collections, à côté desquelles ont été parfois découverts les moules en pierre où on les a fondues. Il faut citer également des poignards, des pointes de lance, des pointes de flèche et des épées remarquables à plus d'un titre. Ces épees affectent toujours plus ou moins la forme d'une feuille; elles sont à deux tranchants, très pointues et l'on devait s'en servir pour porter des coups de pointe plutôt que de taille. Elles n'ont jamais de garde; les poignées sont quelquefois solides, parfois elles sont très minces et devaient alors être recouvertes de bois ou d'os. On a trouvé des centaines de hameçons de bronze. Les faucilles sont nombreuses; elles sont plues d'un côté et bombées de l'autre. Les couteaux de brouze ne sont pas rares; ordinaire-
ment ils sont fixés à un manche d'os, de corne ou de bois, et la lame est toujours plus ou moins courbe.
Pour l'âge du fer, qui sert de trait d'union entre l'âge du bronze et les époques véritablement historiques, nous nous bornerons simplement à faire remarquer qu'il témoigne d'une découverte métallurgique considérable, le fer étant beaucoup plus difficile que le cuivre à tirer de ses minerais.
Les études dont les populations préhistoriques sont maintenant l'objet d'une manière si active, ne se sont pas bornées à nous révéler la nature de leurs armes et des outils mentionnés tout à l'heure. Elles ont jeté le jour le plus inespéré et le plus vif sur une foule de particularités intimes de l'existence de nos ancêtras. On sait à présent, dans beaucoup de cas, comment ils se logeaient, de quoi ils se nourrissaient, comment ils se fortifiaient contre leurs ennemis, comment ils ornaient leurs demeures et leurs personnes par de véritables bijoux ; comment ils enterraient leurs morls, et même jusqu'à un certain point l'idée qu'ils se faisaient de la mort. Nous dirons rapidement un mot de chacun de ces grands sujets.
Les premiers hommes ont profité, pour se loger, des cavités naturelles du sol connues sous le nom de cavernes. On est bien sûr d'avoir retrouvé plusieurs habitations de ce genre, par exemple à Louverné (Mayenne). Ce sont des grottes plus ou moins spacieuses, dont le toit est percé d'un trou pour le dégagement de la fumée, et au milieu desquelles persistent encore des restes de foyer. Ailleurs, comme à Laugerie (Dordogne), l'homme préhistorique s'est contenté de l'abri offert par un rocher en surplomb. Il n'est pas douteux qu'il n'ait parfois construit des huttes en gazon, et c'est ce qui parait avoir eu lieu à Solutré. Mais parmi les habitations les plus intéressantes par leur conservation, nous devons noter d'une manière toute spéciale celles dont on a trouvé les vestiges dans certains lacs, dans les Pyrénées et surtout en Suisse.
C'est en 1854, que ces dernières furent découvertes par M. Aeppli (de Meilen). En extrayant du lac de Zurich des boues destinées à engraisser des jardins, on ramena des pilotis, des cornes de daim et quelques instruments. Depuis lors les recherches se continuèrent et se multiplièrent et en même temps qu'une foule de particularités furent précisées, on arriva à déterminer l'âge des cités lacustres, qui datent évidemment de la période du bronze pour la plupart, et de celle de la pierre polie pour les autres.
On sait qu'il s'agit de villages construits sur des plates-formes supportées par de nombreux pilotis ; et dans plusieurs cas on a pu relever exactement sur un plan la situation de ceux-ci. La plate-forme portait des huttes circulaires construites en bois recouvertes en boue ; et l'on a retrouvé des morceaux d'argile employés pour ce revêtement. Il est évident que cette conservation tient à ce que la maison ayaut été détruite par le feu, l'argile a été durcie, cuite pour ainsi dire, et préservée ainsi de l'action délayante de l'eau. Ces fragments portent d un côté les marques de branches entrelacées; de l'autre, qui formait probablement le mur intérieur de la hutte, ils sont lisses. Quelquesuns de ces morceaux d'argile sont si grands et si réguliers qu'on a cru pouvoir conclure de leur étude que les huttes étaient circulaires et avaient de 10 à la pieds de diamètre (3 à h mètres). Cette disposition est exactement celle qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours chez certaines peuplades sauvages. La ville de Bornéo est tout entière bâtie sur pilotis, et différents voyageurs ont trouvé des habitations semblables dans la Nouvelle-Guinée, à Célèbes, àSolor. à Céram, à Minda-
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nao, aux îles Carolines et dans bien d'autres endroits.
