RAISON
Comme tontes les maladies virulentes, la rage ne se manifeste qu'après une certaine période d'incubation. Celle-ci varie d'ordinaire, pour le chien, entre six à douze semaines ; pour l'homme, entre quatre et quinze semaines. Cependant on connaît des cas authentiques qui mettent ces règles en défaut. Quant aux incubations d'une ou plusieurs années (on en cite de vingt ans et plus !) elles n'existent pas pour la véritable rage. On a confondu avec cette maladie diverses affections nerveuses dans lesquelles il n'y a jamais production de virus rabique.
Parmi les nombreux préjugés accrédités dans le public au sujet de la rage, le plus dangereux est celui qui représente cette maladie comme consistant essentiellement en accès de fureur accompagnés d'envie de mordre. De là vient que bien souvent on reste sans défiance auprès d'un chien atteint de la rage.
Chez cet animal, les premiers symptômes, bien que significatifs, ne ressemblent en rien à ceux qui caractérisent les dernières périodes de la maladie. Ils consistent en une humeur sombre et une agitation inquiète. L'animal cherche à fuir ses maîtres, se retire dans les coins obscurs, obéit lentement, tient sa tête cachée sous ses pattes et sa poitrine. Quand il s'approche de son maître, il le regarde d'une façon étrange, mais semble plus affectueux que jamais. Le chien enragé, même pendant la période d'excitation, mord rarement ceux qu'il affectionne; cependant il peut suffire d'une correction ou d'une excitation accidentelle pour provoquer une morsure. Pendant cette période initiale, l'animal paraît souvent victime d'hallucinations.
Un peu plus tard, le chien devient inquiet, change continuellement de position, refoule puis rejette sa litière, fouille partout comme à la recherche de quelque chose. Si on lui offre à boire, il lape comme d'ordinaire, mais la constriction du gosier empêchant la déglutition du liquide, il y enfonce tout le museau et fait de vains efforts pour avaler.
En même temps qu'il refuse les aliments solides, l'animal mord, déchire, broie et avale une foule de substances : linge, cuir, terre, pierres, verre, etc.
Quelquefois la bouche et l'arrière-bouche sont sèches et enflammées; mais le plus souvent, surtout pendent les accès, le chien enragé a la bouche remplie d'une bave écumeuse. Souvent les symptômes d'étranglement qui se manifestent ont fait croire que l'animal enragé souffrait seulement de la présence d'un os arrêté dans la gorge, et, dans les manœuvres faites pour le soulager, l'opérateur a contracté la terrible maladie par suite d'une éraillure contre les dents mouillées de salive.
La voix du chien enragé est caractéristique ; elle ressemble assez au cri du coq, mais bas de ton et voilé ; après un premier aboiement à pleine gueule, on entend une série de trois ou quatre hurlements décroissants qui partent du fond de la gorge, et pendant lesquels les mâchoires ne se rapprochent pas complètement.
Le chien et presque tous les animaux enragés, même n'ayant pas encore eu d'accès, entrent en fureur à la vue d'un chien et se précipitent sur lui. D'autre part les chiens enragés inspirent une telle frayeur aux animaux de leur espèce que les plus robustes n'essaient même pas de se défendre contre leurs attaques.
Souvent le chien s'éloigne de son habitation dès qu'il ressent les premiers symptômes de la maladie et va mourir au loin, Mais plus souvent encore, après avoir erré un ou deux jours, il revient au logis, et alors ceux qui l'approchent sont fort exposés à le voir répondre par une jnorsure à leurs
caresses de bienvenue. Tout chien qui s'est absenté sans cause connue doit donc être suspect. On doit suspecter aussi tout chien qui présente les changements de caractère, d'habitudes que nous venons de signaler, ou dont la voix perd son timbre et son rythme ordinaire.
Quand la maladie atteint la période vraiment rabique, la physionomie du chien est effrayante. Il s'agite sans cesse, cherche à se délivrer de ses entraves, à se jeter sur les hommes et les animaux, mord tout ce qui se trouve à sa portée. Dans les moments de calme et d'abattement qui succèdent aux crises, la moindre excitation suffit pour renouveler sa fureur. La vue d'un liquide, d'un objet brillant provoque presque toujours un accès. Libre, il va droit devant lui, attaquant tous les animaux qu'il rencontre.
La terminaison de la maladie s'annonce par le prolongement des périodes de repos et par la paralysie du train de derrière.
Si l'on ne peut recourir anx inoculations, le seul préservatif consiste à faire sortir le virus de la plaie ou à l'y détruire sans retard. Pour le faire sortir il faut agrandir la plaie, la comprimer, sucer, ou y appliquer une ventouse. La succion ne doit se faire que si la muqueuse de la bouche est parfaitement intacte. La destruction du virus dans la plaie n'est sûre et complète qu'au moyen du fer rougi à blanc. On l'enfonce profondément et on le laisse s'éteindre sur place.
Nous n'avons pas à décrire la rage chez l'homme. Disons seulement que la médecine emploie dans les cas de rage déclarée : les anesthésiques (chloroforme, éther), qui calment les accès, voilent l'horreur des crises, procurent au malade un véritable soulagement et atténuent pour ceux qui l'entourent le spectacle de cette horrible maladie.
[Dr Saflray.] RAISO>*. — Psychologie, XIII. — On est surpris au premier abord de la diversité des sens que le langage semble attribuer au mot raison. Ainsi, dans certains cas, raison signifie simplement l'état sain de l'esprit, par opposition à la déraison, à la folie; quand on dit, par exemple, d'un fou : // a perdu la raison. Ailleurs on entend par raison la justesse du jugement, la sagesse des vues : Cet orattur a raison ; cette doctrine est pleine de raison. La raison est encore le contraire de l'instinct, i l'activité réfléchie de l'homme par opposition à ; l'activité instinctive de l'animal : V animal est 1 privé de raison. Enfin la raison est le nom qui | désigne la plus haute des facultés intellectuelles, celle qui nous révèle les idées universelles, né- [ cessaires, absolues; en ce sens elle est opposée à | l'expérience, c'est-à-dire aux sens et à la conscience: l'idée <le la couleur dérive du sens de la 1 vue; l'idée du moi provient de ta conscience : i l'idée de Dieu, Vidée du bien ont leur source dans la raison.
Si l'on veut bien y réfléchir pourtant, on se convaincra que cette diversité de significations est plus apparente que réelle, et qu'au fond on retrouve partout la même raison différemment modifiée.
La raison en effet est un ensemble de notions et d'affirmations, d'idées et de jugements, de conception? et de principes qui président au développement intellectuel de l'homme. C'est parce qu'il obéit à ces principes que l'esprit marche correctement, normalement, et échappe à la folie, ou à la sottise. C'est aussi parce qu'il s'appuie sur ces principes que l'esprit est capable de diriger ses idées, de gouverner sa conduite intellectuelle, de s'élever en un mot à la réflexion. C'est donc toujours la même raison qui s'oppose chez l'homme soit aux aberrations de l'aliénation mentale, soità la fausseté des jugements, soit aux impulsions irréfléchies de l'instinct.
Une fois la raison définie il y aurait lieu de se