Aux cités lacustres doivent être rattachées les terramares de l'Italie, et les cramioges de l'Irlande. Mais ces derniers, qui se composent d'îles artificielles, étaient moins encore des habitations proprement dites que de véritables forteresses. Aussi nous conduisent-elles par un intermédiaire insensible aux fortifications proprement dites.
Parmi ces dernières nous devons, faute de place, nous borner à mentionner les forts vitrifiés. Ceux-ci, dont on a des exemples dans la Creuse, dans l'Orne, dans les Côtes-du-Xord, etc., sont de vastes constructions dont les matériaux ont été soudés entre eux par l'application d'une chaleur extrêmement considérable. Les plus remarquables sont peut-être celles du Pny-de-Gandy, de Châteauvieux et du Camp de Péran, dont hjs pi ares sont du granit dont les éléments micacés et granitiques ont été plus ou moins complètement fondus.
L'étude des habitations préhistoriques a conduit tout naturellement à découvrir le régime alimentaire de leurs hôtes. C'est ainsi que beaucoup de stations de l'âge de pierre ont fourni des os humains calcinés et brisés de telle sorte qu'il est absolument démontié que les peuplades qui les ont abandonnés étaient anthropophages. L'une d'entre elles habitait, aux portes de Paris, la région maintenant si paisible de Villeneuve-Saint- Georges. Avec les os humains se rencontrent les os plus ou moins cuits d'animaux évidemment mangés : rennes, ours, bœuf, cheval, etc. Dans les habitations lacustres on recueille de même des arêtes de poissons, les os du cerf, du bœuf, du cochon, de la chèvre, du mouton; et ces derniers montrent que les premiers naturels des lacs de la Suisse étaient pasteurs. On sait aussi que l'agriculture ne leur était pas absolument inconnue, et fc'est ce qu'a démontré d'une manière bien inattendue la découverte de céréales carbonisées : le blé est le plus commun, l'orge l'accompagne souvent. Une découverte encore plus remarquable fut celle du pain ou plutôt de gâ'eaux, car le levain paraît avoir été inconnu. Ces gUeaux sont plats et ronds. Le grain qui a servi à les préparer semble avoir été rôti, grossièrement écrasé entre des pierres taillées exprès, puis conservé dans de grands pots de terre et mangé après avoir été légèrement humecté. Dans certains lacs on a trouvé des pommes et des poires carbonisées, quelquefois entières, quelquefois coupées en deux, ou plus rarement en quatre morceaux, mais évidemment séchées et conservées pour l'hiver : ces fruits sont petits et ressemblent à ceux qui poussent sauvages dans les forêts de la Suisse. On a trouvé des noyaux de prunes sauvages et des quantités considérables de pépins de framboises et de mûres, ainsi que des coquilles de noisettes et de faînes.
Un autre grand ensemble d'informations sur le sujet qui nous occupe a été fourni par les kjôkkenmôddings (en français '..débris de cuisine) du Danemark, de l'Ecosse et du nord de la France. Ce sont des dépôts de coquilles et d'os qu'on ne pouvait manger et qui, accumulés comme de véritables tas d'ordures autour des tentes et des huttes, finirent par former des monticules ayant ordinairement de 3 à 5 pieds et quelquefois 10 piods de hauteur, sur une longueur de plus de 300 mètres et sur une largeur de 100 à 200 pieds. On trouve ces amas de préférence au bord de la mer, et ils sont en général composés surtout de coquilles d'huîtres ou d'autres mollusques, mais ils ont fourni aux collectionneurs des débris innombrables qui ont jeté beaucoup de lumière sur les coutumes et la civilisation des populations qui les ont déposés. Les coquillages les plus fréquents sont, avec l'huître, la coque, la moule et la littorine ; on a 2e Partie.
i reconnu des restes de hareng, de morue, de li- I mande et d'anguille ; de cerf, de chevreuil, de sanglier, de bœuf, de renne et de divers autres mammifères parmi lesquels le chien, qui paraît avoir été utilise comme aliment et n'avoir pas encore été domestiqué. Cependant on a remarqué que parmi les os des kjôkkenmôddings ne se trouvent jamais ceux que mangent les chiens, ce qui ferait croire que celui-ci vivait constamment avec l'homme. Ces amas de cuisine paraissent dater de l'âge de la pierre, antérieurement à l'invention du polissage.
Un fait des plus intéressants est que, dès l'aurore de l'humanité, nos ancêtres ont eu des goûts artistiques. C'est par centaines en effet qu'on peut compter les pièces gravées ou dessinées fournies par les divers gisements préhistoriques. On peut voir par exemple au Muséum un fragment de défense de mammouth, qui porte, gravée au trait, la représentation du même animal. Cette œuvre d'art, qui datait de l'âge de pierre et qui a été découverte dans la caverne de la Madelaine, est d'une exactitude admirable qu'on a pu apprécier par la découverte faite à la fin du siècle dernier de mammouths conservés dans les glaces de la Lena. A côté existe sous nos vitrines une tête de renne gravée sur une plaque de schiste. De même on conserve des portraits du cheval, de l'ours des cavernes, du renard, du cochon, du bœuf musqué, du phoque, de la fougère, du sapin et même de l'homme. C'est ainsi qu'on a trouvé à Laugeriebasse un véritable tableau représentant un jeune chasseur poursuivant un aurochs. De la Roche- Bertier (Charente) on a une tête humaine gravée sur un bois de renne. Un autre bois de renne trouvé à la Madelaine représente une femme suivie par un serpent et entourée de têtes de chevaux.
Evidemment ces représentations constituaient des ornements. C'est à côté d'elles qu'il faut mentionner de singuliers objets consistant en bois de renne finement gravés et percés de trous, et qu'on désigne généralement sous le nom de bâtons (te commandement.
Les hommes primitifs nous ont transmis beaucoup d'autres genres d'ornements ; ce sont des dents et des coquilles percées et évidemment disposées pour être suspendues soit seules, soit réunies, en colliers et en bracelets. A l'âge du bronze appartiennent des bracelets, des épingles et des pendeloques dont beaucoup sont véritablement artistiques.
Certains faits conduisent à penser que les hommes de l'âge de la pierre se tatouaient le corps comme font encore tant de sauvagescontemporains. Dans une foule de cavernes on a trouvé de petits fragments de sanguine propres à cet usage et accompagnés d'un galet de silex destiné à les broyer, comme le prouvent les traces de matière colorante restées dans ses cavités. Ailleurs on a trouvé des fragments de manganèse, de cinabre, d'ocre, de graphite. On est d'autant plus certain de l'application qu'avaient ces substances colorantes, qu'une gravure antéhistorique représente la main et le bras d'un homme dont l'avant-bras est marqué d'un quadrillage assez régulier qui ne peut figurer que le tatouage.
L'homme de la pierre faisait de la musique. Les phalanges de cerf ou de renne percées de manière à devenir des sifflets, découvertes dans une foule de cavernes, devaient servir d'appel pour la guerre ou pour la chasse. M. Piette a même découvert une flûte en os à deux trous.
Enfin, relativement aux sépultures et aux honneurs rendus aux morts, les trouvailles archéologiques ont procuré beaucoup de détails. Souvent les cadavres étaient déposés dans des cavernes dont la porte était soigneusement fermée avec desdalles de pierre afin d'en écarter les bêtes de